L’Immortel Tricolore. L’institution brésilienne, basée dans le sud du pays, ne se contente pas d’arborer un palmarès vertigineux ; elle porte également un surnom qui impose le respect à ses adversaires : Imortal Tricolor (l’Immortel Tricolore). Loin d’être une simple trouvaille marketing, ce surnom puise ses racines dans la poésie, la culture régionale et une série d’exploits sportifs défiant toute logique.
Pour comprendre la genèse de l’Immortel, il faut remonter à l’année 1953. Le club, fondé en 1903, s’apprêtait alors à célébrer son cinquantième anniversaire. À cette occasion, le journal « Diário de Notícias » confia au célèbre compositeur brésilien Lupicínio Rodrigues, figure majeure de la musique populaire et fervent supporter du Grêmio, de créer un nouvel hymne officiel. Lupicínio ne cherchait pas seulement à écrire une chanson entraînante ; il voulait mettre en valeur la ferveur inébranlable de ses supporters (ce qui favorisa l’adoption de l’hymne par les fans). Dans l’un des couplets, il rédige ces mots devenus légendaires :
« Cinquenta anos de glória, Tens imortal tricolor. Os feitos da tua história, Canta o Rio Grande com amor. » (Cinquante années de gloire, Tu es l’immortel tricolore. Les exploits de ton histoire, Le Rio Grande les chante avec amour.)
Evidemment, la longévité du club (50 ans) et sa résilience (notamment d’avoir survécu aux premières années d’existence où il était difficile de pratiquer un sport sans moyen financier et à l’aura encore limitée) justifiaient le terme « immortel » . Mais, Lupicínio fut surtout inspiré par un évènement particulier : les grèves des transports à Porto Alegre. Malgré les difficultés logistiques et les intempéries, les supporters marchaient de longues heures pour voir jouer leur équipe, prouvant que l’amour pour le club ne pouvait s’éteindre. L’hymne débute d’ailleurs par « até a pé nós iremos » (même à pied nous irons).
Il est vrai que le club cultive une culture particulière. Le Grêmio est situé dans l’État du Rio Grande do Sul, au Sud du pays. Inspirés par leurs voisins uruguayens et argentins (et leurs fameuses barras bravas), les fans du Grêmio affichent une grande détermination et soutiennent avec vigueur leur équipe. Cette ferveur est plus forte que dans les autres villes du pays et s’est traduite sur le terrain. En effet, les joueurs du Grêmio suivent une philosophie de jeu basée sur l’engagement physique, la combativité et le refus catégorique de la défaite. Cet état d’esprit parmi les fans et les joueurs s’appelle alma castelhana (l’âme castillane).
Sur le terrain, ce surnom a pris toute sa dimension, particulièrement entre 1981 et 1983. Tout commença en 1977 quand, à l’issu d’une finale haletante, le Grêmio mit fin à l’hégémonie de son rival, l’International, dans le championnat gauchão (le championnat de l’État du Rio Grande do Sul). Après deux nouveaux titres régionaux, l’équipe accéda au graal national en remportant le championnat brésilien en 1981. Puis, suivit le titre continental (Copa Libertadores) en 1983 et quelques mois après la couronne mondiale (Coupe Intercontinental face à Hambourg). Au-delà des titres, l’identité de l’équipe de Grêmio se construisit dans des victoires âprement disputées. Avec un style de jeu physique et intense, elle démontra sa ténacité à toute épreuve et sa capacité à retourner des situations délicates, donnant lieu à des matchs d’une tension émotionnelle extrême. Elle devint alors l’Esquadrão Imortal (l’escouadre immortelle).
Le surnom l’Immortel n’est donc pas une simple expression d’arrogance sportive. Il est le fruit d’une conjonction parfaite entre l’inspiration d’un poète dans les années 1950, l’identité combative du peuple gaucho, et la capacité presque surnaturelle du club à renverser des situations désespérées. Le tricolor ajouté fait évidemment référence au maillot bleu, blanc et noir du club dont les origines sont expliquées ici #23.
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