#463 – Ashanti Gold SC : the Miners

Les mineurs. Ashanti Gold SC fut fondé en 1978 par un groupe d’employés de la société minière Ashanti Goldfields Corporation (AGC) sous le nom de Goldfields Sporting Club. Obuasi, où réside le club, est une ville située au sud du Ghana et dont l’essor a accompagné celui de sa principale richesse, la mine d’or exploitée aujourd’hui par Obuasi Gold Mine (successeur de Ashanti Goldfields Corporation).

Mine d’or à ciel ouvert et souterraine, s’étendant sur 8km et à des profondeurs de 1 600 m, elle est exploitée depuis 1897 et constitue l’une des 9 plus grandes mines d’or du monde. En 2009, la mine employait plus de 5 700 personnes. En 2017, son gisement était estimé à 20,28 Mt de minerai titrés à 9 g/t d’or (9 grammes d’or pour 1 tonne de minerai extrait).

A la création du club, les employés-fondateurs demandèrent à la direction d’AGC de parrainer l’équipe mais AGC refusa. Sans ce soutien financier, les premières années furent difficiles mais cela n’empêcha pas les succès sportifs. Lors de la saison 1984, le club fut finaliste de la coupe nationale (perdue 1 but à zéro face à Asante Kotoko) et grâce à cette finale, le club fut promu en première division. Face à cette réussite et sous la pression de son principal actionnaire, Lonrho, AGC s’investit dans le club pour le structurer mais sans en prendre les commandes (soutien financier et recrutement d’un directeur anglais). Dix ans plus tard, AGC dut s’impliquer encore pour aider à son développement. Enfin, en 2004, le club fut renommé Ashanti Gold Sporting Club, en l’honneur de son ancien actionnaire AGC, qui venait de disparaître dans une fusion avec la compagnie minière sud-africaine d’AngloGold.

#412 – FK Rostov : сельмаши

Il (prononcé selmash) s’agit de la combinaison et abréviation de deux mots сельскохозяйственные машины qui signifient machines agricoles. Le club, fondé le 10 mai 1930, était l’émanation sportive de l’entreprise Rostselmash, spécialisée dans la fabrication de moissonneuses-batteuses et de tracteurs, elle-même récemment créée un an auparavant. Excepté pendant la seconde guerre mondiale où l’usine fut déplacée Tachkent, la principale unité de production comme le siège social se trouve à Rostov. En 1969, le groupe avait déjà construit 1.000.000 de moissonneuses-batteuses et 25 ans plus tard, la 2 millionièmes machines étaient produites. Privatisé en 2000, plus de 10.000 personnes travaillent pour Rostselmash aujourd’hui. Le club de football s’appela naturellement au départ Сельмашстрой (Selmashstroy) jusqu’en 1936, puis Сельмаш (Selmash) pendant 5 ans et même Трактор (Tracteur) pour rappeler clairement les origines du club. Enfin, de 1957 à 2003, le nom du club se résuma simplement au nom de l’entreprise. Puis, suite à la privatisation de l’entreprise en 2000, le club s’en sépara et fut racheté en 2002 et devint alors le FK Rostov.

#402 – Coton Sport de Garoua : les Cotonniers

Pas trop difficile de comprendre d’où vient l’origine de ce surnom quand le club se dénomme Coton Sport. En 1986, le club phare de la ville de Garoua, l’Etoile Filante, descendait en seconde division. Une équipe amateur décida de s’engager dans le championnat, sous le parrainage de la Société de développement du coton (Sodecoton), l’une des plus importantes entreprises parapubliques du Cameroun. Sodecoton a son siège à Garoua et structure une grande partie de la filière coton, dont Garoua et sa région sont le cœur de la production, la filature et la confection de coton au Cameroun. La production du coton était connue depuis longtemps mais les Européens développèrent cette culture de manière intensive. Aujourd’hui, la Sodecoton assure l’encadrement direct de 350 000 à 400 000 planteurs, pour une surface de culture de près de 200 000 hectares qui donnent plus de 230 000 tonnes de coton graine. L’autre grande entreprise du pays, la CICAM, qui réalise 90% de la confection de textile coton, exploite également à Garoua deux usines de filature et tissage. Le soutien de la Sodecoton garantit au club de football un budget élevé. Résultat, depuis 1996, soit 3 ans après son accession en première division, le club a remporté 15 titres de champion, les autres années l’équipe termina que second.

#398 – Debrecen VSC : Loki

Debrecen, deuxième ville de Hongrie, est bien trop au sud pour vénérer les dieux de la mythologie nordique. Il ne s’agit donc pas du frère de Thor mais simplement du diminutif de Lokomotiv. Si vous suivez nos différentes chroniques, vous savez que les clubs du bloc soviétique attachés au Ministère des Transports et en particulier à l’entreprise nationale ferroviaire, étaient rassemblés au sein d’une « fédération » dénommé Lokomotiv. Si l’équipe de Debrecen ne s’appelle Lokomotiv, il faut tout d’abord noter que VSC sont les initiales de Vasutas Sports Club, qui signifie Club des Sports des Chemins de Fer. Ensuite, de 1949 à 1955, le club prit le nom de Debrecen Lokomotiv. Sachant cela, le diminutif de Loki apparait logique.

L’histoire du club démarra en 1902 au sein des ateliers ferroviaires de Debrecen. Suite à la création du chemin de fer en Hongrie, Debrecen devint un important nœud ferroviaire à la fin du XIXème siècle et la décision fut prise par les chemins de fer hongrois MÁV de créer à Debrecen un atelier de réparation. L’activité débuta le 20 septembre 1898 avec 264 ouvriers, ce qui eut un impact extrêmement significatif sur la vie économique de la ville. Dès 1900, cette usine était devenue une référence dans le pays et employait près de 1 000 personnes avant la Première Guerre Mondiale. Naturellement, une association culturelle et sportive fut fondé au sein des ateliers pour offrir des distractions aux ouvriers. En 1902, deux ingénieurs, György Kabay et Vilmos Nánási, avec la participation de neuf ouvriers de l’atelier prirent l’initiative de créer la section football de l’association corporatiste. C’était la première association sportive ferroviaire rurale. En 1912, le département des sports se sépara de l’usine et créa un nouveau club dénommé Debreceni VSC, ouvert cette fois à tous les cheminots de Debrecen (et non plus seulement ceux de l’atelier). Avec l’arrivée du pouvoir communiste à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, MÁV fut incorporé au sein du Ministère des Transports et l’association sportive des cheminots était plutôt vu d’un bon œil. Mais le nom ne plaisait pas (notamment l’utilisation du mot club) et le club se dénomma alors Debrecen Lokomotiv.

#368 – CS Oriente Petrolero : los Refineros

Les raffineurs. La Bolivie est un pays enclavé en Amérique Latine mais aux riches gisements de minerais et de pétrole/gaz. Ainsi, l’économie bolivienne est basée principalement sur l’extraction et l’exportation de ses ressources naturelles. Dans le domaine minier, la Bolivie est un important producteur mondial d’étain (4ème mondial), d’antimoine (3ème), de plomb (8ème), d’argent (9ème), de zinc (10ème), d’or (24ème) et encore de lithium et de manganèse. Cette exploitation représentait 48% des exportations du pays en 2019. Derrière les minerais, le pétrole/gaz constitue l’autre richesse du pays (15ème exportateur mondial de gaz naturel). Le secteur andin bolivien concentre ces gisements dans le bassin de Santa Cruz et de Tarija. La ville de Santa Cruz, la capital économique du pays et lieu où réside le club, accueille également l’une des deux raffineries du pays. Ce développement du secteur pétrolier remonte principalement aux années 50 où des nouveaux gisements furent découverts. Le pays devint alors producteur/exportateur et confia cette activité à une entreprise nationale créée en 1936, YPFB (Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos). Dans le cadre de ce boom économique, la compagnie nationale YPFB soutint les associations sportives poussées par les ouvriers de ces exploitations et raffineries à travers le pays comme Chaco Petrolero à La Paz, Petrolero à Cochabamba, Independiente Petrolero et Oeste Petrolero à Oruro. Ce fut aussi le cas à Santa Cruz en 1955 où deux clubs de quartiers furent à la base de la création du CS Oriente Petrolero. L’un des clubs était un groupe formé par Aroldo Justiniano, chef du syndicat des travailleurs du pétrole. Résultat, le 5 novembre 1955, lors d’une réunion entre les travailleurs, le club fut officiellement fondé dans le centre de Santa Cruz au bureau régional de l’YPFB.

#355 – FK Rad : Građevinari

Les bâtisseurs. En 1958, un modeste club de Belgrade du nom FK Razvitak évoluait dans les ligues mineures locales. Au premier semestre de cette année, la société de construction GRO Rad se décida à reprendre cette petite structure pour en faire l’équipe de football officiel du club. Le FK Rad reçut un terrain de la municipalité de Banjica, un quartier de Belgrade. L’avantage d’appartenir à une société du bâtiment fut que le club eut les moyens d’y édifier un stade. Plusieurs rangées de stands furent installées ainsi que des vestiaires et un restaurant. Années après années, minutieusement et patiemment, le club se construisit pour devenir un club reconnu de la capitale serbe. En effet, il fédéra à compter des années 80 les belgradois qui ne souhaitaient pas supporter un des deux clubs du régime, l’Etoile Rouge ou le Partizan.

#352 – CS Emelec : el Bombillo

L’ampoule. En 1926, l’Américain George Lewis Capwell prît la direction de Empresa Eléctrica del Ecuador, la société en charge de la production et la distribution de l’électricité pour la ville de Guayaquil. Pratiquant et fan de sports, en particulier la boxe, Capwell favorisa le développement du sport au sein de l’entreprise en faisant découvrir aux ouvriers des sports tels que handball ou le baseball et en faisant organiser des championnats internes. L’un des patios de l’entreprise était alors consacré à ses ligues entre collègues. L’opération rencontra une franc succès et les équipes sortirent de l’entreprise pour commencer à affronter des clubs externes. Naturellement, en avril 1929, Capwell proposa de créer une structure dédiée dénommée Emelec (EMpresa ELéctrica del ECuador). Seulement au départ, seules les sections de natation, baseball, boxe, basket-ball et athlétisme ouvrirent, Capwell n’était pas fan de football. Toutefois, ce sport était populaire et avait même précédé la création officielle de Emelec. En effet, en 1925, des employés de Empresa Eléctrica del Ecuador avait déjà constitué une équipe de football dénommé Emelec qui avait remporté une ligue locale, jouissant d’une certaine popularité. Mais, cet Emelec eut une vie éphémère, n’étant jamais constitué sous une forme d’une entité dûment organisée. Le retard à l’allumage en 1929 fut rattrapé quelques mois après puisque le 7 juin 1929, la section football fut ouverte et s’inscrivit à la fédération de Guayas.

#313 – West Ham United : the Hammers

Les marteaux. Les joueurs de West Ham ne sont pas plus fous que les autres et les plus marteaux étaient le crazy gang de Vinnie Jones, Dennis Wise et consorts (mais qui évoluaient au milieu des années 80 à Wimbledon). Ici, il est fait plutôt référence aux origines du club. Au XIXème siècle, au bord de la Tamise, au niveau des quartiers de Blackhall et Bow Creek, au sud de West Ham, était érigé l’usine de la Thames Ironworks and Shipbuilding Company, à la fois un chantier naval, spécialisé dans les bateaux construits en fer, et une aciérie. Elle se diversifia également dans tous les ouvrages en fer, tels que dans le génie civil, les moteurs marins, les grues, l’électrotechnique et les automobiles.

En 1895, son directeur général, Arnold Hills, se laissa convaincre par l’un de ses contremaîtres, l’arbitre de football local Dave Taylor, de créer un club de football pour les ouvriers de l’usine. Syd King, ancien joueur et président du club, résuma ainsi la création du club : « In the summer of 1895, when the clanging of « hammers » was heard on the banks of Father Thames and the great warships were rearing their heads above the Victoria Dock Road, a few enthusiasts, with the love of football within them, were talking about the grand old game and the formation of a club for the workers of the Thames Iron Works Limited. There were platers and riveters in the Limited who had chased the big ball in the north country. There were men among them who had learned to give the subtle pass and to urge the leather goalwards » (À l’été 1895, lorsque le bruit des « marteaux » se fit entendre sur les rives de Father Thames et que les grands navires de guerre élevaient leurs têtes au-dessus de Victoria Dock Road, quelques passionnés, avec l’amour du football en eux, parlaient sur le vieux grand jeu et la formation d’un club pour les travailleurs de la Thames Iron Works Limited. Il y avait des plaqueurs et des riveteurs dans la Limited qui avaient chassé la grosse balle dans le nord du pays. Il y avait parmi eux des hommes qui avaient appris à donner la passe subtilement et pousser les cuirs vers le but). Les marteaux étaient un des outils principaux de ces ouvriers qui fondèrent West Ham et on retrouve aujourd’hui cet instrument sur l’emblème du club.

Par ailleurs, outre la référence à l’activité de l’enterprise dont est originaire le club, le mot hammers présente aussi l’avantage d’apparaître comme une extension du nom du quartier de West Ham.

#286 – Zagłębie Lubin : Miedziowi

Le cuivre. Les joueurs évoluent dans un maillot orangé qui peut évoquer la couleur du cuivre. Ce surnom comme ce maillot orange sont liés à l’une des principales activités économiques de la ville de Lubin : l’extraction minière de Cuivre. En 1957, la découverte de gisement de cuivre en Basse-Silésie conduisit à ouvrir deux mines importantes : une à Polkowice et une autre à Lubin. Lubin représente l’une des plus grandes réserves de cuivre et d’argent de Pologne avec des réserves estimées à 347 millions de tonnes de minerai en 2010. En 2018, la production annuelle était d’environ 7 millions de tonnes de minerai polymétallique (cuivre, argent, nickel, cobalt, molybdène) pour une surface minière de 158 km². Cette activité donna naissance en 1961 à la société dénommée KGHM, active encore aujourd’hui en Pologne mais également au Chili et en Amérique du Nord. Fondé en 1945, le club gagna avec l’arrivée de KGHM un nouveau riche sponsor qui aida au développement. Le club changea alors de nom d’abord pour Gornik (Mineur) puis Zagłębie (bassin minier). KGHM continue encore à être le principal sponsor du club.

#277 – Bayer Leverkusen : Pillendreher

Pilulier. Le club est également connu sous Pillenklub, le club des pilules. Et ces pilules ne cherchent pas à cacher (désolé pour le jeu de mot) le lien du club avec le groupe chimique Bayer. En février 1903, Wilhelm Hauschild adressa une lettre signée par 170 collaborateurs du groupe Bayer à la direction de l’entreprise, leur demandant de fonder son propre club sportif. Il fallut attendre le 1er juillet 1904 pour que le Turn- und Spielverein 1904 der Farbenfabrik vormals Friedrich Bayer Co. Leverkusen soit fondé. Enfin, le 31 mai 1907, le club se dota d’une section football qui deviendra plus tard le Bayer Leverkusen 04.

Aujourd’hui encore, le club appartient à 100% à l’entreprise Bayer AG et jusque dans les années 1970, la majorité des joueurs étaient encore employés dans l’usine. Et comme le note, Rüdiger Vollborn, l’ancien gardien ayant évolué de 1983 à 1999 au Bayer, « l’association et l’usine ne font qu’un tout comme la ville et l’usine ne font qu’un ». Car Bayer s’installa dans un village en 1895 qui, accompagnant le développement du siège et de l’usine de Bayer, devint la ville de Leverkusen en 1930. Débutant dans les colorants et la peinture, l’entreprise connut une croissance dans les produits pharmaceutique, notamment en déposant le brevet et la marque Aspirin, en 1899. Aujourd’hui, les activités de Bayer s’articulent autour des divisions Pharmaceuticals (médicaments de prescription), Consumer Health (médicaments en vente libre), Crop Science (produits phytosanitaires), et Animal Health (produits vétérinaires).

A l’image d’autres entreprises (Fiat avec la Juventus, Philips avec le PSV), le rôle paternaliste était assumé et Bayer voyait donc en la création d’un club sportif une façon de renforcer le lien entre les collaborateurs et la société, d’assurer une mission sociale et culturelle. Ainsi, l’entreprise Bayer est encore identifiée comme Mutter Bayer (la mère Bayer) par les habitants de Leverkusen et les supporteurs du club. Dans les années 80, Vollborn estime que 7 spectateurs sur 10 étaient des employés de Bayer. Aujourd’hui, le taux est certes un peu plus bas, mais seulement un peu.