#919 – Unión Magdalena : el Ciclón Bananero

Le cyclone bananier. Ce club réside dans la ville de Santa Marta, capitale du département de Magdalena, et réussit l’exploit en 1968 à remporter le championnat colombien, une première pour une équipe de ce département. Ville côtière au Nord-Est du pays, Santa-Marta baigne dans la Mer des Caraïbes et connaît un climat tropical. De par cette situation, la cité enregistre aussi des vents importants et réguliers (notamment les alizées de nord-est), qui inspirèrent la première partie du surnom du club, ciclón.

L’économie du département de Magdalena est plus agricole que la Colombie dans son ensemble (le secteur agricole contribue à hauteur de 20% du PIB départemental contre 9 % au niveau national) et dans ce secteur, la banane occupe une place exceptionnelle, tant par la surface cultivée, le nombre d’emploi et la génération de revenus. Les bananes sont le principal moteur de l’économie et produit d’exportation du département de Magdalena depuis les premières années du XXème siècle. La première exploitation de bananes débuta en 1887 avec des hommes d’affaires colombiens. La culture de la banane se développa et prévalut sur les autres cultures en raison de divers facteurs: ce n’était pas intensif en capital, les rendements étaient plus rapides (la maturité est de sept mois pour la banane contre 3 ou 4 ans pour le café) et ne nécessitait aucun processus de transformation comme la canne à sucre. Rapidement, des capitaux étrangers investirent dans la région. En 1899, plusieurs sociétés étrangères se réunirent pour former une nouvelle compagnie sous le nom de United Fruit Company (UFC), avec pour objectif de concentrer et gérer l’activité bananière en Amérique centrale et dans le bassin des Caraïbes. Pendant des décennies, UFC contrôla le commerce de la banane dans cette zone et à destination des Etats-Unis. Dans les années 1960, UFC se retira du département de Magdalena pour investir dans d’autres régions. L’économie de Magdalena en souffrit mais la culture de la banane demeure aujourd’hui encore un pilier. Avec 47,1% de la production, la banane représente de loin la première culture du département (suivi par le manioc 20,6% et le palmier à huile 15,9%). Magdalena est le deuxième producteur national de bananes destinées à l’exportation en Colombie après Antioquia, avec une part de 30 % de la production nationale. Pour l’année 2019, la superficie plantée en bananes dans la zone de Magdalena était de près de 17 000 hectares et la productivité moyenne pour cette même année était de 2 155 caisses (environ 20 kg) par hectare. La production de bananes dans la région représente un peu plus de 20 000 emplois directs et environ 45 000 emplois indirects et se situe dans 800 propriétés, réparties sur 6 communes. Au niveau mondial, en 2020, la banane demeurait encore le fruit le plus exporté, avec 21,4 millions de tonnes (soit plus du double de celui de la pomme (7,6 millions de tonnes), second fruit le plus vendu au monde), soit environ 30 % du commerce global de fruits. Les exportations de bananes sont dominées par l’Equateur (380 millions de boîtes en 2021) et les autres principaux pays étaient les Philippines (entre 140 et 160 millions de caisses de bananes), le Guatemala (près de 130 millions de caisse) puis le Costa-Rica (près de 120 millions de caisse). La Colombie, qui était le 3ème exportateur mondial en 2011 (avec 1,7 millions de tonne), occupait en 2021 la 5ème place, avec 110 millions de caisse. A noter que trois des cinq principaux producteurs mondiaux de bananes – l’Inde, la Chine et le Brésil – produisent presque exclusivement pour leurs marchés nationaux.

#917 – Leixões SC : os Bébés do Mar

Les bébés de la mer. Résidant dans la ville de Matosinhos, Leixões est un club omnisports fondé le 28 novembre 1907, l’un des plus vieux du Portugal. Son surnom se compose de deux aspects : les bébés d’un côté et la mer de l’autre. Commençons par la mer. Située face à l’Océan Atlantique et au nord de Porto, Matosinhos offrait un terrain favorable aux activités maritimes. En effet, sur une côte souvent tourmentée par les tempêtes et le brouillard, la crique de Leixões constituait un refuge idéal pour les marins, dès l’antiquité romaine. En 1812, le marin et homme politique portugais, Marino Miguel Franzini écrivait alors à propos de Leixões « talvez seja este o único ponto desta costa que oferece algum abrigo às embarcações acossadas pela travessia » (c’est peut-être le seul point de cette côte qui offre quelque abri aux navires harcelés par la traversée). Ainsi, les activités portuaires se développèrent rapidement et à la fin du XIXème siècle, un port moderne émergea à l’embouchure de la rivière Leça (Les travaux de construction commencèrent le 13 juillet 1884, furent dirigés par l’ingénieur français Wiriot et se terminèrent en février 1895). Plus grand port artificiel du Portugal, il est le débouché maritime naturel pour la production industrielle du grand Porto. Dénommé Porto de Leixões, 25% du commerce international portugais transitent par ses 5 kilomètres de quai, pour environ deux mille cinq cent navires, plus de 400 000 containers et 16 millions de tonnes de marchandises par an. Leixões est l’un des ports les plus compétitifs et polyvalents du pays. Egalement port de croisière, avant le Covid, il accueillait près de 100 000 voyageurs pour une centaine de navires. Naturellement portée vers la mer, l’économie de Matosinhos repose également sur les activités de pêche.

Les bébés rappellent une formidable épopée d’une bande de « gamins » qui représentèrent brillamment Leixões et ramenèrent le seul trophée de la section football. Club à faible moyen, Leixões s’attacha à former des jeunes pour renforcer l’équipe première. Au début des années 1960, des jeunes nés à Matosinhos et formés à Leixões comme Raul Machado et Jacinto Santos intégrèrent l’équipe première. A l’issue de la saison 1959-1960, Leixões monta en première division portugaise. En 1961, l’équipe réalisa un formidable parcours en Coupe du Portugal. Après avoir éliminé en demi-finale, le tenant du titre, Belenenses, Leixões devait affronter en finale ses voisins et rivaux du FC Porto. Match totalement contrasté entre le puissant Porto (déjà vainqueur de 5 championnats et 2 coupes nationals) et le petit club de banlieue, ce déséquilibre était accentué par le lieu de la finale. Comme usuellement, elle devait se dérouler à l’Estádio Nacional, à Lisbonne mais le FC Porto, arguant que les deux clubs étaient de la région de Porto, la fit délocaliser dans son antre, l’Estádio das Antas. La légende raconte qu’à la veille du match, les joueurs du FC Porto portaient un toast en l’honneur de la conquête d’un futur trophée et que les moins prévoyants s’endettaient en prévision du probable pari remporté. Pire, le périodique « Norte Desportivo » lançait en avance le tirage du journal en titrant sur la victoire du FC Porto. Mais, à la surprise générale, Leixões tint tête au FC Porto et, en seconde période, en l’espace de deux minutes, marqua deux buts par l’intermédiaire de Silva et Oliveirinha. Leixões remportait son premier et unique trophée. L’année suivante, le club atteignit les quart-de-finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Les joueurs de Leixões furent alors surnommés par le journaliste Alfredo Farinha, os bébés do mar. Cette génération marqua le début de la politique de Leixões qui en fit l’un des bastions de la formation des joueurs au Portugal. De ses rangs sortirent des joueurs tels que Chico Faria, Jacinto, Folha, Fonseca, Tibi, Tozé.

#916 – Widzew Łódź : Władcy Miasta Włókniarzy

Les seigneurs de la ville des travailleurs du textile. 3ème ville de Pologne avec près de 700 000 habitants, Łódź n’était pourtant au début du XIXème siècle qu’une très petite bourgade. Intégré à la Prusse, le village ne comptait que 190 habitants et seulement 44 maisons, toutes les constructions étant en bois et aucune route goudronnée. Mais, elle connut un formidable boom économique au cours du XIXème siècle qui conduisit à sa position actuelle. Avec le congrès de Vienne en 1815, la Pologne semblait bénéficier d’une autonomie sous le nom de Royaume du Congrès, qui en réalité était sous tutelle russe. Néanmoins, les autorités polonaises, soutenues par le Tsar, engagèrent un plan ambitieux de développement de grands centres industriels à travers le pays. Łódź ne possédait pas de ressources minières qui auraient pu soutenir une industrie métallurgique. En revanche, sa région fut un centre important au XVII-XVIIIème de l’industrie drapière et une culture de lin et de laine existait. Ainsi, les autorités décidèrent la création d’un pôle textile dans une ville nouvelle proche de Łódź, Nowe Miasto (Nouvelle Ville). Le Tsar donna des titres de propriétés sur des terrains à des nouveaux migrants pour qu’ils construisent des usines et leur accorda également des privilèges telles que des exonérations fiscales, la gratuité des matériaux de construction ou l’exemption du service militaire. A compter des années 1820, des immigrants allemands qui étaient tisserands, filateurs et teinturiers, s’installèrent à Łódź et débutèrent l’exploitation de ce pôle textile. La guilde des drapiers fut fondée en 1825 et un an plus tard, la première usine textile fut construite par Christian Friedrich Wendisch. Outre le lin et la laine, le coton fut de loin la première ressource de cette industrie et la Russie ainsi que l’Extrême-Orient constituèrent d’importantes débouchés pour la production. Le développement de la ville fut intensif et l’apogée de l’industrie textile s’étala entre 1870 et 1910. La production de coton s’appuyait alors sur 41 000 ouvriers et 22 métiers à tisser, soit plus de 10% des métiers de tout l’Empire Russe. En 1904, il y avait 546 usines dans la ville employant 70 000 ouvriers, principalement dans l’industrie textile. Des empires industriels se constituèrent, dont les principaux étaient possédés par Ludwik Geyer, Izrael Poznański, Karol Scheibler et Ludwik Grohman. La population suivit se développement exponentiel. En 1865, la ville comptait 40 000 habitants. Puis, 314 000 en 1897. Enfin, 630 000 en 1915. La ville devint alors la plus densément peuplée au monde (13 200 habitants au km2). La Première Guerre mondiale cassa cette dynamique. Dans l’entre-deux guerre, la Russie n’était plus une débouchée possible et le seule marché intérieur polonais ne suffisait pas à absorber la production de Łódź. En 1929, 32 grands établissements abritaient chacun près de 5 000 ouvriers. En 1936, Łódź comptait 1 946 usines textiles et 106 800 employés, faisant de la ville la plus grande concentration d’ouvriers du textile. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat communiste conserva cet outil industriel mais attendit les années 1970 pour le moderniser. Toutefois, les pays du bloc de l’Est, dont l’URSS, étaient de nouveaux des terrains d’exportation. En 1950, 120 000 ouvriers travaillaient dans le secteur du textile et dans les années 1970, la production s’étalait dans 23 communes voisines de Łódź pour 275 600 ouvriers en 1975. En 1980, cette région fournissait 46,6% des tissus en coton, 46,1% des tissues en laine et 33% de la soie de la production polonaise. Néanmoins, le déclin s’amorça et d’autres industries prirent le relais. L’industrie textile ne survécut pas à la période de transition économique des années 1990 en Pologne après la chute du communisme. Le renouveau de l’économie polonaise permit une renaissance de l’industrie textile de Łódź. Si, aujourd’hui, elle ne constitue plus la puissance de Łódź, elle demeure un pan important de son économie. L’histoire particulière de la ville qui connut un développement important avec la révolution industrielle, puis un fort déclin avant de renaître avec des industries technologiques, amena à surnommer la ville la Manchester de Pologne.

#899 – Maritzburg United FC : the Team of Choice

L’équipe du choix. Le surnom de ce club sud-africain provient directement du slogan de sa ville de résidence, Pietermaritzburg. Fondée en 1838 par des colons néerlandophones qui migraient depuis le Cap vers l’intérieur du pays (les Voortrekker), cette municipalité est la seconde de la province du KwaZulu, anciennement mieux connue sous le nom de Natal. Ayant le nom en zoulou d’umGungundlovu, elle est populairement appelé Maritzburg en afrikaans. La ville devint rapidement un centre important politique et économique. D’abord capitale de l’éphémère République Boer. elle fut le siège de l’administration de la colonie du Natal après la reprise en main par la Grande-Bretagne en 1843. Puis, la ville se développa et l’industrie textile fut l’un des pans économiques les plus riches. Les autres secteurs sont la production d’aluminium, de bois et de produits laitiers. Elle bénéficie d’une couverture de transport intéressante : à seulement 45 minutes de route de Durban, le port le plus fréquenté d’Afrique, à une heure de route du nouvel aéroport King Shaka et à une heure de vol de l’aéroport internationale de Johannesburg . La ville possède aussi des infrastructures d’enseignement de qualité, telles que l’Université du Natal, fondée en 1910. Ainsi, la cité connut de longues périodes de prospérité, qui donnait de nombreuses possibilités aux habitants. L’apartheid fut même moins dur que dans d’autres régions du pays et les communautés blanches et noire semblaient vivre harmonieusement. L’Université était une voix majeure dans la lutte contre l’apartheid et fut l’une des premières du pays à dispenser un enseignement aux étudiants africains. Ainsi, la ville décida de se surnommer la ville du choix. Mais, cette vision semble appartenir au passé. Dans les années 1990, la concurrence à bas coût asiatique tua le secteur textile local. En outre, la mauvaise gestion de la ville entraina la déficience des services municipaux et la plaça plusieurs fois sous la coupe d’un administrateur.

#895 – CCDFA Arturo Fernández Vial : los Aurinegros

Les ors et noirs. Si le club de Concepción fut fondé le 15 juin 1903, il trouve ses origines dans une première association du nom de Club Deportivo Ferroviario Internacional (ou International FC selon d’autres sources) né en décembre 1897. Ce premier club regroupait les cheminots de la société nationale Ferrocarriles del Estado. Comme dans beaucoup de pays, en particulier en Amérique du Sud, les chemins de fer furent un vecteur du développement du football. D’une part, la masse des ouvriers constituait un vivier important. D’autre part, le réseau ferroviaire s’étoffa avec le soutien des experts en la matière, les britanniques. Nombre d’ingénieurs et de cheminots venant d’outre-manche émigrèrent dans les contrées sud-américaines et emmenèrent avec eux leur savoir-faire et leurs nouveaux loisirs tels que le football. Ainsi, le Club Deportivo Ferroviario Internacional naquit dans cet environnement (où les lignes ferroviaires se construisaient dans la région) et quelques années plus tard laissa sa place au CCDFA Arturo Fernández Vial (dont le F signifie Ferroviario).

Dans la tradition du monde ferroviaire sud-américain, le club retint comme couleurs le jaune et le noir. Pourquoi ? Il s’agit de rendre hommage à l’une des premières locomotives à vapeur, the Rocket (la fusée). Construite en 1829, elle fut conçue par l’ingénieur anglais George Stephenson, considéré comme l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer à vapeur. Elle combinait plusieurs innovations de précédentes locomotives pour donner la machine la plus avancée de son époque et qui demeura la base de la plupart des moteurs à vapeur au cours des 150 années suivantes. Remportant le concours du Rainhill Trials, cette locomotive traînait treize tonnes à presque 25 km/h et pouvait atteindre la vitesse record de 56 km/h (sans charge). Elle fut exploitée sur la nouvelle ligne Liverpool-Manchester et sa fiabilité et ses performances aidèrent à l’expansion du chemin de fer. Stephenson choisit de peindre sa locomotive en jaune et noir. Il se serait inspiré des diligences les plus rapides de l’époque qui affichaient ces couleurs et ainsi il pensait suggérer vitesse et fiabilité.

Les surnoms máquina aurinegra et el Auri sont également utilisés.

#882 – Tersana SC : الشواكيش

C’est un terme argotique égyptien qui signifie les marteaux. Fondé en 1921 et basé à Gizeh (dans le quartier de Mit Okba) près du Caire, le club naquit sous le régime du protectorat britannique. Or, l’occupation britannique de l’Égypte depuis 1882 importa le football dans la vallée du Nil, via les expatriés anglais travaillant pour la Compagnie du canal de Suez. La création du club fut donc l’oeuvre d’un anglais, le Major E.W. Slaughter. Initialement basé à Boulaq, un des principaux ports de la capitale égyptienne, le club était destiné au personnel de l’administration maritime et des chantiers navals de ce district. Ainsi, l’ensemble des symboles du club se réfèrent au port et à ses activités. Le nom du club « tersana » est l’équivalent en arabe d’arsenal (parmi les constructeurs navals, certains devaient certainement bâtir des navires militaires). Les couleurs bleu et blanc de son maillot rappellent directement la mer. Enfin, son écusson affiche une ancre, symbole de l’univers marin.

Pour autant, le surnom du club, الشواكيش, ne le relie pas directement au monde maritime. Il existe différentes explications pour ce surnom. La première raconte que ce terme décrivait la rudesse et la force de l’équipe, qui frappait ses adversaires comme un marteau. La deuxième histoire, qui est la plus connue de toute, indique qu’à une époque, Tersana avait recruté dans ses rangs un certain nombre d’anciens fedayins. Dans les années 1940, des nationalistes égyptiens appelés fedayins formaient des petits commandos dont l’objectif étaient d’harceler les troupes britanniques qui défendaient le canal de Suez. Le marteau pouvait donc symboliser leurs actions coup de poing et leurs duretés. Enfin, la dernière version se rapproche des origines du surnom des anglais de West Ham United (cf article #313). Certains des membres initiaux travaillaient sur les chantiers navals de Boulaq. C’était pour la plupart des ouvriers qui travaillaient l’acier pour construire les navires. Le marteau était un symbole qui les représentait bien. Il semble en tout cas que le surnom fut popularisé par les célèbres commentaires sportifs, Abdul Majid Noman, écrivant pour le journal « Al Goumhoria » , et Najib Almstkawi, du quotidien national « Al Ahram » . Ayant attribué des surnoms à la plupart des clubs égyptiens, ils auraient affublé « hammers » à Tersana à la suite d’une intervention rugueuse du défenseur Fouad Gouda, qui provoqua la blessure au pied du joueur adverse, Saleh Selim.

#878 – Paksi FC : Atomváros

La ville atomique. Même si l’équipe appartient à l’élite hongroise depuis 2006, elle n’a jamais explosé au plus haut niveau. Elle connut une grande année 2011 lorsqu’elle termina à la seconde place du championnat et remporta son unique trophée, une coupe de la Ligue de Hongrie. En fait, ce surnom s’attache à la ville de Paks. Pourtant celle-ci, qui compte près de 20 000 habitants, ne fut pas le point de chute de Blondie. Ce lien avec l’énergie nucléaire s’est créé avec la présence de la centrale nucléaire MVM Paksi Atomerőmű, situé à 5,5 km au sud de la ville, sur la rive droite du Danube. Décidée en 1966, elle fut construite entre 1969 et 1987 et constitue l’unique centrale nucléaire en Hongrie. Etant donné l’importance des besoins, la construction mobilisa fortement les entreprises hongroises ainsi que soviétiques, et plus de 10 000 personnes travaillaient sur le chantier à son pic. Composé de 4 réacteurs, représentant 2 000 MW, ils furent mis en exploitation entre 1982 et 1987. Leurs durées de vie ont été régulièrement prolongées et ils devraient cesser leurs activités entre 2032 et 2037. Exploitée par l’opérateur nationale, MVM, la centrale fournit en 2019 plus de 50% de la production d’électricité de la Hongrie. Un projet de deuxième centrale, Parks II, fut lancée en 2009 après l’approbation de l’assemblée nationale. En Août 2022, les permis ont été obtenus et la construction devrait commencer prochainement.

Evidemment, étant donné la taille moyenne de la ville, l’implantation de la centrale fut importante pour son existence. Les deux guerres mondiales du XXème siècle avait causé d’énormes pertes dans la population, conduisant à une décroissance du nombre d’habitants. Le déclin de la population fut stoppé par la construction de la centrale électrique et le nombre de citoyens doubla alors en peu de temps. En outre, la présence de la centrale nucléaire donna un nouvel élan au développement économique et, aujourd’hui, le nombre d’entreprises est élevé par rapport aux villes de taille similaire. Le blason de la ville intègre le symbole d’un atome pour rappeler la présence de la centrale.

Le secteur sportif ne resta pas à l’écart du rayonnement de la centrale électrique. Dans les années 1910, le football était l’affaire des étudiants de la ville. La création du club, nommé Paksi SE, en 1952 se réalisa avec le soutien de la principale usine de la cité, la conserverie de légumes et fruits. De son côté, la société gérant la construction et l’exploitation de la centrale fonda sa propre organisation sportive pour ses ouvriers, dénommée Atomerűmű SE (Atomerűmű signifiant centrale nucléaire). Omnisport et avant tout axé sur le loisir, le club connut des sections sportives qui s’ouvrirent à la compétition et à la professionnalisation (surtout le basket qui encore aujourd’hui lutte au sein de l’élite). Les deux équipes évoluèrent dans les divisions inférieures jusqu’en 1984 où elle se retrouvèrent dans le même groupe en 3ème division nationale. Néanmoins, cette nouvelle rivalité fut un frein au développement des équipes car les deux manquaient de moyens financiers pour accéder à l’étage supérieure. Ainsi, le 1er juillet 1993, les dirigeants des deux clubs de Paks signèrent un accord pour fusionner, pour donner naissance à Paksi Atomerőmű SE, et la nouvelle équipe se basa avant tout sur les anciens joueurs d’Atomerűmű SE. Puis, en 2006, pour son accession à l’élite hongroise, le club changea de nom pour Paksi FC. En 2011, un accord de sponsoring fut signé avec MVM, l’exploitant de la centrale, le club intégrant le signe MVM dans son nom. Mais, en 2014, ce sponsoring cessa, MVM préférant continuer de sponsoriser le club voisin de Dunaújváros PASE.

#874 – Barnsley FC : the Colliers

Les mineurs (des mines de charbon). En regardant l’écusson du club, on peut y voir un mineur, sa lampe de fosse suspendue à son cou, tenant une pioche et de l’autre côté un souffleur de verre, soutenant un chalumeau. Ces deux ouvriers représentent les deux pans de l’économie du pays de Barnsley lors de la révolution industrielle : l’extraction de charbon et la verrerie. L’exploitation des ressources du sol démarrèrent dès le Moyen-Âge mais de manière assez artisanale. Même si l’extraction de charbon était facilité (car les réserves étaient peu profondes), l’enclavement de la région limitait cette industrie. En 1806, Barnsley ne comptait que 24 mineurs, soit seulement 2,4% de la population. Résultat, avant 1850, l’économie de Barnsley était dominée par le commerce du lin. Mais, avec les besoins de la révolution industrielle, les importantes réserves de charbon autour de Barnsley ne pouvaient pas rester inexploitées. Encouragé par le développement des voies ferrés qui permirent le transport de la production, Barnsley devint le principale filon du bassin houiller du Yorkshire, connu mondialement sous le nom de Barnsley Bed. La bonne qualité du charbon en faisait un excellent combustible pour les chemins de fer et un composant pour la sidérurgie. Plus que toute autre activité, les mines transformèrent le paysage rural du South Yorkshire. Outre, le développement des houillères, des terrils, des canaux et des chemins de fer, de nombreuses villes épousèrent cette économie. En effet, la population du bassin houiller augmenta de manière phénoménal et la nouvelle population minière, dont beaucoup étaient des migrants d’autres régions du pays, devait être logée à proximité des puits. De petites colonies furent ainsi construites, transformant des villages ruraux en petite ville ou en créant de toute pièce de nouvelles communautés. A partir de 1950, l’industrie du charbon commença son déclin. La réorganisation de l’industrie du charbon dans les années 1970 et 1980 conduisit à la fermeture de nombreuses fosses. Puis, la dernière mine ferma en 1991.

Barnsley est encore synonyme aujourd’hui de mine de charbon. La légende raconte même que dans ses premières années d’existence, le club de football s’en allait crier dans les puits pour recruter de nouveaux joueurs.

#869 – FK Sloboda Tuzla : Slana Garda

La garde salée. Le club puise ses origines dans les mouvements bolcheviques de l’après Première Guerre Mondiale. Au sein de l’association sportive Gorki (du nom de l’écrivain russe Maxime Gorki, figure de proue des révolutionnaires communistes), qui était lié au jeune parti communiste de Yougoslavie, la section football prit vie en 1919. Au cours des années suivantes, le club subit la pression des autorités afin de changer son nom bolchevique. En 1923, le tribunal ordonna la dissolution du club mais certains militants poursuivirent son activité à partir de 1927 via une nouvelle association dénommée Sloboda, ce qui signifie « liberté » . Mais, ce ne sont pas ces racines révolutionnaires qui donnèrent ce surnom.

Il est attaché à la ville de Tuzla, qui est connue comme la ville du sel. A compter du Néolithique, le sous-sol de la ville qui contient du sel gemme fut exploité. Des recherches archéologiques ont effectivement permis de mettre à jour des plats en céramique datant du Néolithique et servant à la cuisson de l’eau salée et à l’extraction du sel. Résultat, à l’époque romaine, la ville se dénommait Salines, puis elle prit le nom de Soli (nom local du sel) au Moyen Âge et enfin Tuzla (« mine du sel » en turque, sel se disant tuz) à partir de l’époque ottomane. C’est la Mer Pannonienne qui couvrait la région de Tuzla il y a 20 millions d’années qui, en disparaissant, laissa des roches évaporites salines. Au XIXème siècle, de nombreuses mines de sel furent ouvertes à Tuzla et un monopole fut accordé à la société Solana, créée en 1885. Le sel marque profondément l’urbanisme de la ville. De nombreux lieux s’y rapportent tels que les rivières Solina et Jala (provenant du grec ἅλας et signifiant sel). Sur le centre de la place principale de la ville, Trg Slobode, trône une fontaine en forme de bol à sel néolithique. Surtout, en plein centre ville, se situe un trio unique de lacs salés où les habitants profitent des eaux. Toutefois, l’exploitation des mines de sel de roche a eu comme conséquence de fragiliser le sol de la ville, qui s’affaisse.

#868 – Giresunspor : Çotanaklar

Il s’agit de l’involucre, cette enveloppe de feuilles qui recouvre le fruit du noisetier. On en retrouve 3 exemplaires sur le blason du club, qui est revenu dans l’élite turque en 2022 après 44 années d’absence. Si votre café provient certainement du Brésil, la fève de cacao principalement de Côte d’Ivoire (et depuis peu le consommateur a appris que le Canada était le premier producteur de graines de moutarde), les noisettes qui composent nos fameuses pâtes à tartiner sont essentiellement importées de Turquie. Les collines du nord de la Turquie bordant la Mer Noire (couvrant les provinces d’Ordu, Trabzon, Samsun et Giresun) concentrent la quasi-totalité de la culture nationale (90%) et représentent 70% de la production mondiale, faisant de la Turquie le premier producteur et exportateur de noisettes au monde. Giresun est l’un des principaux centres de culture. Ces régions présentent un climat favorable avec des températures entre 8 degrés Celsius et 30 degrés Celsius ainsi que des précipitations certaines. La nuciculture aurait débuté en Turquie entre 2800 et 1500 avant J.-C. tandis que Xénophon mentionnait la noisette dans la ville de Giresun au IVème siècle av. J.-C.. Au ΧΙΙΙème siècle, les Génois possédaient un comptoir à Trabzon et exportaient les noisettes vers l’Europe. En 1403, un document rédigé par Roy Gonzalez Clavio, chef de la délégation envoyée auprès de Tamerlan, par le roi Henri III d’Espagne, mentionnait le départ d’un bateau chargé de noisettes de Trabzon en direction de l’Espagne. Entre 1920 et 1950, la production était estimée à environ 30 à 50 000 tonnes. Dans les années 1950-1960, elle oscillait entre 44 et 130 000 tonnes. Sur la campagne 2021-2022, la production devrait atteindre 625 000 tonnes (pour une année normale, la moyenne est plutôt autour de 600 000 tonnes). Les pays de l’Union Européenne représentent le premier marché avec près de 80% des exportations de noisettes turques. Un tiers des exportations turques est même acheté uniquement par l’entreprise italienne Ferrero pour son Nutella (la noisette turque entra dans la recette de la célèbre pâte à tartiner après la Seconde Guerre Mondiale). En 2020, 35% des exportations de noisettes du pays étaient des produits transformés tandis que le reste était des noisettes crues, générant des revenus de près de 2 milliards de dollar par an. Aujourd’hui, les terres agricoles consacrées à cette culture atteignent près de 8 millions d’hectare pour 76 000 nuciculteurs. Dans son ensemble, le secteur fait vivre plus de quatre millions de personnes. D’où, en Turquie, la noisette est appelée l’ « Or Vert ».