#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).

#767 – Club Bruges KV : Blauw en Zwart

Les bleu et noir, couleurs traditionnelles de l’équipe brugeoise depuis le début du XXème siècle. Les débuts du club sont toujours sujets à discussion mais il est certain que la nouvelle association résultat de la fusion de deux formations, le Brugsche Football Club et le FC Brugeois. Bruges était connu pour abriter une forte colonie anglaise. surtout après la bataille de Waterloo qu’une colonie britannique se forma dans la Venise du Nord. En effet, après la bataille de Waterloo, des britanniques avaient choisi Bruges comme port d’attache car la ville connaissait un fort développement avec la mécanisation de l’industrie linière. Evidemment, ils importèrent avec eux leurs traditions et leurs passions, comme le football.

A la fin du XIXème siècle, le football avait infusé dans les différents établissements scolaires et différentes équipes d’étudiants s’affrontaient régulièrement. Résultat, en 1891, le Brugsche Football Club fut fondé par les élèves appartenant à diverses écoles de Bruges (dont l’Athénée royal et l’Institut Saint François Xavier), avec une ambition identitaire pro-flamande : volonté de jouer que des matchs régionaux face à des équipes flamandes, un nom flamand et un maillot aux couleurs flamandes (noir et jaune).

Mais, dès les premiers mois, des dissensions se firent sentir parmi les membres et les francophones partirent fonder un nouveau club, le FC Brugeois. Nom français, membre fondateur de la fédération belge (UBSSA) et participation au premier championnat belge, le FC Brugeois avait une tout autre ambition. L’équipe portait une tenue bleue claire traversée par une bande diagonale bleue foncée de la hanche gauche à l’épaule droite. Ce choix venait du fait que beaucoup de ces footballeurs étaient également membres du club d’aviron local, dont les couleurs étaient le bleu.

Face aux difficultés rencontrées par les deux équipes, elles décidèrent finalement d’enterrer la hache de guerre et de se réunir en 1897. Si le nom de FC Brugeois fut conserver, pour symboliser cette réconciliation, un compromis visuel fut trouvé : le club réunifié adopta le noir du Brugsche FC et le bleu du FC Brugeois. Une autre version avance que les deux tons de bleus devinrent du bleu et du noir car la manufacture anglaise fournissant les maillots ne disposait pas des tons demandés.

#164 – Club Bruges KV : les Gazelles

Ce surnom est surtout utilisé par les francophones. Il fait référence aux premières années du Club, au début du XXème siècle. Après quelques fusions, absorptions, scissions, le club trouva de la stabilité à partir de 1902. Commença alors une période dorée pour le club même s’il fallut attendre près de 20 ans pour remporter le premier titre (Championnat de Belgique en 1920). Jusqu’au début de la première guerre mondiale, le club termina 8 saisons consécutives sur le podium, dont 3 fois fois vice-champion (1906, 1910 et 1911) et 5 fois troisième. Le titre de 1910 lui échappa lors d’un test-match décisif face à l’Union Saint-Gilloise. En 1911, le club échoua d’un point derrière leurs rivaux du Cercle Bruges. Cette équipe qui fit connaître ses premières heures de gloire au Club Bruges était emmené par un trio de joueurs offensifs, Charles Cambier, Hector Goetinck et Robert De Veen. Les 3 joueurs étaient nés à Bruges et les deux premiers furent toujours fidèles au club, jouant même respectivement jusqu’à 41 et 42 ans. Charles Cambier fut considéré comme le meilleur joueur belge d’avant-guerre. Leur renommé dépassa les frontières en portant la tunique des diables rouges. Ces deux joueurs étaient notamment connus pour leur pointe de vitesse et furent surnommés les Gazelles.

La gazelle est l’un des rares animaux à pouvoir rivaliser avec le guépard, l’animal le plus rapide sur terre (en pointe à 120 km/h). En effet, la gazelle cours en moyenne à 80 km/h sur des distances de 20 km. Elle peut faire des pointes à quasiment 100 km/h. Parmi la famille des gazelles, le springbok et l’antilope se distinguent avec des pointes à 110/115 km/h.