#1428 – CS Cartaginés : los Brumosos

Les brumeux. Le CS Cartaginés fait parti des clubs historiques du football costaricain, avec ses 4 titres de champion du pays (dont le dernier en 2022) et ses 5 coupes nationales. Surtout, sa fondation remonte au début du XXème siècle (en 1906) quand plusieurs habitants de Cartago aidés d’étrangers de diverses nationalités, notamment le Canadien William Henry Pirie, prirent l’initiative de créer un club de football dans la ville, qui aujourd’hui est le deuxième plus ancien du pays. Mais, ce n’est pas son âge avancé qui ferait que le club ou ses joueurs se retrouvent dans le brouillard.

En fait, la ville de Cartago baigne régulièrement dans un épais brouillard et une forte nébulosité, en particulier lors des journées fraîches. Cette situation résulte de la position de la cité. Le Costa Rica est coupé en deux par une immense épine dorsale de montagnes et de volcans (les cordillères de Tilarán, Centrale et de Talamanca). Les plaines et les montagnes situées à l’Est et au Nord-Est de cette barrière forment la Vertiente del Caribe (versant Caraïbe). Les terres situées à l’Ouest forment la Vertiente del Pacífico (versant Pacifique). Le versant Caraïbe est exposé de plein fouet aux vents alizés chargés d’humidité qui soufflent depuis la mer des Caraïbes et de l’océan Atlantique. Lorsque ces masses d’air chaud et humide frappent les montagnes, elles s’élèvent, se refroidissent brutalement et provoquent des pluies abondantes. Cartago subit de plein fouet ce climat. Située à la limite où le versant Caraïbe rencontre la Vallée Centrale, à plus de 1 400 mètres d’altitude, dans les contreforts du volcan Irazú, elle reçoit directement les nuages et l’humidité qui montent de la côte atlantique et se heurtent au volcan, ce qui crée son fameux brouillard permanent (la bruma). Ceci caractérise la ville au point qu’elle est surnommée historiquement « La Ciudad de las Brumas » (la ville des brumes).

#1427 – Charlotte FC : the Crown

La couronne. Charlotte, dans l’Etat de Caroline du Nord, a une longue relation avec le soccer sans qu’aucune de ses franchises brillent sur la scène nationale, dans les meilleures ligues professionnelles. Finalement, en 2019, un projet se monta, avec l’un des propriétaires du club de football américain des Panthers, et la MLS valida l’expansion de la ligue à une nouvelle franchise de Charlotte. Côté couleur, Charlotte FC reprit le noir et le bleu du club sœur des Panthers. Comme logo, la franchise adopta un écusson rond dans lequel s’inscrit une grande couronne blanche, dont les quatre pointes symbolisent les quatre quartiers d’origine de la ville. Avant de prendre un nom assez générique, la franchise devait également faire référence à cette couronne, en se dénommant Charlotte Crown FC. En tout cas, cette couronne donna son surnom à l’équipe.

Pour comprendre la présence de ce symbole royal dans un pays qui se battit dans la rébellion à la couronne britannique, il faut remonter aux origines de la ville, qui se revendique comme la Queen City (la reine des villes). Charlotte est en effet l’une des 38 villes américaines à s’être autoproclamée « Reine des villes ». Et sur son sceau comme sa bannière, la couronne est utilisée comme symbole.

En 1760, le Roi Georges III monta sur le trône de Grande-Bretagne et d’Irlande et un an plus tard, il épousa la princesse allemande, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. De l’autre côté de l’Atlantique, les colonies britanniques s’étendaient sur le territoire américain et, en 1762, afin de rendre hommage à la nouvelle reine, des colons donnèrent le nom de Mecklembourg à la région où il venait de s’implanter. Puis, en 1768, toujours afin de s’attirer les faveurs du Roi, ils donnèrent à leur ville le nom de Charlotte. Mais, la Reine ne fit jamais l’honneur à ses sujets de leur rendre visite. Malgré cet attachement à la couronne ou en raison de l’absence de retour de la Reine, la ville fut un des foyers de la révolution américaine. La déclaration d’indépendance de Mecklembourg, qui dénonçait la tyrannie britannique, fut signée à Charlotte, un an avant celle des 13 Etats. Le général britannique Charles Cornwallis qui occupa la ville avant d’en être chassé par des habitants hostiles, décrivit la cité comme a hornet’s nest of rebellion (un nid de guêpes en pleine rébellion). Aujourd’hui, on peut admirer des statues de la Reine sur North College Street, dans le quartier central des affaires, et devant l’aéroport international Charlotte Douglas. On trouve aussi de nombreux lieux dont le nom fait référence à la reine (Queens College, Queens Road …). Enfin, un portrait de la reine est exposé au Mint Museum of Art. 

#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1425 – Tavria Simferopol : кримчани

Les criméens. Ce club de Simferopol, aujourd’hui disparu, épouse l’histoire tumultueuse de la Crimée, cette vaste péninsule bercée par la Mer Noire. Tout d’abord, son nom, Tavria, plonge dans les racines de la région. Tavria reprend le nom historique et géographique de la péninsule de Crimée et des terres continentales adjacentes du sud de l’Ukraine. Il fait référence aux Taures (ou Tauri), un peuple antique qui vivait dans les montagnes de Crimée au premier millénaire avant J.-C..

Mais, en raison de sa position stratégique en plein cœur de la mer Noire, cette péninsule a toujours été un carrefour d’empires, de routes commerciales et de civilisations et va donc connaître une histoire compliquée, où une multitude de peuples vont se succéder. Dès le VIème siècle avant J.-C., les Grecs y fondèrent des colonies prospères (comme Chersonèse, près de l’actuelle Sébastopol), tandis que les Scythes dominaient l’intérieur des terres. La péninsule passa ensuite sous le contrôle partiel ou total des Romains, des Goths, des Huns, puis de l’Empire Byzantin. Au Moyen Âge (XIIIème-XVème siècle), les Génois et les Vénitiens y installèrent de puissants comptoirs commerciaux fortifiés sur les côtes pour contrôler le commerce vers l’Asie. Puis, au XVème siècle, débuta l’ère des Tatars. Installées dès le XIIIème siècle dans la péninsule, des tribus mongoles et turciques (qui devint le peuple Tatar) fondèrent le Khanat de Crimée en 1441, un État puissant qui devient rapidement un vassal de l’Empire ottoman. Pendant plus de 3 siècles, il prospéra, notamment grâce à des raids en Europe de l’Est et à un commerce florissant (incluant le commerce d’esclaves). L’Empire russe, cherchant un accès aux mers chaudes, entra en conflit avec l’Empire ottoman et annexa en 1783 la Crimée, fondant alors la base navale de Sébastopol. Au XIXème siècle, l’Empire Russe mena une politique de russification de la Crimée, poussant de nombreux Tatars à l’exil. Enfin, en 1954, pour des raisons administratives, économiques et logistiques (la Crimée étant reliée géographiquement à l’Ukraine), le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev « offrit » la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Dans une Union Soviétique intégrée et dictatoriale, cette décision interne eut peu de conséquences pratiques. Mais, 60 ans plus tard, suite à la révolution pro-européenne de Maïdan à Kiev, la Russie prit illégalement le contrôle de la péninsule, la Crimée devenant sous contrôle russe de facto.

Le club du Tavria fut fondé en 1958, sur la base de l’équipe de Burevisnik, pour représenter la Crimée en division B (la deuxième division de l’URSS). Puis, pendant plus de 40 ans, évoluant entre la seconde division et l’élite russe, Tavria demeurait le seul club de la Crimée à ce niveau et était sa fierté. Après l’indépendance de l’Ukraine, il remporta le tout premier Championnat d’Ukraine post-période soviétique en 1992 (et le seul club à le gagner, hors Dynamo et Chakhtar). Malheureusement, avec l’invasion russe de 2014, le club cessa toute activité. Une partie des joueurs et du staff relancèrent un club sous le nom TSK Simferopol et s’inscrivit dans les compétitions russes. En réaction, en juin 2015, la Fédération ukrainienne de football et le président de la Tavriya annoncèrent la renaissance du club et son installation à Kherson. Mais, en février 2022, suite à la nouvelle agression russe, qui prit possession des régions de l’Est du pays où se trouve Kherson, la Tavria ferma une nouvelle fois ses portes. Pour l’instant définitivement.

#1424 – Central Español FC : Palermitanos

Montevideo est une ville qui respire le ballon rond à chaque coin de rue. Au point que l’élite uruguayenne s’est souvent résumée à une bataille entre clubs résidant dans la capitale de l’Uruguay. Chacun des 62 quartiers de Montevideo accueille une équipe de football, qui représente sa culture et ses traditions. La Blanqueada, ce quartier central, est la forteresse du Nacional tandis que Peñarol représente le quartier éponyme situé au nord. Le Prado est un quartier résidentiel et le berceau de trois clubs historiques : Montevideo Wanderers, River Plate et Bella Vista. La colline de Cerrito de la Victoria abrite deux clubs, Rentistas et CS Cerrito. Le quartier populaire de La Villa del Cerro, situé de l’autre côté de la baie de Montevideo, accueille deux rivaux, le CA Cerro et Rampla Juniors. Parmi ces dizaines de clubs historiques, il existe aussi le Central Español Fútbol Club qui possède un nom très hispanophone et un surnom sentant plutôt la Sicile.

En fait, le berceau du Central Español se trouve dans le quartier de Palermo, situé dans le sud de Montevideo, face à la mer. Fondé le 5 janvier 1905, le club est issu de la fusion de deux modestes associations, Central et Solís, situés près du cimetière central du quartier de Palermo. Au milieu du XIXème siècle, de par sa situation peu attractive et souvent balayée par les tempêtes, le quartier attira logiquement les populations modestes, notamment des vagues d’immigrants dans un premier temps Afro-Uruguayens puis européens. Dans les années 1860, des immigrants siciliens ouvrirent une petite épicerie dans le quartier. Au-dessus de la devanture, ils accrochèrent une enseigne, où ils revendiquaient fièrement leurs racines : « Almacén de Comestibles de la Nueva Ciudad de Palermo » (L’Épicerie de la Nouvelle Ville de Palerme). Cette boutique devint un point de repère si célèbre pour les habitants, que petit à petit, tout le monde commença à appeler la zone « le quartier de l’épicerie de Palermo », puis tout simplement le « Barrio Palermo ». Aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus vibrants de Montevideo, considéré comme le cœur battant de la culture afro-uruguayenne, du candombe (une musique traditionnelle percussive) et du célèbre carnaval uruguayen. Le surnom donné au club l’ancre définitivement avec son territoire.

#1423 – FK Kolubara : Рудари

Les mineurs. Le club réside dans la ville de Lazarevac, qui est le centre névralgique du bassin houiller de Kolubara. Ce dernier est situé à environ 50 kilomètres au sud de la capitale, Belgrade, et recouvre une vaste superficie d’environ 600 kilomètres carrés. Divisée en deux parties par le fleuve Kolubara, la production se concentre autour des municipalités de Lazarevac, Lajkovac et Ub. L’exploitation du bassin est entièrement sous le contrôle de l’État serbe. L’extraction se fait à ciel ouvert. Actuellement, le charbon (essentiellement du lignite) est extrait de quatre mines actives (Champ C, Champ E, Champ Tamnava-Ouest et Champ G, ouvert plus récemment en 2017 pour remplacer des zones épuisées). Il constitue le véritable poumon économique de Lazarevac et énergétique de la Serbie. Sa production annuelle se situe généralement entre 22 et 30 millions de tonnes de lignite et représente environ 75 % de tout le lignite extrait en Serbie. Le bassin abrite des réserves estimées à plus de 2,2 milliards de tonnes, ce qui en fait l’un des plus grands gisements de lignite en Europe. La quasi-totalité du charbon extrait n’est pas destinée à l’exportation mais à la consommation interne. Il est broyé, trié et acheminé pour alimenter les grandes centrales thermiques serbes.

L’extraction du charbon dans la région de Kolubara a commencé à la fin du XIXème siècle (aux alentours de 1896). Il s’agissait alors de petites mines souterraines. L’extraction était principalement manuelle et destinée à un usage local. Dans les années 1950, au sein de la Yougoslavie communiste, le tournant industrielle s’opéra, avec l’abandon des petites mines souterraines au profit de l’exploitation à ciel ouvert, beaucoup plus adaptée et rentable. En outre, en 1956, le régime de Tito mit en service la première centrale thermique locale, Kolubara A (à Veliki Crljeni), construite spécifiquement pour transformer immédiatement le charbon extrait en électricité. Essentiel à l’indépendance énergétique du pays, l’ensemble de l’activité resta dans le giron de l’Etat à la chute du communisme. Aujourd’hui, bien que Kolubara demeure absolument vitale pour la souveraineté énergétique serbe (comme l’ont démontré les inondations de 2014), le site fait face aux enjeux climatiques. À titre d’exemple, en 2021, un projet de longue date visant à construire une nouvelle centrale thermique a été définitivement annulé pour amorcer les efforts de décarbonation du pays. C’est ainsi qu’en un peu plus d’un siècle, Kolubara est passée de quelques puits artisanaux à l’un des plus grands complexes industriels à ciel ouvert d’Europe.

#1422 – MKS Pogoń Szczecin : Paprykarze

Le paprykarz (le plus souvent appelé paprykarz szczeciński) est une célèbre tartinade devenue un véritable produit culte de la gastronomie populaire en Pologne. Il s’agit d’une pâte à tartiner rougeâtre dont les ingrédients principaux sont des épices (surtout du paprika d’où le nom), de la chair de poisson, du riz (qui lui donne sa texture granuleuse), du concentré de tomate (pour l’acidité et la couleur) et des légumes (principalement des oignons et des carottes). Le paprykarz se mange froid, directement sorti de sa boîte de conserve. Les Polonais le tartinent généralement sur une tranche de pain (souvent beurrée). C’est un encas classique pour le petit-déjeuner, le souper, ou comme repas rapides.

Né dans les années 1960 dans la ville portuaire de Szczecin, la recette s’inspire d’un plat traditionnel ouest-africain appelé « chop-chop », découvert par des marins pêcheurs polonais lors de leurs expéditions au large des côtes sénégalaises. Pour l’industrie agro-alimentaire (en particulier l’entreprise d’État « Gryf »), ce plat présentait l’avantage de recycler les restes de poissons congelés et pour les consommateurs polonais, il était très bon marché, nourrissant, et se conservait longtemps. Une mauvaise réputation accompagna ce produit dans les années 1990 à cause de certaines marques qui le fabriquaient avec des ingrédients de très basse qualité. Mais, aujourd’hui, porté par une vague de nostalgie et une amélioration de la qualité, le paprykarz est redevenu un aliment très apprécié, fabriqué par de nombreuses entreprises.

Produit populaire à Szczecin et en Pologne, le club a joué sur cette image. En 2018, le club avait accueilli les supporteurs du Lech Poznań avec des petits pains tartinés au paprykarz. Puis, début 2020, Pogoń a commercialisé son propre paprykarz (à base de saumon), aux couleurs du club. Le succès semble au rendez-vous. En 2022, le club a vendu 119 133 unités, un record de ventes (vs 95 000 l’année précédente). 

#1421 – CA Nacional Potosí : los Rancho Guitarras

Les guitares du Ranch. Dans le milieu du football, la Bolivie n’est pas forcément connue pour ses grands joueurs (même s’il y en a) mais, plutôt, pour ses stades les plus élevées au monde et à l’avantage que cela procure aux clubs et à la sélection boliviennes. El Alto, la deuxième ville du pays, accueille l’Estadio Municipal à 4 150 mètres d’altitude. La capitale, La Paz, n’est pas en reste avec l’Estadio Hernando Siles (3 637 mètres). Enfin, l’Estadio Víctor Agustín Ugarte de Potosí se situe à 3 960 mètres. C’est ici que le Nacional s’est établi en 1942, dans la zona alta (la zone haute) de la ville. Plus précisément dans la rue Chuquisaca, tout près du temple de San Juan Bautista.

La ville se construisit avec le développement des mines situées sur les pentes du Cerro Rico. Au XVIème siècle, cette activité attira une forte population indigène qu’il fallait loger. Le Vice-Roi Francisco Álvarez de Toledo partagea la ville en deux avec d’un côté le quartier des colons espagnols, dans la partie basse, et de l’autre, les indigènes, dans la partie haute. Le quartier indigènes se nommait « La Rancheria ». Au fil des années, avec ses maisons simples voire insalubres, il accueillait les populations ouvrières et les immigrants. Lors de la Guerre du Chaco (1932-1935), la Bolivie perdit de nombreux hommes, ce qui amputa sa population active, et en particulier sa main d’oeuvre pour les mines de Potosí. Pour palier ce manque, une nouvelle vague d’immigration, notamment du Pérou, vint à Potosí et s’installa dans le quartier de La Rancheria. Ces ouvriers venaient avec leurs familles et leurs cultures. Les péruviens étaient alors connus pour être guitaristes, maîtrisant les valses créoles, les boléros, les huayños et d’autres genres musicaux péruviens. Après la journée de travail, le quartier se transformait ainsi en une fête géante où la guitare était sortie et passait de main en main. Les habitants chantaient et jouaient de cet instrument jusque tard dans la nuit. Ces habitants furent également à l’origine de la création du club et constituèrent la masse de ses supporteurs. Le club devint alors el Rancho Guitarra, en référence à cette tradition festive et populaire du quartier.

#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.