#1010 – HNK Rijeka : Riječki Bijeli

Les blancs de Rijeka. Les joueurs du club croate évoluent avec un maillot blanc, qui présente également quelques parements bleu ciel. Ces deux couleurs du club s’installèrent dès sa fondation en 1946 mais les raisons de ce choix ne sont pas formellement identifiées. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les autorités communistes yougoslaves banissèrent tous les anciennes formations sportives d’avant guerre qui n’avaient pas d’origine prolétariennes. Or, la ville de Rijeka, depuis 1926, était représentée par le club de football Unione Sportiva Fiumana, qui résultait de la fusion de deux associations historiques et rivales de la ville, Olympia et Gloria. Cette fusion avait été dictée par le dictateur italien Mussolini, qui après avoir annexé en 1924 la région de Rijeka, exigea que la ville créât une équipe de football forte qui la représenterait au niveau national. Avec un tel historique, l’US Fiumana (qui portait en outre le nom italien de la cité) ne pouvait pas survivre après la guerre à la lessiveuse communiste. Ainsi, sur les ruines de l’US Fiumana (8 de ses joueurs rejoindront notamment le nouveau club), le Sportsko društvo Kvarner naquit. Etant donné l’histoire italienne de Rijeka et du bilinguisme locale, le nom du club était également Socetà sportiva Quarnero.

Pour les couleurs, le club ne reprit pas celles du drapeau de la ville, rouge-jaune-bleu, car ce fut celles de l’Unione Sportiva Fiumana. En outre, les patriotes socialistes croates s’opposèrent à ce symbole tricolore qu’ils considéraient comme anti-croate et impopulaire. Ces couleurs avaient été choisies lorsque la cité possédait une certaine autonomie au sein de l’Empire Austro-Hongrois. Or, pour ces socialistes, Rijeka et sa région étaient croates et non autonomes. Néanmoins, en 1945, avec la défaite de l’Italie, la propriété de Rijeka redevenait un enjeu international. Comptant dans sa population des croates, des italiens, des slovènes et des allemands, la cité fut déchirée, au fil des siècles, entre différents Empires et Nations. Le 4 mai 1945, la ville fut prise par les troupes yougoslaves de Tito qui réussit l’annexion définitive à la Yougoslavie suite au traité de Paris le 10 février 1947. Durant ces deux ans, alors que l’incertitude régnait, le choix du blanc, couleur neutre, pouvait signifier la neutralité du club dans ces débats, la paix après des années de guerre et un symbole d’espoir et de nouveau départ pour le club nouvellement créé.

D’autres pensent qu’il faut chercher du côté du CS Olimpia, l’un des clubs prédécesseurs. A ses débuts, Olimpia évoluait en noir et blanc et après 10 ans d’existence, opta pour un maillot intégralement blanc. Mais, ce lien est fragile et pourquoi les couleurs d’Olimpia et pas de Gloria (jaune, noir et rouge) ? En 2021, l’équipementier du club, Joma, proposa un maillot qui reprenait les couleurs des différents clubs prédécesseurs ainsi que l’année 1906 dans le dos (supposant donc que la création du club remontait au début du XXème siècle et non à 1946). Cette initiative fut très mal reçue par les supporteurs du club.

#993 – CD Coronel Bolognesi : Bolo, el Coronel

Diminutifs du nom du club. Colonel Bolognesi, drôle de nom pour un club de la ville de Tacna mais qui s’explique par l’histoire de la province du même nom. Située à l’extrême sud du Pérou, Tacna est l’un des 25 départements qui composent le pays et est bordé à l’Est par la Bolivie et au Sud-Est par le Chili. Cette proximité avec d’autres pays rendit la région disputée. Entre 1879 et 1884, un conflit opposa d’un côté le Chili et de l’autre une coalition réunissant la Bolivie et le Pérou. Si la séparation entre le Chili et la Bolivie était un héritage des colonies espagnoles, la région minière et frontalière du désert d’Atacama était fortement disputée. Le Chili avait des ambitions expansionnistes qui s’étaient déjà exprimées par le passé. En 1879, suite à des décisions fiscales de la Bolivie, le Chili annexa la ville bolivienne d’Antofagasta. Le 1er Mars, la Bolivie, avec comme allié le Pérou, déclara la guerre au Chili. La guerre, dénommée « guerre du Pacifique », prit fin le 20 octobre 1883 par la victoire du Chili qui récupéra plusieurs territoires qui appartenaient au Pérou, dont la région de Tacna. Durant près de 50 ans, ces territoires perdus furent administrés et incorporés au Chili. Puis, sous l’égide des USA, une solution pacifique fut trouvée pour permettre la restitution de ces régions au Pérou entre 1925 et 1929.

Ainsi, le 28 août 1929, Tacna réintégra la nation péruvienne. A peine quelques mois après, le 18 octobre 1929, un groupe d’avocats et d’hommes d’affaires dont Fausto Gallirgos et Manuel Chepote, se réunirent pour fonder un club de football. Evidemment, dans ce contexte de retour dans le giron péruvien, les fondateurs souhaitaient au travers de leur association exprimer leur amour du pays, enfin retrouvé. Fausto Gallirgos proposa de prendre pour nom du club celui d’un héros national, qui défendit le pays pendant la guerre du Pacifique, Francisco Bolognesi. Francisco Bolognesi, né à Lima le 4 novembre 1816, était un soldat péruvien, ayant le grade de colonel. Après avoir fréquenté le séminaire et tenté une aventure entrepreneuriale, il débuta sa carrière militaire en 1853, en commandant en second un régiment de cavalerie. Il participa aux grands affrontements et batailles qui constituèrent les étapes de la construction du Pérou moderne comme la guerre civile (1856-1858) et la guerre péruano-équatorienne (1858-1860). Mais, son principal fait d’armes demeura ses combats lors de la guerre du Pacifique. Ainsi, il participa activement aux actions contre les forces chiliennes lors les batailles de San Francisco et de Tarapacá. Lors de cette dernière bataille, il combattit 10 heures durant bien qu’il avait une très forte fièvre. Enfin, le 3 avril 1880, Francisco Bolognesi prit le commandement du port d’Arica, assiégé par les forces chiliennes du général Manuel Baquedano. Il fit face avec ses hommes à des forces chiliennes bien supérieures en nombre et en puissance et promit alors de combattre « hasta quemar el último cartucho » (jusqu’à que la dernière cartouche soit brulée). Jetant toutes ses forces et malgré une bataille acharnée, Bolognesi mourut au combat et la ville tomba aux mains de l’armée chilienne. Son corps repose dans la crypte des héros de la guerre du Pacifique dans le cimetière Presbítero Maestro. En 1905, une statue en son hommage fut érigé à Lima. En 1951, il fut déclaré patron de l’armée du Pérou et élevé au rang de grand maréchal du Pérou en 1989. Face à une telle aura, gagné notamment pendant la guerre qui scella le sort de la région de Tacna, la proposition de Fausto Gallirgos fut immédiatement acceptée.

#992 – FK Voždovac : Zmajevi

Les dragons. Un beau dragon rouge déployé orne l’écusson du club de la banlieue peuplée de Belgrade (près de 155 000 habitants). Ecrasé par la rivalité Etoile Rouge – Partizan, Voždovac ne fait même pas office de petit poucet dans le football de la capitale, rôle tenu par l’OFK Belgrade. Pourtant, l’équipe évolue dans l’élite serbe, le club est un historique (fondé en 1912) et possède la particularité d’avoir un stade de 5 000 places bâti sur le toit d’un centre commercial.

Ce dragon vise à rappeler les soulèvements serbes du XIXème siècle qui permirent aux pays de s’affranchir du joug ottoman. Pendant près de 400 ans, la Serbie et les territoires voisins étaient des vassals de la sublime porte. Mais, après la défaite contre l’Empire Autrichien au XVIIIème siècle, l’Empire Ottoman ressortit affaibli, offrant l’opportunité aux populations Slaves de tester leurs idées nationalistes. Ainsi, une première révolte des Serbes se déroula entre 1804 et 1813. Ce soulèvement débuta dans la région de Šumadija, au Sud de Belgrade et de Voždovac. Les rebelles Serbes étaient dirigés par Georges Petrović, surnommé Karageorges. L’un de ses lieutenants était Vasa Čarapić, né à Beli Potok, un village au pied de la montagne Avala, à quelques kilomètres de Voždovac. En 1806, alors que Karageorges hésitait à chasser les représentants des Ottomans de Belgrade, Čarapić fut le seul à croire à la libération de la ville et réussit à convaincre Karageorges. Avec ses 3 000 soldats, Čarapić attaqua Belgrade par le Sud mais fut mortellement blessé. Dans la construction du récit national, il devint le héros qui donna sa vie pour la libération de la capitale. Les différentes troupes de rebelles Serbes étaient souvent nommées dragon et leurs chefs héritèrent de ce surnom. Ainsi, Stojan Čupić était Zmaj od Noćaja (Dragon de Noćaj). Vasa Čarapić fut surnommé Zmaj od Avala (Dragon d’Avala).

#966 – Canon Sportif de Yaoundé : Mekok-Me-Ngonda

Les cailloux qui brulent (Mekok=cailloux ; Me=qui ; Ngonda=brulent, en langue ewondo). Par ce surnom, il est fait référence aux boulets qui sortaient des canons, nom du club. En 1930, le football commençait à se développer dans les deux principales villes de la colonie française : Douala et Yaoundé. A Yaoundé, il existait alors 3 clubs : 2 pour les colons (Etoile Européenne et Ecole Supérieure) et un pour les indigènes (Etoile Indigène). Evidemment, les deux mondes (colons et indigènes) vivant en parallèle, l’Etoile Indigène était orphelin et manquait cruellement d’adversaire. Ainsi, il y eut la volonté de créer un adversaire autochtone. Pour cette nouvelle équipe, plusieurs noms furent proposés et s’inspiraient des animaux locaux tels que guépard, panthère, musaraigne, épervier, cobra, zèbre. Mais aucun ne fit l’unanimité. Le 9 novembre 1930, l’un des patriarches, Mvogo Melingui, prit la parole et demanda : « quel est le nom du fameux fusil qui mit l’armée allemande en déroute à Yaoundé en 1916 et dont le bruit était un cliquetis « Kpa » suivi de la détonation « Kum » ? ». L’assistance répondit comme un seul homme : « Canon ! Canon ! Canon ! ». Ainsi, le nom du club fut trouvé et donna son surnom également. Ce surnom est un symbole fort puisque il met en parallèle le tir du boulet par le canon avec le tir du ballon par les joueurs. L’image est que les adversaires du club seront bombardés de ballons équivalents à des boulets. Nom et surnom du club imposent la force de frappe et la toute puissance du Canon de Yaoundé.

Pour rappel, de 1888 à 1916, le Cameroun était une colonie allemande. Lors de la Première Guerre Mondiale, les français, les belges et les britanniques lancèrent une offensive pour conquérir le Cameroun. En Janvier 1916, les alliés prirent Yaoundé où les allemands avaient établi leur capital après la chute de Douala en 1914. Cette défaite marqua la fin de la colonisation allemande pour laisser la place à la tutelle principalement française.

#953 – FK Napredak Kruševac : Čarapani

Les chaussettes. Fondé le 8 décembre 1946, le club résulta de la fusion de Zakić, Badža et 14. Oktobar. Son nom, Napredak, signifie progrès en serbe. Voir du progrès dans les chaussettes paraît un peu étonnant. D’ailleurs, la ville de Kruševac n’est pas le berceau de la chaussette, la première apparition de cette dernière remontant à l’an 2000 av. J.-C. en Syrie. Cette histoire de chaussette est attachée à la ville et ce surnom est devenu le gentilé de ses habitants.

Après la bataille du Kosovo (1389), Kruševac devint la capitale de la Serbie gouvernée par la princesse Milica, puis par le despote Stefan, qui transféra en 1403 la capitale à Belgrade. La ville tomba aux mains de l’Empire Ottoman en 1427 après la mort du despote Stefan. Cette domination turque perdura jusqu’en 1833, après plusieurs soulèvements serbes à compter de 1804. Ce fut lors de cette première révolte pour l’indépendance que les habitants de Kruševac auraient gagné ce surnom. La défaite de la Sublime Porte dans la guerre austro-ottomane de 1788-1791 fit renaître la conscience nationaliste serbe et le Sultan Selim III dut concéder de nombreux droits aux élites locales. Mais, les nouvelles difficultés du Sultan face à Napoléon en Egypte conduisirent les troupes turcs (les janissaires) à réprimer les populations de l’Empire pour maîtriser les velléités indépendantistes. Face aux brimades des janissaires, les serbes menèrent un premier soulèvement qui se transforma en une guerre d’indépendance, s’étalant entre le 14 février 1804 et le 7 octobre 1813. En 1806, les insurgés de Kruševac devaient affronter les Turcs. Selon la légende, la nuit précédant la bataille, ces derniers tentèrent de surprendre les troupes ottomanes. Pour cela, il se faufilèrent près du camp militaire ottoman après avoir enlevé leurs chaussures pour ne pas faire de bruit. Leur courage et leur ruse leur permirent de tuer les soldats Turcs et de remporter la bataille. Comme les Serbes s’étaient présentés en chaussette au combat, ils furent surnommés ainsi. Il s’agit de la version la plus communément admise. Mais, certains racontent cette légende en la resituant à l’époque du Prince Lazar qui combattit l’Empire Ottoman en 1389. Voire ceux qui portaient les chaussettes n’étaient peut-être pas les Serbes mais plutôt les Turcs. En effet, surpris dans leur sommeil, les Ottomans auraient détalés à peine habillé en chaussette. Résultat, on ne peut pas affirmer avec certitude quand et comment les habitants de Kruševac sont devenus Čarapani.

Une autre version narre que le prince Lazar attribua un signe distinctif à ses chevaliers les plus braves et en qui il avait le plus confiance. Ainsi, en intégrant la garde personnelle du prince, ces chevaliers devaient porter des chaussettes rouges qui remontaient jusqu’aux genoux. Le port de ce vêtement était alors un honneur. Au Moyen Âge, la teinture rouge était rare et chère et donc les vêtements de cette couleur était peu répandue, sauf parmi les populations les plus aisées (nobles et riches marchands). Ils étaient même parfois strictement réservés aux membres de la famille du souverain. Ainsi, ces chaussettes ne passaient pas inaperçues parmi la population ou sur les champs de bataille. D’ailleurs, lors de la célèbre bataille du Kosovo en 1389, ces soldats se distinguèrent par leur bravoure. En se renseignant à leur sujet, les gens découvrirent que ces braves provenaient de la région de Kruševac. Or, leur signe si distinctif était suffisant pour leur valoir le surnom de Čarapani.

Enfin, ils existent encore d’autres histoires. Il se pourrait que depuis de nombreux siècles, la coutume veut que les hommes de Kruševac portent de longues chaussettes brodées. Révélant une certaine esthétique et soulignant le caractère unique de leur vêtement traditionnel, ces chaussettes sont devenues le principal symbole de l’ancienne capitale serbe.

#944 – Panionios Athènes : Κυανέρυθροι

Les rouge et bleu. Dès le XIVème siècle et pendant de nombreuses années, la Grèce viva sous le joug ottoman et une importante communauté grecque habitait en Asie Mineure, territoire naturelle de la Sublime Porte. Pendant cette cohabitation, la culture grecque fut à la fois intégré dans la culture ottomane qui fut elle-même influencée par celle des grecs. En outre, le statut du millet, qui protégeait les minorités de l’Empire, permit à la langue grecque et à la religion orthodoxe de cimenter l’identité grecque. Au XIXème siècle, alors que le trop grand Empire Ottoman déclinait, la nationalisme grecque retrouvait une certaine vigueur qui conduisit en 1830 à l’indépendance de la Grèce. Les grecs d’Asie Mineure continuèrent à vivre à Constantinople ou Smyrne. Pour défendre leur identité, ils créèrent des associations culturelles qui dévièrent par la suite vers le sport. Ainsi, le 14 septembre 1890, des jeunes des éminentes familles grecques de Smyrne (Izmir) décidèrent de créer une association dénommée « Orphée ». Mais, après la défaite militaire des Grecs face aux Turques, les populations grecques d’Asie Mineure (1 300 000 personnes) émigrèrent vers la Grèce. Ils se regroupèrent et refondèrent rapidement leurs associations culturelles et sportives dans leur nouvelle patrie. Les membres de Panionios se retrouvèrent ainsi à Athènes et poursuivirent leurs activités dès le 20 novembre 1922

Quand les joueurs évoluaient encore à Izmir, les couleurs du club étaient le rouge et le blanc. Soit un maillot rouge avec un short blanc. Soit maillot et short blancs, traversé par une diagonale rouge. Le déracinement et la renaissance du club à Athènes amenèrent à changer les couleurs pour les actuelles, bleu et rouge. L’explication la plus probable sur ce choix demeure la référence à leurs origines anatoliennes. En effet, ces deux couleurs furent longtemps associés à la communauté grecque d’Asie Mineure. Par exemple, au début du XXème siècle, leurs navires arboraient une enseigne dite « gréco-ottomane » (Γραικοθωμανική παντιέρα) composée de deux bandes horizontales rouges en haut et en bas et, entre, une bande bleu horizontale. De même, la Principauté de Samos, une île grecque indépendante mais sous domination ottomane entre 1832 et 1913, qui se situe au Sud d’Izmir, avait pour drapeau une croix blanche, avec les deux quartiers inférieurs bleus et les deux supérieurs rouges. Avant son rattachement à la Grèce en 1908, la Crète avait un drapeau similaire à celui d’Izmir (croix simple blanche, avec le quartier supérieur gauche en rouge (incluant une étoile blanche à cinq branches), symbolisant la suzeraineté ottomane, et les autres quartiers en bleu). Pour tous ces drapeaux, le bleu rappelait la Grèce (il s’agit de la couleur du drapeau national) et le rouge l’Empire Ottoman (de même pour le rouge du drapeau de la Sublime Porte). Grèce et Empire Ottoman, les deux racines de cette communauté. Pour le club de Panionos, on donna une signification supplémentaire à ces deux couleurs : le bleu est la couleur de la mer et le rouge du sang des réfugiés.

Il existe de nombreuses versions différentes, qui tentent de déchiffrer la signification et l’origine du bleu dans le drapeau grec, communément appelé Γαλανόλευκη (le bleu et blanc). Le bleu pourrait faire référence à la géographie et climat de la Grèce (le ciel et la mer qui entoure la Grèce) ou aux valeurs morales des grecs (la justice, le sérieux et la loyauté) mais se rattacherait également à l’histoire riche du pays. En effet, le blanc et le bleu étaient (i) les couleurs du voile liturgique de la déesse Athéna, (ii) des motifs du bouclier d’Achille, (iii) de certaines bannières des armées d’Alexandre le Grand, (iv) des toges habituellement portés par les grecs dans l’antiquité et (v) des armoiries, drapeaux et emblèmes de certaines dynasties royales et familles nobles byzantines dont la dynastie macédonienne (IXème – XIème siècle) ou la puissante famille crétoise des Callergis (leur emblème étant d’ailleurs très proche du drapeau de la Grèce) qui prétendait descendre de l’empereur byzantin Nikephoros II Phokas. Du côte de l’Empire Ottoman, son drapeau était le même que celui de la Turquie actuelle, dont l’un des noms est Al bayrak (drapeau rouge) ou encore Al sancak (bannière rouge). L’origine de la couleur rouge n’est pas documentée mais il est possible que le rouge de la bannière tétragrammatique des Paléologues soit une des sources. D’autres avancent que le rouge était souvent utilisé dans la croyance chamanique, avant l’islamisation des populations turcophones.

#938 – Gateway United FC : Rock City Boys

Les garçons de la ville de pierre. Le club réside dans la ville d’Abeokuta, capitale de l’Etat d’Ogun au sud-ouest du Nigeria. Situé à 100 km de Lagos, Abeokuta est bordé par le Olumo Rock (Rocher d’Olumo), qui lui donna son nom. En effet, le peuple Egba se serait réfugié ici, dans les cavités naturelles du rocher, pour échapper à plusieurs guerres tribales au XIXème siècle. Résultat, Abeokuta, se traduit par « Sous un rocher » en langue yoruba (les Egba sont un sous-groupe du peuple Yoruba) et est surnommé Rock City (la ville de pierre). Le rocher offrait donc une protection mais, comme promontoire, il permettait aussi d’apercevoir au loin et anticiper les attaques ennemies. Il fut un élément essentiel pour les Egba dans la défense de leur territoire et représente encore aujourd’hui un totem nationaliste. Le monument naturel symbolise leur bravoure et leur indépendance et offre la paix et la liberté à tous les habitants d’Abeokuta. Le Rocher est devenu un esprit protecteur, vénéré dans la religion Yoruba en tant qu’orisha (des esprits envoyés par le créateur suprême, Olodumare , pour assister l’humanité et lui apprendre à réussir sur Ayé (Terre)).

Olumo Rock se dresse à une hauteur de 137 mètres. Son nom se compose du terme olu qui signifie dieu et mo qui signifie façonné et se traduit par « Dieu a mis fin à nos ennuis et à nos souffrances » . Au regard de son symbolisme, ce rocher constitue une destination touristique de premier plan au Nigéria, d’autant plus que son escalade est assez facile. Adapté en site touristique en 1976 et rénové en 2006, le rocher comprend des statuts d’anciens héros Egba comme Agaba – le grand chasseur, Okonkenu – le premier souverain suprême du pays Egba, et Jagun Jagun – le général tireur d’élite. Un nouveau musée, des restaurants, une fontaine d’eau, un marché d’artisanat et un ascenseur furent les dernières commodités installées en 2006. Pendant la saison des pluies, Olumo Rock produisait de l’eau qui avait des vertus médicales pour les homéopathes. Ce n’est plus le cas depuis une cinquantaine d’année. En outre, un arbre qui aurait plus de 200 ans et dont les feuilles ne tombent jamais s’élève sur le rocher.

#909 – US Monastirienne : أبناء الرباط

Les fils du Ribat. Monastir, ville de près de 100 000 habitants, à proximité de Sousse, est située sur la côte méditerranéenne. Son nom est tiré du terme grec monastrion, qui signifie monastère, car à l’époque byzantine, un monastère se dressait dans la cité et en étant même le monument principal. Avec l’invasion arabo-musulmane, le monastère disparut mais un autre monument s’éleva face à la mer et constitue encore aujourd’hui le point de repère et l’image de la ville. Il s’agit du Ribat. Pour faire face aux attaques byzantines, le royaume d’Ifriqiya, dont la capitale était à Kairouan, laissait à des communautés religieuses le soin de défendre la côte. Ces derniers bâtirent des monuments à la fois forteresses défensives et lieux de prière. Une chaîne de ribats s’étendait tout au long de la côte de l’Afrique du Nord. Celui de Monastir fut édifié en 796 probablement par Mohammed ibn Qadim et commandité par le général abbasside, Harthimâ Ibn A’yûn. Petit fortin au départ, il subit plusieurs extensions à son époque médiévale. Du XVème au XVIIIème siècle, les fortifications de l’édifice furent renforcées. avec des tours et des bastions. Aujourd’hui, il s’agit d’une enceinte massive rectangulaire, entrecoupée de tours carrés et rondes, ceinturant deux cours intérieures. Le porche d’entrée est décoré par cinq niches plates coiffées par des arcs outrepassés et surmontés d’une frise à motifs floraux. Les bâtiments intérieures accueillent de nombreuses cellules pour les moines-soldats ainsi que des salles de prières, dont la plus spacieuse accueille, aujourd’hui, une collection d’objets de culte et d’artisanat musulmans d’époque médiévale. Le Ribat est dominé par la tour-vigie (Nadhour), composée d’une centaine de marches en spirales. Le Ribat avait donc cette double fonction de forteresse et de lieu de prière. A ses débuts, il hébergeait des guerriers, des voyageurs, mais aussi des étudiants en religion et parfois des savants illustres. Puis, à la fin du Moyen-Age, il devint un grand centre religieux considéré comme un monastère islamique tandis que la ville de Monastir apparaissait alors comme une ville sainte, une des portes du paradis. Des soufis, mystiques musulmans, habitaient également le ribat. Dès le Xème siècle, un espace fut même réservé pour les femmes. Aujourd’hui, il est l’emblème, le monument phare de la ville. Il apparaît en position central et incontournable sur les armes de la cité comme sur l’écusson du club. Il est considéré comme le ribat le plus ancien et le plus important du Maghreb. Au Xème siècle, le géographe et chroniqueur Mohammed Abul-Kassem ibn Hawqal décrivit l’édifice comme le plus grand ribat de l’Ifriqiya.

#889 – Qarabağ FK : Qaçqın Klub

Les club des réfugiés. Si le club évolue à Bakou, il représente avant tout la région montagneuse du Haut-Karabagh, située à près de 350 km de la capitale azéri. Se plonger dans l’histoire du club s’est mettre le doigt sur un conflit non résolu, qui empoisonne la vie des azéris et des arméniens. Le club est fondé en 1951 dans la ville d’Aghdam dans le Haut-Karabagh. Puis, après l’effondrement du régime soviétique, il émigra, comme ses supporteurs vers Bakou. Il est donc le représentant des réfugiés de la ville et de cette région. Mais que s’est-il passé à l’époque ?

Quasiment depuis le fin fonds de l’histoire, la région fut déchirée entre les arméniens chrétiens d’un côté et des peuples arabes ou perses musulmans de l’autre. N’allons pas aussi loin et démarrons l’histoire au XXème siècle. Sous domination de l’Empire russe au début de ce siècle, la république démocratique d’Arménie et la république démocratique d’Azerbaïdjan, qui se déclarèrent indépendantes le même jour, le 28 mai 1918, profitèrent de l’instabilité liée à la révolution communiste pour s’opposer sur le Haut-Karabagh. Forcément, la guerre éclata. Mais, les deux perdirent puisque l’URSS mit fin au conflit en réintégrant l’Arménie et l’Azerbaïdjan en son sein en 1920. Peuplait alors à 95% par des arméniens, Staline décida en 1921 de rattacher le Haut-Karabagh à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Deux ans plus tard, le Haut-Karabagh devint un oblast autonome, enclavée au sein de l’Azerbaïdjan, donc en réalité dépendante de ce dernier. Sous le joug de Moscou, qui contrôlait ses républiques unifiées d’une main de fer, les velléités nationalistes des deux parties se réveillèrent seulement au moment de la pérestroïka (1988). Avec l’effondrement de l’URSS en 1991 et la nouvelle indépendance de l’Azerbaïdjan et l’Arménie, le confit militaire non-résolu du début du siècle refit surface. Les habitants du Haut-Karabagh déclarèrent leur indépendance avec la volonté de faire sécession de l’Azerbaïdjan et s’unir avec l’Arménie. L’Azerbaïdjan imposa un blocus au Haut-Karabagh, qui reçut le soutien de l’Arménie. Après 3 ans de conflit, il fallut tout le poids de la France, des Etats-Unis et de la Russie pour imposer un cessez-le-feu sans pour autant trouver une solution durable. La première guerre du Haut-Karabagh était donc officiellement terminée mais entraina le déplacement de milliers de personnes. En particulier à Agdam, ville du club de Qarabağ, qui était située près de la ligne de front. Composée de près de 30 000 habitants, la cité se vida littéralement à l’issue de ce conflit de ces citoyens azéris. Territoire non reconnu par l’ONU et non soumis à l’Arménie ou à l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh survit ainsi pendant quasiment une trentaine d’année. En septembre 2020, soutenu par la Turquie, l’Azerbaïdjan attaqua le Haut-Karabagh. L’Arménie répliqua en déclarant la guerre. Un accord de cessez-le-feu fut signé le 10 novembre 2020. La ville d’Agdam retomba sous l’emprise azérie, poussant ses habitants arméniens à partir. Les réfugiés azéris à Bakou comme leur club de Qarabağ ne retournèrent pas à Agdam, cette dernière devenant une ville fantôme.

L’histoire du club s’inscrivit totalement dans l’Histoire mouvementée et sanglante de la région. Pendant le conflit 1991-1994, selon la légende, les joueurs auraient voulu prendre les armes. Mais, l’armée refusa en répondant qu’il était plus difficile de recruter onze footballeurs que onze soldats. Néanmoins, le joueur, puis entraîneur Allahverdi Bagirov troqua son survêtement pour le trellis. Il mourut le 12 juin 1992 dans l’explosion de sa voiture sur une mine antichar, devenant alors un héros national. En 1993, alors que les troupes arméniennes prenaient la ville d’Agdam et pilonnèrent le stade, Qarabağ devenait champion d’Azerbaïdjan. Au début des années 2000, le club était au bord de la faillite. L’autocrate azéri, Ilham Aliyev, vint au secours du club, en favorisant sa reprise par le richissime conglomérat Azersun. L’objectif du pouvoir était de faire du club l’étendard des revendications des azéris sur le Haut-Karabagh et une cause nationale. Pendant longtemps, des cars viendront chercher les supporteurs dans les camps de réfugiés pour les emmener à Bakou voir les matchs. Aujourd’hui, les ultras du groupe Imarat revendiquent le slogan « Aujourd’hui ultras, demain soldats », affirmant ainsi leur volonté de prendre à tout moment les armes pour reprendre « leur » terre. Le club a dépassé le statut d’association sportive pour être le symbole des 600 000 natifs du Haut-Karabagh réfugiés à Bakou et en Azerbaïdjan. Ses parcours dans les compétitions européennes sont un moyen de mettre sous la lumière des projecteurs l’histoire de cette partie du monde et leur cause.

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#886 – AS Nancy Lorraine : les Chardons

Si on regarde le blason du club et que l’on connait les armoiries de la ville de Nancy, ce surnom est tout sauf une surprise. Le chardon lorrain (ou Onopordum acanthium ou Onopordon à feuilles d’acanthe ou chardon aux ânes) est une plante épineuse surmontée d’une fleur violette. Même si elle est répandue en Lorraine, elle n’était pas endémique à cette région initialement. Il fut importé au XVème siècle par René Ier d’Anjou, pair de France, aux nombreux titres dont ceux de Duc d’Anjou, Roi de Naples et Duc consort de Lorraine (1431-1453). Son petit-fils, René II, prit sa succession de Duc de Lorraine en 1473. A cette époque, le Duché se trouvait en friction avec son ambitieux et puissant voisin du Duché de Bourgogne. Charles le Téméraire, le Duc de Bourgogne, voulait mettre la main sur la Lorraine qui séparait ses possessions au Nord (Luxembourg, Flandres, Brabant …) et au Sud (Bourgogne). En 1475, Charles le Téméraire conquit la Lorraine, René II se réfugiant à Joinville en Champagne. Mais, les déboires de Charles sur un autre théâtre d’opération (face aux Confédérés Suisses) réveillèrent les lorrains qui se révoltèrent. Le 7 octobre 1476, René II, après un siège d’un mois et demi, reprit possession de Nancy, qui devait être la nouvelle capitale des bourguignons de Charles. Puis, René II repartit à la chasse de Charles. Mais, dès le 22 octobre, Charles le Téméraire débuta le siège de Nancy. Le 5 janvier 1477, après avoir reconstitué ses troupes, René II battit Charles le Téméraire près de Nancy, ce dernier étant tué au combat. Cette bataille sonna le glas du Duché de Bourgogne et réaffirma le pouvoir ducal de Lorraine. Pour se rappeler de cette victoire, René II imposa un certain nombre de symbole : instauration d’une fête nationale de la Lorraine (le 5 janvier) et édification sur le lieu de la bataille de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours. En outre, René II donna le chardon aux armes de la ville de Nancy (la plante trône désormais sur les armoiries), accompagné de la devise « Non inultus premor » ou « Ne toquès mi, je poins » . Les traductions peuvent changer mais l’idée générale est « Qui s’y frotte, s’y pique ». Cette expression fait ainsi tout autant référence aux épines du chardon qu’aux épées des seigneurs lorrains. Il symbolise la fierté des Lorrains.

Dans la culture nancéenne, le chardon est particulièrement présent. Par exemple, il existe depuis le XIXème siècle une gourmandise ayant une forme de boule épineuse mélangeant le chocolat blanc à de l’alcool (liqueur, l’eau de vie ou Schnaps). Tout d’abord produit par des confiseurs de Nancy, le savoir-faire se propagea dans toute région pour devenir une spécialité typiquement lorraine. Dans la chanson « l’hymne lorrain » composée en 1932 par Félix Chevrier et Georges Lauweryns, le refrain se termine par « Son blason dit aux importuns/Voyez-vous, qui s’y frotte s’y pique/Aux chardons de Verdun » . Il sert également d’emblème au Parc Naturel Régional de Lorraine. En 1967, lorsque un groupe de passionnés, emmené par Claude Cuny, relança le football professionnel à Nancy, les fondateurs comprirent qu’il fallait s’appuyer sur les symboles de la ville. Ainsi, le logo de l’AS Nancy Lorraine reprit le chardon comme image centrale. Et depuis 1967, le chardon ne quitta jamais le blason.