#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#583 – FC Spartak Trnava : Bíli andeli

Les anges blancs. Le club de Trnava est historiquement l’un des plus prestigieux de Slovaquie. Il remporta le Championnat de Tchécoslovaquie à 5 reprises et la Coupe de Tchécoslovaquie à 4 reprises, et attint également la demi-finale de la Ligue des Champions en 1969. Le club connut une longue histoire depuis sa fondation en 1923, ponctuée de nombreuses fusions avec d’autres clubs de la ville. Résultat, les couleurs du club changèrent passant du bleu-jaune au rouge-noire. Mais, pendant sa période dorée, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’équipe portait régulièrement un maillot blanc. Cette couleur inspira un célèbre membre du staff, Dežko Rašla, masseur de l’équipe. Outre ses qualités de masseur, Dežko avait conquis le vestiaire avec ses rêves prémonitoires et ses prédictions. Par exemple, l’équipe était à Chypre et se promenait sous un magnifique ciel ensoleillé. Dežko déclara soudainement à la surprise de toute l’équipe que le match n’aurait pas lieu en raison d’intempéries. Personne ne le crut. Après le déjeuner, l’équipe se rendit au stade et se prépara. Mais, à un quart d’heure avant le début du match, une énorme averse débuta et gorgea le terrain d’eau. Le match fut annulé. Lors de la fameuse épopée en Ligue des Champions, l’équipe affronta les grecs de l’AEK Athènes en quart de finale. Au match aller, le 26 février 1969, le terrain de Trnava était boueux. Avant le match, Dežko dit à la star de l’équipe, Stanislav Jarábek, que personne ne mettrait le ballon au fond des filets sauf lui qui marquerait de la tête. Au final, Trnava remporta le match 2 buts à 1 grace à des buts de la tête marqués par Jarábek et Kabat. Enfin, lors d’un autre match, Dežko se rappela d’un de ses rêves où il voyait les footballeurs de Trnava, tout de blanc vêtus, voler au-dessus du terrain « comme des anges blancs ». Cela fit bien évidemment rire les joueurs mais, avec les bons résultats du club, les spectateurs adoptèrent ce surnom.