#560 – AS Cannes : les Dragons

Dans les années 1990, le centre de formation de l’AS Cannes sortit un certain nombre de grands joueurs français tels que Patrick Vieira, Johan Micoud, David Jemmali, Peter Luccin, Sébastien Frey, Jonathan Zebina, Julien Escudé et surtout Zinédine Zidane et d’autres stars évoluèrent dans l’équipe première tels que William Ayache, Luis Fernandez et Bruno Bellone. Mais ces équipes ne furent pas à l’origine du surnom, les dragons.

Ce surnom provient de l’ancien stade où évoluait l’équipe entre 1920 et 1975. Le stade Louis-Grosso (du nom d’un marchand de meubles cannois qui aida au développement du club de football), était surnommé le stade des Hespérides car il était situé le long de l’avenue des Hespérides. Dans la mythologie grecque, les Hespérides étaient un jardin qui se trouvait sur les pentes du mont Atlas (sa situation actuelle varie selon les sources et les études entre les côtes Libyennes d’un côté et le Maroc de l’autre). Héra, déesse du foyer, sœur et femme de Zeus, se vit offrir un pommier par Gaïa ou Zeus, qui donnait des fruit en or et le planta dans son jardin des Hespérides. Elle en confia la garde aux Hespérides, nymphes du Couchant et filles d’Atlas. Mais, Héra se rendit compte que ces dernières volaient les pommes. Elle plaça alors un dragon, Ladon, autour du pommier pour en interdire l’approche. Cette créature, fils d’Échidna et de Typhon (les deux étant des monstres à forme de serpent), était dotée de cent têtes, chacune parlant une langue différente. Et voilà donc le dragon, surnom du club et qui apparaît sur son blason. Ce dragon fut tué par Héraclès lors du onzième travaux. Pour le remercier de ses loyaux services, Héra plaça sa dépouille dans le ciel, là où se trouve désormais la Constellation du Dragon.

#559 – Birmingham City FC : the Blues

Les bleus. Le grand rival d’Aston Villa joue depuis sa fondation en bleu. En 1875, des membres de l’équipe de cricket de l’église Holy Trinity, Bordesley, dans l’est de Birmingham, décidèrent de trouver une occupation sportive pendant les longs mois d’Hiver et formèrent ainsi une équipe de football. Le nouveau club se prénomma Small Heath Alliance, quartier de la ville. Puis, il fut rebaptisé Small Heath en 1888 (lorsque le club devint la première société sportive anonyme), Birmingham en 1905 et enfin Birmingham City en 1943.

L’équipe commença par porter des maillots bleu foncé même si, dans les premiers temps, ils portaient n’importe quelle chemise bleue qu’ils avaient. Au moment du passage au professionalisme en 1888, le club changea radicalement de couleurs pour jouer avec des maillots rayés verticalement en noir et ambre. Puis, en 1889, une expérience avec des hauts noirs s’avéra impopulaire, les joueurs et les spectateurs se plaignant que l’équipe était pratiquement invisible. Pour la saison suivante, un nouvel ensemble de maillots bleu royal fut commandé et depuis, le kit présente différentes variations autour de cette couleur. Un maillot célèbre fut celui avec le scapulaire blanc adopté pendant la Première Guerre mondiale et conservé jusqu’en 1926. De 1926 jusqu’au début des années 1970, le maillot était simplement bleu royal. En 1971, ils adoptèrent un bandeau central blanc entouré de bleu, le style de l’Ajax se répandant en Europe. Mais, ici, on l’appela la version « pingouin ». Retour en 1976, du maillot bleu royal simple. Depuis, les équipementiers ont fait preuve d’imagination mais le bleu royal demeure toujours la couleur éternelle de Birmingham.

#558 – Adana Demirspor : Mavi Şimşekler

Les éclairs bleus. Le bleu est définitivement la couleur du club qui vient d’accéder à la première division turque puisque que le maillot de l’équipe marie usuellement du bleu et du bleu marine. En 1940, en pleine Seconde Guerre Mondiale, alors que le Turquie demeurait neutre, l’Etat Kémaliste préparait la jeunesse à un éventuel conflit. Une loi nommée « Obligation de défense civile » fut votée dans le but d’orienter les jeunes vers le sport pour qu’ils s’entretinssent physiquement, aiguisassent leur esprit de compétition et leur sentiment nationaliste et se disciplinassent. Ainsi, les entreprises employant plus de 500 collaborateurs du secteur public ou privé devaient créer des associations sportives. Adana est un centre ferroviaire et ce depuis longtemps. La première ligne de chemin de fer vers Adana fut construite par les Britanniques en 1886. Situé sur la ligne Istanbul-Bagdad, passant par Ankara, Adana accueille la 6ème direction régionale de la compagnie des chemins de fer turque, TCDD. Résultat, en 1940, le directeur des opérations de la TCDD, Esref Demırag, fonda le club. Lié à la compagnie ferroviaire, l’association adopta sa couleur, ie le bleu.

#557 – Albacete Balompié : el Queso Mecánico

Le fromage mécanique. Au début de la saison 1989-1990, le club évoluait encore en seconde division et nomma à la tête de l’équipe première un jeune entraineur de 29 ans, Benito Floro. Dès sa seconde saison, Floro réussit à terminer premier de son groupe et fit accéder Albacete Balompié à la première division, grace à un style de jeu brillant et offensif. Après cette montée, l’entraîneur et son équipe obtinrent l’un des meilleurs résultats sportifs de l’histoire du club, en étant la révélation de la saison et en terminant à la 7ème place – à un point seulement de participer à la Coupe de l’UEFA. Durant cette saison, l’équipe enchaîna 15 matchs consécutifs sans défaite. Le club demeura 5 saisons en première division mais le travail de Benito Floro fut remarqué et il rejoint dès 1992 le grand Real Madrid.

Le succès et le jeu développé par l’équipe eurent un grand écho et un fort impact médiatique dans l’Espagne des années 1990. Benito Floro promut un jeu offensif tout en reposant sur un bloc solide et solidaire. Il innova également avec le recours à de psychologues pour motiver l’équipe. Cette dernière fut ainsi comparée aux Pays-Bas de Johan Cruyff, connus sous le nom d’Orange mécanique et qui pratiquait le fameux « football total » (en raison de la mécanique lié au football total, de la couleur orange du maillot et de la sortie en 1971 du film de Stanley Kubrick). Albacete hérita alors du surnom de queso mecánico, la région d’Albacete étant productrice du fameux fromage espagnol, le Manchego.

#556 – CD Coquimbo Unido : los Piratas

Les pirates. Avant le XIXème siècle, Coquimbo n’était qu’une magnifique baie aux eaux calmes, proche de la ville de La Serena. En 1680, des attaques de pirates étaient attendues dans les principaux ports du Chili. Le gouvernement colonial mobilisa ses troupes sur les deux principaux ports du pays, Concepción et Valparaíso au dépend des autres tels que La Serena. Cette désertion provoqua des conditions favorables pour le corsaire Bartholomew Sharp qui cacha son navire et ses 140 pirates dans la baie de Coquimbo. Ils pillèrent alors la ville de La Serena. Sharp se dirigea à Coquimbo car cette baie était connu depuis longtemps des pirates. Selon une légende racontée dans le livre « El tesoro de los piratas del Guayacán » (Le trésor des pirates de Guayacán) de l’archéologue et folkloriste Ricardo Cartwright, le légendaire corsaire Francis Drake, en fuyant, aurait trouvé la baie de Coquimbo et en aurait fait un refuge pour lui-même et ses compagnons pirates, corsaires et flibustiers. L’œuvre suggère que le corsaire anglais Francis Drake y enfouit un trésor dans la plage de La Herradura, qui attend toujours d’être retrouvé. Au delà de la légende, des historiens mirent en avant que Drake était l’un des 5 pirates qui débarquèrent dans la baie de Coquimbo. Les plus célèbres étaient donc Francis Drake (1579), Bartholomew Sharp (1680) et Edward Davis (1686), qui semèrent la terreur et la panique dans la population côtière. Aujourd’hui, ils sont célébrés par la population, faisant parti du patrimoine culturel de la ville de Coquimbo et une attraction touristique.

L’écusson du club affiche un pirate depuis 1962, soit 5 ans après la création du club. Francisco Balanda, un des membres fondateurs, expliqua que l’idée de mettre un pirate sur l’écusson naquit lors d’une réunion du Rotary Club International tenue à Coquimbo. De nombreux membres de la direction du club de l’époque appartenaient à cette organisation, et en observant l’un des tableaux qui ornaient l’une des salles où se réunit le Rotary, ils furent frappés par un blason espagnol, où un pirate apparaissait debout, le pied droit sur un coffre à trésor. Cette image resta dans la tête des dirigeants et ils firent la relation avec les histoires de pirates du port de Coquimbo. C’est ainsi qu’ils décidèrent de reprendre l’image du pirate à leur compte, dans l’écusson du club.

#555 – CA Nueva Chicago : Torito de Mataderos

Le petit taureau de Mataderos. Situé à Buenos Aires, le CA Nueva Chicago est le club du quartier de Mataderos, où naquit et vécut Justo Suárez, l’une des premières idoles populaires du sport argentin. Ce boxeur gagna son importante popularité grace à ses victoires mais également de par sa vie. En pleine crise des années 1930, le peuple argentin s’identifia à ce destin tragique. Sorti de la misère grace à la boxe, il connut la gloire et l’argent avant de mourir de la tuberculose à seulement 29 ans. Quinzième enfant d’une famille qui en comptait 25, Justo travailla aux abattoirs dès l’age de 9 ans. A 10 ans, il était déjà un boxeur amateur, qui gagnait quelques pesos dans certains galas. Féroce, rapide et puissant mais désordonné, il démolissait ses rivaux et remporta 48 combats en tant qu’amateur (dont les titres de champion argentin et sud-américain des poids plumes). Avec son style et son allure, il gagna le surnom de Torito de Mataderos. Puis, il tenta sa chance avec succès aux Etats-Unis, la Mecque de la boxe. Malheureusement, il n’eut jamais la chance de concourir pour le titre mondial. Atteint de la tuberculose dès 1932, sa carrière commença par décliner. Il se retira à Cordoue en 1935 et vécut ses 3 dernières années dans la misère. Depuis sa mort, Suárez fait parti de la culture populaire argentine. Il existe des tangos, des histoires, des bandes dessinées, des chansons et même des films qui racontent sa vie. Enfin, le nom de la rue où se trouve l’accès principal du stade de Nueva Chicago porte le nom de Suárez. Le club hérita ainsi du surnom de Suárez.

#554 – Anji Makhatchkala : орлы

Les aigles. Equipe inconnue du Daghestan, le club russe fit parler de lui en 2011 avec l’arrivée à sa tête du milliardaire Sulejman Kerimov. Rapidement, l’Anji se renforca avec les arrivées de joueurs étrangers tels que Roberto Carlos, Samuel Eto’o et Lassana Diarra. Difficile de résister à l’attrait du Daghestan et son club réputé, surtout quand les joueurs étaient grassement payés (A 30 ans, Eto’o signa un contrat de trois ans où il émargeait à 20,5 millions d’euros net par an plus 20 000 € par but et 10 000 € par passe décisive). Deux ans après, avec des résultats moyens, Kerimov se lassa de son jouet et coupa les vannes. Dès l’annonce de son retrait, les mercenaires repartirent aussi vite qu’ils étaient venus. Logiquement, le club regagna l’anonymat et évolue aujourd’hui entre la seconde et troisième division russe. Il n’empêche que pour cette petite république russe du Caucase, l’Anji est depuis sa création en 1991 une source de fierté, un vecteur de communication. Résultat, les symboles de la région se sont naturellement fondus dans ceux du club, dont l’aigle. L’écusson du club arbore deux aigles royales, oiseau que l’on retrouve sur les armoiries de la République du Daghestan. De manière générale, l’aigle dans le symbolisme international signifie le pouvoir et la suprématie de l’État. Dans la culture des peuples du Daghestan, il est l’un des animaux les plus vénérés, personnification de l’indépendance et de la liberté, du courage et de la bravoure, de la fierté et de l’endurance. De manière générale Ainsi, l’aigle des armoiries du Daghestan porte les valeurs du pouvoir étatique et également celles du peuple (indépendance, liberté, fierté).

#553 – FC Zurich : die Löwen

Les lions. Le 1er août 1896, des membres de trois clubs locaux (FC Turicum, FC Excelsior et FC Viktoria) s’unirent pour fonder le FC Zurich. Si le palmarès du club est fourni (12 championnats et 7 coupes), il est nettement devancé par son rival du Grasshopper (28 championnats et 18 coupes) tout comme en ancienneté (1886 vs 1896). Pourtant, en termes de popularité, le FCZ bénéficie d’un large soutien à Zurich, certainement car il était le club des couches populaires (Grasshopper étant le club de la haute bourgeoisie). Résultat, le FCZ se présente comme le club de la ville et s’est totalement identifié à elle. Le FCZ arbore un écusson aux couleurs bleues et blanches (les couleurs de la ville et du canton) entouré de deux lions, copie quasi-identique des armes de la cité. Ces dernières remontent au moins à 1389. Le lion en tant que porte-bouclier est un symbole régulièrement utilisé en héraldique et, pour les armoiries de Zurich, l’animal représente les valeurs de courage, de force, d’audace et de bravoure. Le roi des animaux est désormais devenu le symbole de la ville et est appelé Zürileu.

#552 – Júbilo Iwata : ジュビロ

Júbilo, toujours l’avantage avec les clubs japonais et nord-américain de prendre comme surnom, le nom de la franchise. Il s’agit d’une franchise historique de la ligue japonaise qui participa à la deuxième saison en 1994. Appartenant initialement à l’entreprise Yamaha, conglomérat fabricant principalement des motos et des moteurs de bateau. Avec l’avènement de la ligue, les clubs durent se séparer de leur entreprise et Iwata se surnomma Júbilo. Comme pour les franchises américaines, l’idée était de trouver un nom qui deviennent une marque. Les dirigeants de l’époque retinrent alors le mot Júbilo, qui signifie aussi bien en espagnol qu’en portugais, la joie. Certainement le sentiment que le club voulait donner à ses supporteurs en le voyant jouer. Cela va être le cas pendant 7 ans. De 1997 à 2003, le club remporta 3 championnats (1997, 1999 et 2002) et termina second les autres années (à l’exception de la saison 2000 où il finit à la 4ème place). En 1999, ils furent également sacrés champions d’Asie.

#551 – EC Taubaté : Burro da Central

L’âne du centre. Ce surnom apparût en 1955 suite à une belle bourde du club. Il évoluait alors en 2ème division du championnat paulista. Le 1er Mai 1955, l’équipe remporta un match contre Comercial FC 6 buts à 3, victoire qui fut réduite à néant quelques jours après. La Fédération de football pauliste se rendit en effet compte que Taubaté avait fait rentrer en cours de match l’attaquant Alcino, qui n’avait pas été enregistré par la direction du club auprès de la fédération. Ayant pris connaissance de cette erreur, Comercial fit appel et la Fédération n’eut pas d’autre choix que d’annuler la victoire et les points acquis par Taubaté. Ce genre d’erreur administrative arrive parfois dans le football (en 1996, Paris faillit ne pas se qualifier face au Steaua pour une raison similaire. S’il n’avait pas rectifier le tir au match retour, le club de la capitale n’aurait pas accédé à la Ligue des Champions cette année-là. Comme quoi l’amateurisme ne se trouve pas uniquement dans les clubs brésiliens de seconde division).

Tout comme Paris, cette défaite sur tapis vert n’était pas sans conséquence pour Taubaté. Le tournoi de seconde division débuta en 1954 avec 19 équipes concourant dans 3 poules. A l’issue de cette phase, un nouveau championnat était organisé avec les deux premiers de chaque poule pour déterminer les équipes qui accéderaient à la première division. Après un investissement important dans l’équipe, Taubaté réalisa une première partie de championnat quasi-parfaite (15 points sur 20 possible) et s’imposa comme un candidat sérieux à la montée. La phase finale débuta contre Comercial le 1er mai 1955. La victoire 6-3 semblait donc idéal pour lancer la campagne d’accession de Taubaté … sans la négligence des dirigeants. Le journaliste Thomaz Mazzoni de Gazeta Esportiva caricatura le club sous la forme d’un âne. A côté de cette âne, deux personnage se moquaient de l’animal. L’un des personnages qualifia le club de Burro da Central tandis que l’autre déclarait « clube que ganha no campo e perde na secretaria é…burro » (un club qui gagne sur le terrain et perd au secrétariat est… idiot). Au final, Taubaté ne parvint pas à monter en première division. Malgré cet épisode tragique pour le club et l’ironie associée à l’âne, les supporteurs s’approprièrent le surnom. Enfin pas tous car certains racontent à leurs rejetons que l’origine du surnom est la présence d’ânes à côté du stade du club, que parfois on entendait braire lors des matchs.

Enfin, le terme Central ne vient pas de la localisation de la ville. Certes, Taubaté se situe à une position stratégique, quasiment au milieu des deux plus importantes villes du Brésil (Saõ Paulo et Rio de Janeiro), et entre l’océan Atlantique et les montagnes. Mais, ici, le journaliste faisait allusion à la compagnie de chemin de fer, Estrada de Ferro Central do Brasil, qui était l’un des principaux réseau ferré du Brésil, reliant les provinces de Rio de Janeiro, São Paulo et Minas Gerais. La gare de Taubaté était desservie par ce réseau.