#869 – FK Sloboda Tuzla : Slana Garda

La garde salée. Le club puise ses origines dans les mouvements bolcheviques de l’après Première Guerre Mondiale. Au sein de l’association sportive Gorki (du nom de l’écrivain russe Maxime Gorki, figure de proue des révolutionnaires communistes), qui était lié au jeune parti communiste de Yougoslavie, la section football prit vie en 1919. Au cours des années suivantes, le club subit la pression des autorités afin de changer son nom bolchevique. En 1923, le tribunal ordonna la dissolution du club mais certains militants poursuivirent son activité à partir de 1927 via une nouvelle association dénommée Sloboda, ce qui signifie « liberté » . Mais, ce ne sont pas ces racines révolutionnaires qui donnèrent ce surnom.

Il est attaché à la ville de Tuzla, qui est connue comme la ville du sel. A compter du Néolithique, le sous-sol de la ville qui contient du sel gemme fut exploité. Des recherches archéologiques ont effectivement permis de mettre à jour des plats en céramique datant du Néolithique et servant à la cuisson de l’eau salée et à l’extraction du sel. Résultat, à l’époque romaine, la ville se dénommait Salines, puis elle prit le nom de Soli (nom local du sel) au Moyen Âge et enfin Tuzla (« mine du sel » en turque, sel se disant tuz) à partir de l’époque ottomane. C’est la Mer Pannonienne qui couvrait la région de Tuzla il y a 20 millions d’années qui, en disparaissant, laissa des roches évaporites salines. Au XIXème siècle, de nombreuses mines de sel furent ouvertes à Tuzla et un monopole fut accordé à la société Solana, créée en 1885. Le sel marque profondément l’urbanisme de la ville. De nombreux lieux s’y rapportent tels que les rivières Solina et Jala (provenant du grec ἅλας et signifiant sel). Sur le centre de la place principale de la ville, Trg Slobode, trône une fontaine en forme de bol à sel néolithique. Surtout, en plein centre ville, se situe un trio unique de lacs salés où les habitants profitent des eaux. Toutefois, l’exploitation des mines de sel de roche a eu comme conséquence de fragiliser le sol de la ville, qui s’affaisse.

#868 – Giresunspor : Çotanaklar

Il s’agit de l’involucre, cette enveloppe de feuilles qui recouvre le fruit du noisetier. On en retrouve 3 exemplaires sur le blason du club, qui est revenu dans l’élite turque en 2022 après 44 années d’absence. Si votre café provient certainement du Brésil, la fève de cacao principalement de Côte d’Ivoire (et depuis peu le consommateur a appris que le Canada était le premier producteur de graines de moutarde), les noisettes qui composent nos fameuses pâtes à tartiner sont essentiellement importées de Turquie. Les collines du nord de la Turquie bordant la Mer Noire (couvrant les provinces d’Ordu, Trabzon, Samsun et Giresun) concentrent la quasi-totalité de la culture nationale (90%) et représentent 70% de la production mondiale, faisant de la Turquie le premier producteur et exportateur de noisettes au monde. Giresun est l’un des principaux centres de culture. Ces régions présentent un climat favorable avec des températures entre 8 degrés Celsius et 30 degrés Celsius ainsi que des précipitations certaines. La nuciculture aurait débuté en Turquie entre 2800 et 1500 avant J.-C. tandis que Xénophon mentionnait la noisette dans la ville de Giresun au IVème siècle av. J.-C.. Au ΧΙΙΙème siècle, les Génois possédaient un comptoir à Trabzon et exportaient les noisettes vers l’Europe. En 1403, un document rédigé par Roy Gonzalez Clavio, chef de la délégation envoyée auprès de Tamerlan, par le roi Henri III d’Espagne, mentionnait le départ d’un bateau chargé de noisettes de Trabzon en direction de l’Espagne. Entre 1920 et 1950, la production était estimée à environ 30 à 50 000 tonnes. Dans les années 1950-1960, elle oscillait entre 44 et 130 000 tonnes. Sur la campagne 2021-2022, la production devrait atteindre 625 000 tonnes (pour une année normale, la moyenne est plutôt autour de 600 000 tonnes). Les pays de l’Union Européenne représentent le premier marché avec près de 80% des exportations de noisettes turques. Un tiers des exportations turques est même acheté uniquement par l’entreprise italienne Ferrero pour son Nutella (la noisette turque entra dans la recette de la célèbre pâte à tartiner après la Seconde Guerre Mondiale). En 2020, 35% des exportations de noisettes du pays étaient des produits transformés tandis que le reste était des noisettes crues, générant des revenus de près de 2 milliards de dollar par an. Aujourd’hui, les terres agricoles consacrées à cette culture atteignent près de 8 millions d’hectare pour 76 000 nuciculteurs. Dans son ensemble, le secteur fait vivre plus de quatre millions de personnes. D’où, en Turquie, la noisette est appelée l’ « Or Vert ».

#867 – CS Minaur Baia Mare : Minerii

Les mineurs. Le club fut fondé en 1948 par la fusion du club Phoenix Baia Mare, appartenant à l’usine chimique, créé en 1932, et Minaur Baia Mare, club des mineurs, créé en 1927. Dans un premier temps, relié à l’industrie métallurgique, le club se plaça sous le patronage de l’économie minière de la région. L’exploitation minière fut l’occupation de base et l’une des principales sources de revenues des habitants de la région de Baia Mare depuis l’Antiquité. Au cours du Néogène (s’étalant entre -23 millions d’années et -2,58 millions d’années), une activité volcanique intense se produisit dans la région, qui offrit le climat propice au développement d’une chaîne de montagnes. Les roches éruptives de ces massifs montagneux contiennent depuis des minerais d’or et d’argent ainsi que des métaux non ferreux (plomb, zinc, cuivre …). La naissance de la ville est certainement due à cette activité minière. Des témoignages écrits apparaissent dès 1329 et décrivent Baia Mare comme un important centre minier et une cité médiévale à majorité allemande. Le premier document qui donne des données plus détaillées sur l’exploitation minière à Baia Mare est le privilège délivré par Ludovic I en 1347, qui renouvelait les privilèges antérieurs de la ville et aussi jetait les bases de l’organisation minière. Au XVème siècle, l’exploitation minière était florissante. Au XIXème siècle, accompagnant la production minière, des industries métallurgiques se développèrent. Après 1918, l’État roumain fit l’acquisition des mines et des usines métallurgiques appartenant à la Hongrie en Transylvanie. Une agence d’État (Regia Intreprinderilor Miniere si Metalurgice ale Statului – Direction des entreprises minières et métallurgiques de l’État) fut créée. Après 1924, des sommes considérables furent investies afin de faire des mines des unités de pointe. En 1945, les opérations minières dans le nord du pays (dont Baia Mare) furent intégrés dans la société Minaur. Après l’établissement du régime communiste, l’apogée de la production dans le nord du pays commença : de nouvelles mines furent ouvertes. Seulement, l’exploitation minière n’était plus rentable et était fortement subventionnée par l’Etat pour répondre aux besoins de l’industrie lourde roumaine. Les réserves d’or de la banque centrale roumaine provenait de cette région. Après la révolution de 1989, les mines commencèrent à décliner. Le 30 janvier 2000, aux alentours de Baia Mare, eut lieu l’une des pires catastrophes industrielles européennes. Une fuite de cyanure provenant de la société Aurul, qui traitait les résidus de l’activité aurifère, se déversa en particulier dans la Tisza et le Danube, provoquant la mort d’une grande quantité de poissons en Hongrie et en Yougoslavie. Cinq semaines plus tard, une autre fuite, cette fois de métaux lourds (zinc, plomb, cuivre), contamina une nouvelle fois les eaux de la Tisza. Désormais, les activités minières ont quasiment disparus.

Néanmoins, elles marquèrent fortement l’histoire de la région comme du club. Après s’être appelé Energia Trustul Miner Baia Mare et Minerul Baia Mare, Minaur apparaît encore dans le nom du club. Du côté de la ville, son nom dérive directement de cette activité. « Baia » signifie une exploitation souterraine, une mine et provient du latin bannea ou du hongrois bánya. « Mare » est un adjectif dont le sens est étendu, vaste et venant du latin mas, mari. Ensuite, la production minière s’inscrivit dans ses armoiries. Sous le règne de Matthias Corvin, vers 1468, sur les pièces frappées à Baia Mare apparaissaient deux marteaux de mineur croisés, qui, plus tard, feront partie à la fois du sceau et des armoiries de la ville. Aujourd’hui, ils ont disparu mais on peut voir sur le blason un mineur sous terre avec une pioche en train de creuser.

#853 – 1. FC Tatran Prešov : Koňare

Les cavaliers. Troisième ville la plus peuplée de Slovaquie, Prešov comptait un important haras au siècle dernier qui donna aux habitants d’être connu sous le surnom de Koňare dans tout le pays. En 1859, la cité finança la construction d’un haras d’Etat qui s’éleva au centre de la ville (dans l’actuel rue Sabinovská). La structure massive se composait d’un bâtiment administratif avec des bureaux, des appartements pour les employés et des écuries, incluant des dépendances et des entrepôts. L’objectif était d’élever des races de chevaux à destination des régions septentrionales de la Hongrie (la Slovaquie était alors intégrée au sein du Royaume de Hongrie) afin qu’ils servent à la vie économique et également pour l’armée. Il servait aussi de relais pour les voyageurs et leurs montures, sur la route qui menait à Budapest. En 1962, ce haras de Prešov cessa d’exister. Le 25 janvier 1975, une forte détonation mit fin à l’existence des bâtiments du haras, à l’exception d’une partie de l’enceinte en brique.

Cette vieille tradition d’élevage marqua la ville et sa réputation dans le pays, donnant ainsi naissance à ce surnom. Le club de hockey local, le HC 21 Prešov, arbore sur son écusson un étalon tout comme le club du 1. FC Tatran Prešov. Pour ce dernier, outre l’histoire de la ville, il existerait un lien direct avec le haras. En 1899, un terrain de football fut édifié près de la rue Sabinovská, où se trouvait les haras. Si les spectateurs voulaient accéder au terrain de football à l’époque, ils devaient passer près des écuries. Les gens entendaient le hennissement des chevaux et supportaient leur odeur. Cet environnement ne plaisait pas à tous les spectateurs, notamment les fans adverses qui le faisaient savoir en criant dans les travées « Koňare ! Koňare ! ».

#847 – SC Eendracht Alost : de Ajuinen

Les oignons. Dans toute la Flandre, les habitants d’Alost sont connus pour être des oignons. Et si, au départ, le terme était certainement utilisé de manière ironique, le sobriquet semble être devenu un titre honorifique pour les habitants. Il se rapporte à l’une des activités économiques importantes de la ville et ses alentours au XIXème siècle. Bordée de polder, la rivière Dendre offrait des rives fertiles pour la culture de l’oignon. Résultat, la majorité des paysans d’Alost cultivait des oignons. Outre le grand marché du houblon, un célèbre marché aux oignons se tenait également à Alost. Ce sobriquet moqueur a connu des dérivés au fil du temps tels que ajuinpelders (éplucheurs d’oignons), ajuinboeren (producteurs d’oignons), ajuinfretters (moulins à oignons). Les premières traces de ce surnom apparaissent dans une chanson folklorique de Flandre orientale de Termonde, datant de 1843. Normal car les deux villes entretenaient une saine rivalité. Pour les termondois, les oignons permettaient de désigner les alostois comme des idiots, des cancres. Mais ces derniers, fiers de cette culture, ne furent pas gêner par ces moqueries. D’ailleurs, en 1890, lors d’une procession, les habitants d’Alost représentèrent leur cité sous la forme d’un oignon.

Naturellement, la plante potagère est ancrée dans la culture et le folklore locale. Dans la région, l’expression « Hij heeft nen ajuin gehad » (il a eu un oignon) signifiait qu’une femme abandonnait son mari. La porte du pauvre malheureux pouvait même se voir décorer d’une rangée d’oignons. Si, aujourd’hui la culture a décliné, l’oignon demeure toujours un symbole vivant. Dans la gastronomie belge, la soupe à l’oignon d’Alost y tient sa place. Evénement majeur de la ville, vieux de 600 ans, le carnaval d’Alost est mondialement connu et rassemble chaque année, pendant 3 jours, près de 100 000 personnes. Placé sous le signe de l’exubérance et de la parodie, le carnaval est rythmé de différentes festivités : un défilé de chars et de géants, une danse des balais pour chasser les fantômes de l’hiver, une parade burlesque de jeunes gens travestis en femmes (Voil Jeanetten) ainsi qu’en rituel final, la mise au bucher de l’effigie du carnaval. Parmi ces spectacles, la lancée d’oignons (Ajuinworp) demeure une institution. Depuis le balcon de la mairie, sur la Grote Markt (la place centrale de la ville et lieu principal des festivités), des oignons sont jetés au public, qui espère pouvoir attraper l’un des oignons dorés (gouden ajuin).

Toutefois, les jeunes générations connaissent moins bien les origines de l’oignon comme symbole et activité florissante de la ville. Une toute autre version a ainsi émergé. Selon cette dernière interprétation, le surnom d’oignons s’expliquerait plutôt par une particularité du dialecte de la région. Pour répondre positivement, les habitants d’Alost disait régulièrement « ha, ja hij » (ah ben oui), ce qui ressemblait à la prononciation du mot oignon dans le dialecte local ([a’join]).

#842 – ASPA Cotonou : les Portuaires

ASPAC sont les initiales d’Association Sportive du Port Autonome de Cotonou et, avec cette simple explication, le surnom apparaît comme une évidence. En 1968, la société Port Autonome de Cotonou (PAC) en charge de l’entretien et de l’exploitation des installations portuaire décida de créer une entité sportive où ses salariés pourraient s’émanciper sportivement. Depuis lors, le club est totalement lié à l’entreprise publique. D’une part, dans les symboles. L’écusson du club affiche une ancre marine et ses couleurs sont le blanc, le bleu et l’orange, également celles du PAC. Surtout, le nom du club rappelle ce lien filial. D’autre part, dans l’organisation. Certains membres de la direction, mais surtout le président du club, sont des cadres du PAC. En outre, le directeur général du Port Autonome de Cotonou est d’office président d’honneur de l’ASPAC. La dernière élection du bureau directeur en Mars 2022 s’est d’ailleurs déroulée dans les locaux du PAC (en présence de son Directeur Général). Ce soutien n’est pas symbolique car le port de Cotonou constitue le poumon économique du pays.

Plus grande ville du Bénin, Cotonou est la capitale économique du pays grâce aux activités portuaires. Sa position demeure stratégique pour les échanges dans la région et son port se présente comme le 1er port de transit d’Afrique de l’Ouest. Coincé entre le Lac Nokoué et l’Océan Atlantique, à 40 km de la capitale administrative, Porto-Novo, et à peine plus du géant africain, le Nigéria, Cotonou bénéficie d’infrastructures portuaires, routières et aéroportuaires qui lui permettent d’être le pivot logistique des pays de l’hinterland (notamment le Niger) et du Nigéria (un marché de 220 millions d’habitants). En 2018, 49 % du trafic d’importation étaient réexpédiés vers le Niger. Le port de Cotonou contribue à plus de 60 % au PIB du pays (notamment via les droits de douane) et mobilise plus de 90 % des ressources intérieures. Construit en 1965 (auparavant une simple passerelle métallique construite en 1891 constituait le port), le port subit la forte concurrence d’Abidjan en Côte d’Ivoire et de Tema au Ghana, en mesure d’accueillir des navires plus gros. Le gouvernement a donc entrepris de lourds investissements pour redynamiser le port. En 2018, le PAC s’est associé avec le Port of Antwerp International (PAI) pour bénéficier de l’expérience du port anversois. En outre, d’ici 2025, 450 milliards de FCFA seront investis pour en faire une plateforme logistique moderne. 700 personnes travaillent au PAC, pour plus de 10 000 personnes sur le port.

#840 – ATK Mohun Bagan FC : দ্য মেরিনার্স

Les marins. Parmi les géants de la planète (en termes de population), l’Inde est le dernier à ne pas avoir totalement succombé au football-roi. Bien qu’elle reste encore un nain au niveau planétaire, la Chine tente depuis une vingtaine d’année de faire émerger une équipe nationale digne de ce nom et un championnat qui compte sur le continent. Les Etats-Unis avaient entamé le virage quelques années auparavant et la greffe de la MLS semble avoir pris. Du côté de l’Inde, le football demeurait un parent pauvre. Il faut dire qu’au pays du cricket, difficile de se faire une place. Mais, l’Inde n’est pas hermétique à ce sport populaire et, en 2013, un nouveau championnat national, l’Indian Super League, sur le modèle de la MLS américaine, essaye de faire aimer le football au plus grand nombre. Pour l’instant, ce championnat demeure encore très exotique. Pour le rendre populaire, les nouveaux clubs ont attiré des stars du ballon rond. Toutefois, ces mercenaires ou missionnaires étaient déjà des retraités (ce fut la même chose pour la MLS et la CSL à leurs débuts mais avec des footballeurs moins âgés tout de même) et après l’euphorie des débuts, peu aujourd’hui tentent cette aventure. En 2020, un évènement eut lieu avec la fusion d’une des principales franchises de l’ISL, l’ATK, avec l’un des clubs de football historique du pays, Mohun Bagan FC. Peut-être un premier pas vers une normalisation de la ligue et l’unification du football indien.

Alors que l’ATK s’était aligné sur les symboles de son partenaire européen, l’Atlético Madrid, le nouveau club, ATK Mohun Bagan FC, reprit tous les symboles de l’association sportive historique, pour bénéficier de sa réputation et plus facilement instaurer un lien avec la nouvelle structure. Fondé en 1889, Mohun Bagan était plus qu’un club sportif pour les indépendantistes, surtout après la victoire de l’équipe face aux anglais du East Yorkshire Regiment en 1911. Elle était alors la première équipe indienne à remporter l’IFA Shield et alors que les joueurs indiens avaient joué pied nus face à des anglais équipés normalement. Après l’indépendance, le club avait perdu ce symbole nationaliste pour devenir le garant de la tradition et de l’élite de Calcutta.

Mais, revenons à l’essentiel de cette article : le surnom du nouveau club. ATK Mohun Bagan FC reprit donc les couleurs de Mohun Bagan (vert et marron), l’écusson (montrant un marin et son voilier) et hérita donc du surnom de marins. Mohun Bagan fut fondé dans le nord de Calcutta, dans une villa dénommée Mohun Bagan (ce qui donna le nom du club) le 15 août 1889. Ce quartier se trouvait près des rives du Hooghly, branche occidentale du Gange, où circulait de nombreux bateaux. A la fin du XIXème siècle, Calcutta était l’un des plus grands centres commerciaux de l’Inde britannique, notamment en raison de ses voix navigables qui favorisaient les échanges. Ainsi, le club s’identifia avec les marins de la ville.

#839 – NK Inter Zaprešić : Keramičari

Les céramistes. Vous avez évidemment deviné que la poterie ne constitue pas une activités des entrainements de l’équipe. En revanche, la présence de l’usine de porcelaine d’Inkerpor, filiale du groupe espagnole Porvasal, dans la ville de Zaprešić n’est certainement pas étrangère à ce surnom. En 1929, le club de football fut fondé sous le nom de NK Sava. En 1932, le club changea son nom en NK Jelačić, qu’il porta jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, nouveau changement de nom pour NK Zaprešić. Puis, en 1962, le nouveau nom qui nous intéresse : NK Jugokeramika. En effet, à partir de cette date et jusqu’à l’indépendance du pays, le club fut patronné par la société Jugokeramika. Son usine s’installa dans la ville de Zaprešić en 1953. Sa production était diversifiée et sa gamme allait de carreaux de céramique aux appareils sanitaires, en passant par la vaisselle en porcelaine, dès 1956. Ses produits avaient alors une bonne réputation dans toute la Yougoslavie. A l’orée de l’indépendance du pays en 1991, le club obtint le titre non-officiel de champion de Croatie (ce premier championnat n’était pas encore officiellement reconnue mais il avait une haute valeur symbolique pour le peuple). A la même époque, Jugokeramika fut privatisé et changea de nom pour INKER (INdustrija KERamike). En conséquence, le club modifia son nom pour Inker Zaprešić. Mais, avec l’effondrement de la Yougoslavie, les marchés des territoires de l’ancien État n’étaient plus porteurs et les marchés étrangers connaissaient la crise. L’activité de l’usine déclina alors comme son soutien au club. Finalement, au début des années 2000, l’usine ne manifestait plus aucun désir de coopérer avec le club et aucune aide financière ne parvenait. Selon les dirigeants de l’époque, l’usine ne répondait même plus aux demandes d’explication ou d’aide de l’équipe. La direction du club constata donc le divorce en 2003 en abandonnant le nom de l’entreprise et devint l’Inter Zaprešić, qui avait l’avantage d’être proche de son ancienne dénomination. Le surnom en revanche resta.

#825 – Neftchi PFK Bakou : Neftçilər

Les pétroliers. Tiré du nom du club qui lui même dérive du terme azéri neft qui signifie pétrole. Le club naquit le 18 mars 1937 de la volonté des ouvriers des compagnies pétrolières situées à Bakou. Les fondateurs relièrent le club avec leur métier avec de nombreux symboles. Le plus évident fut le choix du nom du club нефтяник (à l’époque en russe, l’Azerbaïdjan étant une république soviétique) qui signifiait « pétrolier ». Puis, le blason du club incorpora un derrick, ouvrage le plus visible des puits de forage (encore dans l’écusson aujourd’hui), avec en arrière plan un H, première lettre du nom du club. Enfin, l’équipe évolua dans un maillot noir et blanc, dont la couleur noire rappelait évidemment l’or noir. Le club fut intégré au syndicat des ouvriers du pétrole sous l’égide du Ministère Soviétique de l’Energie. Ce lien avec l’activité pétrolière n’a jamais cessé malgré l’effondrement du système soviétique. Aujourd’hui, Azərbaycan Respublikası Dövlət Neft Şirkəti (SOCAR), compagnie pétrolière détenue par l’Etat azéri, demeure toujours l’un des sponsors principaux de l’équipe.

Situé sur les rives de la Mer Caspienne, Bakou est une ville portuaire et une station balnéaire, dont la vue du soleil couchant est perturbée par les derricks et les plateformes pétrolières. En effet, les champs pétrolifères de Bakou constituent l’un des plus vieux centres de production de pétrole et de ses dérivés. L’exploitation industrielle de cette ressource débuta en 1871 avec Ivan Mirzoev et l’activité attira rapidement les frères Nobel (acquisition en 1873 d’une raffinerie pour 25 000 roubles) et les Rotchild. Mais, il semble que l’histoire d’amour entre le pétrole et la cité remonte encore plus loin. Marco Polo mentionnait déjà la présence de pétrole dans la région. Un puits de 35 mètres de profondeur, datant de 1594, selon une inscription, a été retrouvé près de Bakou. Au XVIIème siècle, le scientifique turc Evliya Çelebi rapporta que Bakou était entourée de 500 puits et cette description de la ville était également partagé par le voyageur allemand, Adam Olearius et le secrétaire de l’ambassade de Suède en Perse, Engelbert Kaempfer à la même époque. En 1813, le nombre de puits producteurs était de 116 et doubla quasiment en 1860. Toutefois, creusé souvent à la main, ces forages étaient peu profonds et la production était donc limitée. Mais, avec les machines et l’ingéniosité de la révolution industrielle, la production s’intensifia et à la fin du XIXème siècle, Bakou comptait déjà plus de 3 000 puits de pétrole. La cité représentait alors 95% de la production de l’Empire Russe, qui avait mis la main sur la région et était le premier producteur de pétrole mondial. En 1900, Bakou produisait 11 millions de tonnes par an de pétrole, soit 50 % de la production mondiale. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Azerbaïdjan produisait 23 millions de tonnes de pétrole brut par an et couvrait les trois quarts des besoins de l’Union Soviétique. En 1920, l’Institut polytechnique de Bakou fut créé, devenant la référence européenne et asiatique de la formation des scientifiques et des ingénieurs de l’industrie pétrolière. En 1947, débuta l’exploitation offshore. Le pays est devenu nettement dépendant de cet or noir, qui génèrent les deux tiers de ses revenus. Néanmoins, même si le sol regorge de pétrole et de gaz, d’autres champs apparurent en Asie Centrale (et ailleurs dans le monde évidemment) et les espoirs des compagnies pétrolières se sont progressivement déplacés vers le Kazakhstan. A fin 2020, l’Azerbaïdjan ne représentait plus que 0,4% des réserves mondiales de pétrole et en 2021, sa production s’élevait à 722 000 barils par jour, soit 1,2% de la production mondiale.

#820 – CS Luqueño : El Chanchón, Kure Luque

En espagnol sudaméricain, le cochon peut être désigné par le terme chancho et, dans la ville de Luque, chanchón se rapporte au cochon, voire à un gros porc. Le second est du guarani et désigne la ville de Luque comme celle du cochon (kure = cochon). Clairement deux surnoms qui tournent autour de cet animal signifient sans aucun doute que ce club réside dans une ville connue pour sa production porcine. Cette banlieue d’Asunción accueille de nombreux abattoirs et d’usine de charcuterie. La société Itabo Agropecuaria, leader dans la vente de produits issus du porc, ouvre cette année une nouvelle usine et un réfrigérateur nommés La Porkcina à Luque. Pour 10 millions de dollars US d’investissement, l’usine sera en capacité de traiter 35 tonnes par jour et abattre 120 animaux par heure, soit plus ou moins 1 000 animaux par jour. La réputation de la charcuterie de Luque n’est plus à faire dans le pays et chaque année depuis près de 10 ans, la municipalité organise le kure aka (le jour du cochon), une feria traditionnelle et gastronomique autour du cochon, qui rassemble plus de 50 000 personnes. Toutefois, Luque est aussi très connu (voire même plus connu) pour l’orfèvrerie (bijoux en or et argent particulièrement, la ville étant le lieu de résidence de nombreuses bijouteries), ainsi que pour la fabrication d’instruments de musique tels que la harpe et la guitare. Alors pourquoi le porc, animal peu valorisant, a pris le pas sur les autres activités.

La légende raconte que la charcuterie fabriquée à Luque était acheminé vers Asunción par le train. Or, les wagons qui accueillaient ces produits servaient également à transporter les supporteurs ainsi que les joueurs pour aller jouer dans la capitale. Les fans adverses ne mirent pas longtemps à appeler les joueurs et les supporteurs de Luque, les cochons. Ils criaient alors « Allí vienen los Kure Luque » (Voici le Kure Luque).

Pour l’anecdote, il faut savoir que le siège de la Conmebol, la fédération sudaméricaine, se trouve à Luque.