#253 – Athletic Bilbao : los Leones

Les lions. En 1447, sur une colline près de la Ría de Bilbao, se dressait un ancien ermitage voué à San Mamés. Par la suite, un couvent a été construit pour les pères franciscains et plus tard un asile du même nom. En 1913, l’emblématique stade du club fut inauguré et se situait sur un terrain attenant à cet ermitage.

San Mamés (Saint Mammès) est un Saint chrétien qui naquit à Césarée de Cappadoce (Turquie moderne) au troisième siècle. Selon la légende, alors qu’il était encore adolescent, il fut soumis par les Romains à d’innombrables tortures en raison de sa foie chrétienne mais il résista à tous ces supplices. Il réussit alors à s’échapper et rejoignit la montagne où il vécut 3 ans. Dans cet environnement naturel, Mammès devint l’ami des animaux, en particulier des fauves, en leur lisant la vie de Jésus. Mais, les Romains parvinrent à le capturer et il fut envoyé au cirque et jeté aux lions. Mais, au lieu de le dévorer, Mamés apprivoisa les lions qui se prosternèrent à ses pieds. Fou furieux, le gouverneur de Césarée de Cappadoce ordonna de mettre fin à la vie du garçon en enfonçant un trident dans son abdomen. Il mourut de ces blessures quelques jours après et devint un saint chrétien.

Du fait de la présence de l’ermitage, San Mamés s’imposa pour le nom du stade et sa légende des lions inspira le surnom des joueurs. En outre, ce martyr souffrant, obstiné et combatif ressemblait à l’Athletic du début du XXème siècle qui était une place forte du football et dont les joueurs étaient animés par un esprit de sacrifice et une défense féroce.

#247 – Independiente Santa Fe : los Cardenales

Les cardinaux. Plusieurs versions se rapportent à ce surnom mais ils font tous référence à la couleur rouge que les maillots du club arborent. Ainsi, ce maillot rappellerait le rouge des habits des cardinaux ou celui du plumage du Cardinal Rouge (sachant que cette oiseau tire son nom de la couleur rouge du plumage du mâle qui rappelle les vêtements rouges des cardinaux). Au final, tout revient aux cardinaux catholiques. Pourquoi le club joue en rouge et blanc ? Là aussi, il existe plusieurs versions. Une chose est sure, lors de son premier match, l’équipe évoluait avec un maillot bleu. Mais, la couleur souffrit au fil des lavages. Le club confectionna un nouvel uniforme en vert pour le remplacer. Mais, ces derniers se délavèrent également. Les supporteurs et l’un des fondateurs du club décidèrent de passer au rouge et blanc en référence au club anglais d’Arsenal. En mai 1942, Santa Fe fut invité à jouer dans la première division de la Ligue de Bogota. Il affronta alors la puissante équipe de l’Université, match auquel le club porta pour la première fois son maillot rouge à manches blanches. Il le remporta 7 buts à 3.

#236 – RSC Anderlecht : les Mauves

Le plus grand club belge, avec ses 34 championnats de Belgique et ses 3 coupes européennes, a toujours évolué en mauve et blanc mais l’origine de ces couleurs n’a jamais été établie. Deux versions sont avancées mais sans aucune certitude.

La première serait liée à la princesse Élisabeth de Bavière, femme du futur roi des Belges, Albert. Au XIXème et au début du XXème siècle, à l’apogée du printemps, des festivités dénommées « Longchamp fleuri » se déroulaient au bois de la Cambre. La Haute-Société bruxelloise, principalement l’aristocratie, défilait dans des carrosses fleuris le long de l’avenue Longchamp jusque devant une tribune dressée dans le bois où siégeait la reine Marie-Henriette qui distribuait alors les prix pour les plus beaux attelages. Ce défilé de jeunes filles bien nées dans de magnifiques toilettes assises dans des carrosses fleuris faisait l’animation de toute la population du quartier. A l’une de ces festivités, la princesse Elisabeth s’afficha dans un carrosse victoria ornée d’orchidées mauves et blanches, assorties à sa robe. Peut-être que le fondateur du club, Charles Roos et ses associés furent subjugués par ces couleurs.

L’autre version se rapporte au clergé. Le premier match du club se fit face à l’Institut Saint-Georges, un pensionnat catholique. Charles Roos et ses partenaires auraient pu être convaincus des couleurs mauves et blanches souvent portées par les religieux Catholique de l’Institut. D’ailleurs, aujourd’hui encore, le club est lié à un autre organisation éducative catholique, l’Institut Saint-Nicolas (Sint-Niklaasinstituut), qui accueille les jeunes joueurs du club et constitue son vivier.

En flamand, le surnom devient paars en wit, les violets et blancs.

#193 – Stade Rennais : les Rouge et Noir

Fondé en 1901 par des étudiants de l’Université de Rennes, le club arborait un maillot rayé bleu ciel et bleu marine, s’inspirant des teintes du Havre AC. En 1902 débuta le championnat régional dont le premier vainqueur fut le FC Rennais. Puis, le Stade Rennais remporta la seconde édition. Mais, un troisième club l’US Servannaise, club malouin principalement composé de joueurs britanniques, s’avérait être de plus en plus un redoutable rival. Afin de concurrencer l’équipe de Saint-Malo, le Stade Rennais et le FC Rennais décidèrent d’unir leurs forces en 1904 pour devenir le Stade Rennais Université Club. Le nouveau club opta pour son maillot pour les rayures du Stade Rennais et les couleurs du FC Rennais, le rouge et le noir.

Selon l’historien du club, Claude Loire, ces deux couleurs représentent d’un côté l’esprit laïque (le rouge de la République française) et de l’autre la religion catholique (le noir rappelle la couleur des soutanes), deux courants à la base de l’identité du FC Rennais, fondé par des étudiants de mouvance anarcho-syndicaliste. Tout ceci, un avant la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Si les couleurs sont désormais traditionnelles, les rayures disparurent assez vite. D’abord blanc et noir (couleur de la ville de Rennes), le logo du club s’aligna avec les couleurs du maillot rouge à partir des années 1960.

Pour la petite histoire, en 2024, alors que le Stade Rennais s’apprêtait à accueillir l’AC Milan, dans le cadre des barrages de la Ligue Europa, la préfecture décida d’interdir de porter des insignes aux couleurs du club italien … sauf que les couleurs du Milan sont celles de Rennes.

L’union des deux club ne donna pas à court terme les résultats escomptés. Si l’US Servannaise et le Stade Rennais UC se partagèrent les titres régionaux jusqu’en 1914, l’équipe malouine remporta la majorité des titres (8 au total). Parfois de manière assez singulière. Lors de la dernière journée de la saison 1904-1905 les deux clubs étaient à égalité. L’US Servannaise joua son dernier match face au Stade Vannetais qui se termina par un résultat nul. Mais les Vannetais refusèrent de jouer la prolongation (pourtant obligatoire), donnant ainsi sur tapis vert la victoire à l’US Servannaise. Avec ses deux points, le club malouin remporta son premier titre. La saison suivante, l’US Servannaise fut suspendu à un match de la fin et termina dernière du championnat. Le nouveau Stade Rennais fut donné vainqueur. Mais, le 9 avril 1906, l’US Servannaise déposa un appel pour obtenir de rejouer le titre. Devant le refus du Stade Rennais, le titre fut donné à l’US Servannaise. Lors de la saison 1906-1907, l’US Servannaise domina haut la main le championnat au point de se permettre de ne pas jouer la dernière journée contre le Stade Rennais.

#161 – CD Universidad Católica : los Cruzados

Les croisés. Le club est rattaché à l’Université Catholique de Santiago. Pour cette raison, les symboles du club ont été choisis en lien avec la religion. Ainsi, l’écusson du club se présente sous la forme d’un triangle, avec une croix bleu, sur fond blanc avec les initiales du nom du club en rouge. Le blanc symbolise la pureté immaculée, la vertu et la morale tandis que la croix de couleur bleue représente Jésus-Christ et son royaume céleste. Enfin, les initiales en rouge rappelle le sang divin qui rachète l’homme. Naturellement, avec la présence de cette croix, le surnom de croisé vint. En outre, avec cette forme triangulaire, il y a une référence claire aux bannières des chevaliers croisés, guerriers des croisades. D’où le surnom dévie aussi en cruzados caballeros (les chevaliers croisés). En 1988, le club en joua en faisant intervenir un chevalier lors de l’inauguration du stade San Carlos de Apoquindo.

#128 – Celtic Glasgow : Bhoys

Les garçons. Le h, rajouté au mot anglais boys, vise à imiter le système orthographique gaélique, qui voit souvent la lettre « h » suivre un « b ». Cette lettre supplémentaire pouvait aussi représenter phonétiquement la prononciation irlandaise du mot, avec une inflexion douce du « h » . En effet, le Celtic est le club des immigrants irlandais de Glasgow. Il fut fondé par le frère mariste irlandais Walfrid le 6 novembre 1887 dans le but d’améliorer les conditions dans l’East End de Glasgow, un quartier principalement habité par la population catholique irlandaise. En organisant les matchs du club, le frère Walfrid voulait collecter des fonds pour son association caritative, la Poor Children’s Dinner Table. Il s’agit du surnom le plus couramment utilisé et qui remonte à la fin du XIXème siècle. On retrouve ainsi une carte postale du début du XXème siècle qui représente le Celtic de l’époque avec la mention The Bould Bhoys.

Toutefois, ce surnom n’a pas été inventé pour l’équipe du Celtic. Il serait apparu aux Etats-Unis au milieu du XIXème siècle. Ce mot d’argot était couramment utilisé pour décrire les jeunes hommes de la classe ouvrière et pauvres (voire parfois un peu trop agités) du Lower Manhattan à New York et originaire d’Irlande. En effet, les Etats-Unis connurent une forte immigration irlandaise au XIXème suite à une série de mauvaises récoltes de pomme de terre en Irlande qui tua un million d’irlandais entre 1845 et 1852 et fit fuir un autre million vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni. De 1845 à 1855, la population irlandaise de New York passa de 70 000 à 175 735 personnes, ce qui représentait un tiers des habitants de Big Apple. Pauvres, peu instruits, ces immigrants irlandais se concentrèrent à Manhattan, au Sud de Canal Street. En 1848, la caricature du bhoy accompagné de sa ghal (girl) s’immortalisa dans la culture américaine via la pièce de théâtre « A Glance at New York » de Benjamin A. Baker.

Ce terme d’argot traversa ensuite l’Atlantique et investit l’Ecosse, autre terre de forte immigration irlandaise suite à la grande famine. Dès 1851, les recensements indiquaient que les personnes nées en Irlande formaient jusqu’à un tiers de la population de grandes villes comme Glasgow ou Édimbourg. Il s’agissait d’une minorité importante et principalement catholique, en terre calviniste écossaise, ce qui ne favorisa pas leur intégration. Ainsi, plusieurs associations culturelles ou sportives naquirent dans et pour cette population. Dans le football, les clubs comme Hibernian d’Édimbourg, Celtic Glasgow, Dundee Harp, Dundee Hibernian ou Carfin Shamrocks regroupaient la communauté irlandaise de leur ville ou quartier. Ainsi, au XIXème siècle, pour rappeler l’attache de ces clubs avec leur racine irlandaise, leur équipe était communément surnommé bhoys. Finalement, il demeura uniquement pour le plus prestigieux d’entre-eux.

Ce surnom fut particulièrement repris lors de l’épopée européenne de l’équipe en Coupe de l’UEFA 2002-2003. Eliminé de la Ligue des Champions par le club suisse de Bâle, le Celtic accéda à la Coupe de l’UEFA en lot de consolation et parvint en finale après un superbe parcours où il élimina de grands noms européens dont dans l’ordre les Blackburn Rovers, le Celta Vigo, le VfB Stuttgart, Liverpool et le Boavista. Elle était alors la première équipe écossaise à atteindre une finale européenne depuis 16 ans et mettait fin à 23 ans de parcours européens se terminant avant Noël pour le Celtic. En finale à Séville, près de 80 000 supporteurs du Celtic se déplacèrent mais assistèrent malheureusement à la défaite face au FC Porto de José Mourinho. Ce surnom est un jeu de mots tiré du livre et du film « The Boys from Brazil » de l’écrivain américain Ira Levin.

#121 – RC Lens : les Sangs et Ors

Ce sont les couleurs du club du Pas-de-Calais. Lens vit la création de son club en 1906. Cette jeune équipe arborait des maillots à damier ou rayures noirs, référence aux mines de charbon, et verts, comme la Place Verte (ancien nom de la Place de la République), sur laquelle les jeunes jouaient au football avant de créer le club. Plusieurs fois, le club rendit hommage à ces couleurs avec son maillot extérieur (2018-2019, 2019-2020 et 2025-2026). Puis, de 1908 à 1914, le club aurait arborait un maillot intégralement noir. Le club fut emporté avec le début de la Première Guerre mondiale.

Mais, en 1919, il renaît grâce à Monsieur Laroche, directeur du Comité de Secours Américain. En contrepartie de la mise à disposition d’un terrain, il demanda au club de rejoindre le giron de l’Union Sportive du Foyer Franco-américain et de porter dorénavant ses couleurs ie le bleu ciel pour le maillot, le blanc pour la culotte et le rouge pour les bas.

En 1923, René Moglia fut élu président et il fit changer les couleurs pour le fameux sang et or. La légende raconte que le nouveau président du Racing eut cette idée en passant devant les ruines de l’Église Saint-Léger, détruite lors d’un bombardement le 19 janvier 1916 et dernier vestige de la présence espagnole dans la région au XVIIIème siècle (jusqu’en 1648 la ville de Lens était une place forte des Pays-Bas espagnols). René Moglia prit alors les couleurs du drapeau espagnol. Selon le site officiel du club, les premiers maillots sang et or furent portés pour la première fois en 1924 lors de l’inauguration du nouveau stade municipal Raoul Briquet (aujourd’hui stade Léo Lagrange). Il s’agissait d’un tricot rayé verticalement sang et or, couplé à une culotte noire.

#44 – FCG Bordeaux : le club au Scapulaire

Le club de Bordeaux a régulièrement affiché au fil des saisons un scapulaire (une sorte de V) sur le devant de ses maillots. Souvent présent sur les vêtements de Rugby à XIII, il fut à la mode dans les années 30 pour les clubs de football mais disparu dans les 50. Pas pour l’équipe de Bordeaux d’où le fait que le club est hérité de ce surnom. La section football a été créée en 1920 et ce n’est qu’en 1938 que le maillot du club s’orna d’un scapulaire. Il pourrait représenter le Bec d’Ambès, point de confluence entre la Dordogne et la Garonne, qui marque le début de l’estuaire de la Gironde, proche de Bordeaux. D’ailleurs, pour corroborer cette forme de la confluence, il faut étudier les armes de la ville d’Ambes qui montre un scapulaire inversé. Certains pensent que ce scapulaire provient de la fusion avec le club de l’AS du Port en 1940 (afin d’assimiler les joueurs des girondins au corps des pompiers du port de Bordeaux – représenté par l’AS du Port – pour leur éviter le STO). Toutefois, il semble que l’héritage de cette fusion fut plutôt une ancre marine que le scapulaire. A noter, tout de même, que dans une forme stylisée, le scapulaire peut représenter une ancre marine. Enfin, de manière marginal, certains avancent que ce scapulaire est une référence à la Vierge Marie. En effet, en étant dénommé Scapulaire et non Chevron comme dans les autres clubs, un lien direct est réalisé avec une pièce de toile de l’habit monastique. Cette pièce est un tissu de la largeur des épaules qui pend sur le devant et le dos presque jusqu’aux pieds, mais il est ouvert sur les côtés. Le mot Scapulaire vient du latin scapulæ qui signifie épaule. Le port de ce tissu était considéré par certain comme un acte dévotion à la Vierge Marie. Par ailleurs, certaine statue représente la Vierge avec un scapulaire dont, semble-t-il, une, située à Bordeaux, rue Neuve depuis la Révolution française.