#540 – Real Cartagena FC : los Heroicos

Les héroïques. Ce surnom est avant tout attaché aux habitants de la ville de Carthagène des Indes. Pendant plus de 275 ans, Carthagène était une ville importante de l’Empire Américain Espagnole, notamment en ayant un rôle clé dans l’administration de l’Empire et la traite négrière. Avec l’annexion de l’Espagne par la France au début du XIXème siècle, le sentiment indépendantiste grandit dans l’Empire et Carthagène y joua un rôle essentielle. En 1811, la ville déclara son indépendance et le leader indépendantiste, Simón Bolívar, entama une libération de la Colombie et du Venezuela. Avec le retrait des troupes françaises d’Espagne en 1815, le Roi retrouva des moyens et lança, sous la houlette de Pablo Morillo, une expédition pour rétablir son pouvoir aux Amériques. Le 18 août 1815, Morillo aborda les côtés de la ville de Carthagène et commença le siège de la ville. Jusqu’au 6 décembre de la même année, la ville et ses habitants résistèrent, malgré la faim et les épidémies. A la fin du siège, remporté par les espagnols, 6 000 personnes étaient mortes dans les murs de la ville (sur une population de 20 000) et la ville était quasiment détruite. Carthagène des Indes fut ruinée par le siège et perdit son leadership politique et son rôle de premier plan. Reconquise par les patriotes le 10 octobre 1821, il faudra plus d’un siècle à la ville pour retrouver la population de 1815. À la suite de cet épisode, la ville recevra le titre de Ville héroïque. Depuis, ses habitants sont héroïques.

#539 – FC Libourne : les Pingouins

Un beau pingouin s’affiche sur l’écusson du club mais son apparition comme emblème demeure une inconnue. Heureusement les versions ne manquent pas. D’ailleurs, ce pingouin serait en réalité un manchot, ce qui expliquerait la première version. Dans ces premières années comme après la Seconde Guerre mondiale, le club partageait le stade (le terrain municipal Plince ou le Stade de la Plante) avec les équipes de rugby locale, ce qui engendra une certaine rivalité entre l’ovalie et le ballon rond. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, des rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole.

Cette version ne plait pas à tout le monde et d’autres préfèrent avancer une filiation avec le Racing Club de France. En 1936, peu de temps après sa création, les membres fondateurs voulaient placer le club sous d’heureux auspices. A cette époque, le Racing Club de France était un club dominant du football français et qui venait de réussir l’exploit de faire le doublé Coupe-Championnat. Résultat, les dirigeants sollicitèrent le parrainage du club francilien et l’obtinrent. L’emblème du Racing était un pingouin que le club girondin reprit donc à son compte.

Comme « jamais 2 sans 3 », une troisième version fit son apparition. Au tout début, le club évoluait sur un terrain qui était un vrai champ de patates. Lors d’un jour d’hiver, en découvrant le terrain gelé, les adversaires auraient dit « Mais sur cette banquise, on va jouer contre des pingouins ! ». L’animal serait resté.

#538 – FC Winterthour : die Löwen

Les lions. Le club suisse possède un écusson avec deux lions rouges, qui est une copie quasi-exacte des armoires de la ville de Winterthour. Ces armes remontent au XIIIème siècle et proviennent d’une importante famille noble régnant sur la région à cette époque, la Maison de Kybourg. Au Xème siècle, les Udalrichingers, dont les représentants étaient également connus sous le nom de comtes de Winterthour, dominaient la ville. Au XIème siècle, la cité fut apportée en dot lors du mariage de Hartmann I von Dillingen et Adelheid, la fille du dernier seigneur de la ville, Adalbert II von Winterthur, qui créa une nouvelle branche à la Maison de Dillingen, les Kybourg. Winterthour devint alors la capitale du nouveau Comté de Kybourg et les Kybourg sont considérés comme les fondateurs de la cité.

La Maison de Kybourg avaient des armoiries composés de deux lions et d’une barre en diagonale les séparant. Ce sont ces armes qui furent reprises par Winterthour dès 1252, peu de temps avant l’extinction de la Maison de Kybourg. La présence des lions sur les armes des Kybourg s’explique probablement par l’union des deux familles, celle des seigneurs de Winterthour (Adelheid, la fille d’Adalbert) et de celle de Dillingen (Hartmann I von Dillingen). Ces deux familles avaient des lions dans leurs armoiries (Les comtes de Dillingen affichaient sur leur arme 4 lions ors sur fond bleu). Les armoiries de Kybourg ont servi de base à de nombreux blasons de localités suisses, telles que le canton de Thurgovie et les villes Diessenhofen, Andelfingen, Kybourg et donc Winterthour.

#537 – FC Zbrojovka Brno : Flinta

Les pistolets. Le club fut fondé le 14 janvier 1913 par un fils de fabricant de farine, Cyril Lacina. Après la Seconde Guerre Mondiale et l’avènement du communisme en République Tchécoslovaque, le club passa sous le patronage de Zbrojovka Brno, une usine de fabrication d’armes. Créée en 1918 par absorption de la branche armement léger de Skoda, la société, dénommée alors Československé závody na výrobu zbraní v Brně (Usine d’armes tchécoslovaque à Brno), réparait, à l’origine, des voitures, des fusils, du matériel de communication et ferroviaire. Dans les années 1920 et 1930, elle étendit également son activité à la construction automobile et aux machines à écrire Remington. Mais, son activité principale, qui fit sa renommée, fut la fabrication de pistolets puis de fusils militaires et mitrailleuses ainsi que des armes de chasse, exportés dans le monde entier. La société fit finalement faillite en 2006. Le club sorta du giron de l’entreprise avant la faillite (au début des années 90) et changea de nom pour Boby Brno. Mais, en 2010, la nouvelle direction revint aux sources pour donner un nouveau souffle au club qui venait de chuter en seconde division après plus de 20 ans dans l’élite : Zbrojovka réapparut donc dans le nom du club. Il faut dire qu’à la fin des années 1970, sous le patronage de l’usine, le club écrivit les plus beaux chapitres de son histoire. Sous la houlette de l’entraîneur Josef Masopust, Brno remporta son seul titre de champion de Tchécoslovaquie lors de la saison 1977/78 (le club termina 3ème la saison suivant et 2ème la saison 1979/1980). Un beau tir groupé.

#536 – BV De Graafschap : de Superboeren

Les supers-fermiers. Basé dans la ville de Doetinchem, le club représente la région de Achterhoekse, anciennement connu sous le nom de De Graafschap. Cette région orientale est principalement rurale, avec beaucoup de forêts et d’exploitation agricole mais dépourvue de grandes villes. Environ la moitié de l’Achterhoek est actuellement utilisé comme prairie et un quart comme terre arable. Le secteur agricole pèse environ 700-800 millions d’euros et représente en 2012 9 250 emplois. Près de 4 300 fermes (soit 14% des entreprises de la région) se situent sur ce territoire, principalement tournées vers l’élevage bovin et la production laitière ainsi que la culture fourragère. La région produit aussi du porc, du maïs, des céréales, des pommes de terre, des betteraves et des fruits. Ces dernières années, de nouvelles cultures ont démarré, comme la vigne et les bulbes à fleurs. La ville de Lochem accueille le siège de la société ForFarmers qui produit des aliments pour animaux de ferme tels que bovins, porcs et volailles. Ancienne coopérative, l’entreprise est désormais côté en bourse et réalisa, en 2020, 2,4 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Enfin, région agricole, elle est désormais une destination touristique pour des vacances vertes. L’équipe porte ce nom depuis le début des années 1990, car ce surnom définit la mentalité du club : des travailleurs acharnés et des gens terre-à-terre. Il aurait été inventé par un supporter inconnu dans les tribunes. L’ancien joueur du club, Hans Kraay Jr., a été le premier à utiliser ce nom dans les médias et le popularisa. Le surnom s’applique aussi bien aux joueurs qu’aux supporteurs du club.

#535 – LDU Quito : los Centrales

Les centraliens. Le 11 janvier 1930, le club de la capitale équatorienne fut fondé par des étudiants de l’université Universidad Central del Ecuador et les membres du Club Universitario, convoqués par le président du club Dr. Bolívar León et par le recteur de l’université Dr Aurelio Mosquera. Le Club Universatrio, comme son nom l’indique, n’était pas étranger à l’université. En 1918, sous la direction du Dr. César Jácome Moscoso, représentant de l’université, naissait l’équipe « Universitario », équipe semi-professionnelle de football. Le club puise donc ses origines dans l’Université. L’ Universidad Central del Ecuador est la plus ancienne université et la deuxième en nombre d’étudiants de l’Équateur. Située au centre-nord de la ville de Quito, elle est né de l’union des Universités San Gregorio Magno fondée en 1620 par les Jésuites et Santo Tomás de Aquino, fondée en 1688 par les Dominicains. En 1826, par décret de Simón Bolívar, elle est devenue l’Université Centrale de Quito puis, 10 ans plus tard, par un décret du président Vicente Rocafuerte, le mot Équateur remplaça le terme Quito.

#534 – Preston North End FC : the Lilywhites

Les « blancs comme un lys » ou pour se rapprocher de l’expression française « blancs comme neige ». L’idée du surnom est de rendre hommage à la couleur des maillots du club. Si Preston North End évolue depuis longtemps (début des années 60) dans les divisions inférieures anglaises (actuellement en Championship), il n’en demeure pas moins un club historique du football d’outre-Manche. Fondé en 1880 (mais dont les racines remontent à 1863), le club fut l’un des premiers à rémunérer ses joueurs et l’un des membres fondateurs de la Ligue, remportant même les deux premiers éditions du championnat d’Angleterre.

Jusqu’en 1884, les joueurs portaient un maillot rayé bleu et blanc. Puis, les 3 années suivantes, ils adoptèrent un maillot blanc et rouge, accompagné d’un short bleu marine. Finalement, en 1887, pour une raison inconnue, la direction changea pour un maillot blanc et un short bleu marine. Depuis, le kit de Preston North End ne fut jamais modifié. Il y a même une légende qui raconte que le club obtint le privilège, comme Reading et Notts County, de pouvoir porter son uniforme « domicile » quelque soit les couleurs de l’adversaire (ce qui impliquerait que si le club adverse évoluait également en blanc comme Preston North End, il devait porter ses couleurs « extérieures » même s’il jouait à domicile). Notts County aurait obtenu cette dérogation car il est le plus ancien club professionnel au monde et Reading car la ville se situe dans le Comté Royal du Berkshire (la Reine Elisabeth II lui accorda ce statut au Comté en 1957 car le château de Windsor s’y situe). Pour Preston, la raison est que le club fut le premier champion d’Angleterre. Toutefois, aucun des clubs auraient utilisé ce droit … car il n’existerait tout simplement pas. John Booth, l’attaché de presse du club déclara « It’s a load of rubbish. We’re governed by the same Football League rulebook as everyone else » (Ce sont des conneries. Nous sommes régis par les mêmes de règles de la Football League que tout le monde).

#533 – Club River Plate : el Kelito

Ce surnom est simplement le nom d’une marque de glace. En effet, dans les années 1940, le stade du club, situé à l’intersection des avenues Mariscal Lopez et General Santos à Asuncion, était rudimentaire. Sans mur d’enceinte, les spectateurs pouvaient regarder le match de l’extérieur du stade sans avoir à payer de billets. Cette perte de recettes ne convenaient évidemment pas à la direction du club, qui chercha alors une alternative. Un des membres du club possédait une usine de glace, dénommée Helados Kelito. Il offrit au club une clôture composée de barrière en laiton, sur lesquels le nom de sa marque de crème glace apparaissait. Cette structure précaire fut d’abord un support de promotion pour ce partenaire mais au fil du temps, elle était devenu un signe distinctif du stade et de son club résident, au point que le stade commença à être surnommé el Kelito. Malgré la construction et le déménagement dans un nouveau stade, le terme el Kelito était devenu populaire dans le milieu du football et, au fil du temps, il s’apparenta plus au club de River Plate qu’au stade lui-même. En 2016, le président du club se permit un jeu de mot après une victoire contre Sol de América en déclarant « El helado derritió al sol » (la glace a fait fondre le soleil).

#532 – Galatasaray : Cimbom

Encore un mot qui n’a aucune signification mais qui est aujourd’hui synonyme de Galatasaray. Selon la version officielle du club, ce sobriquet serait né dans les années 1920. Un ancien joueur du club, Sabit Cinol, partit en Suisse pratiquer le football avec le Servette de Genève (pour la petite histoire, il s’agirait du premier footballeur turque à exporter ses talents hors d’Anatolie). Au Servette, évoluait un joueur prénommé Jim. Pour l’encourager à marquer, les supporteurs des grenats criaient « Jim Bom Bom » (bom bom étant l’onomatopée pour imiter le bruit d’une frappe lourde). Cette association phonétique fonctionnant à merveille, Sabit Cinol la rapporta avec lui en 1924 à son retour au pays et créa un chant repris par les fans pour donner un tempo aux joueurs. Ainsi naquit le fameux chant « Re Re Re Ra Ra Ra Galatasaray Galatasaray Cim Bom Bom ». Jim se transforma en Cim car la lettre «j» en anglais sonne comme «c» en turc.

Une autre légende circule également dans les travées du stade et situe la création du surnom à 1957. Un des leaders des supporteurs du club, dénommé Murtaza, partit en Amazonie à la chasse au crocrodile. Pour lui servir de guide, un australien du nom de Jim l’accompagna dans ses aventures. Murtaza ne parlait pas anglais et pour signifier la présence d’un crocrodile, il interpellait son guide avec « Jim Bom Bom ». Il voulait lui dire qu’il avait vu un crocodile et que Jim devait tirer avec son arme (Bom étant dans ce cas l’onomatopée pour la détonation du fusil). Une fois revenu dans le stade, Murtaza raconta ses aventures en Amazonie aux ultras. A l’évocation du « Jim Bom Bom », les spectateurs prirent des crises de rire et racontaient l’histoire à leurs voisins. Se propageant dans les gradins, ce son conquit les supporteurs qui finirent par l’entonner en chœur. Elle paraît un peu plus improbable que l’histoire officielle mais ce genre de légende fait l’Histoire du football et de ses supporteurs.

#531 – FC Lahti : Mustat kuhnurit

Les bourdons noires. Le kit (maillot, short et chaussette) intégralement noir que porte les joueurs contribua à la naissance de ce surnom. En 1996, deux clubs de Lahti, FC Kuusysin et Reipas Lahti, évoluaient respectivement en première et seconde division. Toutefois, ils connaissaient des difficultés financières et, poussés par le Maire de la ville et la communauté des affaires, ils fusionnèrent pour donner naissance au FC Lahti. Le choix de la couleur noire, qui constitue aujourd’hui encore un marqueur fort du club, fut plébiscité par les fans. En revanche, le bourdon n’est pas uniquement noir et l’association avec cette insecte résulte d’un journaliste, qui voulait qualifier la vie du club. En effet, les bourdons mâles (aussi bien les faux bourdons que les bourdons) ont une fonction limitée au sein de la ruche. Alors que les femelles travaillent, les bourdons mâles flânent pour uniquement réussir un accouplement à la fin du printemps. Ainsi, le journaliste-écrivain, Kalle Veirto, dans ses articles au début des années 2000 dans le quotidien Etelä-Suomen Sanom, surnomma les joueurs, les bourdons. En effet, le comportement du club faisait penser à cet insecte. Le FC Lahti débutait les saisons difficilement, mais améliorait son jeu et ses résultats au fur et à mesure que le temps se réchauffait (la compétition se déroule l’été d’avril à octobre). Cette moquerie devint rapidement un symbole pour le club. En 2013, le chanteur Konsta Hietanen, ancien joueur des équipes de jeune, avec le groupe Osmo’s Cosmos, reprit ce symbole en sortant une chanson « Kuhnurit saalistaa » (La chasse aux bourdons) ainsi qu’un dessin de bourdons.