#1468 – ADO’20 : de Superezels

Les supers ânes. La culture du football amateur et semi-professionnel abrite souvent des histoires locales et authentiques. Au point, que les petits clubs des villes de province affichent des surnoms originaux qui sortent des sentiers battus. C’est le cas d’ADO’20, basé dans la commune de Heemskerk (Hollande-Septentrionale), qui se retrouve avec un surnom peu flatteur. Mais comment un club de football en vient-il à adopter l’emblème d’un animal souvent raillé pour son entêtement ?

Avant de s’intéresser à l’âne, il convient de se pencher sur le nom même du club. Fondé le 15 mai 1920, ADO ’20 est l’acronyme de Aanhouden Doet Overwinnen, que l’on peut traduire par « Persévérer fait vaincre » . Cette devise traduit une éthique de travail rigoureuse et une détermination inébranlable sur le terrain. Des qualités de résilience et d’opiniâtreté qui, paradoxalement, se rapprochent grandement de la robustesse de l’animal. Mais ce n’est pas la raison de ce surnom. Pour comprendre le sobriquet des joueurs, il faut s’éloigner des terrains de football car, en réalité, ezels (les ânes) est quasiment le gentilé des habitant de Heemskerk.

Historiquement, les habitants de la commune de Heemskerk ont été affublés de ce sobriquet par les résidents des bourgades voisines. Cette appellation trouve ses racines dans l’activité maraîchère de la région. Autrefois, les agriculteurs de Heemskerk cultivaient les fraises. Une fois récoltés, ces fruits périssables et délicats devaient être rapidement acheminés vers la ville adjacente de Beverwijk, où ils étaient vendus aux enchères lors de la criée. Pour assurer le transport quotidien de leurs précieuses marchandises, les paysans de Heemskerk utilisaient couramment des ânes. L’histoire court que les paysans de Heemskerk étaient trop pauvres pour acheter des chevaux et qu’ils recouraient ainsi à des ânes. Au fil du temps et des allers-retours incessants, cette pratique pittoresque a marqué les esprits.

Toutefois, la recherche historique et les archives régionales mettent en lumière une seconde version, bien plus truculente et politique. L’origine du sobriquet proviendrait du bourgmestre de Heemskerk. L’événement fondateur remonterait au 4 octobre 1873, lors d’une séance particulièrement houleuse du conseil municipal. Les débats s’éternisaient, bloqués par le caractère foncièrement inflexible des élus et des citoyens présents. Exaspéré, le bourgmestre Hermanus Zaalberg aurait fini par perdre son sang-froid. Avec une incroyable véhémence dans la voix, le maire reprocha au conseil municipal et aux citoyens de ne pas vouloir évoluer avec leur temps à cause de leur avarice et de leur leur entêtement légendaire. L’anecdote aurait pu rester confinée aux murs de la mairie, mais un journal local s’en fit l’écho, affichant en gros titre « Burgemeester noemt burgers ‘EZELS’«  (Le maire qualifie les citoyens d’ÂNES). Dès lors, le mot était lâché et l’étiquette collée.


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