#1433 – OFC Nessebar : Делфините

Les dauphins. Loin des appellations guerrières ou industrielles que l’on retrouve si souvent dans les championnats d’Europe de l’Est, le choix de ce surnom relève d’un ancrage géographique, historique et culturel profond. Pour comprendre le lien intime qui unit ce club de football au cétacé, il convient de plonger dans l’héritage millénaire d’une ville intrinsèquement liée aux flots.

Nessebar n’est pas une simple bourgade côtière ; c’est un véritable musée à ciel ouvert, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Érigée sur une presqu’île rocheuse s’avançant de manière spectaculaire dans la Mer Noire, l’ancienne cité thrace, autrefois nommée Mesembria, s’est développée comme une colonie grecque incontournable, puis comme un carrefour maritime byzantin de premier plan. Depuis plus de trois millénaires, la mer est nourricière, protectrice et source de rayonnement commercial pour la région. Les navigateurs, les pêcheurs et les marchands ont forgé l’identité de la cité que l’on surnomme la Perle de la Mer Noire. Aujourd’hui, la côte est devenue renommée pour ses plages et sa station balnéaire de Slantchev Briag (la côte du soleil). En adoptant un emblème marin, le club de l’OFC Nessebar s’inscrit donc dans la continuité directe de cette tradition maritime séculaire.

Les eaux qui baignent la presqu’île de Nessebar abritent des espèces spécifiques de dauphins. On y observe principalement le grand dauphin de la mer Noire (Tursiops truncatus ponticus) ainsi que le dauphin commun à bec court (Delphinus delphis ponticus), une sous-espèce endémique particulièrement menacée et protégée. Ces mammifères marins escortent les navires au large des côtes bulgares depuis l’Antiquité. Mais, si le cétacé peut apparaître sympathique, il présente des qualités qui peuvent inspirer des footballeurs. Ils symbolisent l’intelligence et la cohésion (les dauphins évoluent, communiquent et chassent en groupe, à l’image d’une équipe parfaitement soudée autour d’un plan de jeu) et sont agile et rapide (capables d’accélérations soudaines et de changements de direction fulgurants, ils rappellent la fluidité technique des meilleurs attaquants). Enfin, puissants et gracieux, les dauphins symbolisent un football tourné vers le mouvement et l’élégance.

En définitive, le surnom des Делфините est l’affirmation d’un ADN. Lorsque les joueurs de l’OFC Nessebar foulent la pelouse, ils représentent le souffle de la mer Noire, le dynamisme d’un écosystème marin fascinant et l’immense fierté d’une cité historique.

#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).