#648 – SC Preußen Münster : die Adler, die Adlerträger

Les aigles, les porteurs de l’Aigle. 1871, la France de Napoléon III venait de s’effondrer face à la Confédération de l’Allemagne du Nord (qui réunissait 22 Etats du Saint Empire). La Prusse, avec son ministre-président Otto von Bismarck, dominait cette confédération qui était l’une des ultimes étapes vers l’unification de l’Allemagne. Depuis l’effondrement de l’Empire Romain d’Occident, la future Allemagne était constituée de nombreux Etats indépendants réunis dans le Saint-Empire romain germanique. A partir de 1850, le développement économique de ces Etats les poussait vers l’unification, soutenus également par les révolutions politiques européennes de 1848. La Prusse était alors le royaume le plus vaste et le plus puissant, notamment militairement, ce qui conduisit en 1849 le parlement de Francfort à offrir le titre de kaiser (empereur) au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. Ce dernier refusa pour diverses raisons mais l’unification était en route sous l’impulsion et l’aura de la Prusse. A partir de 1862 et sa nomination en tant que président-ministre de Prusse, Otto von Bismarck devint l’architecte de l’unification. Les guerres face à l’Autriche (1866) puis la France (1870) permirent de fédérer les Etats derrière la Prusse. Ces deux pays défaits, l’Empire Allemand put être proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Un peu plus de trente ans plus tard, le nationalisme allemand était encore bien présents, le nouvel Empire se construisant économiquement et politiquement dans l’affrontement avec la France et l’Empire britannique.

Ce fut dans ce contexte que les clubs sportifs allemands (principalement en gymnastique et en football) naquirent au sein des collèges. Les étudiants, emprunts de romantisme et de nationalisme allemand, donnèrent souvent des noms à leurs nouvelles associations en lien avec l’histoire allemande et en particulier la Prusse : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Alemannia pour le peuple germanique qui donna son nom à l’Allemagne (à Aix-la-Chapelle), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin), Deutsche Fahne qui signifiait Drapeau Allemand (à Dortmund), et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre) Ainsi, le 30 avril 1906, le club fut fondé sous le nom de FC Preußen Münster par des étudiants du collège Johann-Conrad-Schlaun. Ces derniers reprirent également les couleurs du royaume de Prusse, le noir et le blanc (auquel le vert fut ajouté) et surtout son emblème, l’Aigle, qui trône depuis sur l’écusson du club et donc sur le maillot des joueurs.

La Prusse vit le jour à partir de la conquête des terres sur la Pologne par les chevaliers teutoniques. Puis, la famille noble des Hohenzollern conquit et unifia terre après terre les régions brandebourgeoises et prussiennes pour fonder le Royaume de Prusse au début du XVIIIème siècle. Les armes de la Prusse reprirent les couleurs de cette famille, noir et blanc, ainsi que l’aigle monocéphale. Ce symbole fut transmis alors à l’Empire Allemand de 1871. Mais, l’oiseau était aussi un symbole du Saint-Empire romain germanique. Lorsque Charlemagne devint souverain de l’Empire d’Occident en l’an 800, il souhaita son titre comme un transfert de l’Empire Romain (selon l’idée de la Translatio imperii). Les armes du Saint-Empire poursuivit cette idée. Ces dernières représentant un aigle noir sur fond jaune devint attestées vers 1250, la « Chronica maiora » , un livre historique du moine bénédictin anglais, Matthieu Paris, attribuant un Reichsadler (l’aigle impérial) à deux têtes à l’Empereur Otto IV. Ce symbolisme était une reprise des attributs de l’Empire Romain. Depuis la nuit des temps, l’aigle était considéré comme un messager des dieux. Dans la mythologie, il symbolisait Zeus pour les grecs, Jupiter pour les Romains et Odin pour les Teutons. En plus de l’éternité divine, il représentait également le courage et la force, d’où l’apparition de l’oiseau sur les bannières militaires. Ainsi, l’aigle s’imposa sur l’étendard des légions romaines entre 104 et 102 av. J.-C. par la volonté de Caius Marius, dont la remise de l’Aquila était une distinction honorifique.

#647 – Bristol City FC : the Robins

Les rouges-gorges. Fondé le 12 Avril 1894, le club évolua dès le début dans des maillots de couleur rouge qui ressemblait alors au plumage du rouge-gorge. Pendant ses 127 années d’existence, les seules fantaisies furent un short bleu la première année et quelques touches de noir au début des années 1980 et des années 2010. Même en 1900 lorsque le club fusionna avec son voisin de Bedminster FC, qui portait des maillots bordeaux et or, Bristol conserva ses maillots rouges. La raison de porter du rouge est inconnue. Différentes hypothèses furent avancées mais aucune ne paraît tenir.

Jusqu’à l’obtention de son statut professionnel, le club se dénommait Bristol South End, peut-être en l’honneur de Preston North End, le club majeur à cette époque (champion d’Angleterre en 1889 et 1890, et vice-champion les 3 années suivantes). Comme Preston évoluait en bleu, les fondateurs auraient pu retenir le rouge (comme un parallèle de l’opposition North-South). En parlant d’opposition, le grand rival local de City est Bristol Rovers qui porte des maillots bleus. Seulement, les Rovers n’optèrent pour le bleu qu’au début des années 1930, soit bien après l’adoption du rouge par City.

Personnellement, j’avancerais que les dirigeants s’inspirèrent des armoiries de la ville (un bateau et un fort) qui apparaissent sur un fond rouge. Il se peut aussi que ce choix soit beaucoup moins réfléchit et ne résulte que du fait que le maillot rouge était le plus simple à se procurer (à l’époque, de nombreuses équipes portaient un maillot rouge). Naturellement, les premiers surnoms du club se calquèrent à la couleur du maillot.

Ce fut donc les Reds (rouge) et Red Shirts (Maillots rouges). Mais aussi les Garabaldians (garibaldiens) car les partisans du patriote italien portaient des chemises rouges (cf. #430). En 1949, le maillot afficha pour la première fois un blason où apparaissait un rouge-gorge. Cet oiseau fit certainement son apparition dans la vie du club suite à la sortie de la chanson « When The Red, Red Robin Comes Bob, Bob, Bobbing Along » (quand le rouge rouge-gorge vient, bob, bob sautille) en 1926. Dans les années 1930, le manager du club se nommait Bob Hewison et résultat, en référence au titre de la chanson (bob comme le manager + ressemblance des maillots rouges avec le plumage de l’oiseau), les supporteurs brandirent dans le stade des panneaux avec un rouge-gorge. Le rouge-gorge demeura sur le maillot jusqu’en 1969 où il fut remplacé par les armoiries de Bristol. Face au protestation des fans, 7 ans plus tard, l’oiseau revint, avec l’accession du club en première division. En 1994, nouvelle tentative de le remplacer par une version simplifiée du blason de Bristol. Nouvel échec auprès des fans mais ces derniers attendirent 2013 pour lancer une campagne demandant la restauration du rouge-gorge. En Novembre 2014, leur pétition attira 1 000 signatures. Au lieu de cela, le club répondit avec une version simplifiée du blason. Lors de la saison 2018, la direction choisit un retour timide du rouge-gorge sur les maillots extérieurs qui fut évidement bien reçu par les supporteurs. En vue de marquer les 125 ans du club en 2019, le bureau marketing Mr B & Friends, mandaté par le club, organisa une consultation auprès des fans pour déterminer le nouveau design du blason du club. 3 350 personnes répondirent et 75% d’entre eux approuvèrent le retour du rouge-gorge. Depuis, l’oiseau trône de nouveau sur le maillot rouge.

#646 – Ceará SC : Vovô, Vozão


Grand-père, papy. Fondé le 2 Juin 1914, Ceará SC est le plus vieux club de l’Etat du Ceará. Facile alors d’imaginer que son surnom provient de son statut de doyen régional. Seulement une autre histoire est avancée par Aníbal Câmara Bonfim, l’un des fondateurs du club. Selon lui, des enfants venaient jouer sur le terrain du Ceará. Le président du club, Meton de Alencar Pinto, les accepta et les appela même meus netinhos (mes petits-enfants). Les enfants commencèrent alors à désigner le stade du Ceará comme lá no vovô (là-bas chez grand-père). Toutefois, selon le site du club, cette histoire n’est pas vraisemblable et le club base sa réflexion notamment sur un article paru le 19 Novembre 1936 dans le journal A Razão. Premièrement, dans cet article, le journaliste écrivit « do nosso mais velho quadro do Foot-ball, o veterano dos nossos clubs, o Vovô, como é conhecido o Ceará Sporting Club » (de notre plus ancienne équipe de football, le vétéran de nos clubs, Vovô, comme le Ceará Sporting Club est connu). Deuxièmement, étant donné que l’article date de 1936, cela suppose que l’histoire avec Meton de Alencar Pinto se serait déroulée avant 1936. Or, né en 1897, Meton de Alencar Pinto aurait qualifié des enfants de « petits-enfants » et lui de « grand-père » alors qu’il avait moins de 39 ans. Ceci d’autant plus que son fils ainé n’avait alors que 5 ans. En outre, ces jeunes joueurs étaient censés jouer sur le terrain du club. Or, le club n’acquerra le terrain de son siège actuel qu’en 1944. Il serait donc probable que Meton de Alencar Pinto joua avec ces enfants après 1944. S’il n’était plus président, il était encore un membre influent du club, en tant que mécène. En outre, il avait plus de 47 ans et sans être un grand-père, il pouvait apparaître comme vieux pour ces enfants. Surtout, le surnom Vovô était alors forcément connu et il était facile de pour ces enfants de l’attribuer à Meton de Alencar Pinto. Voilà donc que l’explication de l’ancienneté s’impose. En tout cas, ce surnom a donné naissance à la mascotte (un petit vieux) ainsi qu’à la marque de vêtement propre du club.

#645 – Kouban Krasnodar : овощи

Les légumes. Créé en 1928, le premier Kouban Krasnodar fit faillite le 30 Mai 2018. Dès Juin de la même année, une nouvelle structure fut fondée pour reprendre le football dans la ville de Krasnodar. Le vice-gouverneur du territoire de Krasnodar, supervisant les sports, Nikolai Doluda annonça le 14 Juin 2018 que ce nouveau club prendra le nom de Екатеринодар (Ekaterinodar, ancien nom de la ville de Krasnodar). Toutefois, le même jour, le président de la Fédération régionale de football, Ivan Peronko, indiqua que le nouveau club était intégré dans le championnat de deuxième division russe de la saison 2018/19 sous le nom de ФК Урожай (FC Récolte). Bel imbroglio. Selon Doluda, tous les documents pour le changement de nom du Kouban Krasnodar étaient préparés avec le nom Ekaterinodar. Mais au dernier moment, pour des raisons inconnues, la décision changea en faveur de Урожай. Pourtant, du 5 au 14 juin, le site Yuga.ru réalisa un sondage auprès de ses lecteurs pour connaître leur préférence quant au nouveau nom du club de Krasnodar. Au total, 2 400 personnes y participèrent et, avec 24,6 % des voix, le gagnant fut « Ekaterinodar ». Les autres propositions K-1928, Живая Кубань (Live Kouban) et Кубанckue kaзaku (Cosaques de Kouban) suivaient avec plus de 20% des voix (mais le terme Kouban ne pouvait être utilisé car il appartenait à l’ancien club en faillite). En dernière place (et nettement derrière) arriva Урожай (Récolte), avec 10,7%.

Résultat étonnant quand on connaît l’histoire du premier Kouban Krasnodar. En effet, il fut créé en 1928 sous l’égide du NKVD (l’ancêtre du KGB) et prit donc le nom de Dynamo (le syndicat sportif dépendant du NKVD). Puis, en 1954, il changea de dénomination pour Нефтяник, le nom du syndicat pétrolier. De 1958 à 1960, il se dénomma Kouban, du nom de la région de Krasnodar, étant passé dans le giron du syndicat sportif régional des ouvriers. Puis, de 1960 à 1962, il intégra le syndicat national des travailleurs du tertiaire et de la culture et prit donc le nom de Спартак (Spartak). En 1963, il repassa dans l’escarcelle des syndicats régionaux et reprit le nom de Kouban. Enfin, en 1971, le club fut définitivement affilié à l’intersyndical régional des ouvriers d’Etat ruraux, Урожай (Récolte). Certes, le club ne modifia pas une nouvelle fois son nom mais il hérita, de l’organisation sportive, ses couleurs puis le blason du club intégra des épis de blé, symbole du syndicat. L’effondrement de l’URSS en 1992 ne bouleversa pas la symbolique du club. Résultat, en 2018, quand le club fit faillite, les dirigeants du nouveau, qui étaient tous issu de l’ancien, voulurent certainement bénéficier de la notoriété du Kouban en reprenant ses couleurs, en intégrant des épis de blé au blason et en lui attribuant le nom de l’ancien syndicat (malgré les préférences des supporteurs). Dernière étape le 24 Juillet 2020, le club adopta de nouveau le nom de Kouban Krasnodar (en n’ayant pas le droit officiellement d’afficher ou récupérer l’héritage sportif du club disparu en 2018).

Situé dans le Sud de la Russie, Krasnodar demeure l’un des plus grands centres économiques du pays et le poumon de la région du Kouban. Pendant plusieurs années, le magazine Forbes a nommé Krasnodar la meilleure ville pour les affaires en Russie. En 2015, elle représentait plus de 45% du PNB de la région du Kouban, un tiers des entreprises industrielles, 70 % de la production et de la distribution d’énergie, environ 45 % du chiffre d’affaires du commerce de détail. Son activité commerciale est fortement développée (par habitant, Krasnodar a le plus grand nombre de centres commerciaux en Russie) ainsi que son secteur industriel, où plus de 40% se concentre dans l’agro-alimentaire et la production d’engrais. Ce n’est pas un hasard si ces dernières industries sont importantes à Krasnodar et si le club fut longtemps dans le giron du syndicat des ouvriers agricoles. En effet, composée des fameuses terres noires (épaisses, très fertiles en raison de la forte proportion d’humus), le Kouban s’impose comme la région agricole la plus importante du pays (1ère place en Russie). En 2018, le Kouban produisit plus de 10% de la production agricole de la Russie. Le territoire de Krasnodar est le leader de la culture de céréales (10 % du total du pays) et de betterave sucrière (17,3 %), l’un des principaux producteurs de graines de tournesol (15 %) et de vins (37 %), et est également le principal producteur de thé russe. Parmi les cultures de légumes peuvent être identifiées tomates, choux, concombres etc. Pour les fruits, on retrouve pommes, melons, poires, cerises, pêches … En 2021, la récolte atteignit un record avec plus de 10 millions de tonnes de blé, 850 000 tonnes de riz, 800 000 tonnes de légumes, 180 000 tonnes de raisins. Sur les 7,5 millions d’hectare de superficie de la région de Kouban, 63% est consacré à l’agriculture, comprenant environ 7 000 exploitations employant environ 400 000 personnes. Enfin, Krasnodar accueille depuis 1922 l’une des plus grandes universités agricoles du pays (22 000 étudiants et 4 000 enseignants).

#644 – FK Smederevo : Oklopnici

Les hommes en armure. L’écusson du club affiche des créneaux d’un chateau fort que l’on retrouve sur les armoiries de la ville de Smederevo. Il s’agit de la forteresse de Smederevo, bâtie au XVème siècle et qui constitua l’un des principaux bâtiments de défense du Despotat de Serbie. Coincée entre le Royaume de Hongrie et l’Empire Ottoman, la Serbie moyenâgeuse tentait d’exister en jouant sur les deux alliances. Après avoir dû restitué Belgrade à la Hongrie, Đurađ Branković, despote de 1427 à 1456, choisit d’établir sa capital à Smederevo, qui était alors un espace inoccupée, et d’y édifier une forteresse. Située au confluent de la rivière Jezava et du Danube, cette forteresse offrait une position idéale entre les Balkans ottomans et l’Europe centrale hongroise, et par le Danube, donnait un accès direct à Belgrade (à 45 km au nord-ouest). La ville devint alors un important centre commercial et religieux (les reliques de Saint Luc y furent transportées). Protégée par 1,5 kilomètres de murs crénelés d’une épaisseur de 2 mètres et 25 tours de 25 mètres de haut, elle résista aux différents assauts des ottomans en 1439, en 1453, en 1456 et en 1459. Toutefois, lors de la dernière attaque, la ville se rendit sans combattre, mettant fin au despotat de Serbie. Les Ottomans ajoutèrent alors quatre tours d’artillerie en 1480 et la forteresse conserva sa fonction militaire jusqu’à la moitié du XIXème siècle. Malheureusement, son occupation par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre Mondiale conduisit à de forte dégradation. La ville de Smederevo se développa autour de la forteresse, qui représente un témoignage unique de la Serbie médiévale et devint le symbole de la ville. Le surnom du club fait donc référence à cet ouvrage ainsi qu’au courage des Serbes qui défendirent la ville face aux Ottomans.

#643 – NK Maribor : Vijoličasti, Vijolice

Les violets, les violettes (la fleur). Le club de Maribor domine le championnat de Slovénie du haut de ses 15 titres et réalise quelques exploits sportifs sur le plan continental (le lyonnais que je suis se souvient avec amertume des deux défaites en 1999 au 3ème tour préliminaire de la Ligue des champions). Autre particularité, partager avec l’Újpest, l’Austria de Vienne, Anderlecht et la Fiorentina cette couleur violette assez peu commune dans la mode footballistique. Le club fut fondé le 12 Décembre 1960 suite à la dissolution le 11 août de la même année du club du NK Branik Maribor (qui était impliqué dans une affaire d’intoxication alimentaire avant son match contre le NK Karlovac). Le conseil d’administration du club nouvellement créé organisa les élections présidentielles. Le Dr Srečko Koren remporta le scrutin et fut le premier président du club, tandis qu’Andrija Pflander fut nommé premier entraîneur et Oto Blaznik, capitaine de l’équipe première. Pour le choix des couleurs, différentes idées fusèrent. Certains voulaient opter pour le rouge et blanc, couleurs de la ville de Maribor. Tandis que d’autres proposaient le noir et blanc, couleur du NK Branik, précurseur du NK Maribor. Les premiers remportèrent les suffrages, la faible attractivité d’un club banni et la symbolique unificatrice de la ville étant des arguments convainquant. Ainsi, pour le premier match face au Kovinar Maribor le 5 février 1961, les joueurs arborèrent une tenue rouge et blanche. Seulement le rouge et blanc comme le noir et blanc étaient des mariages de couleurs assez communes en Yougoslavie pour les clubs de football (pour les plus connues, l’Etoile Rouge de Belgrade et le Partizan de Belgrade). Oto Blaznik reçut une édition du journal italien La Gazetta dello Sport et tomba sous le charme de l’une des photographies représentant un joueur de la Fiorentina. Il proposa alors une tenue composée d’un maillot violet, un short blanc et des chaussettes violettes. Outre l’aspect agréable de sa couleur violette, la Fiorentina était aussi le club dominant du football italien. Ce dernier avait remporté son premier scudetto lors de la saison 1955-1956 (où l’équipe fut invaincue jusqu’à l’ultime journée). L’année suivante, il était le premier club italien à atteindre la finale de la Coupe des Clubs Champions. La Fiorentina enchaina également 4 secondes places d’affilée dans le championnat d’Italie avant de gagner une Coupe des Coupes en 1961 (et même d’atteindre une nouvelle fois la finale en 1962). Autant dire qu’avec un tel palmarès, le club italien avait de quoi inspirer Oto Blaznik. Seulement se procurer des maillots violets n’étaient pas une chose aisée en Yougoslavie à cette époque et les premières tenues étaient des maillots blancs teintés en violet. Mais, la transpiration ou la pluie (comme lors du premier match avec cette nouvelle tenue) faisaient partir la couleur violette des maillots, qui déteignait alors sur la peau des joueurs. Les autorités communistes ne furent pas ravies de ce choix car le violet était une couleur associée à la religion catholique (la fascia et la cappa magna des évêques sont violettes), qui était très présente à Maribor et dans la région de Styrie. Néanmoins, cette couleur eut un succès retentissant à Maribor où les bus comme l’hôtel Slavija se parèrent de violet. Résultat, les autorités communistes n’imposèrent pas de changer de couleur au club.

#642 – GAIS : Makrillarna

Les maquereaux. Pour une ville portuaire, la référence à un poisson ne constitue pas une surprise. La pêche est une activité historique de la ville de Göteborg et, depuis 1910 et la construction du port de pêche, la criée de Göteborg est la plus grande criée au poisson de Suède. Comme beaucoup de pays des mers du Nord et Baltique, le hareng constitua la principale ressource jusqu’au début du XIXème siècle où sa pêche se réduisit quasiment à zéro. Pourtant, c’est un autre poisson qui prit la place du symbole pour le club, le maquereau (le maquereau commun pour être précis).

Le maquereau commun est une espèce qui privilégie les eaux froides et tempérées et est présent en mer du Nord et en mer Baltique. Abondant, le maquereau est pêché de manière industrielle, particulièrement en mer du Nord, en mer Baltique, en mer d’Irlande et en Manche. Malheureusement, la surpêche en mer du Nord a conduit à une forte diminution du stock depuis les années 1960.

Si le maquereau s’imposa pour les joueurs de GAIS, c’est plus en raison de son apparence que de l’activité économique qu’il représenta pour la ville. En effet, le maquereau commun est un poisson au corps fuselé, au dos bleu-vert, zébré de raies noires, tandis que son ventre présente des reflets blancs argentés. Or, les joueurs de GAIS portent un maillot rayé vert et noir, ainsi qu’un short et des chaussettes blancs. Une ressemblance frappante. Le choix de ces couleurs par les fondateurs du club n’est pas documenté. A noter tout de même que le maillot n’afficha pas toujours ces couleurs. En 1909, à un moment où le club connut une nouvelle naissance, les membres décidèrent d’opter pour une tenue intégralement noire. Leur motivation aurait été de choisir un équipement qui se salissent moins vite pour le laver moins souvent. Dans les années 1950, l’équipe évolua avec des maillots verts aux manches blanches et un pantalon blanc, dans un style Arsenalesque.

#641 – Fagiano Okayama : ファジ

Fagi est le diminutif du nom du club, Fagiano. Fagiano est un terme italien signifiant faisan, qui est l’animal symbole de la préfecture d’Okayama. Comment a-t-il pris cette place dans cette préfecture comme pour le club ?

Le faisan provient d’un vieux conte traditionnel japonais, certainement l’un des plus célèbres. Evidemment comme beaucoup de légende venant de la fin des temps, l’histoire peut varier dans son récit comme dans les personnages en fonction de l’époque où elle est racontée ou de la région. Toutefois, il existe une trame commune que je vais résumer. Selon la légende datant de l’époque d’Edo, une femme se rendit à la rivière pour y laver son linge lorsqu’elle vit une pêche géante flotter. Elle la rapporta chez elle afin de cuisiner un plat à son mari. Mais, lorsqu’ils l’ouvrirent, un enfant en sortit. Comme ce couple n’avait pas d’enfant, ils l’adoptèrent immédiatement et le nommèrent 桃太郎 (Momotarô – momo veut dire « pêche » et tarô est un prénom très courant pour les fils aînés au Japon).

Alors qu’il devint un adolescent fort, les habitants rapportèrent que des démons 鬼 (oni) habitaient l’île d’ 鬼ヶ島 (Onigashima) et demandèrent à Momotarô de les chasser. Momotarô s’en alla les affronter et sur son chemin il rencontra un chien, un singe et un faisan, doués de parole (les 4 animaux figurent dans l’astrologie japonaise). Ils partagèrent un repas composé de raviolis de millet. Les 4 compagnons allèrent à Onigashima, bâtèrent les démons et dérobèrent leur trésor et leurs vivres. A leur retour au village, Momotarô partagea le butin avec les habitants et devint un héros.

Aujourd’hui comme par le passé, la légende de Momotarô est l’une des plus traditionnels et célèbres du folklore japonais. Son héros symbolise la générosité, le courage et la persévérance et l’histoire vante les mérites du travail en équipe et la défense des opprimés. Elle devenait même une allégorie, un élément de la propagande, lorsque l’Empire Japonais était en guerre. Les démons représentaient les ennemies (la Russie en 1905 et les Alliés lors de la Seconde Guerre Mondiale) et Momotarô, le valeureux peuple japonais et sa formidable armée.

#640 – Botafogo FR : Alvinegro

Les blanc et noir. Le choix des couleurs remonte aux origines du club. En 1904, durant un cours d’algèbre au Collège Alfredo Gomes, deux jeunes garçons du nom de Flávio Ramos et Emmanuel Sodré s’échangèrent des mots portant sur l’idée de fonder un nouveau club de football. Le professeur de mathématiques intercepta les messages et les réprimanda car ce n’était pas le moment le plus approprié pour des conversations de ce type. Toutefois, il les encouragea à créer ce nouveau club. Dans l’après-midi du 12 août 1904, le club du Botafogo FC fut fondé par un groupe d’écoliers âgés de 14 à 15 ans, dans une vieille maison en ruines de la Rua Conselheiro Gonzaga, à l’angle de Rua Humaitá et Largo dos Leões.

La première tenue du club était composée d’un maillot et un short blanc, accompagnés de chaussette orange. En 1906, Itamar Tavares, l’un des fondateurs du club, proposa de changer pour un maillot rayé verticalement de couleur noir et blanc. Itamar avait étudié en Italie et était alors devenu un supporteur de la Juventus. Les nouveaux maillots furent fabriquées en Angleterre par Benetfink & Co et furent inaugurés lors d’un match face à Fluminense, qui devint par la suite l’un des principaux rivaux de Botafogo. Pour compléter la tenue, les joueurs portèrent un short blanc et des chaussettes noires. Lors de la fusion en 1942 avec le club d’aviron du Club de Regatas Botafogo, la section football conserva son maillot rayé noir et blanc. En même temps, il n’y avait pas tant de différence avec les tenues des rameurs qui étaient intégralement noires. Ces derniers conservèrent également leur tenue. A partir de 1948 et pendant 7 ans, Botafogo commença à utiliser des shorts et des chaussettes blancs. Puis de 1954 à 1956, en raison du suicide du président du Brésil Getúlio Vargas, Botafogo portait à nouveau des bas et des chaussettes noirs. En 1957, les bas gris furent introduits.

Il faut savoir que le maillot de Botafogo est depuis très codifié. Selon les statuts du club, le nombre de rayures doit être compris entre sept et neuf. En outre, le maillot frappé du numéro 7 est mythique pour le peuple de Botafogo car de nombreux grands joueurs l’ont porté tels que Garrincha (dans les années 1960), Jairzinho, Rogério et Zequinha (dans les années 1970), Túlio Maravilha (dans les années 1990) et Dodô (dans les années 2000). Après un sondage auprès des supporteurs, en 2021, Botafogo nomma son nouveau programme de fidélité « Camisa 7 ».

#639 – CA Belgrano : el Fifito

Fifito est le surnom en Argentine de la Fiat 600. Cette citadine italienne connut un grand succès populaire en Argentine. Les exportations démarrèrent en 1958 mais la demande fut si forte que la production en Italie ne suffit pas. L’usine Fiat de Córdoba en Argentine commença alors la production de la Fiat 600 pour alimenter les marchés sud-américains. Entre le 7 avril 1960 et le 9 avril 1982, cette usine produisit 316 254 exemplaires. Pourquoi se comparer à cette voiture populaire et économique ? Le 15 Avril 2006, le derby de Córdoba se déroula entre le CA Belgrano et Talleres dans le cadre du tournoi d’ouverture de la seconde division. L’attaquant de Talleres, Sebastián Coria, mit de l’huile sur le feu à l’approche du match en déclarant « Comparar a Talleres con Belgrano es lo mismo que comparar una Ferrari con un Fiat 600 » (Comparer Talleres avec Belgrano, c’est la même chose que comparer une Ferrari avec une Fiat 600). En se moquant ainsi de Belgrano, les hostilités étaient lancées et il fallait s’attendre à un retour de flamme en cas de défaite de Talleres. Le match débuta bien pour ce dernier, son attaquant Gonzalo Bustamante marqua après 20 minutes de jeu. Mais, en seconde période, Belgrano renversa le match avec un but de Campodónico à la 57ème minute et un autre d’Aimar à la 68ème minute. Après le coup de sifflet final, toute l’équipe de Belgrano se dirigea vers la tribune sud et contempla les fans faire la fête. A l’issue de la saison, Belgrano accéda à la première division alors que Talleres resta à l’étage inférieur (alors que la montée lui était promise). Sebastián Coria et ses propos devinrent alors la cible des railleries. Pour fêter ce succès, les joueurs et l’entraîneur de Belgrano demandèrent aux fans de défiler avec une fiat 600 de l’Arc de Córdoba jusqu’à leur stade (Gigante de Alberdi) pour ce qui devint la « Caravana del Fitito » .