#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1425 – Tavria Simferopol : кримчани

Les criméens. Ce club de Simferopol, aujourd’hui disparu, épouse l’histoire tumultueuse de la Crimée, cette vaste péninsule bercée par la Mer Noire. Tout d’abord, son nom, Tavria, plonge dans les racines de la région. Tavria reprend le nom historique et géographique de la péninsule de Crimée et des terres continentales adjacentes du sud de l’Ukraine. Il fait référence aux Taures (ou Tauri), un peuple antique qui vivait dans les montagnes de Crimée au premier millénaire avant J.-C..

Mais, en raison de sa position stratégique en plein cœur de la mer Noire, cette péninsule a toujours été un carrefour d’empires, de routes commerciales et de civilisations et va donc connaître une histoire compliquée, où une multitude de peuples vont se succéder. Dès le VIème siècle avant J.-C., les Grecs y fondèrent des colonies prospères (comme Chersonèse, près de l’actuelle Sébastopol), tandis que les Scythes dominaient l’intérieur des terres. La péninsule passa ensuite sous le contrôle partiel ou total des Romains, des Goths, des Huns, puis de l’Empire Byzantin. Au Moyen Âge (XIIIème-XVème siècle), les Génois et les Vénitiens y installèrent de puissants comptoirs commerciaux fortifiés sur les côtes pour contrôler le commerce vers l’Asie. Puis, au XVème siècle, débuta l’ère des Tatars. Installées dès le XIIIème siècle dans la péninsule, des tribus mongoles et turciques (qui devint le peuple Tatar) fondèrent le Khanat de Crimée en 1441, un État puissant qui devient rapidement un vassal de l’Empire ottoman. Pendant plus de 3 siècles, il prospéra, notamment grâce à des raids en Europe de l’Est et à un commerce florissant (incluant le commerce d’esclaves). L’Empire russe, cherchant un accès aux mers chaudes, entra en conflit avec l’Empire ottoman et annexa en 1783 la Crimée, fondant alors la base navale de Sébastopol. Au XIXème siècle, l’Empire Russe mena une politique de russification de la Crimée, poussant de nombreux Tatars à l’exil. Enfin, en 1954, pour des raisons administratives, économiques et logistiques (la Crimée étant reliée géographiquement à l’Ukraine), le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev « offrit » la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Dans une Union Soviétique intégrée et dictatoriale, cette décision interne eut peu de conséquences pratiques. Mais, 60 ans plus tard, suite à la révolution pro-européenne de Maïdan à Kiev, la Russie prit illégalement le contrôle de la péninsule, la Crimée devenant sous contrôle russe de facto.

Le club du Tavria fut fondé en 1958, sur la base de l’équipe de Burevisnik, pour représenter la Crimée en division B (la deuxième division de l’URSS). Puis, pendant plus de 40 ans, évoluant entre la seconde division et l’élite russe, Tavria demeurait le seul club de la Crimée à ce niveau et était sa fierté. Après l’indépendance de l’Ukraine, il remporta le tout premier Championnat d’Ukraine post-période soviétique en 1992 (et le seul club à le gagner, hors Dynamo et Chakhtar). Malheureusement, avec l’invasion russe de 2014, le club cessa toute activité. Une partie des joueurs et du staff relancèrent un club sous le nom TSK Simferopol et s’inscrivit dans les compétitions russes. En réaction, en juin 2015, la Fédération ukrainienne de football et le président de la Tavriya annoncèrent la renaissance du club et son installation à Kherson. Mais, en février 2022, suite à la nouvelle agression russe, qui prit possession des régions de l’Est du pays où se trouve Kherson, la Tavria ferma une nouvelle fois ses portes. Pour l’instant définitivement.

#1424 – Central Español FC : Palermitanos

Montevideo est une ville qui respire le ballon rond à chaque coin de rue. Au point que l’élite uruguayenne s’est souvent résumée à une bataille entre clubs résidant dans la capitale de l’Uruguay. Chacun des 62 quartiers de Montevideo accueille une équipe de football, qui représente sa culture et ses traditions. La Blanqueada, ce quartier central, est la forteresse du Nacional tandis que Peñarol représente le quartier éponyme situé au nord. Le Prado est un quartier résidentiel et le berceau de trois clubs historiques : Montevideo Wanderers, River Plate et Bella Vista. La colline de Cerrito de la Victoria abrite deux clubs, Rentistas et CS Cerrito. Le quartier populaire de La Villa del Cerro, situé de l’autre côté de la baie de Montevideo, accueille deux rivaux, le CA Cerro et Rampla Juniors. Parmi ces dizaines de clubs historiques, il existe aussi le Central Español Fútbol Club qui possède un nom très hispanophone et un surnom sentant plutôt la Sicile.

En fait, le berceau du Central Español se trouve dans le quartier de Palermo, situé dans le sud de Montevideo, face à la mer. Fondé le 5 janvier 1905, le club est issu de la fusion de deux modestes associations, Central et Solís, situés près du cimetière central du quartier de Palermo. Au milieu du XIXème siècle, de par sa situation peu attractive et souvent balayée par les tempêtes, le quartier attira logiquement les populations modestes, notamment des vagues d’immigrants dans un premier temps Afro-Uruguayens puis européens. Dans les années 1860, des immigrants siciliens ouvrirent une petite épicerie dans le quartier. Au-dessus de la devanture, ils accrochèrent une enseigne, où ils revendiquaient fièrement leurs racines : « Almacén de Comestibles de la Nueva Ciudad de Palermo » (L’Épicerie de la Nouvelle Ville de Palerme). Cette boutique devint un point de repère si célèbre pour les habitants, que petit à petit, tout le monde commença à appeler la zone « le quartier de l’épicerie de Palermo », puis tout simplement le « Barrio Palermo ». Aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus vibrants de Montevideo, considéré comme le cœur battant de la culture afro-uruguayenne, du candombe (une musique traditionnelle percussive) et du célèbre carnaval uruguayen. Le surnom donné au club l’ancre définitivement avec son territoire.

#1423 – FK Kolubara : Рудари

Les mineurs. Le club réside dans la ville de Lazarevac, qui est le centre névralgique du bassin houiller de Kolubara. Ce dernier est situé à environ 50 kilomètres au sud de la capitale, Belgrade, et recouvre une vaste superficie d’environ 600 kilomètres carrés. Divisée en deux parties par le fleuve Kolubara, la production se concentre autour des municipalités de Lazarevac, Lajkovac et Ub. L’exploitation du bassin est entièrement sous le contrôle de l’État serbe. L’extraction se fait à ciel ouvert. Actuellement, le charbon (essentiellement du lignite) est extrait de quatre mines actives (Champ C, Champ E, Champ Tamnava-Ouest et Champ G, ouvert plus récemment en 2017 pour remplacer des zones épuisées). Il constitue le véritable poumon économique de Lazarevac et énergétique de la Serbie. Sa production annuelle se situe généralement entre 22 et 30 millions de tonnes de lignite et représente environ 75 % de tout le lignite extrait en Serbie. Le bassin abrite des réserves estimées à plus de 2,2 milliards de tonnes, ce qui en fait l’un des plus grands gisements de lignite en Europe. La quasi-totalité du charbon extrait n’est pas destinée à l’exportation mais à la consommation interne. Il est broyé, trié et acheminé pour alimenter les grandes centrales thermiques serbes.

L’extraction du charbon dans la région de Kolubara a commencé à la fin du XIXème siècle (aux alentours de 1896). Il s’agissait alors de petites mines souterraines. L’extraction était principalement manuelle et destinée à un usage local. Dans les années 1950, au sein de la Yougoslavie communiste, le tournant industrielle s’opéra, avec l’abandon des petites mines souterraines au profit de l’exploitation à ciel ouvert, beaucoup plus adaptée et rentable. En outre, en 1956, le régime de Tito mit en service la première centrale thermique locale, Kolubara A (à Veliki Crljeni), construite spécifiquement pour transformer immédiatement le charbon extrait en électricité. Essentiel à l’indépendance énergétique du pays, l’ensemble de l’activité resta dans le giron de l’Etat à la chute du communisme. Aujourd’hui, bien que Kolubara demeure absolument vitale pour la souveraineté énergétique serbe (comme l’ont démontré les inondations de 2014), le site fait face aux enjeux climatiques. À titre d’exemple, en 2021, un projet de longue date visant à construire une nouvelle centrale thermique a été définitivement annulé pour amorcer les efforts de décarbonation du pays. C’est ainsi qu’en un peu plus d’un siècle, Kolubara est passée de quelques puits artisanaux à l’un des plus grands complexes industriels à ciel ouvert d’Europe.

#1422 – MKS Pogoń Szczecin : Paprykarze

Le paprykarz (le plus souvent appelé paprykarz szczeciński) est une célèbre tartinade devenue un véritable produit culte de la gastronomie populaire en Pologne. Il s’agit d’une pâte à tartiner rougeâtre dont les ingrédients principaux sont des épices (surtout du paprika d’où le nom), de la chair de poisson, du riz (qui lui donne sa texture granuleuse), du concentré de tomate (pour l’acidité et la couleur) et des légumes (principalement des oignons et des carottes). Le paprykarz se mange froid, directement sorti de sa boîte de conserve. Les Polonais le tartinent généralement sur une tranche de pain (souvent beurrée). C’est un encas classique pour le petit-déjeuner, le souper, ou comme repas rapides.

Né dans les années 1960 dans la ville portuaire de Szczecin, la recette s’inspire d’un plat traditionnel ouest-africain appelé « chop-chop », découvert par des marins pêcheurs polonais lors de leurs expéditions au large des côtes sénégalaises. Pour l’industrie agro-alimentaire (en particulier l’entreprise d’État « Gryf »), ce plat présentait l’avantage de recycler les restes de poissons congelés et pour les consommateurs polonais, il était très bon marché, nourrissant, et se conservait longtemps. Une mauvaise réputation accompagna ce produit dans les années 1990 à cause de certaines marques qui le fabriquaient avec des ingrédients de très basse qualité. Mais, aujourd’hui, porté par une vague de nostalgie et une amélioration de la qualité, le paprykarz est redevenu un aliment très apprécié, fabriqué par de nombreuses entreprises.

Produit populaire à Szczecin et en Pologne, le club a joué sur cette image. En 2018, le club avait accueilli les supporteurs du Lech Poznań avec des petits pains tartinés au paprykarz. Puis, début 2020, Pogoń a commercialisé son propre paprykarz (à base de saumon), aux couleurs du club. Le succès semble au rendez-vous. En 2022, le club a vendu 119 133 unités, un record de ventes (vs 95 000 l’année précédente). 

#1421 – CA Nacional Potosí : los Rancho Guitarras

Les guitares du Ranch. Dans le milieu du football, la Bolivie n’est pas forcément connue pour ses grands joueurs (même s’il y en a) mais, plutôt, pour ses stades les plus élevées au monde et à l’avantage que cela procure aux clubs et à la sélection boliviennes. El Alto, la deuxième ville du pays, accueille l’Estadio Municipal à 4 150 mètres d’altitude. La capitale, La Paz, n’est pas en reste avec l’Estadio Hernando Siles (3 637 mètres). Enfin, l’Estadio Víctor Agustín Ugarte de Potosí se situe à 3 960 mètres. C’est ici que le Nacional s’est établi en 1942, dans la zona alta (la zone haute) de la ville. Plus précisément dans la rue Chuquisaca, tout près du temple de San Juan Bautista.

La ville se construisit avec le développement des mines situées sur les pentes du Cerro Rico. Au XVIème siècle, cette activité attira une forte population indigène qu’il fallait loger. Le Vice-Roi Francisco Álvarez de Toledo partagea la ville en deux avec d’un côté le quartier des colons espagnols, dans la partie basse, et de l’autre, les indigènes, dans la partie haute. Le quartier indigènes se nommait « La Rancheria ». Au fil des années, avec ses maisons simples voire insalubres, il accueillait les populations ouvrières et les immigrants. Lors de la Guerre du Chaco (1932-1935), la Bolivie perdit de nombreux hommes, ce qui amputa sa population active, et en particulier sa main d’oeuvre pour les mines de Potosí. Pour palier ce manque, une nouvelle vague d’immigration, notamment du Pérou, vint à Potosí et s’installa dans le quartier de La Rancheria. Ces ouvriers venaient avec leurs familles et leurs cultures. Les péruviens étaient alors connus pour être guitaristes, maîtrisant les valses créoles, les boléros, les huayños et d’autres genres musicaux péruviens. Après la journée de travail, le quartier se transformait ainsi en une fête géante où la guitare était sortie et passait de main en main. Les habitants chantaient et jouaient de cet instrument jusque tard dans la nuit. Ces habitants furent également à l’origine de la création du club et constituèrent la masse de ses supporteurs. Le club devint alors el Rancho Guitarra, en référence à cette tradition festive et populaire du quartier.

#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.

#1418 – ADO La Haye : de Ooievaars

Les cigognes. L’écusson du club de La Haye acceuille en son centre une cigogne depuis sa fondation en 1905. L’oiseau est indissociable du club et surtout de la ville. Car les fondateurs avaient simplement repris la cigogne qui figurait sur les armoiries de la ville.

En 1814 les Pays-Bas devinrent un royaume et chaque municipalité était tenue d’établir des armoiries. La Haye choisit en 1816 une cigogne « de couleur naturelle (blanche et noire) marchant, tenant dans son bec une anguille de zibeline (noire) » sur un fond de couleur or. Pourtant, le plus ancien sceau connu de la ville (27 mars 1307) représentait un château à 3 tours, celle du milieu étant plus haute que les deux autres, flanquée de chaque côté d’un groupe d’arbres. Cette imagerie (qui évolua en un corps de garde surmonté d’une tour) continua d’apparaître sur les sceaux jusqu’au XIXème siècle. Toutefois, à la fin du XVIème siècle, la cigogne tenant une anguille s’incrusta sur le sceau. D’abord, en bas dans l’embrasure du portail des tours puis de part et d’autre. Car, à cette époque, une autre armoirie apparait, la fameuse cigogne, seule en scène avec son anguille accompagnée de fleurs et d’herbes. Elle figura sur la grande cloche du clocher de la Grote Kerk (Grande église) qui date de 1541 (plus vieille représentation connue). Puis ces mêmes armoiries se distinguèrent sur un tableau représentant le Hofvijver (un lac au centre de La Haye) et ses environs immédiats, datant de 1553. Derrière, la cigogne s’imposa sur les publications municipales, sur les jetons du conseil, à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments administratifs, ainsi que sur les plans de la ville.

Mais, personne ne sait réellement pourquoi la cigogne devint la mascotte de La Haye. Il est vrai que la municipalité fut longtemps entourée de prairies, de tourbières et de marais qui constituaient un paradis pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la cigogne. Mais, pas plus que dans les autres régions des Pays-Bas côtiers. La raison la plus probable est que l’oiseau était considéré comme porte-bonheur. En vieux bas-allemand, le mot pour cigogne (odevare) signifiait littéralement « qui apporte la chance ».

L’oiseau trouva vite une place particulière à La Haye. Au XIVème siècle, des états comtaux de compte montraient des dépenses pour construire et entretenir des aménagements destinés à recevoir des nids de cigognes. Sur des gravures du XVIème siècle, ce même type d’aménagements apparait sur le Ridderzaal (la salle des chevaliers du château du Binnenhof) et la Gevangenpoort (la prison). Les comptes de la ville de 1586 faisait état d’une dépense de deux livres et treize shillings versée au marchand de poisson Jan Gerritz pour l’achat de 3 500 anguilles au profit des cigognes. Il ne s’agissait pas d’une attention ponctuelle puisque on retrouve ce même type d’achat en 1798 (6 mois de poisson et de paille pour les cigognes pour 10 florins). Des cigognes étaient également apprivoisées (leurs ailes étaient coupées) et leur présence au marché aux poissons permettait d’assurer la propreté des lieux. La municipalité engagea donc des gardiens spécialement chargés des cigognes. Cette tradition se perpétua jusqu’au début du XXème siècle.

Le folklore populaire s’empara de l’histoire. Une légende raconte qu’une cigogne aurait péri dans les flammes en tentant de sauver ses oisillons lors d’un incendie sur le toit de la Ridderzaal, poussant les habitants impressionnés à l’immortaliser dans les armoiries. Enfin, une blague souligne avec ironie que le caractère des habitants de La Haye ressemble à l’oiseau : « hoog op de poten en een grote bek » (hauts sur pattes (sous-entendu : un peu prétentieux) et avec une grande gueule).

#1417 – FC Politehnica Iași : Studenții

Les étudiants. Dans le paysage du football roumain, certains clubs portent leur histoire jusque dans leur nom et leurs symboles. C’est précisément le cas du FC Politehnica Iași, indissociable de ce surnom qui en dit long sur ses origines. En effet, ce qualificatif ne doit rien au hasard ; il plonge ses racines au cœur même de l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi din Iaşi (TUIASI), l’une des institutions académiques les plus prestigieuses du pays.

Le football fit son apparition dans la ville moldave de Iași en 1909 lorsqu’un match de démonstration fut organisé par le club polonais Pogoń Lwów lors d’un festival local. L’engouement pour ce nouveau sport prit rapidement et une ribambelle d’associations sportives virent le jour (Macaby Iași, fondé en 1921, Hakoah Iași en 1922, Concordia Iași, fondé en 1923, Victoria Iași, Textila MW, Șesătura Iași , Ateneul Tătărași Iași …). Mais, l’histoire du football à Iași prit un tournant décisif au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le 27 avril 1945, un groupe de professeurs et d’étudiants passionnés de sport décidèrent de fonder une association sportive au sein de l’École polytechnique de Iași. Initialement baptisé Sportul Universitar, le club changea rapidement de nom pour devenir le FC Politehnica Iași. Dès sa genèse, l’objectif était clair : allier l’excellence académique à la performance sportive. L’équipe était alors composée presque exclusivement d’étudiants de l’université, ce qui lui vaut immédiatement le surnom de Studenții. Le premier stade du club fut d’ailleurs construit à proximité immédiate des campus. Au fil des décennies, le club connut plusieurs fusions et refondations (notamment la restructuration de 2010 qui a donné naissance à l’entité actuelle), mais l’identité « Polytechnique » et le lien viscéral avec la communauté étudiante demeurent intacts.

Il faut dire que cette population estudiantine est encore nombreuse à Iași. L’histoire commença en 1813, lorsque l’ingénieur Gheorghe Asachi fonda la première école d’ingénieurs en langue roumaine, dédiée à la topographie et au génie civil. Vers 1835, l’école intégra l’Université de la ville. Puis, en mars 1937, suite à l’adoption de la loi sur l’éducation, l’enseignement technique supérieur (les sciences de l’ingénieur) fut retiré de la compétence de l’Université et fut délégué à la nouvelle école Polytechnique, qui prendra plus tard le nom de son fondateur spirituel. Aujourd’hui, l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi est un pôle universitaire moderne et dynamique, classé parmi les universités de recherche avancée et d’éducation de Roumanie. L’institution est composée de 11 facultés couvrant l’ensemble des spectres de l’ingénierie (architecture, science des matériaux, électronique, informatique, génie civil, etc.) et accueille chaque année plus de 13 000 étudiants.