#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara« , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.

#137 – OGC Nice : les Aiglons

Le club niçois tire son surnom des armoiries de la ville où figure un aigle dominant trois collines et la mer. On retrouve la trace de ces armoiries dès 1431 dans des parchemins contenant les statuts de la commune de Nice délivrées par le Duc de Savoie, Amédée VIII. A cette époque, Nice était rattaché au Duché de Savoie depuis seulement quelques années. Suite à un problème de succession, entre 1380 et 1388, deux maisons (la maison d’Anjou-Sicile et la maison de Duras) s’affrontèrent pour la domination du Comté de Nice. Le Pays Niçois était rallié à la Maison de Duras mais faisait face aux Provençaux et leurs alliées de l’armée d’Anjou. Incapable d’être secouru par les Duras, les niçois se tournèrent vers Amédée VIII et la Maison de Savoie pour les défendre. Le 28 Septembre 1388, une carte connue sous le nom d’acte de dédition de Nice à la Savoie donna des premiers droits à Amédée VIII sur le Comté de Nice. Ces derniers furent réaffirmés face à la Maison Duras en 1391. Puis en 1419, la Maison d’Anjou-Sicile, par la régente de Naples Yolande d’Aragon, abandonna ses prétentions sur la région, marquant le rattachement définitif de Nice aux possessions de la Maison de Savoie. Cette incorporation étant nouvelle, le Duc souhaita marquer de son seau la ville. Or, Amédée VIII n’était pas uniquement Duc et avait également le titre de vicaire impérial, ce qui lui donnait une autorité et un prestige complémentaire. État indépendant rattaché au Saint-Empire romain germanique, la Maison de Savoie avait obtenu ce titre au XIIIème. Ainsi, pour affirmer leur domination sur la ville, les Ducs de Savoie imprimèrent, sur les armoiries de la cité, l’aigle, emblème impérial, qui dominait 3 collines et la mer, représentant le pays niçois.

Cette tradition de l’aigle sur les armes d’une ville impériale était largement diffusée au sein du Saint-Empire romain germanique, particulièrement pour les villes dites libres ou impériales. Aujourd’hui, les villes d’Aix-la-Chapelle (Allemagne – ville impériale en 1166), de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240) affichent sur leurs armoiries, généralement un aigle noir sur fond jaune. Ce symbolisme était directement tiré des armes du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Le Saint-Empire était une sorte de confédération de plusieurs Etats et principautés mais n’a jamais constituait un Etat-Nation au sens moderne. Issu de la décomposition de l’Empire de Charlemagne après le traité de Verdun (843), cet ensemble débuta par la réunion de deux divisions de l’Empire carolingien au Xème siècle et s’étendait principalement sur une partie de l’Allemagne et de l’Italie actuelle (jusqu’au XIVème siècle). Ainsi, les dynasties qui régnèrent qualifièrent l’Etat de « Saint » (à compter de 1157) pour exprimer que son monarque était établi par la volonté de dieu et régnait par droit divin. Ensuite, le terme « Romain » apparu vers 1184 (et de façon constante à partir de 1254) établissait un lien direct entre l’ancien Empire Romain (disparu en 476) et le nouvel Etat (qui occupait des régions historiques de l’Empire Romain). D’ailleurs, le monarque du Saint-Empire était titré « Empereur des Romains ». Pour renforcer l’héritage, les armes du Saint-Empire reprit les attributs de Rome dont l’Aigle. L’oiseau à l’époque de l’Empire romain était le protecteur des légions sur le champ de bataille et, selon leur croyance, favorisait les victoires des Romains au combat. Il apparaissait sur l’étendard des légions (aquila). Dès l’antiquité grec, l’aigle, animal favori de Zeus, le Dieu de tous les Dieux, symbolisait la puissance, la victoire et la prospérité. Dans la mythologie romaine, il demeurait attaché au Dieu des Dieux, Jupiter, en étant son messager. Pour le Saint-Empire, les armes d’un aigle noir sur fond jaune devint attestées vers 1250, la « Chronica maiora », un livre historique du moine bénédictin anglais, Matthieu Paris, attribuant un Reichsadler (l’aigle impérial) à deux têtes à l’Empereur Otto IV. Ce symbole, le Reichsadler, a traversé les âges, en étant représenté sur les armes du Saint-Empire, l’Empire Allemand, la République de Weimar, le 3ème Reich et jusqu’à aujourd’hui, la République Fédérale Allemande.

L’aigle se retrouve aujourd’hui sur l’écusson du club.