#842 – ASPA Cotonou : les Portuaires

ASPAC sont les initiales d’Association Sportive du Port Autonome de Cotonou et, avec cette simple explication, le surnom apparaît comme une évidence. En 1968, la société Port Autonome de Cotonou (PAC) en charge de l’entretien et de l’exploitation des installations portuaire décida de créer une entité sportive où ses salariés pourraient s’émanciper sportivement. Depuis lors, le club est totalement lié à l’entreprise publique. D’une part, dans les symboles. L’écusson du club affiche une ancre marine et ses couleurs sont le blanc, le bleu et l’orange, également celles du PAC. Surtout, le nom du club rappelle ce lien filial. D’autre part, dans l’organisation. Certains membres de la direction, mais surtout le président du club, sont des cadres du PAC. En outre, le directeur général du Port Autonome de Cotonou est d’office président d’honneur de l’ASPAC. La dernière élection du bureau directeur en Mars 2022 s’est d’ailleurs déroulée dans les locaux du PAC (en présence de son Directeur Général). Ce soutien n’est pas symbolique car le port de Cotonou constitue le poumon économique du pays.

Plus grande ville du Bénin, Cotonou est la capitale économique du pays grâce aux activités portuaires. Sa position demeure stratégique pour les échanges dans la région et son port se présente comme le 1er port de transit d’Afrique de l’Ouest. Coincé entre le Lac Nokoué et l’Océan Atlantique, à 40 km de la capitale administrative, Porto-Novo, et à peine plus du géant africain, le Nigéria, Cotonou bénéficie d’infrastructures portuaires, routières et aéroportuaires qui lui permettent d’être le pivot logistique des pays de l’hinterland (notamment le Niger) et du Nigéria (un marché de 220 millions d’habitants). En 2018, 49 % du trafic d’importation étaient réexpédiés vers le Niger. Le port de Cotonou contribue à plus de 60 % au PIB du pays (notamment via les droits de douane) et mobilise plus de 90 % des ressources intérieures. Construit en 1965 (auparavant une simple passerelle métallique construite en 1891 constituait le port), le port subit la forte concurrence d’Abidjan en Côte d’Ivoire et de Tema au Ghana, en mesure d’accueillir des navires plus gros. Le gouvernement a donc entrepris de lourds investissements pour redynamiser le port. En 2018, le PAC s’est associé avec le Port of Antwerp International (PAI) pour bénéficier de l’expérience du port anversois. En outre, d’ici 2025, 450 milliards de FCFA seront investis pour en faire une plateforme logistique moderne. 700 personnes travaillent au PAC, pour plus de 10 000 personnes sur le port.

#840 – ATK Mohun Bagan FC : দ্য মেরিনার্স

Les marins. Parmi les géants de la planète (en termes de population), l’Inde est le dernier à ne pas avoir totalement succombé au football-roi. Bien qu’elle reste encore un nain au niveau planétaire, la Chine tente depuis une vingtaine d’année de faire émerger une équipe nationale digne de ce nom et un championnat qui compte sur le continent. Les Etats-Unis avaient entamé le virage quelques années auparavant et la greffe de la MLS semble avoir pris. Du côté de l’Inde, le football demeurait un parent pauvre. Il faut dire qu’au pays du cricket, difficile de se faire une place. Mais, l’Inde n’est pas hermétique à ce sport populaire et, en 2013, un nouveau championnat national, l’Indian Super League, sur le modèle de la MLS américaine, essaye de faire aimer le football au plus grand nombre. Pour l’instant, ce championnat demeure encore très exotique. Pour le rendre populaire, les nouveaux clubs ont attiré des stars du ballon rond. Toutefois, ces mercenaires ou missionnaires étaient déjà des retraités (ce fut la même chose pour la MLS et la CSL à leurs débuts mais avec des footballeurs moins âgés tout de même) et après l’euphorie des débuts, peu aujourd’hui tentent cette aventure. En 2020, un évènement eut lieu avec la fusion d’une des principales franchises de l’ISL, l’ATK, avec l’un des clubs de football historique du pays, Mohun Bagan FC. Peut-être un premier pas vers une normalisation de la ligue et l’unification du football indien.

Alors que l’ATK s’était aligné sur les symboles de son partenaire européen, l’Atlético Madrid, le nouveau club, ATK Mohun Bagan FC, reprit tous les symboles de l’association sportive historique, pour bénéficier de sa réputation et plus facilement instaurer un lien avec la nouvelle structure. Fondé en 1889, Mohun Bagan était plus qu’un club sportif pour les indépendantistes, surtout après la victoire de l’équipe face aux anglais du East Yorkshire Regiment en 1911. Elle était alors la première équipe indienne à remporter l’IFA Shield et alors que les joueurs indiens avaient joué pied nus face à des anglais équipés normalement. Après l’indépendance, le club avait perdu ce symbole nationaliste pour devenir le garant de la tradition et de l’élite de Calcutta.

Mais, revenons à l’essentiel de cette article : le surnom du nouveau club. ATK Mohun Bagan FC reprit donc les couleurs de Mohun Bagan (vert et marron), l’écusson (montrant un marin et son voilier) et hérita donc du surnom de marins. Mohun Bagan fut fondé dans le nord de Calcutta, dans une villa dénommée Mohun Bagan (ce qui donna le nom du club) le 15 août 1889. Ce quartier se trouvait près des rives du Hooghly, branche occidentale du Gange, où circulait de nombreux bateaux. A la fin du XIXème siècle, Calcutta était l’un des plus grands centres commerciaux de l’Inde britannique, notamment en raison de ses voix navigables qui favorisaient les échanges. Ainsi, le club s’identifia avec les marins de la ville.

#839 – NK Inter Zaprešić : Keramičari

Les céramistes. Vous avez évidemment deviné que la poterie ne constitue pas une activités des entrainements de l’équipe. En revanche, la présence de l’usine de porcelaine d’Inkerpor, filiale du groupe espagnole Porvasal, dans la ville de Zaprešić n’est certainement pas étrangère à ce surnom. En 1929, le club de football fut fondé sous le nom de NK Sava. En 1932, le club changea son nom en NK Jelačić, qu’il porta jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, nouveau changement de nom pour NK Zaprešić. Puis, en 1962, le nouveau nom qui nous intéresse : NK Jugokeramika. En effet, à partir de cette date et jusqu’à l’indépendance du pays, le club fut patronné par la société Jugokeramika. Son usine s’installa dans la ville de Zaprešić en 1953. Sa production était diversifiée et sa gamme allait de carreaux de céramique aux appareils sanitaires, en passant par la vaisselle en porcelaine, dès 1956. Ses produits avaient alors une bonne réputation dans toute la Yougoslavie. A l’orée de l’indépendance du pays en 1991, le club obtint le titre non-officiel de champion de Croatie (ce premier championnat n’était pas encore officiellement reconnue mais il avait une haute valeur symbolique pour le peuple). A la même époque, Jugokeramika fut privatisé et changea de nom pour INKER (INdustrija KERamike). En conséquence, le club modifia son nom pour Inker Zaprešić. Mais, avec l’effondrement de la Yougoslavie, les marchés des territoires de l’ancien État n’étaient plus porteurs et les marchés étrangers connaissaient la crise. L’activité de l’usine déclina alors comme son soutien au club. Finalement, au début des années 2000, l’usine ne manifestait plus aucun désir de coopérer avec le club et aucune aide financière ne parvenait. Selon les dirigeants de l’époque, l’usine ne répondait même plus aux demandes d’explication ou d’aide de l’équipe. La direction du club constata donc le divorce en 2003 en abandonnant le nom de l’entreprise et devint l’Inter Zaprešić, qui avait l’avantage d’être proche de son ancienne dénomination. Le surnom en revanche resta.

#825 – Neftchi PFK Bakou : Neftçilər

Les pétroliers. Tiré du nom du club qui lui même dérive du terme azéri neft qui signifie pétrole. Le club naquit le 18 mars 1937 de la volonté des ouvriers des compagnies pétrolières situées à Bakou. Les fondateurs relièrent le club avec leur métier avec de nombreux symboles. Le plus évident fut le choix du nom du club нефтяник (à l’époque en russe, l’Azerbaïdjan étant une république soviétique) qui signifiait « pétrolier ». Puis, le blason du club incorpora un derrick, ouvrage le plus visible des puits de forage (encore dans l’écusson aujourd’hui), avec en arrière plan un H, première lettre du nom du club. Enfin, l’équipe évolua dans un maillot noir et blanc, dont la couleur noire rappelait évidemment l’or noir. Le club fut intégré au syndicat des ouvriers du pétrole sous l’égide du Ministère Soviétique de l’Energie. Ce lien avec l’activité pétrolière n’a jamais cessé malgré l’effondrement du système soviétique. Aujourd’hui, Azərbaycan Respublikası Dövlət Neft Şirkəti (SOCAR), compagnie pétrolière détenue par l’Etat azéri, demeure toujours l’un des sponsors principaux de l’équipe.

Situé sur les rives de la Mer Caspienne, Bakou est une ville portuaire et une station balnéaire, dont la vue du soleil couchant est perturbée par les derricks et les plateformes pétrolières. En effet, les champs pétrolifères de Bakou constituent l’un des plus vieux centres de production de pétrole et de ses dérivés. L’exploitation industrielle de cette ressource débuta en 1871 avec Ivan Mirzoev et l’activité attira rapidement les frères Nobel (acquisition en 1873 d’une raffinerie pour 25 000 roubles) et les Rotchild. Mais, il semble que l’histoire d’amour entre le pétrole et la cité remonte encore plus loin. Marco Polo mentionnait déjà la présence de pétrole dans la région. Un puits de 35 mètres de profondeur, datant de 1594, selon une inscription, a été retrouvé près de Bakou. Au XVIIème siècle, le scientifique turc Evliya Çelebi rapporta que Bakou était entourée de 500 puits et cette description de la ville était également partagé par le voyageur allemand, Adam Olearius et le secrétaire de l’ambassade de Suède en Perse, Engelbert Kaempfer à la même époque. En 1813, le nombre de puits producteurs était de 116 et doubla quasiment en 1860. Toutefois, creusé souvent à la main, ces forages étaient peu profonds et la production était donc limitée. Mais, avec les machines et l’ingéniosité de la révolution industrielle, la production s’intensifia et à la fin du XIXème siècle, Bakou comptait déjà plus de 3 000 puits de pétrole. La cité représentait alors 95% de la production de l’Empire Russe, qui avait mis la main sur la région et était le premier producteur de pétrole mondial. En 1900, Bakou produisait 11 millions de tonnes par an de pétrole, soit 50 % de la production mondiale. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Azerbaïdjan produisait 23 millions de tonnes de pétrole brut par an et couvrait les trois quarts des besoins de l’Union Soviétique. En 1920, l’Institut polytechnique de Bakou fut créé, devenant la référence européenne et asiatique de la formation des scientifiques et des ingénieurs de l’industrie pétrolière. En 1947, débuta l’exploitation offshore. Le pays est devenu nettement dépendant de cet or noir, qui génèrent les deux tiers de ses revenus. Néanmoins, même si le sol regorge de pétrole et de gaz, d’autres champs apparurent en Asie Centrale (et ailleurs dans le monde évidemment) et les espoirs des compagnies pétrolières se sont progressivement déplacés vers le Kazakhstan. A fin 2020, l’Azerbaïdjan ne représentait plus que 0,4% des réserves mondiales de pétrole et en 2021, sa production s’élevait à 722 000 barils par jour, soit 1,2% de la production mondiale.

#820 – CS Luqueño : El Chanchón, Kure Luque

En espagnol sudaméricain, le cochon peut être désigné par le terme chancho et, dans la ville de Luque, chanchón se rapporte au cochon, voire à un gros porc. Le second est du guarani et désigne la ville de Luque comme celle du cochon (kure = cochon). Clairement deux surnoms qui tournent autour de cet animal signifient sans aucun doute que ce club réside dans une ville connue pour sa production porcine. Cette banlieue d’Asunción accueille de nombreux abattoirs et d’usine de charcuterie. La société Itabo Agropecuaria, leader dans la vente de produits issus du porc, ouvre cette année une nouvelle usine et un réfrigérateur nommés La Porkcina à Luque. Pour 10 millions de dollars US d’investissement, l’usine sera en capacité de traiter 35 tonnes par jour et abattre 120 animaux par heure, soit plus ou moins 1 000 animaux par jour. La réputation de la charcuterie de Luque n’est plus à faire dans le pays et chaque année depuis près de 10 ans, la municipalité organise le kure aka (le jour du cochon), une feria traditionnelle et gastronomique autour du cochon, qui rassemble plus de 50 000 personnes. Toutefois, Luque est aussi très connu (voire même plus connu) pour l’orfèvrerie (bijoux en or et argent particulièrement, la ville étant le lieu de résidence de nombreuses bijouteries), ainsi que pour la fabrication d’instruments de musique tels que la harpe et la guitare. Alors pourquoi le porc, animal peu valorisant, a pris le pas sur les autres activités.

La légende raconte que la charcuterie fabriquée à Luque était acheminé vers Asunción par le train. Or, les wagons qui accueillaient ces produits servaient également à transporter les supporteurs ainsi que les joueurs pour aller jouer dans la capitale. Les fans adverses ne mirent pas longtemps à appeler les joueurs et les supporteurs de Luque, les cochons. Ils criaient alors « Allí vienen los Kure Luque » (Voici le Kure Luque).

Pour l’anecdote, il faut savoir que le siège de la Conmebol, la fédération sudaméricaine, se trouve à Luque.

#819 – CA River Plate Montevideo : Dársena, los Darseneros

Le dock, les dockers. La naissance du club accompagna l’avènement du professionnalisme dans le football uruguayen. Face au refus de leur participation distincte à la nouvelle ligue professionnelle, deux clubs du quartier de Ciudad Vieja mirent leur vieille rivalité de côté et unirent leurs forces en 1932 pour créer une nouvelle association. CA Capurro (fondé en 1914) et Olimpia FC (fondé en 1922) partageaient les mêmes couleurs, rouge et blanc et il fut donc aisé de les donner au nouveau club. Le choix du nom se porta en revanche sur River Plate, afin de bénéficier de la réputation de l’ancien club du River Plate FC, originaire également du quartier de Ciudad Vieja. Né à la fin du XIXème siècle, le River Plate FC connut une carrière rapide, atteignit les sommets du football uruguayen avant de disparaître après simplement 27 ans d’existence. Son patrimoine était si important que, outre avoir inspiré les deux clubs pour leur nom, il est aussi à l’origine de la couleur bleu ciel du maillot de l’équipe nationale uruguayenne. En s’appropriant son nom, le CA River Plate hérita également de son surnom los darseneros (les dockers).

Le River Plate FC naquit en 1898 de la volonté d’étudiants du colegio Seminario, renforcé par les joueurs des équipes de London, Júpiter et Cagancha. Cagancha fut fondé une année auparavant par les dockers du port de Montevideo qui jouxte le quartier de Ciudad Vieja. Cette union provenait déjà du refus de la fédération uruguayenne d’enregistrer des clubs qui ne possédait pas un nom britannique. Ce fut la raison de retenir le nom River Plate qui est la traduction anglaise de Río de la Plata, fleuve qui berce Montevideo (comme Buenos Aires et qui inspira aussi le nom du célèbre club argentin). À la fin du XIXème siècle, la marine marchande britannique dominait les mers et abreuvaient les différents pays de produits manufacturés. Or, les colis expédiés à Montevideo (ou à Buenos Aires) portaient une inscription comme destination, River Plate. Mention anglaise que les dockers connaissaient bien. Ce club populaire soutenu par les dockers accéda à la première division uruguayenne en 1907. Dès sa première année au sein de l’élite, le club termina à la 3ème place. L’année suivante, les joueurs parvenaient déjà à remporter le titre de champion. Succès qu’ils répétèrent en 1910, 1913 et 1914. Mais, à partir de 1915, le club déclina car les joueurs des origines prenaient leur retraite sportive et les nouveaux étaient souvent recrutés par les autres clubs plus puissants financièrement (comme Peñarol et Nacional). En manque de moyens financiers et de talents, le club rétrograda en seconde division en 1920. Le club se délita petit à petit pour disparaître des radars dans l’anonymat vers 1925.

#805 – RKS Raków Częstochowa : Hutnicy

Les métallurgistes. En 1921, soutenu par l’Organisation de la jeunesse de la Société universitaire des travailleurs, affiliée au Parti Socialiste Polonais (PPS), le club de sport et de football vit le jour sous le nom de Klub Sportowo-Footballowy Racovia. Dans une Pologne qui venait de retrouver son indépendance (1918) et qui s’opposait déjà à ses voisins (Guerre soviéto-polonaise de 1919-1921), la jeune démocratie était fragile et les partis politiques cherchaient à s’imposer par tous les moyens. L’encadrement de la jeunesse était un des moyens de diffuser ses idées. Ainsi, le PPS favorisa l’emergence de ce club dans l’une des grandes villes ouvrières du sud du pays. Le club fut rapidement fréquenté par les adhérents du PPS et par ceux de la section locale du syndicat des métallurgistes. Sous le patronage de ces deux institutions, le club bénéficia des aides également des usines sidérurgiques et métallurgiques de la ville. Le premier terrain fut construit sur un emplacement mis à disposition par la direction de l’aciérie de Częstochowa en échange de son entretien. En 1935, le directeur de l’aciérie de Częstochowa alloua des fonds pour acheter des équipements et aménager le terrain. Mais ce soutien n’était pas inconditionnel. Pendant la grande crise économique, le club connut des difficultés financières et les joueurs devaient acheter leurs tenues et financer par leurs propres moyens leurs déplacements. Pour les aider, un groupe de musique et de théâtre fut créé pour collecter des fonds. Avec l’avènement d’une démocratie populaire après la Seconde Guerre Mondiale, le club demeura évidemment sous le patronage du syndicat de la métallurgie. Le blason traduisit cette appartenance avec les cheminées fumantes des hauts fourneaux qui rappelaient les rayures du maillot. Le nom même du club intégra le terme « acier » (stal) pendant quelques années.

Selon certaine recherche archéologique, la cité de Częstochowa fut un centre de métallurgie dès l’age du bronze. Evidemment la présence en abondance de minerai de fer (ainsi que de charbon et de rivières) en Silésie favorisa le développement de l’industrie métallurgique. Dans la région de Częstochowa, la première forge fut construite en 1374. Dès 1577, 32 forges existaient déjà et les usines locales étaient alors devenues les leaders de la métallurgie polonaise, tant en termes de technologie que d’organisation. Au début du XVIIème siècle, l’un des premiers hauts fourneaux polonais fut établi dans la région de Częstochowa et en 1782, il y en avait 5 autres de plus. En 1840, douze hauts fourneaux fonctionnaient, produisant près de 8 000 tonnes de fonte par an. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, l’industrie métallurgique déclina face à la concurrence des aciéries de Zagłębie Dąbrowskie (Cracovie). En 1878, le haut-fourneau de Mijaczów fut fermé suivi en 1881 par celui de Panki, en 1891 de Przystajnia, en 1895 de Poręba Mrzygłodzka et en 1901 ceux de Stara Kuźnica et Blachownia. L’arrêt de ces derniers hauts fourneaux était lié à la construction d’une grande usine sidérurgique moderne à Raków près de Częstochowa en 1896-1901 employant bientôt environ 2 500 ouvriers. Même si la métallurgie était désormais supplantée par l’industrie textile, elle demeurait une activité majeure de la région. Une grande partie du minerai de fer extrait en Silésie tchèque était d’ailleurs encore exporté vers Częstochowa. La région en elle-même était devenue la plus grande région d’extraction de minerai de fer de Pologne. Aujourd’hui, cette industrie demeure présente. Construite en 1896, l’usine Huta Częstochowa à Raków fonctionne toujours et constitue l’une des plus grandes aciéries et le plus grand fournisseur de tôles fortes en Pologne. Une cokerie subsiste aussi (Koksownia Częstochowa Nowa).

#800 – Rupel Boom FC : de Steenbakkers

Les briquetiers. Situé au sud d’Anvers, bercée par la rivière Rupel, la cité de Boom comptait deux clubs à l’orée des années 2000. D’un côté, Boom FC, fondé en 1913, avait fait les « riches » heures footballistiques de la ville. Mais, au début des années 1990, le club passa brièvement de l’élite aux divisions provinciales en raison de difficultés financières récurrentes. De l’autre, Rupel SK, créé en 1934, connut ses heures de « gloire » dans les années 1950 en accédant trop peu de temps à la seconde division belge. Au début des années 1990, le club était retombé dans l’anonymat dans les plus basses divisions du pays. Pour donner un nouvel élan à leurs clubs, les deux directions décidèrent de fusionner. Résultat, le nouveau club hérita des surnoms de ces deux prédécesseurs : de Steenbakkers (les briquetiers) pour Boom et de Pitbulls (les pitbulls) pour Rupel.

Ce surnom de briquetiers avait pour objectif de rappeler l’héritage ouvrier de la ville et en particulier sa longue histoire avec la fabrication de briques. Si, de nos jours, cette industrie demeure réduite dans la région, elle fut un des grands pans économiques de la cité qui était reconnu dans tout le pays. Il faut dire que l’art architectural belge a toujours mis avant la brique (rouge en particulier), au point qu’un adage dit « Le Belge a une brique dans le ventre ». Fabriquée à base d’argile, les grands centres de fabrication belges se concentrèrent près des sites d’extraction d’argile. Ce fut notamment le cas pour la région de Boom. L’industrie de la brique a démarré précocement le long de la rivière Rupel car les premières mentions datent du XIIIème siècle. Le développement constant de la proche ville d’Anvers favorisa la croissance de l’industrie de la brique à Boom, porté par le creusement du canal Rupel-Bruxelles qui facilita le transport de la production vers Anvers comme vers Bruxelles à partir de 1561. Au XVIème siècle, Boom était devenu le centre de l’industrie de la pierre. Durant la révolution industrielle, l’activité se consolida mais dans les années 1980, la production s’éteignit presque. Désormais, il demeure deux sites des fabricants Swenden et Wienerberger, tandis que le patrimoine est entretenu. Ainsi, la briqueterie de la famille Frateur (Steenbakkerijmuseum ‘t Geleeg), arrêtée en 1986, a vu ses bâtiments de 1721 restaurés pour devenir un musée.

#793 – Luton Town FC : the Hatters

Les chapeliers. Sur le blason du club, on retrouve les armes de la ville couronnées par un canotier. Depuis 1905, Luton est connue pour son usine Vauxhall de fabrication de voitures. Ces dernières années, cette activité a été complétée avec l’arrivée d’Easy Jet qui a contribué à transformer l’aéroport de Londres Luton en tant qu’aéroport régional de premier plan. TUI, le tour opérator, a confirmé cette position en installant son siège dans la ville. Mais, avant tout cela, la cité possède un riche héritage de fabrication de chapeaux depuis plus de 200 ans.

En effet, au XVIIIème siècle, l’industrie anglaise de la chapellerie se concentrait principalement sur Londres, Luton, Denton et Stockport (près de Manchester) ainsi que Atherstone (Warwickshire). Le métier se divisait en deux savoir-faire : d’un côté, la fabrication et le commerce des chapeaux de paille (chapeaux et bonnets pour femmes), de l’autre, celui du feutre (casquettes et chapeaux pour hommes). Luton se spécialisa d’abord dans le chapeau de paille car dès le XVIIème siècle, la tresse de la paille était le secteur dominant de l’économie locale. La croyance populaire veut que l’introduction du tressage de la paille en Grande-Bretagne puisse être attribuée à Marie Ier d’Écosse, qui aurait amené des artisans de Lorraine (d’où sa mère était originaire) et les aurait établis en Écosse. Son fils, Jacques Ier d’Angleterre, les aurait ensuite installés au sud de Luton, exploités par la puissante famille Napier. Au-delà de cette légende, il est prouvé que dès le milieu des années 1600, des personnes tressaient de la paille et fabriquaient des chapeaux de paille dans la région de Luton.

L’essor de l’industrie chapelière fut encouragé par les guerres napoléoniennes. Avec le blocus imposé par l’Empereur français, l’importation de paille tressée en provenance d’Italie et de chapeau devint quasi-nulle. A la sortie de la guerre, les forts droits de douanes ne permirent pas aux importations de reprendre. Ainsi, les hommes et femmes d’affaires de Luton créèrent des usines pour approvisionner les marchés locaux et nationaux en chapeaux de paille. De modeste ville, Luton se transforma en un grand centre industriel. En 1871, la ville comptait 35 000 employés dans le secteur du chapeau. Mais, la campagne environnante dépendait également grandement de cette économie. 40% de tous les tresseurs de paille du pays (environ 22 000 personnes en 1851) étaient basés dans le sud du Bedfordshire où se trouve Luton. En 1871, il y avait 20 701 tresseuses dans le Bedfordshire et 12 089 dans le Hertfordshire (comté limitrophe à Luton), avec environ 15 % de toutes les femmes du Bedfordshire qui se déclarait comme tresseuses de paille.

A compter de 1870, l’industrie de Luton se tourna également vers les chapeaux en feutre, dans le but de fournir une source de travail moins dépendante de la récolte saisonnière de paille. L’apogée de la production se réalisa pendant 50 ans, entre 1880 et 1930. A cette dernière date, la région de Luton produisait jusqu’à 70 millions de chapeaux en une seule année. En 1935, il y avait sept grandes usines de fabrication à Luton employant 1 000 femmes et 900 hommes, complétés de petites entreprises plus artisanales. En 1939, il y avait au moins 125 fabricants de ce type, dont le plus grand employait environ 100 ouvriers, tandis que le plus petit se contentait de 5 ou 6. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, le déclin commença et la ville déclina rapidement. Le déclin de la tresse de paille démarra bien avant, dès 1880. En 1893, on estimait que moins de 5% de la tresse vendue au marché de Luton venait d’Angleterre et la fabrication était pratiquement éteinte dans la plupart des villes et villages environnants. En 1901, 98% des tresseurs avaient disparu dans le Bedfordshire et le Hertfordshire. Aujourd’hui, si Luton demeure encore synonyme de chapeau, son industrie est quasiment réduite à rien, quelques artisans tentant de perpétrer ce savoir-faire.

#782 – AC San Martín de Mendoza : los Chacareros

Les paysans. Le terme ne s’entend pas dans son sens péjoratif et est assumé avec une profonde fierté par les supporters du club. Il fait directement référence à l’une des principales activités économiques de la région de Mendoza, l’agriculture. Située au pied de la cordillère des Andes dans le centre-ouest de l’Argentine, la province de Mendoza offre des sols fertils, des rivières généreuses et des climats à la fois tempérés, continentaux ou méditérrannéen, conditions propices à diverses cultures. L’histoire agricole est donc riche, avec des premiers témoignages qui remontent à 9 000 ans avant J.-C. et des écrits des colonisateurs européens au XVIème siècle. L’activité agricole dans la région est d’abord dominé par la vigne. Mendoza est, sans aucun doute, la province argentine avec la plus grande superficie dédiée à la culture de la vigne et représente 71% de la superficie totale cultivée en vigne dans le pays. 98% de cette production est destinée à la production de vin. Grâce aux oasis, les arbres fruitiers constituent la deuxième culture de Mendoza et produisent des pommes, poires, pêches, nectarines, cerises, prunes, raisins mais également des noix et des amandes. Enfin, la province de Mendoza est l’une des principales productrices de légumes d’Argentine (la deuxième place du pays). La culture maraîchaire constitue la première employeuse de la région. Productrice d’Oignons, de Citrouilles, de Tomates, de Carottes et de Pomme de Terre, Mendoza est surtout le premier fournisseur d’ail du pays et représente 97% des exportations d’ail d’Argentine (80 344 tonnes exportés en 2016, +18 % vs 2014). Pour encore mesurer l’importance de l’activité, il faut rappeller que sur ces 2 denrières années, le gouvernement provincial a consacré 100 millions d’euros de financement pour moderniser les infrastructures, acheter du matériel agricole (dont des filets anti-grêle) et améliorer l’efficacité des systèmes d’irrigation. Enfin, outre les grandes fermes, en 2021, Mendoza était la première province du pays en nombre d’exploitations familiales (8 025 unités).

Ce surnom fut instauré en 1967 par le célèbre journaliste radio José María Muñoz lors du premier match du club dans l’élite du pays face à Independiente de Avellaneda.