#54 – Manchester United : Red Devils

Les diables rouges. Le surnom mythique de cette équipe de légende est apparu tardivement, pour un club anglais créé en 1878, et résulte d’un « vol ». En effet, en face du stade de Old Trafford, de l’autre côté de l’Irwell, existait le stade du club de rugby à XIII, le Salford Rugby League Club, dont la couleur était le rouge. En 1934, le club de rugby réalisa une tournée en France où il laissa une forte impression. A tel point que les journalistes français les surnommèrent les Diables Rouges. Fier de cette comparaison, le club de rugby l’intégra dans son nom : Salford Red Devils Rugby League Club. Il fallut 20 ans pour que ce surnom traverse l’Irwell et que Matt Busby, le célèbre entraîneur mancunien, se l’accapare pour faire surnommer ses troupes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’entraineur écossais avait repris en main l’équipe de Manchester United et la mena sur la voie du succès. Sa jeune équipe (22 ans de moyenne d’age) qui l’avait complétement formatée fut surnommée Busby Babes (les enfants de Busby – cf #1020) par la presse. Mais, en 1958, Manchester United fut marqué par la catastrophe aérienne de Munich, où 23 personnes dont 8 joueurs du club perdirent la vie. Busby dut reconstruire l’équipe et chercha donc une nouvelle identité, le surnom de Busby Babes étant devenu un souvenir douloureux.

Ce surnom se maria bien à Manchester United qui évoluait en rouge. Or, cette couleur qui nous est traditionnelle aujourd’hui n’est pas la couleur originelle du club mancunien. Le prédécesseur de Manchester United était Newton Heath LYR, fondé en 1878 et renommé Newton Heath en 1892. Le premier maillot était blanc accompagné d’un cordon bleu et d’un short bleu marine. En 1881, les couleurs furent changées pour le vert et or. En 1887, nouvelle modification pour le rouge et blanc, avec un short bleu marine. 1893 retour de l’or et du vert, toujours avec un bas bleu marine. 1896 le club revint au premier maillot blanc. Enfin, lorsque le club se renomma Manchester United en 1902, il adopta le maillot rouge et le short blanc qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. Il y eut tout de même quelques exceptions. Entre 1922 et 1927, Manchester garda les mêmes couleurs mais la tenue était intégralement blanche avec un scapulaire rouge. Durant quelques mois en 1934, le maillot était cerclé de bandes cerise et blanche.

Avec ce nouveau surnom de Red Devils, le club connut une période faste (5 championnats, 1 coupe nationale et surtout la coupe des clubs champions en 1968). Le diable tenant un trident s’imposa alors dans l’écusson du club en 1972. Le 27 Octobre 1975, le College of Arms, en charge au nom de la couronne britannique de toutes les questions d’héraldique, accorda à 5 clubs de la Premier League un insigne. Pour Manchester, le College décrivit ainsi ce nouvel insigne « A devil facing the sinister guardant supporting with both hands a trident gules » (Un diable tourné vers le sinistre gardien, soutenu des deux mains par un trident de gueules).

#53 – Rosenborg BK : Troillongan

Les enfants de Troll. Normal de se référer au Troll, un être de la mythologie nordique, incarnant les forces naturelles ou la magie, pour un club norvégien. Bien qu’il figure au panthéon du football norvégien, avec un des plus beaux palmarès national, le club mit du temps à y parvenir. Fondé en 1917, il passa d’abord près de 4 décennies dans les divisions régionales. Puis, l’histoire démarra lors de la saison 1959-1960. Rosenborg BK accèda enfin à la Hovedserien, la plus haute division nationale, et remporta également son premier trophée majeur, la Coupe de Norvège. C’est au cours de cette finale que le surnom naquit. Son gardien de l’époque, Sverre Fornes, était un enfant du pays et qui évoluait au club depuis 1948. Avant le premier des deux matches de la finale de la coupe contre Odd, il reçut un troll en poupée de la part d’un groupe de fans. Fornes l’accepta et l’accrocha dans ses filets du stade Ullevaal. Avec la victoire, on supposa que ce troll portait chance et on surnomma cette équipe composée de jeunes joueurs, les enfants de troll. Il est vrai que cette victoire marqua le début d’une première période dorée et fut la première pierre de son palmarès. Le choix de donner un troll n’est peut-être pas le fruit du hasard. En effet, la ville se situe à une centaine de kilomètres de la chaîne de montagnes dénommé Trollheimen, qui signifie la maison des trolls. Ce nom fut proposé pour la première fois par Håkon Løken et donné à la région par une association touristique locale dans les années 1880.

#13 – Inter Milan : il Biscione

Il Biscione signifie la Vouivre, un animal mythologique prenant la forme d’une vipère/couleuvre, parfois ailée. Il est souvent confondu avec un Dragon. Cet animal est l’emblème du club car celui de la ville de Milan. A Milan, il apparaît généralement en train de manger un homme ou un enfant. Le mot biscione (bisson en patois milanais) est le masculin de biscia, qui signifie couleuvre. L’origine remonte au XIIIème siècle et à la puissante famille Visconti, dont les armes affichent une Vouivre. Dans le « Purgatoire » de la « Divine Comédie », Dante Alighieri présentait la Vouivre comme l’étendard de la famille milanaise Visconti. Plusieurs origines sont évoquées. Une légende veut qu’Ottone Visconti, alors commandant dans la croisade de 1099, adopta ce symbole après l’avoir vu sur l’étendard d’un Sarrasin qu’il avait vaincu lors du siège de Jérusalem. Dans la même veine, Boniface, alors seigneur de Pavie et mari de la fille du Duc de Milan partit en guerre contre les Sarrasins. Son fils se vit avalé par un énorme biscione. A son retour, Boniface retrouva la créature, la tua et lui fit recracher son fils miraculeusement encore vivant. Une autre légende veut qu’un membre de la famille Visconti, Uberto, tua un serpent qui terrorisait les habitants. Au final lorsque la famille prît le pouvoir de la ville en 1277, la Vouivre devint aussi l’emblème de Milan. Aujourd’hui, l’animal mythique s’affiche un peu partout dans la ville (sur les murs du Duomo, à la gare Centrale, à l’église Sant’Ambrogio ou encore celle de Sant’Eustorgio). Certaines entreprises milanaises comme l’automobile Alfa Romeo, ou la holding de la famille Berlusconi, Fininvest, l’adoptèrent également dans leurs logos.

L’association avec le club de l’Inter apparut en 1928. Le 10 octobre 1928, l’hebdomadaire Guerin Sportivo sorta dans les kiosques avec en une, un article se proposant de décrire l’héraldisme des équipes de football italiennes. L’humoriste et illustrateur Carlo ‘Carlin’ Bergoglio avait décidé d’associer aux principales équipes un animal qui devait être leur mascotte. Pour l’Inter, le choix fut fait de la vouivre.

Un excellent article sur les fondamentaux de l’Inter sur le footichiste.

#6 – FC Porto : Dragões

Le dragon, animal mythique, liée à la terre et au feu, symbole de la puissance des forces naturelles, devient naturellement un emblème pour de nombreux clubs. C’est le cas du FC Porto qui l’affiche fièrement sur son écusson comme dans le nom de son stade (Estádio do Dragão) et de son complexe sportif adjacent (Dragão Arena). Son principal groupe de supporteurs s’appelle depuis sa création en 1986 Super Dragões (les Super Dragons), qui était une émanation d’un autre groupe dénommé Dragões Azuis. Son programme de formation des jeunes talents se nomme Dragon Force et son magazine, Dragões. Evidemment, ses mascottes sont un couple de dragons nommé Draco et Viena. Enfin, l’association récompense ses meilleurs employés et sportifs d’un Dragãos de Ouro (Dragon d’or). L’animal fantastique est si imbriqué dans la vie du club que l’expression Chama do Dragão (le feu du dragon) est souvent utilisé pour parler du club.

Ce dragon est apparu sur l’écusson du club en 1922 sur proposition du joueur Augusto Baptista Ferreira. Fondé 29 ans plus tôt, FC Porto adoptait alors son emblème actuel, qui est l’imbrication des armoiries de la ville (un dragon surmontant une couronne ducale) à l’emblème original du club (un ballon de football bleu antique avec les lettres FCP en blanc). Par une ordonnance du 25 avril 1940, la dictature de Antonio de Oliveira Salazar imposa de nouvelles normes héraldiques avec la volonté d’effacer tous les symboles libéraux et monarchiques des armoiries des municipalités et des paroisses. Ainsi, la couronne ducale et le dragon disparurent des armoiries de la cité de Porto et furent remplacés par une couronne surmontée de cinq châteaux. Dans une sorte de résistance, certaines institutions de Porto (l’orchestre municipale, les pompiers de la ville, la ligue de football, la chambre de commerce et d’industrie de Porto) conservèrent le dragon. Le FC Porto suivit également cette mouvance et n’abandonna pas le dragon (et la couronne ducale).

La présence du dragon sur les armes de la ville fut concédée par la reine Marie II, en reconnaissance de la résistance héroïque de la ville. Revenons aux origines. En 1828, le Roi Michel Ier monta sur le trône et tenta de restaurer un pouvoir absolue, au grand dam de la population. Son frère, Pierre Ier, alors Empereur du Brésil et libéral, rentra au Portugal et recruta une armée aux Açores. Les deux frères aux conceptions politiques contraires, s’affrontèrent à Porto. Pierre Ier et ses 7 500 hommes occupaient Porto tandis que les 40 000 soldats de Michel Ier encerclèrent la cité. Pendant un an, de juillet 1832 à août 1833, Porto fit face à un siège terrible (bombardement quotidien, épidémies de cholera et typhus, manque de nourriture). Mais, les forces de Pierre Ier n’abdiquèrent pas et les habitants de Porto apportèrent leur soutien à ces soldats et demeurèrent stoïques. A la fin du conflit en 1834 remporté par Pierre Ier, ce dernier décida de récompenser la ville et ses habitants pour leur héroïsme et leur soutien inépuisable. Il promit d’offrir son cœur à la ville et décerna la plus haute décoration, Ordem Militar da Torre e Espada, do Valor, Lealdade e Mérito (Ordre Militaire de la Tour et de l’Epée, de la Valeur, de la Loyauté et du Mérite) aux habitants. Il ordonna également la construction d’une bibliothèque (Biblioteca Pública Municipal do Porto), d’un musée (l’actuel Museu Nacional Soares dos Rei) et un jardin (Jardim de São Lázaro). Il attribua à la ville le titre – unique parmi les autres villes du Portugal – d’Invicta Cidade do Porto (« la ville invaincue de Porto »), qui est la devise du club également. Enfin, il décréta que que le second fils du roi du Portugal portera le titre de duc de Porto, avec pour armes « Dessa coroa sobressai um dragão negro das antigas armas dos senhores reis destes reinos » (De cette couronne, un dragon noir émerge des armes séculaires des seigneurs et rois de ces royaumes). Sa fille, la reine Marie II, exécuta ses volontés, et le 14 janvier 1837, accorda à la ville un nouveau blason (qui comprenait la couronne ducale, et donc la figure du dragon). L’animal mythologique représentait le caractère invincible, résistant et indomptable de la ville de Porto. Par ailleurs, il était aussi un symbole de la Deuxième maison de Bragance, dont étaient issus Pierre Ier et Marie II.