#964 – Toulouse FC : les Violets

Elles ne sont pas nombreuses les équipes évoluant en violet dans le football (principalement RSC Anderlecht (#236), Fiorentina (#103), Ujpest (#578) et Valladolid) et cela constitue un marqueur d’identité très fort. Pour comprendre ce choix, il faut remonter aux origines du club. Depuis 1967, la ville de Toulouse était orpheline d’un club professionnel de football. En effet, en 1937, avec l’avènement du professionnalisme en France, l’idée de la création d’un grand club toulousain émergea et ainsi naquit le Toulouse FC, premier du nom, qui prit les couleurs rouges et blanches. Mais, présidé à partir de 1961 par un chef d’entreprise milliardaire et communiste, Jean-Baptiste Doumeng, le club toulousain s’engagea en 1967 dans une improbable fusion avec le Red Stad, club de la banlieue est parisienne. Estimant qu’il n’avait pas le soutien financier de la mairie socialiste, Jean-Baptiste Doumeng proposa au club audonien, qui végétait en seconde division, d’absorber son TFC en reprenant les joueurs, le staff et son siège dans l’élite. 30 ans d’histoire du football toulousain disparut en fumée.

La nature ayant horreur du vide, des entrepreneurs locaux, dont Lilian Buzzichelli, souhaitèrent relancer un nouveau club professionnel. Ainsi, sur les bases du club corporatif Buzzichelli Levage Sports, l’Union Sportive Toulouse vit le jour le 25 mai 1970. La direction opta pour les couleurs rouge et jaune (sang et or) de la Croix Occitane. Présent sur de nombreux blasons de villes et provinces de l’Italie à la Catalogne (pays occitan), elle fut le symbole du Comté de Toulouse à compter du XIème siècle et devint attaché à la ville, au point qu’on la nomme parfois Croix de Toulouse. Cette croix orne depuis 1211 une clé de voûte de la nef de la Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. Les couleurs auraient été données par le Comte Raymond V de Toulouse en s’inspirant des quatre pals du Royaume d’Aragon.

Se débattant pour se maintenir en seconde division, le TFC reçut finalement le soutien financier de la Municipalité en 1978. Le club s’assimila alors encore plus à la ville. Il prit pour nom TFC en 1979 et changea de couleur pour le violet. Connue pour ses briques de terre cuite qui donnent des bâtiments au teinte rose, Toulouse est souvent surnommée « la ville rose ». Avant d’être démocratisée par le Stade Français, cette couleur était assez peu familière dans le football, sport « viril » qui pensait que cette teinte s’apparentait certainement trop au sexe féminin. Résultat, la direction bascula vers un autre surnom de la cité, « la cité des violettes ». Le Consistori del Gay Saber (Consistoire du Gai Savoir), une académie poétique fondée à Toulouse en 1323, récompensait ses lauréats par une violette d’or. Au XVIIème siècle, le poète occitan, Pierre Goudouli, dans son oeuvre maitresse « Ramelet Moundi » écrivait « Violette/Petite/Toujours odorante/Honneur de Toulouse ». Mais, ce fut au milieu du XIXème siècle que la fleur au parfum sucré prit de l’importance à Toulouse. Selon la légende, elle aurait été ramenée par un soldat de Napoléon III après une campagne en Italie (à Parme) pour l’offrir à son amoureuse habitant à Saint-Jory. La production de la violette de Toulouse s’étira alors sur un siècle et fit vivre plus de 600 producteurs, répartis sur une vingtaine d’hectares au Nord de Toulouse. Vendue sur le marché aux violettes des Jacobins, la plante s’exportait alors partout en Europe et jusqu’au Maroc ou au Québec. Jusqu’à 600 000 bouquets étaient expédiés dans des boîtes cartonnées. Mais, la fleur ne résista pas au rigoureux hiver 1956 et les producteurs disparurent les uns après les autres. Toutefois, elle devint un symbole de la ville. Chaque année, début février, la ville de Toulouse organise la Fête de la Violette, la place du Capitole se parant alors de la fleur sous toutes ses formes. Les serres municipales en présentent près de 100 variétés. Une douceur connue sous le nom de Violette de Toulouse est constituée d’une violette cristallisée dans le sucre depuis 1900. En outre, une liqueur de violette est également réalisée dans la région à partir des racines de la plante. Enfin, avec son odeur caractéristique, de nombreux produits cosmétiques (bougies, pots-pourris, savons et parfums) sont produits à Toulouse.

#934 – NK Radomlje : Mlinarji

Les meuniers. Radomlje est une petite ville slovène de 1 500 habitants, située à proximité de Domžale, banlieue de la capitale Ljubljana. Autant dire que généralement, dans une si petite commune, les associations sportives sont limitées et évoluent dans les ligues régionales au mieux. Pourtant, la première ligue slovène accueille le NK Radomlje, le club de cette petite ville. Depuis 50 ans (le club fut fondé en 1972), le club de football est pratiquement la seule association sportive de Radomlje avec une si longue histoire et surtout il fait la fierté de la cité.

Le surnom du club provient de ses supporteurs. Ce n’est pas les supporteurs qui attribuèrent ce surnom au club mais le club qui s’appropria le nom de son association de supporteurs. Connu sous le nom de FC Mlinar (FC Meunier), l’association de supporteurs, la première du nom, naquit le 24 avril 2009, lors d’un match à l’extérieur contre Dob, considéré comme le plus grand derby de la région. Selon son leader, Matic Gorza, le nom du groupe de fans est étroitement lié à l’histoire économique de la ville « Sprva je bil Radomelje, šest ali sedem mlinov je bilo včasih v kraju. Zato je kar logično, da smo Mlinarji, pa še izvirno je, in hitro gre v uho » (Au début, à Radomelje, il y avait six ou sept moulins dans la ville. Il est donc logique que nous soyons les meuniers, et c’est original, et ça accroche vite l’oreille). Radomelje fut un lieu connu pour ses tavernes et surtout pour ses nombreux moulins à eau. La ville fut mentionnée pour la première fois en 1353 et, pour certains, son nom proviendrait de la présence de moulins. Le nom serait tiré de l’expression rado melje, signifiant « il aime moudre ». Néanmoins, la présence de moulins à cette époque demeure peu probable (elle est attestée seulement au XVème siècle). Le nom du lieu dériverait alors du nom de personne slave Rado(m). Toutefois, la minoterie fut une activité importante de la région. La cité est traversée par l’affluent Kamniška Bistrica et le ruisseau artificiel Mlinščica mais d’autres cours d’eau furent également aménagés pour les moulins. A son apogée, on compta près d’une trentaine de moulins le long du Kamniška Bistrica et plus d’une dizaine autour de Radomlje spécifiquement. Les meuniers, en particulier au tournant des XIXème et XXème siècles, étaient des villageois très influents et respectés. Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des minoterie furent nationalisées. Aujourd’hui, il est possible d’apercevoir les vestiges de deux moulins, les moulins de Kovačko et de Jašoč, Un seul moulin du nom de Kraljevega mlina (Moulin royal) demeure en activité, qui démarra en 1872.

#931 – Deportivo Alavés : los Babazorros

Les porteurs de fèves mais souvent aussi traduit par les mangeurs de fèves. Parler d’Alavès, c’est se plonger 20 ans en arrière et se remémorer cette fabuleuse finale de la Coupe de l’UEFA 2001 où le petit poucet basque, emmené par Jordi Cruyff, s’arrachait les tripes pour défier l’ogre Liverpool. Certes, les basques s’étaient à la fin inclinés mais quelle fraicheur. Outre cette performance, le club est aussi connu en Espagne pour ce surnom original et unique. Il est utilisé pour la formation d’Alavés mais aussi pour tous les habitants de la province d’Alava. Pour le club, il apparut dès les années 1930, 9 ans après sa fondation. Le quotidien « La Libertad » annonçait en novembre 1930 que « el Athletic vendrá a medir sus fuerzas con los babazorros » (l’Athlétic [Bilbao] viendra mesurer ses forces avec les babazorros). L’ « Heraldo Alavés » qualifiait le match Real Sociedad-Alavès de décembre 1931 de « encuentro del domingo entre donostiarras y babazorros » (rencontre dominicale entre Saint-Sébastien et babazorros).

Son origine et sa signification sont un peu mystérieuses. La version la plus répandue, comme l’indique le Dictionnaire général basque de Koldo Mitxelena, est que le mot babazorro vient du basque et résulte du mariage du terme baba qui signifie haricot et zorro qui signifie sac. La raison est que la culture de ce légumineux était importante dans cette région. En 1745, l’écrivain prête, Manuel Larramendi, promoteur de la langue et de la culture basques, écrivait « Llamamos jocosamente a los alabeses babazorros, por la mucha haba que ahí se coge, y come » (Nous appelons en plaisantant les Alabeses babazorros, à cause des nombreux haricots qui y sont cultivés et mangés). Certains avancent une légende où un jeune homme dénommé Juan Gaztea de Arbulo se maria à une jeune demoiselle. La famille de la mariée le surnomma babacorro parce qu’il était de la province d’Alava et que sa nourriture principale était les fèves. Au-delà de ce conte, des ordonnances de la ville d’Espejo au XVIIIème siècle mentionnaient cette légumineuse à plusieurs reprises mais parmi d’autres éléments culinaires. Car, la place des fèves dans l’agriculture et dans la cuisine traditionnelle d’Alava n’est pas aussi importante que le prétend ce surnom. Le terme prit aussi une tournure négative puisqu’au sens figuré, il fut utilisé comme un synonyme de idiot. Ainsi, le Diccionario de la Real Academia Española (Dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole) le définit comme un synonyme péjoratif d’Alavés et souligne qu’il dérive peut-être du catalan varvassor (vassal).

Toutefois, comme souvent, les personnes offensées s’approprièrent le terme désobligeant qui devint un signe d’identité, de fierté de la province d’Álava. En 1892, Alfredo Laffitte dans la revue « Euskal-Erria » imagina un dialogue comique entre un homme de Vitoria, un homme de Bilbao et un homme de Saint-Sébastien qu’il intitula « Babazorros, chimbos y choriburus » . Au XXème siècle, des articles d’Eulogio Serdán ou de Venancio del Val, entre autres, parurent dans des revues locales avec des titres significatifs tels que « Del buen humor babazorro » (De la bonne humeur babazorro) ou « Soy babazorro, soy vitoriano, como mi pueblo no hay otro igual » (Je suis babazorro, je suis de Vitoria, il n’y a aucune autre ville comme ça). Aujourd’hui, les supporteurs du club n’hésitent pas à porter des maillots où il est écrit « Dejaré de ser uno de Babazorros cuando deje de respirar » (j’arrêterai d’être l’un des babazorros quand j’arrêterai de respirer). Enfin, en 1997, le club organisa un concours pour créer la mascotte de l’équipe. Parmi plus d’une centaine de propositions, l’artiste Iñaki González-Oribe remporta les suffrages du jury avec son renard, qui représentait l’agilité, la rapidité et la ruse, qualités que les footballeurs d’Alavés devaient posséder. Mais, l’artiste joua aussi avec la ressemblance phonétique entre le terme renard en espagnol, zorro, et le surnom de l’équipe babazorro.

#919 – Unión Magdalena : el Ciclón Bananero

Le cyclone bananier. Ce club réside dans la ville de Santa Marta, capitale du département de Magdalena, et réussit l’exploit en 1968 à remporter le championnat colombien, une première pour une équipe de ce département. Ville côtière au Nord-Est du pays, Santa-Marta baigne dans la Mer des Caraïbes et connaît un climat tropical. De par cette situation, la cité enregistre aussi des vents importants et réguliers (notamment les alizées de nord-est), qui inspirèrent la première partie du surnom du club, ciclón.

L’économie du département de Magdalena est plus agricole que la Colombie dans son ensemble (le secteur agricole contribue à hauteur de 20% du PIB départemental contre 9 % au niveau national) et dans ce secteur, la banane occupe une place exceptionnelle, tant par la surface cultivée, le nombre d’emploi et la génération de revenus. Les bananes sont le principal moteur de l’économie et produit d’exportation du département de Magdalena depuis les premières années du XXème siècle. La première exploitation de bananes débuta en 1887 avec des hommes d’affaires colombiens. La culture de la banane se développa et prévalut sur les autres cultures en raison de divers facteurs: ce n’était pas intensif en capital, les rendements étaient plus rapides (la maturité est de sept mois pour la banane contre 3 ou 4 ans pour le café) et ne nécessitait aucun processus de transformation comme la canne à sucre. Rapidement, des capitaux étrangers investirent dans la région. En 1899, plusieurs sociétés étrangères se réunirent pour former une nouvelle compagnie sous le nom de United Fruit Company (UFC), avec pour objectif de concentrer et gérer l’activité bananière en Amérique centrale et dans le bassin des Caraïbes. Pendant des décennies, UFC contrôla le commerce de la banane dans cette zone et à destination des Etats-Unis. Dans les années 1960, UFC se retira du département de Magdalena pour investir dans d’autres régions. L’économie de Magdalena en souffrit mais la culture de la banane demeure aujourd’hui encore un pilier. Avec 47,1% de la production, la banane représente de loin la première culture du département (suivi par le manioc 20,6% et le palmier à huile 15,9%). Magdalena est le deuxième producteur national de bananes destinées à l’exportation en Colombie après Antioquia, avec une part de 30 % de la production nationale. Pour l’année 2019, la superficie plantée en bananes dans la zone de Magdalena était de près de 17 000 hectares et la productivité moyenne pour cette même année était de 2 155 caisses (environ 20 kg) par hectare. La production de bananes dans la région représente un peu plus de 20 000 emplois directs et environ 45 000 emplois indirects et se situe dans 800 propriétés, réparties sur 6 communes. Au niveau mondial, en 2020, la banane demeurait encore le fruit le plus exporté, avec 21,4 millions de tonnes (soit plus du double de celui de la pomme (7,6 millions de tonnes), second fruit le plus vendu au monde), soit environ 30 % du commerce global de fruits. Les exportations de bananes sont dominées par l’Equateur (380 millions de boîtes en 2021) et les autres principaux pays étaient les Philippines (entre 140 et 160 millions de caisses de bananes), le Guatemala (près de 130 millions de caisse) puis le Costa-Rica (près de 120 millions de caisse). La Colombie, qui était le 3ème exportateur mondial en 2011 (avec 1,7 millions de tonne), occupait en 2021 la 5ème place, avec 110 millions de caisse. A noter que trois des cinq principaux producteurs mondiaux de bananes – l’Inde, la Chine et le Brésil – produisent presque exclusivement pour leurs marchés nationaux.

#902 – PFK Beroe Stara Zagora : зелено, зелено-белите

Les verts, les vert et blanc. Le club s’affilie avec le premier club qui fut fondé dans la ville de Stara Zagora en 1916. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille et les fusions et scissions furent multiples avant d’arriver en 1959 au club actuel. Outre le nom qui varia de nombreuses fois, les couleurs changèrent également. En 1916, le premier club réunissait deux équipes qui s’affrontaient. L’une des équipes portait un haut blanc et un short blanc, tandis que l’autre arborait une tenue intégralement noire. Parfois, pour accentuer la différence entre les deux équipes, les joueurs pouvaient placer des bandes de tissus colorées sur la poitrine ou le bras ou même des cravates. Mais l’élégance s’arrêtait là car certains se coiffaient de bonnets, non pas pour imiter les fameuses caps portés par les joueurs anglais, mais pour amortir le ballon lors de coups de tête. Entre 1951 et 1959, l’un des prédécesseurs de Beroe se nommait Udarnik et évoluait avec des maillots rouges et blancs à rayures horizontales, des shorts blancs et des chaussettes rouges. En 1960, Udarnik, devenu entre temps Botev après sa réunion avec Spartak et SKNA, fusionna une nouvelle fois avec le club du Lokomotiv de la ville pour donner naissance à Beroe, de l’ancien nom thrace de Stara Zagora. Les joueurs portaient alors un maillot blanc (avec Beroe écrit en bleu sur la poitrine), des shorts bleus et des chaussettes blanches. En 1963, la tenue vira au blanc intégral. L’année d’après le short devint rouge. En 1966, au rouge et au blanc, une troisième couleur vint se marier : le vert. En 1972, retour au blanc intégral mais les supporteurs étaient attachés au vert et les drapeaux de cette couleur flottaient dans les travées du stade. En 1973, le tricolor revint et la combinaison était alors, chemises vertes, shorts blancs et chaussettes rouges. Enfin, en 1976, fin des essais de couleurs, le club opta définitivement pour le vert et le blanc. Si le vert s’imposa finalement assez tardivement, la couleur est totalement indissociable du club aujourd’hui. Mais pourquoi le vert ?

Sans qu’il n’y ait une explication documentée, ce choix n’est pas anodin et provient certainement de la ville, dont c’est également la couleur. Le blason actuel remonte à 1979 où le vert est l’une des couleurs principales. Elle est censée représenter la vie et la mort ainsi que l’espoir et le bonheur. Elle est surtout le symbole des champs fertiles qui entourent la ville. En effet, Stara Zagora est le centre de la riche région agricole de Zagore, célèbre pour sa culture du blé mais également de diverses céréales et de raisins. Avant 1979, le vert était déjà présent dans le blason mais moins prédominant. Cette couleur est totalement attachée à la ville dont les transports en commun, le mobilier urbain, le journal de la ville s’affichent en vert. A la fin des années 2010, alors qu’un projet de réhabilitation de la gare ferroviaire de la ville était à l’étude, plusieurs associations des citoyens militèrent pour que sa façade soit peinte en verte (et non en jaune, couleur des chemins de fer bulgare NKŽI).

#868 – Giresunspor : Çotanaklar

Il s’agit de l’involucre, cette enveloppe de feuilles qui recouvre le fruit du noisetier. On en retrouve 3 exemplaires sur le blason du club, qui est revenu dans l’élite turque en 2022 après 44 années d’absence. Si votre café provient certainement du Brésil, la fève de cacao principalement de Côte d’Ivoire (et depuis peu le consommateur a appris que le Canada était le premier producteur de graines de moutarde), les noisettes qui composent nos fameuses pâtes à tartiner sont essentiellement importées de Turquie. Les collines du nord de la Turquie bordant la Mer Noire (couvrant les provinces d’Ordu, Trabzon, Samsun et Giresun) concentrent la quasi-totalité de la culture nationale (90%) et représentent 70% de la production mondiale, faisant de la Turquie le premier producteur et exportateur de noisettes au monde. Giresun est l’un des principaux centres de culture. Ces régions présentent un climat favorable avec des températures entre 8 degrés Celsius et 30 degrés Celsius ainsi que des précipitations certaines. La nuciculture aurait débuté en Turquie entre 2800 et 1500 avant J.-C. tandis que Xénophon mentionnait la noisette dans la ville de Giresun au IVème siècle av. J.-C.. Au ΧΙΙΙème siècle, les Génois possédaient un comptoir à Trabzon et exportaient les noisettes vers l’Europe. En 1403, un document rédigé par Roy Gonzalez Clavio, chef de la délégation envoyée auprès de Tamerlan, par le roi Henri III d’Espagne, mentionnait le départ d’un bateau chargé de noisettes de Trabzon en direction de l’Espagne. Entre 1920 et 1950, la production était estimée à environ 30 à 50 000 tonnes. Dans les années 1950-1960, elle oscillait entre 44 et 130 000 tonnes. Sur la campagne 2021-2022, la production devrait atteindre 625 000 tonnes (pour une année normale, la moyenne est plutôt autour de 600 000 tonnes). Les pays de l’Union Européenne représentent le premier marché avec près de 80% des exportations de noisettes turques. Un tiers des exportations turques est même acheté uniquement par l’entreprise italienne Ferrero pour son Nutella (la noisette turque entra dans la recette de la célèbre pâte à tartiner après la Seconde Guerre Mondiale). En 2020, 35% des exportations de noisettes du pays étaient des produits transformés tandis que le reste était des noisettes crues, générant des revenus de près de 2 milliards de dollar par an. Aujourd’hui, les terres agricoles consacrées à cette culture atteignent près de 8 millions d’hectare pour 76 000 nuciculteurs. Dans son ensemble, le secteur fait vivre plus de quatre millions de personnes. D’où, en Turquie, la noisette est appelée l’ « Or Vert ».

#853 – 1. FC Tatran Prešov : Koňare

Les cavaliers. Troisième ville la plus peuplée de Slovaquie, Prešov comptait un important haras au siècle dernier qui donna aux habitants d’être connu sous le surnom de Koňare dans tout le pays. En 1859, la cité finança la construction d’un haras d’Etat qui s’éleva au centre de la ville (dans l’actuel rue Sabinovská). La structure massive se composait d’un bâtiment administratif avec des bureaux, des appartements pour les employés et des écuries, incluant des dépendances et des entrepôts. L’objectif était d’élever des races de chevaux à destination des régions septentrionales de la Hongrie (la Slovaquie était alors intégrée au sein du Royaume de Hongrie) afin qu’ils servent à la vie économique et également pour l’armée. Il servait aussi de relais pour les voyageurs et leurs montures, sur la route qui menait à Budapest. En 1962, ce haras de Prešov cessa d’exister. Le 25 janvier 1975, une forte détonation mit fin à l’existence des bâtiments du haras, à l’exception d’une partie de l’enceinte en brique.

Cette vieille tradition d’élevage marqua la ville et sa réputation dans le pays, donnant ainsi naissance à ce surnom. Le club de hockey local, le HC 21 Prešov, arbore sur son écusson un étalon tout comme le club du 1. FC Tatran Prešov. Pour ce dernier, outre l’histoire de la ville, il existerait un lien direct avec le haras. En 1899, un terrain de football fut édifié près de la rue Sabinovská, où se trouvait les haras. Si les spectateurs voulaient accéder au terrain de football à l’époque, ils devaient passer près des écuries. Les gens entendaient le hennissement des chevaux et supportaient leur odeur. Cet environnement ne plaisait pas à tous les spectateurs, notamment les fans adverses qui le faisaient savoir en criant dans les travées « Koňare ! Koňare ! ».

#847 – SC Eendracht Alost : de Ajuinen

Les oignons. Dans toute la Flandre, les habitants d’Alost sont connus pour être des oignons. Et si, au départ, le terme était certainement utilisé de manière ironique, le sobriquet semble être devenu un titre honorifique pour les habitants. Il se rapporte à l’une des activités économiques importantes de la ville et ses alentours au XIXème siècle. Bordée de polder, la rivière Dendre offrait des rives fertiles pour la culture de l’oignon. Résultat, la majorité des paysans d’Alost cultivait des oignons. Outre le grand marché du houblon, un célèbre marché aux oignons se tenait également à Alost. Ce sobriquet moqueur a connu des dérivés au fil du temps tels que ajuinpelders (éplucheurs d’oignons), ajuinboeren (producteurs d’oignons), ajuinfretters (moulins à oignons). Les premières traces de ce surnom apparaissent dans une chanson folklorique de Flandre orientale de Termonde, datant de 1843. Normal car les deux villes entretenaient une saine rivalité. Pour les termondois, les oignons permettaient de désigner les alostois comme des idiots, des cancres. Mais ces derniers, fiers de cette culture, ne furent pas gêner par ces moqueries. D’ailleurs, en 1890, lors d’une procession, les habitants d’Alost représentèrent leur cité sous la forme d’un oignon.

Naturellement, la plante potagère est ancrée dans la culture et le folklore locale. Dans la région, l’expression « Hij heeft nen ajuin gehad » (il a eu un oignon) signifiait qu’une femme abandonnait son mari. La porte du pauvre malheureux pouvait même se voir décorer d’une rangée d’oignons. Si, aujourd’hui la culture a décliné, l’oignon demeure toujours un symbole vivant. Dans la gastronomie belge, la soupe à l’oignon d’Alost y tient sa place. Evénement majeur de la ville, vieux de 600 ans, le carnaval d’Alost est mondialement connu et rassemble chaque année, pendant 3 jours, près de 100 000 personnes. Placé sous le signe de l’exubérance et de la parodie, le carnaval est rythmé de différentes festivités : un défilé de chars et de géants, une danse des balais pour chasser les fantômes de l’hiver, une parade burlesque de jeunes gens travestis en femmes (Voil Jeanetten) ainsi qu’en rituel final, la mise au bucher de l’effigie du carnaval. Parmi ces spectacles, la lancée d’oignons (Ajuinworp) demeure une institution. Depuis le balcon de la mairie, sur la Grote Markt (la place centrale de la ville et lieu principal des festivités), des oignons sont jetés au public, qui espère pouvoir attraper l’un des oignons dorés (gouden ajuin).

Toutefois, les jeunes générations connaissent moins bien les origines de l’oignon comme symbole et activité florissante de la ville. Une toute autre version a ainsi émergé. Selon cette dernière interprétation, le surnom d’oignons s’expliquerait plutôt par une particularité du dialecte de la région. Pour répondre positivement, les habitants d’Alost disait régulièrement « ha, ja hij » (ah ben oui), ce qui ressemblait à la prononciation du mot oignon dans le dialecte local ([a’join]).

#782 – AC San Martín de Mendoza : los Chacareros

Les paysans. Le terme ne s’entend pas dans son sens péjoratif et est assumé avec une profonde fierté par les supporters du club. Il fait directement référence à l’une des principales activités économiques de la région de Mendoza, l’agriculture. Située au pied de la cordillère des Andes dans le centre-ouest de l’Argentine, la province de Mendoza offre des sols fertils, des rivières généreuses et des climats à la fois tempérés, continentaux ou méditérrannéen, conditions propices à diverses cultures. L’histoire agricole est donc riche, avec des premiers témoignages qui remontent à 9 000 ans avant J.-C. et des écrits des colonisateurs européens au XVIème siècle. L’activité agricole dans la région est d’abord dominé par la vigne. Mendoza est, sans aucun doute, la province argentine avec la plus grande superficie dédiée à la culture de la vigne et représente 71% de la superficie totale cultivée en vigne dans le pays. 98% de cette production est destinée à la production de vin. Grâce aux oasis, les arbres fruitiers constituent la deuxième culture de Mendoza et produisent des pommes, poires, pêches, nectarines, cerises, prunes, raisins mais également des noix et des amandes. Enfin, la province de Mendoza est l’une des principales productrices de légumes d’Argentine (la deuxième place du pays). La culture maraîchaire constitue la première employeuse de la région. Productrice d’Oignons, de Citrouilles, de Tomates, de Carottes et de Pomme de Terre, Mendoza est surtout le premier fournisseur d’ail du pays et représente 97% des exportations d’ail d’Argentine (80 344 tonnes exportés en 2016, +18 % vs 2014). Pour encore mesurer l’importance de l’activité, il faut rappeller que sur ces 2 denrières années, le gouvernement provincial a consacré 100 millions d’euros de financement pour moderniser les infrastructures, acheter du matériel agricole (dont des filets anti-grêle) et améliorer l’efficacité des systèmes d’irrigation. Enfin, outre les grandes fermes, en 2021, Mendoza était la première province du pays en nombre d’exploitations familiales (8 025 unités).

Ce surnom fut instauré en 1967 par le célèbre journaliste radio José María Muñoz lors du premier match du club dans l’élite du pays face à Independiente de Avellaneda.

#747 – Deportes Quindío : los Cafeteros

Les caféiculteurs. Café semble être un synonyme de Colombie, tellement la culture du caféier est ancrée dans le pays et constitue son or noir. Par ailleurs, le café colombien est réputé dans le monde entier pour sa qualité et son goût délicieux. 500 à 600 000 cafeteros colombiens perpetuent cette tradition introduite lors de la colonisation espagnole au XVIIIème siècle. Avec sa forêt tropicale, alliant soleil, précipitation et climat doux, la Colombie présente la géographie idéale pour la culture difficile du café et produit plus de 12 millions de sacs (pesant 60 Kg) chaque année. Avec la concurrence des pays africains et du Vietnam, la Colombie se classe au 3ème rang mondial de la production de café, classement toujours dominé par le Brésil. Produisant uniquement de l’Arabica, la Colombie conserve sa 2ème place de producteur mondial pour ce type de café. La production du café a pesé jusqu’à 75% des revenus du pays dans les années 1920 et 1930 (la Colombie devenait en 1937 le 2ème plus grand exportateur au monde, avec près de 5 millions de sacs). En 2016, le café représentait 8,1% des exportations du pays (soit 2,45 milliards de dollar US), loin derrière le pétrole (32.5%) et le charbon (15%). Les plantations s’étirent sur les contreforts de la Cordillère des Andes. En particulier, une région localisée dans le centre-ouest du pays, regroupant les départements de Caldas, Risaralda, Quindío, l’Antioquia et de Tolima, concentrent la grande partie de la production. Elle est appelée l’eje cafetero (l’axe cafetier). Cette région représentait au début des années 1930 quasiment la moitié de la production nationale et en 2011, étant donné son importance dans l’économie colombienne et ses paysages caractéristiques, une partie de l’eje cafetero a été classée au patrimoine mondial. Au sein de cette région, le triangle constitué par les villes de Manizales, Pereira et Armenia se nomme el triángulo del Café (le triangle du café). Armenia, capitale du département de Quindio et ville de résidence du club, est l’un des principaux centres de la caféiculture colombienne. Le café a été à la base de l’économie de la ville et de son développement, Armenia fonctionnant comme un centre de collecte pour toute la production agricole des environs.