Le Manchester United chinois. Quand on évoque le Shanghai Port FC aujourd’hui, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des transferts mirobolants d’une ère révolue de la Chinese Super League (CSL). On pense aux frappes surpuissantes de Hulk et à la vista d’Oscar grace aux millions investis par le groupe portuaire SIPG, actionnaire de l’équipe. Pourtant, l’histoire de ce club est bien plus romantique qu’une simple injection de capitaux. Car, avant d’être un géant financier, le club est né d’une utopie : celle d’un homme qui voulait bâtir le 中国曼联 (Manchester United chinois).
Tout commence avec un footballeur chinois des années 1970 : Xu Genbao. Après sa carrière de joueur, il se lança comme entraineur dans des clubs de seconde et troisième division. Après des échecs dans ces clubs, en 1987, il prit en main l’équipe des moins de 20 ans de la Chine et son passage fut alors couronné de succès, au point que la fédération chinoise lui confia la sélection senior en 1992. Puis, Xu Genbao repartit s’occuper de clubs, dans un football chinois qui lançait sa première ligue professionnelle en 1994. Il réussit en 1997 et en 2001 à faire monter au sein de l’élite respectivement Guangzhou Songri et Shanghai COSCO. Toutefois, en 2000, dans un excès de colère après une échec en championnat, il démissionna de son poste d’entraîneur de Dalian Shide et se consacra à repenser toute la formation des joueurs chinois. Il investit toutes ses économies dans un centre de formation qu’il installa sur l’île de Chongming (une zone rurale située à l’embouchure du fleuve Yangtsé, loin des tentations et du tumulte du centre-ville de Shanghai) et travailla son programme de formation drastique (huis clos total, entrainement intensif pour créer des automatismes …). En 2005, voyant une génération émergée, Xu Genbao décida de fonder un club professionnel pour les faire jouer : le Shanghai East Asia FC (avec le soutien financier de Shanghai East Asia Company). L’équipe démarra au bas de l’échelle du football chinois, en 3ème division, avec un effectif dont la moyenne d’âge dépassait à peine les 15 ans. Il annonça la couleur en déclarant que Shanghai East Asia devait être le Manchester United chinois.
Du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2010, Manchester United devint une référence mondiale du football, sous l’impulsion d’Alex Ferguson. Certes, Manchester avait les moyens d’acheter des joueurs talentueux (Cantona, Keane, Stam …) mais son centre de formation fut une composante essentielle de sa réussite. En particulier la « Class of ’92« , des gamins du cru, formés ensemble, comme David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt et les frères Neville. Avec cette équipe, Manchester réussit l’incroyable triplé en 1999 (Premier League, FA Cup et Ligue des Champions) et remporta 3 titres de champions d’affilée (1998-1999, 1999-2000 et 2000-2001). Référence mondiale, ce fut une source d’inspiration de Genbao. Non sans succès.
En 2007, son équipe d’à peine 18 ans de moyenne d’âge remporta le championnat de troisième division et accéda à l’élite chinoise en 2012. L’académie de Genbao produit ce qui est largement considéré comme la génération dorée du football chinois moderne. Parmi eux, nous pouvons citer Wu Lei (meilleur buteur de l’histoire du championnat chinois et qui s’imposa à l’Espanyol Barcelone), Zhag Linpeng (surnommé le « Sergio Ramos chinois »), le gardien Yan Junling, Wang Shenchao et Cai Huikang. En 2012, le Port de Shanghai (SIPG) apporta son important soutien financier ce qui propulsa le club dans une autre dimension (avec les recrutement de Hulk et OScar) mais le noyau dur de l’équipé était composé des jeunes du centre de Genbao, qui devinrent aussi des piliers de la sélection.
Etant donné cette affiliation, l’équipe est aussi surnommée 中國紅魔 (les diables rouges chinois).
