#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1440 – US Orléans : les Guêpes

Contrairement à de nombreux clubs dont le pseudonyme s’inspirant des insectes découle simplement de la ressemblance de leur maillot avec le corps des abeilles et des guêpes (maillot rayé noir et jaune, cf #1210, #876, #460), l’origine de ce qualificatif pour Orléans est infiniment plus riche et puise dans différentes histoires, antérieures à la création du club de football comme des autres institutions sportives de la cité. D’autant plus qu’Orléans évolue dans des équipements jaunes et rouges.

Ce sobriquet est en réalité celui des habitants de la ville. En effet, l’historien Denis Lottin dans son ouvrage « Recherches historiques sur la ville d’Orléans » (1856) soulignait que les Orléanais se distinguaient historiquement par un trait de caractère bien particulier. L’auteur y décrit une population faisant preuve d’un esprit « satirique, spirituel et mordant ». La guêpe, connue pour sa vivacité et sa piqûre prompte, est ainsi devenu le surnom et la métaphore parfaite de la verve orléanaise au fil des siècles. Daniel Polluche, dans l’édition de Mai 1732 du « Mercure de France » confirmait déjà que le mot « Guespin » (comme synonyme de Guêpe) était utilisé dès le XVIème siècle pour les habitants d’Orléans, de manière peu élogieuse la plupart du temps car l’insecte pouvait représenter un esprit querelleur, l’impolitesse ou la médisance. Toutefois, le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) mettait en avant que ce sobriquet attribuait aux orléanais symbolisait, de manière plus favorable, la ruse et la finesse.

Au-delà de ce trait de caractère, des légendes expliquent cette association et plongeons d’abord dans l’hagiographie catholique. En l’an 451, Orléans subit le terrible siège d’Attila et de ses hordes de Huns. Face à la menace, l’évêque de la ville, Saint Aignan, organisa la résistance spirituelle et matérielle en attendant les secours du général romain Aetius. Selon la légende catholique, Saint Aignan, armé de ses prières, se rendit sur les bords de la Loire. Il y ramassa des poignées de sable du fleuve et les jeta en direction des assaillants. Par intervention divine, chaque grain de sable se métamorphosa instantanément en une guêpe agressive. Ces nuées d’insectes harcelèrent et piquèrent sans relâche les guerriers d’Attila, contribuant à les repousser et à sauver Orléans du pillage. Cet épisode légendaire a durablement scellé le destin de la ville à la figure protectrice et combative de la guêpe.

La légende historique s’est parfois mêlée à des récits extraordinaires pour ancrer plus profondément encore ce symbole. L’ouvrage « Histoire des animaux » (publié à Hambourg en 1799) consigne un événement naturel hors du commun survenu à l’automne 1755. Durant cette année-là, les habitants d’Orléans furent les témoins d’une migration impressionnante : des milliers de guêpes traversèrent la Loire par centaines d’essaims. Ce phénomène biologique rare et spectaculaire frappa durablement les esprits de l’époque, réactivant dans la mémoire populaire la vieille légende de Saint Aignan et les récits de nuées d’insectes protecteurs de la cité.

Mais, ce n’est pas la seule explication possible. Dans l’article de 1732, Daniel Polluche notait aussi que le terme « guespin » désignait uniquement les étudiants d’Orléans en 1539 (lors de l’entrée de Charles V dans la ville). Or, cela pourrait corroborer une autre version qui fut expliquée dans un autre article du Mercure de France d’Octobre 1732. L’auteur y explique qu’Orléans est une des plus anciennes villes de France, fondée par une colonie grecque provenant d’Épire et était la plus savante ville de Gaule. Ses habitants étaient réputés pour leur sagesse et leur connaissance. Ils reçurent alors le surnom de goespos, signifiant « pierre brillante » en grec, une pierre qui ornait les temples grecs. Cela n’avait donc aucun rapport avec l’insecte mais, avec le temps et par corruption de langage, il a été changé en celui de « guespin » ou « guêpin ».

Quelque soit l’origine de ce surnom, lorsque le sport moderne se structura à Orléans, l’adoption du surnom de « Guêpes » apparut comme une évidence identitaire. Les fondateurs d’un des premiers cercles sportifs de la ville baptisèrent en 1883 leur société de gymnastique « la guêpe ». L’Arago Sport d’Orléans, l’un des clubs ayant fusionné au sein de l’USO, prit pour emblème également la guêpe. L’USO l’adopta dans son écusson en 1979 et sa mascotte est une guêpe baptisée Arago.