#801 – Olympiakos Vólos : Αυστριακοί

Les autrichiens. En Grèce, il est difficile de parler de Vólos sans utiliser le mot autrichien, qui est devenu le surnom des habitants de la ville. Aucune explication est définitivement établie pour comprendre son origine et plusieurs versions s’opposent. Deux apparaissent plus probables que les autres. Tout d’abord, ville portuaire importante grâce à sa baie, Vólos connut un important trafic commercial avec l’Empire Austro-Hongrois à compter de la seconde moitié du XIXème siècle. En 1884, l’Autriche était le 3ème pays d’où provenait les marchandises dans le port de Vólos et le premier partenaire pour les exportations (équivalent à 145.000 livres de l’époque vs 90.000 livres avec la Grande-Bretagne). Ce lien fort commercial de Vólos et ses habitants avec l’Autriche convainquit leur voisin de Thessalonique de les appeler les autrichiens. L’autre histoire mise souvent en avant raconte que pendant la Première Guerre Mondiale, un navire de guerre autrichien, pourtant hostile, rentra dans la baie de Pagasitikos et les habitants de Vólos l’auraient accueilli avec fanfares et drapeaux autrichiens. Des salutations étonnantes et une connivence qui laissa donc ce surnom.

Place maintenant aux versions moins certaines mais qui tournent autour de la guerre ou du commerce. En 1877, la Russie déclara la guerre à l’Empire Ottoman pour soutenir les Bulgares. La Grèce tenta de tirer parti du conflit en agitant les populations hellènes présentes dans les régions occupées par les turques. Mais alors que l’armée grecque franchissait la frontière ottomane pour venir en aide aux Grecs des Balkans en 1878, la Russie et l’Empire Ottoman s’entendaient pour mettre fin au conflit, isolant alors la Grèce. L’échec de la stratégie grecque fragilisa la région de Thessalie où se situe Vólos et qui était sous domination des turques. La cité aurait cherché la protection de l’Autriche. Toutefois, les recherches historiques mettent en doute cette version. Une autre hypothèse se situe 20 ans plus tard en 1897 avec les mêmes acteurs. Suite au précédent conflit, la Thessalie finit par rejoindre en 1881 le jeune état grec mais la Crète demeurait sous l’emprise ottomane. Les agitations sur l’île en 1895 relança les tensions entre les turques et les grecs. Résultat, nouvelle guerre et défaite de l’Etat Grec qui conduisit l’Empire Ottoman à remettre la main sur la Thessalie. Les habitants de Vólos auraient alors hissé des drapeaux autrichiens sur ses bâtiments lorsque les Turcs étaient sur le point d’entrer dans la ville afin d’éviter leur représailles. Encore une fois, les références historiques contredisent cette légende.

Dans deux autres histoires, les décisions fiscales de la Grèce seraient à l’origine du surnom. Le gouvernement grec aurait décidé de ne plus autoriser les importations en provenance d’Autriche et les habitants de Vólos auraient refusé de se conformer à cette décision (logique vu l’importance des échanges et des richesses créées). Une autre version avance qu’après l’incorporation de la Thessalie à l’État Grec en 1881, le gouvernement hellène taxa lourdement les commerçants grecs de naissance. Résultat, les habitants de Vólos auraient placé des drapeaux autrichiens sur la devanture de leurs magasins pour se faire passer pour des non-grecs et ainsi éviter la taxation. Rien ne l’atteste historiquement mais la pratique ne serait pas étonnant, étant donné l’aversion à l’impôt des grecs. Il faut savoir qu’aujourd’hui, si beaucoup de maisons en Grèce ne sont pas achevés, c’est pour ne pas acquitter certaines taxes.

Enfin, on peut terminer avec d’autres légendes qui veut que les habitants de Vólos sont radins comme les autrichiens, ou froids comme les autrichiens. Ou alors ils seraient vicieux, indisciplinés voire cruels comme les autrichiens (qui avaient pire réputation que les ottomans). Dans une nouvelle de 1891 nommée Tα Άπαντα et écrite par Alexandre Papadiamándis, l’auteur écrivait à propos d’un personnage « Ήτο Αυστριακός, χειρότερος από Τούρκον » (c’était un Autrichien pire qu’un Turc).

Le surnom fut donc souvent donné de manière désobligeante à l’encontre des personnes de Vólos par les habitants d’autres villes, et en particulier ceux de Larissa. Mais, comme souvent, ce surnom, si injurieux soit-il, fit parti de l’identité de la ville au point qu’il soit adopté avec fierté par ceux qui étaient moqués. S’il s’applique à l’ensemble des habitants de Vólos, il est exclusivement utilisé dans le monde du ballon rond pour l’équipe de l’Olympiakos (et non pour les autres clubs de la ville). Ceci peut s’expliquer par le fait que l’Olympiakos évolue en rouge et blanc, couleurs du drapeau autrichien.

#784 – Arminia Bielefeld : die Arminen

Surnom directement tiré du nom du club. Le club fut fondé en 1905 et, pour comprendre son nom, il faut se replonger dans l’Allemagne de cette époque. Depuis le milieu du XIXème siècle, la marche vers l’unification de l’Allemagne était inéluctable. Le processus s’acheva avec la proclamation de l’Empire Allemand le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Une trentaine d’année plus tard, cet Etat était encore jeune et son nationalisme encore fort, surtout que la construction de l’Empire se faisait par confrontation avec les deux grands empires de l’époque, la Grande-Bretagne et la France. Le sport était alors un moyen pour la jeunesse d’exprimer leur amour de la patrie. Résultat, les fondateurs attribuaient à leurs associations sportives un nom qui rappellait l’Allemagne, la Prusse (l’Etat qui dominait l’Empire Allemand) ou alors ses origines ancestrales. Ainsi naquit les clubs Borussia (Prusse en latin), Preussen, Alemania ou Germania (cf. article #648).

Avant la fondation de l’Arminia, Bielefied comptait déjà une association qui se nommait Teutonia (en référence au peuple barbare et germanique). La ville avait également un autre club, Cheruskia, qui mettait en avant la tribu germanique des Chérusques. Ceci inspira certainement donc les fondateurs d’Arminia. En effet, Emil Schröder, un des 3 fondateurs, était également président d’une association de danse qui partageait le bar local avec le club Cheruskia. Résultat, ils décidèrent de nommer leur club en référence au chef de guerre de la tribu des Chérusques, Arminius. Premier avantage : son ancrage local. Arminius infligea une défaite cuisante à l’Empire romain en 9 après J.-C. à la bataille de Teutobourg. Elle se tint dans la forêt de Teutberg, où se trouve en lisière la ville de Bielefield. Second avantage : son aura nationale. Arminius fut longtemps oublié par les allemands jusqu’au XVIIIème siècle où son histoire commença à trouver une raisonnance avec le mouvement romantique. Issu d’une famille chérusque puissante, il fut éduqué à Rome et revint dans son pays au sein des troupes romaines. Mais, il fut en quelque sorte un agent double car il commença à chercher à fédérer plusieurs tribus germaniques pour repousser les romains, ce qu’il parvint avec la victoire de Teutobourg. Cette dernière mit un terme à toute tentative d’expansion de l’Empire au-delà du Rhin. Au XIXème siècle, dans ce jeune Etat multiethnique se cherchant une identité commune, le chef tribal, fédérateur de différents peuples germaniques, devint un héro allemand, un stimulateur du sentiment national, en lui offrant des racines anciennes. En 1875, l’imposante statue d’Arminius (plus de 50 mètres de hauteur), le Hermannsdenkmal, fut érigé dans la célèbre forêt de Teutobourg. Elle faisait écho à la statue française de Vercingétorix à Alesia.

A Berlin, une histoire similaire se produisit quelques années auparavent (en 1891). Un club de gymnastique fut nommé Arminia car il y avait déjà un club dénommé Cheruscia dans le quartier de Charlottenburg.

#738 – Gaziantepspor : Şahinler

Les faucons. Le 31 juillet 2020, après 53 ans d’existence, les faucons s’écrasèrent définitivement, ne pouvant assumer leurs dettes envers les joueurs. Avant cette triste fin, ils bousculèrent un peu la domination stambouliote en terminant dans les premières places du championnat au début des années 2000. Le rapace déploit ses ailes sur le blason du club et fait référence à Mehmed Said, mieux connu sous le nom de Şahin Bey. Né à Gaziantep en 1877, il fut tout d’abord un militaire qui défendit l’Empire Ottoman au Yemen ou en Libye. Au lendemain de la Première Guerre mondiale qui vit l’Empire Ottoman s’effondrait et être partagé entre ou occupé par différents pays (Grèce, France, Grande-Bretagne, Kurdistan, Arménie), Şahin Bey intégra le Kuva-yi Milliye, une organisation de résistance turque qui, dans le sillage de Mustapha Kemal, cherchait à chasser les occupants et établir la République turque. Il entreprit la défense de la route Kilis-Gaziantep et organisa les forces miliciennes de la ville de Gaziantep. Fin février-début Mars 1920, il repoussa les forces françaises près de Gaziantep. Puis, le 24 mars 1920, une importante force française lança une opération contre la ville d’Urfa, à 140 km de Gaziantep. Une nouvelle fois, Şahin Bey et ses miliciens parvinrent à stopper le convoi français. Cependant, en raison de l’arrivée de renfort et de la puissance de feu des militaires fraçais, Şahin Bey et ses troupes durent battre en retraite. Il mourrut le 28 mars 1920, lors de cette retraite. Aujourd’hui, il est un personnage important de Gaziantep. Son nom a été donné à un quartier de Gaziantep en raison de ses efforts pour défendre la ville. Un mausolée a été construit en son honneur sur l’autoroute Gaziantep-Kilis, à l’endroit où il perdit la vie. La combativité et le courage qu’il démontra dans sa lutte sur le chemin d’Urfa amenèrent à son surnom de Şahin (faucon).

Outre la référence au héros de la résistance Şahin Bey, le club opta pour le noir et rouge comme couleurs pour rendre hommage aux 6 317 « martyrs » qui défendirent la ville pendant 10 mois face aux forces françaises en 1920-1921. Le noir est pour porter leur deuil et le rouge rappelle leur sang.

#723 – GS Dóxa Dráma : Μαυραετοί

Les aigles noirs. Le football fit irruption dans la ville de Drama par l’intermédiaire de troupes britanniques stationnant dans la région à l’issue de la Première Guerre mondiale. Après un match entre les soldats et les habitants de la ville, l’idée de la création d’un club de football fit son chemin. En 1918, naquit le club sous le nom de Pileas (Pélée, le père d’Achille) qui devint un an plus tard Dóxa Dráma (Dóxa signifiant la gloire). Le premier écusson du club affichait un trefle où dans chaque pétale s’inscrivait une initiale du nom du club. Au début des années 1950, le trefle se transforma en aigle, qui devint alors le surnom du club. Mais, ni la date exacte de ce changement, ni ses raisons ne sont connues. La mention du noir rappelle la couleur du maillot (noir et blanc). Le choix du noir avait pour objectif de rendre hommage aux habitants de la ville, victime des guerres passées, en particulier des guerres balkaniques. La ville de Drama située dans la région de Macédoine-Orientale-et-Thrace souffrit de l’occupation des Ottamans puis surtout des Bulgares. Lors de la première guerre des Balkans d’octobre 1912 à juin 1913, Drama fut sous administration bulgare. Puis, en 1913, même si revendiquée par les Bulgares, la ville fut finalement rattachée à la Grèce et acceuillit de nombreux réfugiés grecs des régions avoisinantes. En 1916, pour la deuxième fois, les Bulgares envahirent la ville et toute la région du Nord-Est de la Grèce. Pendant ces deux années d’occupation, la population grecque fut persécutée et affamée, conduisant 4 000 Grecs de la région à mourir de faim et de maladie. Pour la ville de Drama, 1 965 personnes furent exilés vers des camps de concentration et des travaux forcés en Bulgarie, dont seulement 1 359 revinrent.

#712 – Inverness Caledonian Thistle FC : Caley Jags

D’un côté, il est fait mention à un diminutif du nom du club (Caley pour Caledonian). De l’autre, jag est un verbe anglais qui signifie déchiqueter, taillader et qui fait le lien avec un autre terme du nom du club, thistle, le chardon. Dans la même veine, le club est aussi connu sous le terme Caley Thistle. Il résulte de l’addition des surnoms des deux clubs (Inverness Thistle FC, fondé en 1893, et Caledonian FC, fondé en 1882) qui, en fusionnant, donnèrent naissance en 1994 au Inverness Caledonian Thistle FC. Et autant dire, que pour la ville d’Inverness, fière représentante de l’Ecosse des Highlands (la ville étant la capitale de la région du Highland) , ce surnom fait appel aux racines du pays. Caledonian rappelle la Calédonie (en latin Caledonia), nom par lequel les terres situées au delà du mur d’Hadrien étaient désignées et qui correspondent globalement à l’Écosse actuel. Le chardon est, quand à lui, l’un des symboles les plus connus de l’Écosse. Cette petite herbe résiliente (dont le nom scientifique est l’Onopordum acanthium et connu également comme le chardon aux ânes) a toujours appartenu au paysage écossais et en est devenue le symbole après une légende qui remonte au XIIIème siècle (selon la version la plus connue). A cette époque, le royaume de Norvège, régi par le roi Håkon IV, possédait des territoires en Ecosse, les Hébrides (une archipel au sud de la Mer d’Ecosse), que le Roi d’Écosse, Alexandre III, revendiquait. Une guerre se déclencha et dura de 1262 à 1266. En 1263, 5 navires norvégiens débarquèrent à Largs, une ville côtière écossaise. Les norvégiens voulurent prendre par surprise les forces écossaises. Ils décidèrent d’attaquer durant la nuit et, pour ne pas faire de bruit (pour ne pas réveiller les soldats écossais), d’enlever leurs bottes. Malheureusement pour ces envahisseurs imprudents, l’un des soldats, pieds nus, marcha sur un chardon et ses cris de douleur suffirent à réveiller les archers écossais endormis qui purent vaincre les envahisseurs. Ainsi, en raison du rôle héroïque que la plante a joué dans l’issue de la bataille, le chardon fut immédiatement choisi comme emblème national. Evidemment, il s’agit d’une légende et sa véracité peut être mise en doute. En tout cas, dès le XVème siècle, le chardon était utilisé comme symbole du pays. Il apparaît ainsi sur les pièces d’argent émises en 1470 sous le règne du roi Jacques III et, au début du XVIème siècle, il est devenu une partie intégrante des armoiries d’Écosse.

#684 – Dukla Prague : Dukla

Ce club de la capitale tchèque végète depuis de nombreuses années dans les divisions inférieures après avoir failli disparaître (suite à un déménagement) à la fin des années 1990. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands clubs tchécoslovaques (11 Championnats et 9 Coupes nationales ainsi que deux demi-finales de Coupe d’Europe) qui a vu évoluer le plus grand joueur tchèque du XXème siècle, Josef Masopust (finaliste de la Coupe du Monde 1962 et Ballon d’Or la même année). Pour son surnom, rien de plus simple que de reprendre son nom, qui demeure particulier. En effet, Dukla est un col de montage, situé à la frontière entre la Pologne et la Slovaquie et également près de la frontière occidentale de l’Ukraine. Ce col est donc à plus de 710 km (et 8 heures de route) de Prague et pourtant il lui a donné son nom.

En 1946, composée de soldats de métiers, une équipe de l’armée tchécoslovaque parvint en finale du championnat des armées alliées sous le nom d’Armádní XI (Armée 11). Puis, plusieurs équipes de militaires se montèrent. En 1948, l’armée populaire du pays souhaita unifier ses différentes équipes (11 équipes de football) au sein d’une structure. Ainsi naquit le club sous le nom de ATK Prague (Club sportif de l’armée). En 1953, le club fut rebaptisé ÚDA Praha (Maison Centrale de l’Armée) en raison d’une réorganisation de la politique sportive du pays mais il demeura toujours dans le giron de l’armée. Puis, en 1956, l’armée décida de renommer le club Dukla en l’honneur des combats de la Seconde Guerre Mondiale qui se déroulèrent dans ce col.

En effet, entre le 8 septembre et le 6 octobre 1944, les armées Nazis, soutenues par des régiments Hongrois, affrontèrent les troupes soviétiques et des soldats tchécoslovaques qui venaient aider la rébellion slovaque. Cette bataille serait considérée comme parmi les plus sanglantes de tout le front oriental lors de la Seconde Guerre Mondiale et de l’histoire de la Slovaquie, avec près de 80 000 morts. Au cœur des combats entre le 10 et le 20 Septembre, le contrôle de la colline changea plus de 20 fois. Cette bataille marqua aussi le début de la libération de la Tchécoslovaquie de l’occupation allemande par le 1er corps d’armée tchécoslovaque.

Le footichiste a consacré un article au Dukla.

#636 – SC Olhanense : Leões de Olhão

Les lions de Olhão. Le lion surplombe le blason rouge et noir du club de l’Algarve et rappelle celui qui domine les armes de la ville. Avant 1928, la ville ne possédait pas vraiment d’armoiries et décida de s’en doter à cette époque. Elles représentaient un lion rugissant qui brise ses menottes, accompagné de la lettre O et de deux têtes humaines, l’une représentant un roi, l’autre un maure. Par la suite, les armoires évoluèrent mais le lion en or brisant ses chaînes demeure encore aujourd’hui. L’animal, une des figures les plus représentés en héraldisme, symbolise souvent l’audace et la bravoure et la couleur or signifie la noblesse, la foi ou la fidélité. Ce sont bien ces symboles que ce lion dans les armes de Olhão représente. En effet, le 14 Avril 1808, les troupes napoléoniennes rentrèrent dans Olhão et de nouvelles taxes impopulaires furent levées par les français. En outre, ces derniers se rendirent coupable du vol de l’argenterie de l’église. Malgré les recommandations d’apaisement du prince régent portugais, Jean VI, réfugié au Brésil, la colère montait parmi la population algarve. Le 16 Juin 1808, un soulèvement spontané de la population se produisit, poussant les français hors de la ville. Les différentes tentatives des français de reprendre le contrôle se solderont par un échec. La nouvelle de la révolte et des victoires des habitants de Olhão se répandit dans la toute la province, forçant les français à quitter l’Algarve dès le 23 Juin 1808. La légende raconte que quelques pêcheurs de Olhão prirent une modeste embarcation, une caïque, pour aller porter la bonne nouvelle au prince régent au Brésil. Cet évènement fut la première des révoltes populaires contre l’occupation française et marqua à jamais l’histoire de la ville. Le lion en or brisant ses chaînes est le symbole de ce soulèvement populaire.

#596- Amazulu FC : Usuthu

Il s’agit d’un cri de guerre zoulou. En 1932, au sein du township Umlazi, au Sud-Ouest de Durban, les travailleurs zoulous émigrés fondèrent un club de football dénommé Zulu Royals. Présenté au roi zoulou de l’époque, Salomon, ce dernier accorda au club le droit d’utiliser le bouclier comme logo, un des symboles de la culture zoulou, et changea les couleurs de l’équipe en bleu royal et blanc. Par la suite le nom se transforma en Amazulu qui signifie les zoulous. Attaché à la culture zoulou, le surnom se porta sur usuthu.

Selon la tradition, en 1851, le prince zoulou Cetshwayo ramena comme butin, après une expédition contre un autre peuple, des bovidés appelés suthu. Les bovidés étaient dans la culture zoulou une des principales mesures de la richesse. Ces bovins capturés étaient alors plus imposants que le cheptel zoulous. Impressionnés par leur force, Cetshwayo et ses partisans se faisaient alors appeler les suthu. Lorsque Cetshwayo accéda au trône en 1872, usuthu devient le cri national des zoulous. D’ailleurs, lors de la guerre de 1879, qui opposa l’Empire Britannique au Royaume zoulou, le terme usuthu fut le cri de ralliement des zoulous.

#569 – KAS Eupen : les Germanophones

Eupen, ville de près de 20 000 habitants, se situe en Wallonie mais se trouve aussi être la capitale de la communauté germanophone de Belgique. Face aux wallons francophones et aux flamands néerlandophones, 9 communes regroupent les populations germanophones de Belgique, héritage du traité de Versailles. Lorsque la Belgique déclara son indépendance des Pays-Bas en 1830, le pays se coupait en deux communautés : wallons et flamands. Puis, la Première Guerre Mondiale éclata et la Belgique fut envahie par les allemands. En 1919, après la défaite allemande, la Belgique obtint réparation en récupérant une petite partie du territoire allemand (article 27 du Traité de Versailles). Ainsi, Eupen, qui était auparavant une ville allemande rattachée à Aix-la-chapelle, se retrouva en Belgique avec les 8 autres communes. En 1970, la communauté germanophone, qui compte aujourd’hui près de 78 000 personnes, fut dotée d’un parlement et au début des années 1980 d’un gouvernement.

En 1945, le AS Eupen vit le jour avec la fusion de deux clubs, Jeunesse Eupen et FC Eupen 1920. A la sortie de la guerre, l’allemand n’était pas vraiment à l’honneur et les membres fondateurs préfèrent doter le club d’un nom français : Alliance Sportive Eupen. Si le club réussit à se hisser en seconde division belge dans les années 1970 (voire même fleurter avec l’accession en première division en 1974), l’AS Eupen n’attirait pas les foules et voyaient de nombreuses personnes traverser la frontière pour aller supporter les équipes de Bundesliga allemande. Pire, le FC Eupen 1963, club de niveau régional, était considéré comme plus germanophone et donc réunissait parfois plus de spectateurs. L’AS Eupen comprit donc que son nom français l’empêchait d’être adopté par sa communauté locale. En 1981, la direction décida de changer le nom du club en un nom allemand et enfin apparaître comme un club germanophone. Pour conserver l’abréviation AS, le nouveau nom fut Allgemeine Sportvereinigung Eupen (Association générale des sports d’Eupen). En 1995, lorsque le club fêta ses 50 ans, il obtient le titre de Société Royale et le nom devint KAS Eupen : Königliche Allgemeine Sportvereinigung Eupen (Association Royale Générale des Sports d’Eupen). Lors de la saison 2002-2003, le KAS se bâtit pour le titre et la montée avant de finalement s’incliner lors du tour final pour la montée en D1. Avec cette épopée et l’absence de concurrence sportive dans la région germanophone, KAS Eupen devint clairement l’équipe germanophone n°1 en Belgique. En 2010, pour la première fois de son histoire, il accéda en D1, une première également pour un club germanophone.

#548 – Beitar Jérusalem FC : האריות מהבירה

Le Lion de la Capitale. Le club de la capitale de l’Etat d’Israël porte ce surnom à double titre. En effet, le lion est le symbole, à la fois du mouvement sioniste Beitar, dont dépend le club (cf article #420), et de la ville de Jérusalem, où il réside. Le Betar, mouvement de jeunesse sioniste fondé en 1923, signifie « Alliance de la jeunesse hébraïque en souvenir de Joseph Trumpeldor » et rappelle la ville de Betar, dernière forteresse juive à tomber face aux troupes romaines lors de la révolte des années 132-135. La cité, située en Judée, au sud-ouest de Jérusalem, n’existe plus mais, citée dans certaines prières, dans le Talmud, la Mishna, mentionnée par de célèbres rabbins (Maharal de Prague, Gaon de Vilna, Maimonide), la ville de Betar fit preuve d’héroïsme et de combativité, devenant ainsi un symbole pour la résistance juive et le retour en terre sainte. En 132 après JC, plusieurs mesures prises par l’Empereur Hadrien conduisirent à une insurrection des juifs de la province de Judée face à l’Empire Romain. La ville de Betar en était l’épicentre. Après 3 ans de guerre civile, les légions romaines encerclèrent les rebelles juifs à Betar et la cité-forteresse résista avant de tomber en août 135. Selon le rabbin Gaon de Vilna, les légions romaines, composés de 80 000 hommes, entrèrent dans Betar et massacrèrent la population en égorgeant hommes, femmes, enfants jusqu’à ce que le sang coule des porches et des égouts. Néanmoins, la bataille fut difficile car la population se battit et mourut comme des lions. Le roi des animaux devint alors le symbole de la ville, de sa résistance et fut donc repris par le mouvement Betar.

De l’autre côté, en 1958, Jérusalem adopta également le lion comme symbole. Composé en 1950, le blason de la ville affiche un lion rampant devant le Mur des Lamentations, entouré de deux branche d’olivier. L’animal est le Lion de Juda et demeure, en réalité, un symbole traditionnel des juifs et de Jérusalem. Dans la bible, Juda était le fils du patriarche Jacob et lors de sa bénédiction, Jacob qualifia son fils de גּוּר אַרְיֵה יְהוּדָה, jeune lion (Génése 49:9). Ainsi, la tribu de Juda, l’une des douze tribus d’Israël, composée des descendants de Juda, reprit le lion comme symbole. Jérusalem, comme capitale du Royaume de Juda, l’utilisa aussi.