#1436 – Nottingham Forest : the Garibaldis

En référence au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi. Le club de l’Est des Midlands évolue dans des maillots rouges depuis sa fondation. S’il existe plusieurs versions pour expliquer ce choix de couleur, la plus connue fait référence aux troupes de volontaires de Garibaldi qui étaient dénommées les camicia rossa (chemise rouge) car elles portaient des chemises rouges (cf. #430). Pour comprendre cette filiation inattendue entre un club anglais et un révolutionnaire italien, il convient d’explorer l’Angleterre victorienne et l’admiration que celle-ci vouait à Giuseppe Garibaldi.

Après avoir connu l’exil et une première révolution en Uruguay, Garibaldi revint en Europe et en 1860, parvint à libérer son peuple de l’oppression des Espagnols et des Autrichiens. Pendant des siècles, la péninsule avait été une cohabitation de petits royaumes et de cités-États et Garibaldi fut un des artisans de l’unification. Homme militaire et politique, il devint alors en Europe un mythe équivalent au Che Guevara du XXème siècle et sa réputation traversa rapidement la Manche. En Grande-Bretagne, il séduisit l’establishment car il avait humilié les ennemis de la Grande-Bretagne. Tout comme les classes ouvrières dont il représentait le champion qui luttaient pour obtenir des droits fondamentaux aux opprimés. Cette admiration se transforma en une véritable « Garibaldimania » . Rendez vous compte qu’à l’époque des produits dérivés (tasses, assiettes, choppes, figurines en porcelaine) à son effigie inondaient le marché britannique. Pour l’honorer, son nom fut donné à des biscuits aux raisins secs, également à une sauce en Ecosse ainsi qu’à un cheval de course. L’Écosse produisit une sauce Garibaldi. L’apogée de ce phénomène fut sa visite à Londres en Avril 1864. Selon le quotidien « The Spectator », à son arrivée, la foule était si dense qu’il fallut 5 heures à sa calèche pour effectuer le trajet entre la gare de Nine Elms et son lieu de résidence, Stafford House.

Nottingham ne résista pas à cette vague. Une fanfare de la ville prit son nom en 1860 et un an plus tard, une conférence eut lieu pour relater ses aventures. Ce fut donc dans ce contexte qu’en 1865, un groupe de jeunes hommes fonda Nottingham Forest. Leur première décision aurait été d’acheter douze casquettes à gland de couleur rouge Garibaldi. Ce choix ne fut pas anodin car il influença d’autres clubs. Nottingham donna sa couleur rouge à Arsenal où joua deux de ses anciens joueurs. Arsenal inspira à son tour le club tchèque du Sparta Prague (cf. article #134). Nottingham détermina aussi la couleur du club argentin d’Independiente (cf. article #274).

#1435 – Cruz Azul : la Máquina Celeste

La machine céleste. Bien que cela pourrait paraître vrai pour ses fans, l’équipe de Cruz Azul ne descend pas du ciel. Mais, il n’en demeure pas moins que Cruz Azul est indéniablement l’une des institutions les plus prestigieuses et historiques du football mexicain. Cette réputation s’est notamment forgé au cœur des années 1970 lorsque l’équipe domina le football mexicain.

À la fin des années 1960 et tout au long de la décennie 1970, Cruz Azul imposa une domination sans partage sur le championnat mexicain, en remportant 7 titres de champion (dont trois titres consécutifs), deux titres de Campeón de Campeones et trois Coupes des champions de la CONCACAF. Cette période dorée fut accompagnée par un changement majeur pour le club. Jusqu’en 1971, il évoluait dans la petite ville industrielle de Jasso. Conscient du potentiel sportif et commercial de l’équipe, la direction prit la décision de déménager le club à Mexico pour évoluer dans le majestueux Stade Aztèque. Ce changement d’envergure permit à Cruz Azul d’attirer des foules immenses, de gagner une visibilité nationale sans précédent et de s’implanter au cœur du pouvoir footballistique mexicain.

Mais, ce fut avant tout sur le terrain que tout se décida. Sous la direction d’entraîneurs de légende comme Raúl Cárdenas, et avec une génération dorée composée notamment de Miguel Marín, Javier Guzmán, Héctor Pulido, Fernando Bustos et Ignacio Flores, l’équipe développait un jeu direct d’une efficacité redoutable. Elle semblait alors une machine bien huilée, lancée à pleine allure et écrasant avec précision et puissance ses adversaires. Selon la légende, le commentateur sportif Ángel Fernández aurait alors commencé à les appeler la Máquina lors de ses retransmissions passionnées, et les supporters l’apprécièrent tellement qu’ils l’adoptèrent immédiatement. Certes, ce surnom rappelait la domination de l’équipe mais, pour les supporteurs, il faisait également écho aux racines et à l’histoire du club. En effet, le club fut fondé en 1927 par les ouvriers de la cimenterie Cooperativa La Cruz Azul dans la ville de Jasso. Ces derniers empruntaient régulièrement la ligne de chemin de fer reliant Jasso à la ville de Mexico au travers de « puissantes » locomotives. Comme le club qui déménagea de Jasso à Mexico et qui semblait être une locomotive impossible à faire dérailler.

Evidemment, l’autre bout du surnom, Celeste, fait référence à la couleur du maillot. Lors de ses premières années dans le monde professionnel, le Cruz Azul arborait un bleu roi, une teinte plutôt sombre. Cependant, à l’aube de son ère de domination, l’institution adopta une nuance de bleu beaucoup plus claire, rappelant la couleur du ciel. Cette teinte caractéristique, connue sous le nom de bleu céleste (azul celeste en espagnol), est rapidement devenue indissociable de l’identité visuelle de l’équipe.