#1115 – CD Guadalajara : el Rebaño Sagrado

Le troupeau sacré. Tout d’abord, l’équipe de Guadalajara est vu comme un troupeau car l’un de ses surnoms les plus communs est las chivas (les chèvres). Au départ, ce surnom leur avait été attribué car évidemment le jeu produit lors d’un match en 1948 n’emballa pas les spectateurs et la presse. Repris par les fans adverses comme une moquerie, les supporteurs du CD Guadalajara se l’approprièrent finalement et aujourd’hui, il s’agit d’une fierté, pour un ultra du club, d’être comparé à une chèvre. Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article #361.

Mais, il ne s’agit pas de n’importe quel troupeau car en l’occurrence, celui-ci est sacré. En 1957, le club et ses supporteurs s’étaient récemment réappropriés le surnom de chivas et dans la ville de Guadalajara officiait un évêque du cru, José Garibi y Rivera. Né dans la Perla de Occidente (la perle de l’occident est le surnom de Guadalajara) en 1889, il fit ses études au séminaire de Guadalajara et, en tant que prêtre, favorisa la construction de la basilique du Saint-Sacrement de Guadalajara. Sa carrière ecclésiastiques se poursuivit dans sa ville natale : évêque auxiliaire le 16 décembre 1929, vicaire général de l’archidiocèse en 1933, évêque coadjuteur en 1934, archevêque de Guadalajara le 12 août 1936 et enfin cardinal le 15 Décembre 1958. Homme d’Eglise certes mais aussi homme passionné de football et supporteur du CD Guadalajara. Ainsi, lorsque le club remporta son premier championnat mexicain lors de la saison 1956-1957, l’archevêque Garibi donna une messe, au cours de laquelle il entonna un Te Deum (chanté à l’occasion de messe solennelle célébrant une victoire, lors de fêtes nationales, de naissances monarchiques, de processions …) pour célébrer le titre de champion. Puis, Garibi reçut tout l’équipe de chivas et montra aux joueurs, que sous sa soutane, il portait le maillot de Guadalajara.

Mais, l’action de Garibi ne s’arrêta pas là. En effet, il fit envoyer le 3 Janvier 1957 au Pape un télégramme pour l’informer que le CD Guadalajara dédicaçait au Saint-Père le championnat gagné. Monseigneur Garibi demandait en retour une bénédiction pour l’équipe de football. Ce que le Pape Pie XII fit en invoquant les grâces célestes et en leur envoyant sa bénédiction.

Résultat, le fait que l’équipe puisse être soutenu par d’aussi importants hommes d’Eglise donna lieu dans la presse à l’utilisation du surnom rebaño sagrado.

#1079 – CD Irapuato : la Trinca Fresera, los Freseros

Le trio fraise, les fraises. Lorsqu’en 2021 les autorités du football mexicain fermèrent les portes de la Liga de Expansión MX au nez du club bien qu’il eut remporté la Serie A de l’Etat de Mexico, CD Irapuato faillit ne jamais s’en remettre. Mais, après deux ans sans terrain et équipe, il revit le jour en 2023 avec de nouveaux propriétaires. Il ne pouvait en être autrement pour un club historique malgré un faible palmarès. Même s’il fut fondé sous son nom en 1948, par la fusion de plusieurs entités sportives de la cité d’Irapuato, les origines du club remonte à 1911.

Evidemment que la couleur rouge des maillots amena au surnom lié au fruit rouge. Néanmoins, impossible de dire lequel à influencer l’autre. En effet, l’histoire de la fraise à Irapuato débuta au milieu du XIXème siècle quand Nicolás de Tejada, alors chef du district d’Irapuato, ramena de France la célèbre plante. En 1852, il acheta un terrain vers Carrizalito où furent enregistrées les premières plantations de fraises (avec seulement 24 plants au départ). Puis, l’Allemand Oscar Droege forma les agriculteurs aux techniques de production de la plante. Avec l’arrivée du chemin de fer, la production s’intensifia et en 1883, la fraise d’Irapuato s’exportait vers le Texas, le Nouveau-Mexique et à Laredo. En 1900, la première entreprise de confiture et de fraises confites, du nom de Fresva, vit le jour. Avec le temps, la fraise prit une place centrale dans l’économie de la ville et avec l’importance et la bonne qualité de sa production, Irapuato gagna le surnom de Capitale mondiale de la fraise au XXème siècle. Aujourd’hui, plus de 1 200 hectares sont dédiés à cette culture, donnant une production d’environ 80 000 tonnes à l’année. 60% est exporté. Ce pan de l’économie locale génère 22 000 emplois et plus de 8 000 emplois dans le secteur agro-alimentaire. Evidemment, la vie culturelle de la cité tourne autours de la fraise avec notamment un grand festival organisé en été (Festival de la Fresa) qui attire plus de 5 000 personnes. La gastronomie locale aussi s’inspire du fruit rouge avec les Fresas con crema (fraises à la crème) et les Fresas cristalizadas (fraises confites).

Le trio, lui, naquit en 1949. Malgré sa relative jeunesse (le club n’était pas encore professionnel), le club fut invité à un tournoi à Mexico qui regroupait les brésilien du Vasco da Gama, le FC Léon et les Reboceros de La Piedad. A cette époque, Vasco da Gama produisait un des plus beaux football du continent sud-américain avec une équipe connue sous le surnom de Expresso da Vitória (Express vers la victoire) et disposait d’une ligne d’attaque de feu, connue sous le nom de la trinca infernal (le trio infernal). A noter que si le Vasco avait effectivement une magnifique attaque, ce surnom de trinca infernal ne semble pas avoir été utilisé à l’époque. D’ailleurs, elle ne se limitait pas à 3 joueurs offensifs puisque la tactique reposait sur un 4-2-4. On comptait alors comme force offensive en 1949 Ademir de Menezes, Heleno de Freitas, Ipojucan, Maneca, Francisco Aramburu dit Chico et Friaça. Toutefois, la légende raconte que le commentateur Agustín González, connu sous le nom de Escopeta (fusil de chasse), assista à la rencontre entre Irapuata et La Piedad, qui fut un sublime match. Alors qu’il rédigeait la chronique du duel entre León et Vasco da Gama, il déclara « ¡Si el Vazco da Gama tiene una Trinca Infernal, el Irapuato es la Trinca fresera! » (Si Vasco da Gama a un trio infernal, Irapuata a un trinca fraise). Toutefois, comme vous l’avez noté, il semblerait que cette histoire repose sur un trinca qui n’aurait pas existé. D’où, une version marginale avance que si Agustín González serait toujours à son origine, il l’aurait en revanche donné suite à un affrontement contre Querétaro au stade de la Revolución en 1950. Il déclarait « hoy he visto nacer a La Trinca Fresera del Irapuato, que bonito Juegané » (aujourd’hui j’au vu naître la Trinca Fresea d’Irapuato, qu’ils jouent bien).

#1054 – CA La Paz : la Palomilla

Littéralement, le mot se traduit par papillon de nuit mais ce n’est pas son sens ici. Le CA La Paz est un club récent qui a été fondé le 22 avril 2022. Tout commença le 21 avril 2022 quand le propriétaire du Tampico Madero FC céda sa franchise à l’homme d’affaires Arturo Lomelí, actionnaire du Mazorqueros FC. Dans la foulée de l’acquisition, la nouvelle équipe déménagea dans le département de la Basse-Californie du Sud, à La Paz et fut renommée CA La Paz. Ce nouveau club ne reprit pas les symboles de son prédécesseur et créa sa propre identité. Ainsi, son surnom puisa dans le jargon local.

Le mot palomilla est populaire dans les régions côtières du Mexique, mais aussi dans d’autres pays comme le Chili, le Pérou et le Honduras. Il était souvent utilisé pour désigner des bandes de jeunes espiègles, provenant des classes modestes. Le terme s’est popularisé dans l’ensemble du Mexique dans les années 1950, lorsque le comédien et chanteur emblématique du cinéma populaire mexicain Germán Valdés, connu sous le nom de Tin Tan, s’amusait dans ses films avec sa bande d’autres acteurs, qui était surnommé palomilla. En Basse-Californie du Sud, ce mot est assez courant, même si au début des années 2000, il semblait avoir disparu de la circulation. Il désigne maintenant un groupe de personnes qui se réunissent fréquemment pour s’amuser. Avec le temps, ce terme qui était attribué à des jeunes qui venaient des milieux populaires se déporta vers des personnes à la mode. Il est même devenu par la suite un synonyme de amigos (amis).

#1013 – Club Tijuana : les Xolos, Xolaje

Diminutif du nom du club, Club Tijuana Xoloitzcuintles de Caliente. Le club de la ville frontière de Tijuana est assez jeune, sa fondation remontant à 2007. Pour le tournoi d’ouverture 2006, la Fédération mexicaine de football décida que chaque équipe de l’élite devait avoir une filiale dans la division de promotion. Ainsi, un groupe d’hommes d’affaires de Tijuana racheta le club de Gallos Blancos, afin de créer le Club Tijuana (surnommé le Gallos de Caliente) une filiale de Querétaro. Mais, un an plus tard, Gallos de Caliente déménagea à Celaya, laissant Tijuana orphelin de football. A peine quelques mois plus tard, un groupe d’hommes d’affaires de Tijuana racheta le club des Guerreros de Tabasco et le rebaptisa Club Tijuana. La ville frontière retrouvait un club.

Pour faciliter l’identification au club, la direction décida de prendre comme surnom un animal endémique de la région, le Xoloitzcuintle. Plus connu dans nos géographies comme le chien nu mexicain, il s’agit d’une race canine rare originaire du Mexique et intégrée dans la culture locale. Son nom Xoloitzcuintle vient du nahuatl Xoloitzcuintli et, basé sur le nom du dieu Xolotl, signifie littéralement « chien de compagnie ». Dans la mythologie aztèque, les xoloitzcuintles accompagnaient les âmes des défunts lorsqu’ils se rendaient à Mictlán, le monde souterrain. Avec ou sans poil, variant entre 4 kg et 20 kg, le Xoloitzcuintle est un chien de garde intelligent, joueur et fidèle, adopté par des artistes comme Diego Rivera et Frida Kahlo. A l’époque coloniale, le terme xolo signifiait un chien bâtard et s’utilisait péjorativement pour désigner un mulâtre. Mais, pour le club, il s’agit d’une symbole, aujourd’hui mascotte et apparaissant sur son écusson.

#997 – Querétaro FC : los Gallos Blancos

Les coqs blancs. En 1949, la Fédération mexicaine de football invita l’Association de football de Querétaro à créer un club pour rejoindre la toute nouvelle deuxième division professionnelle. Après l’organisation d’un tournoi local, l’association décida que l’équipe vainqueur, Piratas, formerait la base du nouveau club de la région. Ainsi, le 8 juillet 1950, le club de Querétaro vit le jour. Pendant près de 20 ans, l’équipe de Querétaro erra entre les deuxième et troisième divisions du pays et finit enfin par atteindre l’élite mexicaine en 1980. Mais, les défaites s’enchainèrent et le club fut vendu et déménagea. Dès 1981, un nouveau club, du nom de Gallos Blancos, émergea au travers de l’Université locale (UAQ). Une autre équipe, Querétaro FC, fut créée en 1988 qui atteignit rapidement la première division. Mais, en 1994, ce dernier fut relégué et redescendit bas dans l’échelle, suite à une réorganisation des championnats nationaux. Ces remous provoquèrent, en 1996, la fusion des Gallos Blancos de l’UAQ et Querétaro FC, donnant naissance à l’entité actuelle.

De toutes ces aventures et rebondissements qui faillirent mettre à mal le football dans l’Etat de Querétaro, l’une des constantes fut l’attachement au surnom de Gallos Blancos. Il apparut au début de l’histoire. En 1954, le propriétaire de l’équipe, l’avocat Herrera Pozas, suggéra de prendre ce surnom car, admiratif de l’esprit combatif et du courage des coqs de combat, il souhaitait que son équipe de football ait les mêmes valeurs. En outre, comme les joueurs évoluaient avec un maillot blanc (marqué d’un Q comme écusson), il ajouta cette couleur à l’animal. De cette idée, l’entraineur de l’équipe, Felipe Castañeda, et le président, Ezequiel Rivera, décidèrent de faire une blague à leurs joueurs. Avant un match, ils remirent à chaque joueur un coq blanc. L’équipe fit ainsi une photo avec un coq blanc dans les bras de chaque joueur. Ezequiel Rivera remit également une truie à la peau claire (quasi-blanche) à Felipe Castañeda en raison de son sobriquet. Ancien gardien de but à la grande renommée au Mexique, Castañeda était surnommé La Marrana (le cochon combatant) car il avait pour habitude de cracher sur le ballon dès qu’il le récupérait dans ses gants.

Avec ce surnom, le choix évident pour leur mascotte était une représentation de l’animal et c’est ainsi qu’est né « Cocoyo », un coq avec le maillot du club. Depuis, l’apparence a changé, avec une mascotte plus proche du dessins des cartoons, dont le nom est « Gallo Gallardo », mais il demeure toujours un coq blanc portant le maillot de l’équipe.

#971 – FC León : los Panzas Verdes

Les ventres verts. Evidemment, comme les joueurs du FC León portent une belle tunique verte, l’origine du surnom semble évidente. Mais, en réalité, il s’agit également d’un « gentilé » pour les habitants de la ville de l’état de Guanajuato. La couleur du maillot de l’équipe n’a donc pas inspiré ce surnom mais le hasard fait bien les choses. L’explication de ce sobriquet est multiple car je parviens à trouver au moins 3 versions.

Une des histoires les plus connues reposent sur une des activités phares de la ville qui en fait sa fierté : le travail du cuir et en particulier la production de chaussures. Afin de préparer la peau à la maroquinerie, les tanneurs passaient par divers processus chimiques. Puis, ils transportaient les peaux d’un endroit à l’autre en les soutenant, vu leurs poids, avec leur abdomen. Or, les substances chimiques utilisées laissaient des traces vertes sur les tabliers des ouvriers. Le mythe veut que les ouvriers partaient directement au stade avec leurs tabliers tachés.

L’autre version se base sur une autre production locale : la laitue. Deux histoires cohabitent avec toutefois le même cadre. Avant d’arriver en ville, les voyageurs en train pouvaient contempler les vastes champs de culture de cette salade qui entouraient la ville dans les premières décennies du XXème siècle. Leur couleur verte aurait alors inspiré tout d’abord l’équipe de baseball de la ville dans les années 1940. Le club de football aurait suivi. Puis, dans les années 1970, l’équipe de basket reprit la couleur mais également se dénomma Lechugueros (nom local de la laitue). Cette légende demeure plus méconnue que la suivante. Dans l’ancienne gare de León, les marchands étalaient leurs marchandises comme des fruits et des bonbons qu’ils tentaient de vendre aux voyageurs en transit et en attente. L’un des produits populaires que les voyageurs raffolaient étaient la laitue préparée avec du piment moulu, du sel et du citron. En manipulant la laitue, les mains des vendeurs se salissaient et ils les frottaient contre leurs tabliers blancs qu’ils portaient pour ne pas tacher leurs vêtements. En raison de la chlorophylle libérée par la laitue, les tabliers devenaient verts au niveau de l’abdomen et la poitrine.

#954 – Atlante FC : los Potros de Hierro

Les poulains de fer. Avec plus de 100 ans d’histoire, Atlante fait parti des clubs historiques et populaires du football mexicain mais malheureusement depuis près de 10 ans, l’équipe évolue en seconde division. Le championnat national mexicain fut créé en 1943 et Atlante fit parti des 10 premiers invités et participants. Atlante n’attendit pas longtemps pour obtenir son premier titre (4ème édition – saison 1946-1947). Les saisons précédentes, Atlante avait déjà marqué les esprits (Champion de Mexico en 1940, vice-champion en 1941 et 1942 et vainqueur de la Coupe de Mexico en 1942). Surtout, au terme de la saison 1945-1946, l’équipe avait réalisé un incroyable record, encore d’actualité de nos jours. Les joueurs d’Atlante, dont la quintette d’attaquants composée d’Horacio Casarín, Rafael Meza, Martí Ventolrà, Mateo Nicolau et Ángel Segura, marquèrent 121 buts en 30 matchs. A l’exception d’un match face à Puebla, Atlante scora lors de tous ses matchs et termina la saison avec une moyenne incroyable de 4,03 buts par partie. Mais, sa faible défense (80 buts encaissés contre une moyenne de 50 pour ses proches rivaux pour le titre) anéantit tout ses rêves de couronne nationale.

La saison suivante, le Hongrois Luis Grocz reprit les rênes de l’équipe, et s’appuyant sur la même ossature parvint à les emmener à la consécration. Son départ fut quasi-parfait, avec 6 victoires sur les 7 premiers matchs et même 8 lors des 10 premières journées (les 2 autres matchs se soldèrent par des nuls). Lors du premier match, Atlante, qui affrontait à domicile la très réputée équipe de Puebla, scora 5 buts en 11 minutes. La saison s’annonçait tout autant offensive que la précédente. Mais ce qui intéressait le président du club, José Manuel Núñez, s’était la victoire finale et non les records. Ainsi, la saison fut moins prolifique en but mais le but initial fut atteint. L’équipe dut tout de même attendre les dernières journées pour remporter le championnat, dans un final devenu épique. A 8 journées de la fin, 3 équipes se disputaient le titre : Atlante, León et Veracruz. A ce stade, Atlante avait toujours occupé la première place sans la partager mais n’avait que 5 points d’avance sur ses 2 poursuivants. Pour ces derniers matchs, Veracruz devait rendre visite à Atlante et ce dernier devait affronter León dans son antre. Le 4 mai 1947, Atlante, leader et vice-champion la saison précédente, recevait Veracruz, 2ème au classement à 2 points du leader et champion en titre, dans une enceinte de 50 000 places, Olímpico de la Ciudad de los Deportes. L’année précédente, Veracruz était devenu champion en rossant Atlante dans son stade. Autant dire que la pression était grande. Atlante domina de la tête et des épaules le match et le remporta 5 buts à 1. Arriva la seconde finale pour l’attribution du titre : le match à León. Quelques jours avant le match, Oscar Flores, sous-secrétaire à l’élevage et chef du comité de campagne contre la fièvre aphteuse, suspendit sa tenue, en raison d’une épidémie de fièvre aphteuse dans la région de León. Après moultes tergiversations, la fédération, en accord avec les deux clubs, décida de délocaliser la rencontre à Mexico, à l’Olímpico de la Ciudad de los Deportes. En clair, Atlante allait jouer son match à l’extérieur à domicile. Le matin du 1er juin 1947, 48 622 personnes (record de l’époque), assistèrent à cette rencontre pour le titre (León était devancé de 3 points par Atlante). Comme il ne fallait qu’un point pour être champion, Atlanta joua pour ne pas perdre et le match se solda par un 0-0. La petite histoire raconte que le président d’Atlante, un proche du président Miguel Alemán Valdés, sut jouer de son influence pour diriger le match à Mexico et favoriser son équipe.

Au final, avec le meilleur joueur mexicain (Horacio Casarín) et les meilleurs étrangers du championnat, Atlante gagna son premier titre, lors d’une saison aboutie (18 victoires, 6 nuls et 4 défaites, 82 buts marqués pour 43 encaissés pour un total de 42 points en 28 matchs). Surtout, l’équipe sembla survoler les rencontres, démontrant une grande maîtrise et un jeu dynamique. Au point, qu’un reporter les surnomma les potros de hierro après avoir écrit « El Atlante juega y corren como potros desvocandose de atras hacia delante ademas de jugar aun mejor en campos llenos de lodo » (L’Atlante jouent et courent comme des poulains, se déplaçant d’arrière en avant et jouant encore mieux sur les terrains boueux).

Article réalisé avec le concours de Eduardo Ramirez (du Mexique).

#897 – Atlético San Francisco : los Brujos

Les sorciers. Fondé en 1966, le club réside dans la ville de San Francisco del Rincón, qui est connue comme la capital du sombrero et de la chaussure de sport. Mais, la ville a aussi la réputation d’être un lieu propice aux sorciers et magiciens. Selon le folklore, la plante nommée, cebollines, une sorte d’oignon ou ciboulette locale, qui pousse en abondance dans la région serait la preuve de la présence de personnes ayant des dons pour faire de la sorcellerie. Au delà de ce folklore, il existe également une vieille histoire de sorcières. En 1846, deux femmes du quartier de la Cebolleta étaient accusés d’avoir réalisé des actes de sorcellerie. En effet, au cours de sa tournée dans la commune, un garde jetait un coup d’œil dans la maison d’un de ses anciens amis par la serrure de la porte. Il surprit alors deux femmes (dénommées Antonia Lomeña et Jacinta Parra) qui pratiquaient un rituel de sorcellerie. Selon les dires du garde, pendant qu’une des femmes répétait le nom du garde accompagné de quelques imprécations, l’autre femme tenait un chat, entourée de bougies allumées et faisait des signes cabalistiques. Pour le garde, cela ne faisait pas de doute qu’il était visé par ce sortilège et en conséquence, il courut chez le maire Don José Atanasio Guerrero pour rapporter les faits et s’en plaindre. Le maire fit appréhender les deux femmes qui furent condamnées au bucher. La peine devait être exécutée sur la place de San Francisco, qui était le nouveau lieu du marché qui se déroulait jusqu’à cette date à Purísima. L’histoire du sort déjoué et de la capture réalisée se répandit rapidement dans la petite communauté rurale de San Francisco, qui était avide de ragots pour pimenter leur vie de labeur. Ainsi, le jour de l’execution qui correspondait également à l’inauguration du nouveau marché, de nombreux habitants se rendirent sur la place pour assister au bucher. Toutefois, l’execution fut reportée au dimanche suivant. Ce report encouragea les commérages et attisa la curiosité. Ainsi, le dimanche suivant, la fréquentation de la place du marché augmenta mais de nouveau l’execution fut annulée pour la remettre en 8. Enfin, le troisième dimanche après l’annonce, alors qu’une véritable foule parcourait le marché de San Francisco, l’execution fut définitivement annulée et remplacée par une « simple parade » des deux sorcières, portant des accessoires distinctifs de leur magie (des poupées, des chapelets, des bougies, des plumes de dinde …).

Article réalisé avec le concours de Eduardo Ramirez (du Mexique).

#865 – Tecos FC : Estudiantes

Les étudiants. Dans la ville de Guadalajara, au début des années 1970, deux clubs importants existaient , CD Guadalajara (Chivas) et Club Atlas, qui dominaient le football local mais également constituaient deux grandes institutions du football mexicain. Pourtant, au milieu de l’année 1971, un groupe de 20 étudiants de l’Université Autonome de Guadalajara (UAG), emmené par Antonio Leaño Reyes, président de la fédération des étudiants de Jalisco (nom de l’Etat où se situe Guadalajara) proposèrent que l’équipe amateur de l’UAG deviennent une association professionnelle. Ce mouvement fut favorisé tout d’abord par le déménagement en 1970 de l’UAG dans ses nouveaux locaux, la Ciudad Universitaria, situés dans la municipalité de Zapopan. Ce lieu réunissait les écoles et facultés qui étaient jusqu’à alors dispatchés dans différents bâtiments de la ville. En plus des nouveaux bâtiments, salles de classe et laboratoires, des infrastructures sportives importantes furent édifiées (terrains de football, de baseball, gymnases polyvalents, terrains de tennis, piscine olympique …), encourageant l’esprit sportif au sein de la communauté étudiante. Ensuite, en 1970, l’autre université de la ville, l’Université de Guadalajara, permit la création d’un club de football professionnel en son sein, CD Leones Negros. Ce qui devait susciter une certaine amertume à l’UAG.

Soutenu par les autorités universitaires, le rêve prit corps lors de la saison 1971-1972 où l’équipe Tecos fit ses débuts en troisième division. La toute nouvelle équipe était composée d’étudiants en commerce, ingénierie, droit et médecine, qui combinaient leurs études avec des entraînements et des matchs officiels le week-end. Les efforts et sacrifices ne furent pas vains et l’ascension fulgurante. En 1973, sous la direction de Guillermo Sepúlveda, les Tecos furent sacrés champions de la 3ème Division. En 1975, avec Everardo Villaseñor à la barre, l’équipe remporta le titre de 2ème Division, validant leur ascension au sein de l’élite mexicaine.

#791 – Club Necaxa : los Once Hermanos

Les onze frères. Fondé en 1923, le club gagna une certaine renommée assez rapidement. Son jeu basé sur des passes courtes et rapides permit à son équipe de remporter par deux fois la Copa Eliminatoria, ancêtre de la Coupe du Mexique, en 1925 et 1926. Toutefois, dans le tournoi national, Necaxa ne s’imposait pas face aux autres clubs de Mexico qui trustaient tous les titres. Avec la nouvelle décennie (1930), Necaxa monta en puissance et se transforma en l’une des places fortes du football mexicain. Lors de la saison 1931-1932, Necaxa atteignit la première place à égalité avec Atlante et, après 3 matchs pour les départager, cette dernière remporta le titre. La vengeance de Necaxa se produisit l’année d’après. A l’avant dernier match du tournoi, le club affronta une nouvelle fois Atlante et le vainqueur serait sacré Champion du Mexique. Le 4 juin 1933, Necaxa toucha l’excellence en balayant Atlante 9 buts à zéro. Pour couronner cette victoire, Necaxa réalisa le doublé en gagnant la Coupe. Derrière, le club confirma sa main mise sur le football mexicain en remportant 3 autres championnats (1934–35, 1936–37, 1937–38) ainsi qu’une nouvelle Coupe du Mexique (1935–36). La saison 1935-1936 fut l’apothéose avec le doublé coupe-championnat. L’équipe représenta également le Mexique à un tournoi d’Amérique Centrale qui se déroulait au Salvador. Le Mexique le remporta et gagna son premier titre international grâce à son ossarture provenant de Necaxa. Cette époque dorée fut possible grâce au formidable esprit qui régnait au sein de l’équipe. Composée de Raúl « Pipiolo » Estrada, Lorenzo « La Yegua » Camarena, Antonio Azpiri, Guillermo « Perro » Ortega, Ignacio « Calavera » Ávila, Marcial « Chato » Ortiz, Vicente « Chamaco » García, Tomás « Poeta » Lozano, Hilario « Moco » López, du péruvien Julio « Chino » Lorez et de Luis « Pichojos » Pérez, l’équipe resta soudée pendant toutes ces années, se trouvant aveuglement sur le terrain tellement les joueurs se connaissaient. Ils étaient comme onze frères. En 1936, un dernier frère les rejoignit en la personne de Horacio Casarín. Il devint rapidement une pièce maitresse de l’équipe de Necaxa et de la sélection mexicaine de par ses qualités techniques. Casarín était un joueur complet, fort des deux pieds mais également de la tête.