Les bohémiens. S’il y a bien une ville qui respire, transpire le football, c’est Buenos Aires. Chaque quartier a son équipe, voire ses clubs qui le représentent fièrement. Je vous propose de découvrir l’une de ses associations, moins connues que Boca Junior, Racing ou River Plate mais qui constitue l’essence du quartier de Villa Crespo : le CA Atlanta. Leur surnom ne traduit pas la présence d’une forte communauté gitane et n’a rien à voir avec un mode de vie d’artiste ou de musicien de rue. Il raconte plutôt l’histoire d’une lutte acharnée pour la survie et la quête d’un foyer.
Le 12 octobre 1904, une bande de jeunes passionnés fonda le CA Atlanta, au domicile du marchand Elías Sanz, situé au 1119 rue Alsina, dans le quartier de Montserrat (qui se situe pas à côté de Villa Crespo). À cette époque, le football argentin commençait à peine à émerger et si votre club n’était pas soutenu par une institution scolaire ou une entreprise (dans les deux cas, qui comptait une communauté britannique favorable à la pratique de ce sport), vous étiez alors sans le sou et donc sans moyen. Pas de ballon, pas de maillot et encore moins de terrain. Le tout jeune CA Atlanta faisait parti de ces clubs offrant des conditions précaires à ses membres pour pratiquer leur sport favori. Incapables de s’offrir un terrain permanent, ses joueurs et dirigeants devaient louer des parcelles de manière temporaire, au gré de leur moyen ou des souhaits du propriétaire. Ainsi, pendant les deux premières décennies de son existence, le club fut contraint de mener une vie nomade.
L’équipe joua d’abord sur un terrain vague situé à l’angle des rues Juan Bautista Alberdi et Escalada, dans le quartier de Villa Luro, complètement à l’Ouest de la ville (quasiment à l’opposé de Montserrat). Toutefois, la pression immobilière et l’urbanisation galopante de Buenos Aires les chassèrent rapidement. Atlanta va alors régulièrement changer de terrain, entre 1904 et 1922, passant d’un quartier de la ville à l’autre. Ils s’installèrent brièvement dans la quartier de Floresta, puis migrèrent vers Parque Chacabuco (entre les rues Emilio Mitre et Tejedor, à l’emplacement actuel du parc), avant de devoir plier bagage pour Caballito. Les motifs de ces déménagements étaient toujours les mêmes : l’expiration d’un bail de location que le club n’avait pas les moyens de renouveler, des propriétaires qui vendaient les terrains pour y construire des logements, ou simplement l’incapacité financière à maintenir des clôtures et des tribunes en bois. En 1922, le club posa finalement ses valises de façon définitive dans le quartier de Villa Crespo, mettant ainsi fin à son errance. Le stade se trouvait au 470 de la rue Humboldt et fut inauguré avec un match contre River Plate. Dans les années 1950, les nouvelles réglementations de la fédération visant à renforcer la sécurité conjuguées aux problèmes structurels de son stade (il avait été fermé un certain temps en 1955) poussèrent le club à édifier un nouveau stade, sur un terrain adjacent acheté dans les années 1940. Inauguré le 5 juin 1960, le Stade Léon Kolbowski est encore le terrain de l’équipe d’Atlanta aujourd’hui.
Non seulement le club déménagea régulièrement de terrain à ses origines mais, en outre, cette instabilité géographique originelle les empêcha de s’enraciner culturellement dans un quartier. Aux yeux de la presse comme des supporteurs adverses, les joueurs d’Atlanta étaient alors des Bohemios. Et cette image ne les quitte pas. Puisque, si depuis 1922, Atlanta réside à Villa Crespo, on peut souvent entendre ses supporteurs dirent qu’Atlanta n’est pas Villa Crespo, mais Villa Crespo ne serait pas Villa Crespo sans Atlanta.
