#451 – Ipswich Town FC : the Tractor boys

Les garçons du tracteur. Les supporteurs britanniques ont été longtemps résumés aux hooligans, certains actes ne donnant pas tord à cet apriori. Toutefois, le fan anglais sait aussi magner l’ironie et l’auto-dérision. La preuve avec Ipswich. Le club portait plusieurs surnoms assez traditionnels et usuels (Blues, Town) au début des années 2000. Mais, à cette époque, les supporteurs s’approprièrent un nouveau surnom, qui était au départ une moquerie. Les origines exactes demeurent floues mais le fond de l’histoire reste le même. Lors d’un match de football (pour certain, c’était face à Birmingham City, pour d’autres face à Leeds), les fans adverses narguaient les supporteurs d’Ipswich. Dans la version de Leeds, Ipswich remporta le match face à Leeds 2 buts à 1. Les supporteurs de Leeds se mirent à chanter « We’re being beaten by a bunch of tractor drivers » (Nous sommes battus par une bande de conducteurs de tracteurs). Dans l’histoire avec Birmingham, les supporteurs de City chambraient en chantant « Oooh-arr, oooh-arrr ». Cet interjection est typique du dialecte imaginaire du Mummerset, une contrée factice qui synthétise le pire ou le plus ironique de l’arrière pays rustique anglais (une sorte de péquenaudland). Cette langue (et surtout accent) fictive du Mummerset, basée sur les vrais caractéristiques des dialectes de la campagne anglaise, est souvent utilisée pour caractériser et se moquer ces régions paysannes. Mais, pas fâchés par cette comparaison, les fans d’Ipswich leur répondirent « one-nil to the Tractor Boys » (1 zéro pour les Tractor Boys), vu que leur équipe menait au score.

Pourquoi cette référence aux tracteurs ? Ipswich est certes une ville portuaire mais elle est surtout situé dans le comté du Suffolk, connu notamment pour son agriculture. 290 000 hectares sont exploités aujourd’hui dans le Suffolk, soit le cinquième des terres agricoles de l’est de l’Angleterre. Les cultures comprennent le blé, l’orge, la betterave sucrière, le colza, les haricots et les graines de lin. Grâce à cette production, le port d’Ipswich est le plus grand exportateur de céréales du pays. Côté élevage, 20% de la production nationale de porc et de volaille provient du Suffolk. Plus de 8 200 personnes sont employés dans les fermes du comté. L’importance continue de l’agriculture dans le comté se reflète dans le Suffolk Show, un des principaux salons agricoles d’Angleterre qui se tient chaque année en mai à Ipswich. Fiers de leurs origines agricoles, les supporteurs reprirent donc ce surnom à leur compte. Cette image collait bien également à leur équipe qui au début des années 2000, lors de leur remontée dans l’élite, était composé de joueurs anglais au pédigré limité. Or, Ipswich affrontait à ce moment des ogres illustres et aux moyens plus importants.

#438 – ASEC Mimosas : les Mimos

Diminutif du nom du club. Depuis la création du championnat ivoirien, deux formations luttent pour le titre national l’ASEC Mimosas et l’Africa Sport. Les Mimos devancent leur rival au plan national (avec 24 titres contre 18) et à l’international (avec la victoire en 1998 de la Ligue des Champions). Un groupe d’employés de commerce et de fonctionnaires aux origines multiples (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Sénégal, Liban et France), passionnés de football, fondèrent le club le 1er janvier 1948. Le nom ASEC découlait de leurs fonctions (ASEC est l’acronyme de Amicale Sportive des Employés de Commerce). A cet acronyme, les fondateurs collèrent le nom d’un arbuste aux fleurs jaunes, le mimosa (connu surtout sous le nom d’Acacia), qui pullulaient dans la région. Depuis longtemps, en Côte-d’Ivoire, les pratiques agricoles traditionnelles utilisaient la jachère pour reposer le sol. Ce dernier était aussi riche que dans les régions tempérées mais il était aussi plus fragile. D’abord, l’ardeur du soleil équatorial tendait à les brûler en surface, tandis que la chaleur, toujours élevée, accélérait la décomposition de la réserve chimique du sous-sol. De plus, le manque d’arbustes ou d’herbes protégeaient mal le sol contre la violence des averses mais également leurs racines ne retenaient pas assez les principes fertilisants en surface. Ainsi, dans les années 1940-50, les français introduisirent le mimosa en masse, en tant que plante de couverture pour améliorer la fertilité du sol. En effet, la culture des plantes de couvertures entre périodes de plantation permettaient notamment de retenir ou de faire remonter à la surface les éléments fertilisants, de favoriser l’infiltration de l’eau et de briser les cycles de certains ravageurs et maladies.

#412 – FK Rostov : сельмаши

Il (prononcé selmash) s’agit de la combinaison et abréviation de deux mots сельскохозяйственные машины qui signifient machines agricoles. Le club, fondé le 10 mai 1930, était l’émanation sportive de l’entreprise Rostselmash, spécialisée dans la fabrication de moissonneuses-batteuses et de tracteurs, elle-même récemment créée un an auparavant. Excepté pendant la seconde guerre mondiale où l’usine fut déplacée Tachkent, la principale unité de production comme le siège social se trouve à Rostov. En 1969, le groupe avait déjà construit 1.000.000 de moissonneuses-batteuses et 25 ans plus tard, la 2 millionièmes machines étaient produites. Privatisé en 2000, plus de 10.000 personnes travaillent pour Rostselmash aujourd’hui. Le club de football s’appela naturellement au départ Сельмашстрой (Selmashstroy) jusqu’en 1936, puis Сельмаш (Selmash) pendant 5 ans et même Трактор (Tracteur) pour rappeler clairement les origines du club. Enfin, de 1957 à 2003, le nom du club se résuma simplement au nom de l’entreprise. Puis, suite à la privatisation de l’entreprise en 2000, le club s’en sépara et fut racheté en 2002 et devint alors le FK Rostov.

#402 – Coton Sport de Garoua : les Cotonniers

Pas trop difficile de comprendre d’où vient l’origine de ce surnom quand le club se dénomme Coton Sport. En 1986, le club phare de la ville de Garoua, l’Etoile Filante, descendait en seconde division. Une équipe amateur décida de s’engager dans le championnat, sous le parrainage de la Société de développement du coton (Sodecoton), l’une des plus importantes entreprises parapubliques du Cameroun. Sodecoton a son siège à Garoua et structure une grande partie de la filière coton, dont Garoua et sa région sont le cœur de la production, la filature et la confection de coton au Cameroun. La production du coton était connue depuis longtemps mais les Européens développèrent cette culture de manière intensive. Aujourd’hui, la Sodecoton assure l’encadrement direct de 350 000 à 400 000 planteurs, pour une surface de culture de près de 200 000 hectares qui donnent plus de 230 000 tonnes de coton graine. L’autre grande entreprise du pays, la CICAM, qui réalise 90% de la confection de textile coton, exploite également à Garoua deux usines de filature et tissage. Le soutien de la Sodecoton garantit au club de football un budget élevé. Résultat, depuis 1996, soit 3 ans après son accession en première division, le club a remporté 15 titres de champion, les autres années l’équipe termina que second.

#394 – KV Courtrai : de Kerels

Les gars, les hommes. Au Moyen-Age, dans les pays germaniques et anglo-saxons, il existait une classe sociale qui regroupait des hommes libres de basse naissance, généralement un paysan. S’ils devaient rester fidèle à leur seigneur et au roi, ils jouissaient d’une assez grande liberté par rapport aux serfs. En Angleterre, cette classe sociale portait le nom de churl et kerel pour les contrées néerlandophones. Ces termes dérivent des mots d’ancienne langue germanique, karilaz, karl, karal, dont le sens était « homme ». Au XIVème siècle, la Flandres était occupé par des vassaux du Roi de France et les conflits entre les deux se multiplièrent. La ville de Courtrai était alors devenue le symbole de l’esprit d’indépendance des Flandres. En 1323, plusieurs rebellions paysannes éclatèrent dans les Flandres maritimes suite à la mauvaise récolte, le refus de payer la dîme et les impôts ainsi qu’une haine de la noblesse et de l’autorité. En particulier, le Comte de Flandres, Louis II de Nevers, tenta de lever un nouvel impôt pour payer les amendes dues aux français suite à la paix d’Athis. Les villes dont principalement Bruges et Courtrai prirent le relais de ces révoltes. En 1324, Louis II arriva à Courtrai mais sans armée pour contenir la révolte et dut négocier. Une première paix fut trouvée alors. Mais, en 1325, l’agitation reprit après le meurtre d’un artisan par un chevalier et l’arrestation de six Brugeois par le Comte de Courtrai. Bruges prit les armes et le comte fut fait prisonnier par les habitants de Courtrai. Après la mort du roi Charles IV de France, le Comte Louis II demanda de l’aide au nouveau roi, Philippe VI. Ce dernier accepta et l’armée royale écrasa la rebellion flamande à la bataille de Kassel le 23 août 1328. Cette révolte paysanne est connue comme la révolte des Karls (kerel) ou soulèvement de la Flandre maritime.

#363 – CA Progreso : los Gauchos del Pantanoso

Les gauchos du Pantanoso. Le club uruguayen fut fondé le 30 Avril 1917 à Montevideo, dans le quartier de La Teja, où coule la rivière Pantanoso, le deuxième cours d’eau le plus important de la baie de Montevideo. Ses membres fondateurs provenaient du syndicat des tailleurs de pierre, où le courant anarchiste faisait des émules. Si le quartier urbanisé de La Teja ne faisait pas penser à la pampa ou aux grandes étendues où les gauchos exerçaient auprès des troupeaux de vaches, les aspirations anarchistes des membres du club se rapprochaient de l’imagerie véhiculée par le vacher sud-américain. Au cours des XVIIIème et XIXème siècles, de nombreux gauchos vivaient dans les pays sud-américains, allant de ranch en ranch. Ces hommes conduisaient et élevaient le bétail. Le gaucho joua un rôle important et symbolique pour les uruguayens. Ils représentaient la liberté, le courage de se frayer un chemin dans la vie en s’accrochant à leurs propres idéaux et croyances. Le gaucho fut souvent utilisé dans la littérature pour donner un visage à la lutte contre la corruption. Ces valeurs étaient finalement partagées par les anarchistes du club.

#329 – AFC Bournemouth : the Cherries

Les cerises. Cette année, il est vrai que le club essaye de se refaire la cerise en Championship après avoir été relégué de Premier League la saison précédente suite à une erreur de la goal-line technology lors du match face à Aston Villa. Mais, l’origine de son surnom remonte à bien plus loin que cette épisode malheureux. Deux explications s’affrontent.

La première fait référence à la couleur rouge du maillot qui fait penser à ce fruit. Le maillot a évolué entre 1899 et aujourd’hui. Jusqu’en dans les années 1920, le club portait des maillots similaires à Southampton ou Sunderland, ie un maillot rayé verticalement rouge et blanc avec un short bleu. Puis, le club changea pour un maillot rouge et blanc, dans le style d’Arsenal. Pendant toutes les années 60, les joueurs portèrent un maillot intégralement rouge. Puis au début des années 70, le noir apparaît au côté du rouge dans un maillot de nouveau rayé verticalement. Retour au rouge intégrale au milieu des années 70. Puis, finalement, à compter de 1990, le club opta pour un maillot noir et rouge, principalement à rayures verticales, le rouge s’étant même foncé. Au final, le maillot changea mais la couleur rouge resta toujours et de façon dominante.

La seconde version installe l’origine de ce surnom en 1910. La famille Cooper-Dean accorda au club un bail emphytéotique sur des terrains vagues à côté de Kings Park. Le nouveau stade du club, nommé Dean Court, y fut construit et demeure encore aujourd’hui l’enceinte de Bournemouth. Selon la légende, ces terrains étaient situés près d’un vergers de cerisiers.

#315 – PFC Botev Plovdiv : Жълточерните

Les jaunes et noirs. Le Botev Plovdiv, dont le nom rend hommage au poète et révolutionnaire bulgare, Hristo Botev, est l’un des plus anciens clubs bulgares de football, né officiellement le 11 mars 1912. Mais, dès le début du XXème siècle, des équipes de football s’organisèrent au sein des écoles de la ville et diffusèrent auprès de la jeunesse urbaines ce nouveau sport. Le 11 mars 1912, les élèves du Collège de Saint Augustin et ceux du Premier Lycée d’Hommes unirent leurs ressources pour fonder le club du Botev Plovdiv. Toutefois, l’époque était troublée par les guerres balkaniques (ainsi que la première guerre mondiale) et ceci perturba les premières années d’existence du club, qui fut parfois au bord de la disparition. Finalement, les membres décidèrent de renforcer le club et rédigèrent les premiers statuts en 1917. Ils adoptèrent également les couleurs du club : le jaune et le noir.

Le jaune reprenait la couleur du Collège catholique de Saint-Augustin, dont venait une partie des fondateurs. Elle symbolisait aussi « златните жита на Тракия » (les grains d’or de Thrace), ce qui signifiait les grands champs de céréales cultivés en Thrace. Plovdiv est située dans la région historique de la Thrace. L’autre couleur, le noir, était celle de l’orthodoxie, religion du Premier Lycée d’Hommes, provenance des autres membres du club. En outre, le noir rappelait le tchernoziom du sol fertile de la région. Le tchernoziom est le nom donné à cette terre épaisse et noire, contenant un fort pourcentage d’humus (3 à 15 %), riche en potasse, phosphore et oligo-éléments. Ainsi, religion et agriculture furent les inspirations des membres du club pour décider les couleurs du club.

#297 – PSV Eindhoven : de Boeren

Les fermiers. Aux Pays-Bas, généralement, les personnes, ne vivant pas dans la zone triangulaire Amsterdam – Utrecht– La Haye, sont surnommés boeren de façon péjorative (quasiment dans le sens de bouseux ou péquenaud). Mais, ce surnom est-il encore adapté à une ville qui compte plus de 230.000 habitants et 750.000 dans son agglomération ? En outre, avec son tissu industriel qui intègre notamment le siège de Philips et les constructeurs DAF et VDL, ou son développement dans les technologies (Eindhoven concentre le tiers des investissements du pays dans ce secteur) porté par les constructeurs de semi-conducteurs NXP et ASML, la ville est habitée par des ouvriers, des cadres et des ingénieurs. Résultat, pour trouver des fermes et des champs, il faut se lever tôt. Ce constat établi, les supporteurs du club recherche depuis l’été 2020 un nouveau surnom qui serait plus représentatif de leur ville et de leur club. La consultation doit se terminer en Décembre de cette année.

Pourtant, ce surnom ne résulte pas seulement d’une généralité pour Eindhoven. Si la toponymie exacte n’est pas connue, les différentes hypothèses ramènent au monde paysan. Au XIème ou XIIème siècle, le nom Eindhoven pouvait signifier la laatste hoeve (dernière ferme) de Woensel (un ancien village qui fut absorbé par la ville actuelle). A l’époque batave (antiquité romaine), le nom romanisé était anteeimansus (ie le domaine (mansus) placé en avant (ante) des autres (domaines)). La germanisation du nom en anteedinghof ou antehoffen conduit à la conclusion que le village était devenu une cour colongère (dinghof) qui était une organisation plus ou moins importante d’agriculteurs, régis par une loi commune et dépendant d’un même seigneur. Dans le dialecte du sud des Pays-Bas, la deuxième partie du nom de la ville peut faire référence aux termes Hof (lopin de terre clôturé, jardin) et hoeve (ferme) qui au final signifiait un bâtiment entouré de fermes. En conclusion, jusqu’au XIXème siècle, le Eindhoven actuel (qui ne fut officiellement créé qu’en 1920) était une collection de petits villages, reposant sur des exploitations agricoles. Mais la région du Brabant-Septentrional, où se situe Eindhoven, demeure encore très agricole. En 2018, environ 50% du cheptel porcin néerlandais était concentré dans la région, tandis que, pour les poulets, ce pourcentage était de 40%.

#132 – Deportivo Cali : los Azucareros

Les sucriers. Si la ville de Cali est connu pour le trafic de la cocaïne, ce n’est pas la seule poudre blanche à faire sa richesse. En effet, depuis les années, la culture de la canne à sucre et la production de sucre est devenu un des pans importants de l’économie colombienne et en particulier de la vallée de Cauca où se situe Cali. Importé par Sebastián de Belalcázar, conquistador espagnol du XVIème siècle, le secteur du sucre colombien se concentre dans la vallée du Cauca et compte, dans cette région, 225.560 hectares de plantation, qui approvisionnent 13 usines dans la région. La ville de Cali concentre un certain nombre d’usines de confiserie notamment. Ce développement dans la région de Valle de Cauca a été favorisé par le climat local qui permet de planter et récolter de la canne à sucre toute l’année, contrairement aux autres zones de production dans le monde (à l’exception d’Hawaï et du nord du Pérou). Résultat, le rendement est l’un des plus élevé au monde en atteignant 14 tonnes de sucre par hectare et par an. En Colombie, en 2013, 2,12 millions de tonnes de sucre ont été produites à partir de 21,56 millions de tonnes de canne. La production est destinée à 50% pour le marché local et 25% pour l’export (principalement vers le Chili, les îles des Caraïbes, le Pérou, les États-Unis, Haïti, le Mexique et la Bolivie). L’importance de cette culture ne devrait pas disparaître car un nouveau relais a été promu par le Gouvernement avec la production d’éthanol. 387 millions de litres d’éthanol ont été produits en 2013.