#853 – 1. FC Tatran Prešov : Koňare

Les cavaliers. Troisième ville la plus peuplée de Slovaquie, Prešov comptait un important haras au siècle dernier qui donna aux habitants d’être connu sous le surnom de Koňare dans tout le pays. En 1859, la cité finança la construction d’un haras d’Etat qui s’éleva au centre de la ville (dans l’actuel rue Sabinovská). La structure massive se composait d’un bâtiment administratif avec des bureaux, des appartements pour les employés et des écuries, incluant des dépendances et des entrepôts. L’objectif était d’élever des races de chevaux à destination des régions septentrionales de la Hongrie (la Slovaquie était alors intégrée au sein du Royaume de Hongrie) afin qu’ils servent à la vie économique et également pour l’armée. Il servait aussi de relais pour les voyageurs et leurs montures, sur la route qui menait à Budapest. En 1962, ce haras de Prešov cessa d’exister. Le 25 janvier 1975, une forte détonation mit fin à l’existence des bâtiments du haras, à l’exception d’une partie de l’enceinte en brique.

Cette vieille tradition d’élevage marqua la ville et sa réputation dans le pays, donnant ainsi naissance à ce surnom. Le club de hockey local, le HC 21 Prešov, arbore sur son écusson un étalon tout comme le club du 1. FC Tatran Prešov. Pour ce dernier, outre l’histoire de la ville, il existerait un lien direct avec le haras. En 1899, un terrain de football fut édifié près de la rue Sabinovská, où se trouvait les haras. Si les spectateurs voulaient accéder au terrain de football à l’époque, ils devaient passer près des écuries. Les gens entendaient le hennissement des chevaux et supportaient leur odeur. Cet environnement ne plaisait pas à tous les spectateurs, notamment les fans adverses qui le faisaient savoir en criant dans les travées « Koňare ! Koňare ! ».

#852 – Wisła Cracovie : Psy

Les chiens. Ce surnom ne réfère pas à un gentil caniche ou un affectueux toutou. Il s’agit plutôt d’une insulte inventée et scandée par les fans adverses à l’attention des supporteurs du Wisła. Car, les rivalités footballistiques en Pologne demeurent malheureusement conflictuels. Le hooliganisme dans les stades est enraciné et tenace, transformant les chants en couplets d’insultes et les tribunes en champs de bataille. Cracovie n’échappe pas aux mouvements avec ces deux clubs historiques qui s’affrontent pour la suprématie sportive sur la cité : le Wisła et le KS Cracovie. Lors des derbys, appelé la guerre sainte, les affrontements entre supporteurs sont nombreux et se règlent à coup de batte de baseball et de couteau, avec malheureusement des décès. Cette hostilité ouverte s’est diffusée dans les surnoms qui deviennent haineux. Ainsi, le « chien » qui caractérise les fans du Wisła a une connotation négative, rebondissant à la fois sur l’histoire du club et sur l’imagerie populaire.

Créé vers 1906 par un professeur et ses étudiants, le club se trouve, depuis l’époque communiste, attaché à la milice (Milicja Obywatelska – Milice Citoyenne). A partir de 1944 jusqu’en 1990, cette force professionnelle (elle n’était pas constituée de citoyens volontaires comme le mot milice aurait pu le laisser supposer) assuraient les missions de police et notamment de police politique (via sa branche dénommée ZOMO). Je n’ai pas retrouvé les conditions exactes de rattachement du club à la Milice Citoyenne mais selon certains, comme le club comptait de nombreux supporteurs et que l’autre grand club polonais, le Legia Varsovie, dépendait déjà de l’Armée Polonaise, la Milice aurait forcé la main des dirigeants du club pour se soumettre. Or, dépendre de la police n’était pas bien vu et donner lieu à du mépris. En effet, la détermination de la Milice à défendre le gouvernement communiste et à réprimer toute opposition, en commettant des exactions, conduisit à une image déplorable et sa détestation par la population. Pour les adversaires, le club représente donc encore cet appareil de la terreur communiste. Une légende colporte que le souhait de la Milice d’intégrer le club dans son giron avait pour objectif de recruter parmi ses nombreux supporteurs de nouveaux collaborateurs dévoués et bénévoles. D’où ses supporteurs gardent l’image de suppôts au service de cette autorité. Or travailler pour cette police secrète était un acte de traitrise pour la population.

Le chien, animal utilisé par les forces de l’ordre (et donc la Milice), devint donc son symbole. Mais, cette représentation ne mettait pas en avant les qualités de l’animal (fidélité, force …). Il est né dans le vocabulaire des criminels, qui se transposât dans l’argot polonais. Le sens dégradant donnait à l’animal provient du fait que, comme le cochon, dans l’imagerie populaire, le chien, notamment errant, représente un statut inférieur, inspire la répugnance et le mépris. Le transfert de cette symbolique insultante envers l’homme est connu dans de nombreuses cultures : l’homme est dégradé au rang du pire animal pour signifier son absence de toute valeur (notamment morale) et caractériser un comportement indigne (ne dit-on pas en français « sale chien ! »).

Comme vous pouvez le voir, ce surnom exprime la haine et le mépris envers le Wisła mais ses supporteurs le retournèrent aussi en leur faveur. Car ce qui catalyse la haine et la fureur de l’adversaire mérite d’être transformé en une forme capable de susciter sa terreur. Il n’est donc pas rare de voir les fans du Wisła faire vibrer des tifos arborant des chiens, mais cette fois, forts et féroces (aux crocs acérés ou bavant ie ayant la rage).

#849 – Torino FC : Toro

Le taureau. A l’exception des années entre 1979 et 1990, le grand rival de la Juventus avait un écusson qui comportait un taureau (malheureusement, la Juve s’est depuis soumise aux sirènes trompeuses du marketing en adoptant un logo, certes moderne, mais totalement fade et irrespectueux de son histoire). Le Torino a également toujours adopté un taureau en position rampante dans son blason. Cette présence du bovin dans les armes des deux clubs de la ville s’explique par l’importance de l’animal dans l’histoire et le symbolisme de la cité de Turin.

Le taureau est apparu dans les armoiries de la cité au Moyen-Age. Le premier exemple de l’utilisation du taureau dans les armoiries remonte à 1360 dans le Codice della Catena, un code qui contenait les statuts de la ville de Turin. Dans ce document, sur deux pages d’enluminures figuraient les saints patrons de la ville et en dessous les insignes d’Amédée VI de Savoie (la croix blanche sur un champ rouge) et celles de la ville (qui se composait d’un taureau rouge passant (ie en train de marcher) dans un champ blanc). En 1433, dans le Libri consiliorum, les cornes du taureau blanchirent pour la première fois. Vers 1455-1460, le taureau passa de la marche à une position debout, dressé sur ses pattes arrières, ie rampante. Enfin, en 1613, les armoiries de la ville prirent leur forme actuel avec un taureau doré rampant, aux cornes blanches, sur un fond bleu. Rampant ou passant, le taureau rendait avant tout les armes de la cité « parlante » (les figures présentes sur le blason symbolisent le nom du possesseur desdites armes).

Comme de nombreuses villes italiennes, le nom de la ville provient de sa dénomination lors de l’époque romaine, Augusta Taurinorum. Camp militaire au départ, il se développa en cité à compter de 28 avant J.-C.. Mais, cette colonie romaine s’était édifiée sur l’ancienne cité d’un peuple nommé les taurins. D’origine Celte ou Ligure, ce peuple demeure assez méconnu, notamment car les sources latines ne sont pas nombreuses. Etabli dans les alpes, il progressa par la suite jusqu’aux rives du Pô. Leur capital était alors Taurasia (qui fut transformé en Augusta Taurinorum puis Turin). Le nom de ce peuple trouve son origine dans le thème indo-européen tauros (taureau) et constituerait une variante du gaulois taruos. Cela signifierait alors « ceux du taureau ». Les auteurs latins auraient ainsi pu les nommer car ce peuple semblait vouer un culte à un dieu thérianthrope à tête de taureau. Mais, cela pourrait faire référence plus tardive au culte de Mithra, une divinité indo-iranienne qui s’installa également dans l’Empire romain aux IIème et IIIème siècles. Dans sa légende, Mithra capture un taureau qu’il tue et dont le sang et le sperme viennent régénérer la terre et de rétablir l’ordre cosmique.

#845 – Swindon Town FC : the Robins

Les rouges-gorges. Ce petit oiseau, répandu dans toute l’Europe, affiche un plumage rouge orangé sur le devant de la tête, la gorge et la poitrine. Evidemment cette couleur du plumage n’est pas sans rappeler les teintes du maillot du club. Les joueurs portèrent-ils toujours ce rouge ? Pour cela, il faut remonter aux origines du club. Or, comme beaucoup de clubs né au XIXème siècle, les véritables circonstances de la formation du Swindon Town Football Club demeurent un mystère. Pendant longtemps, la date de 1881 était celle retenue par le club qui fêta son centenaire en 1981. Dans les années 1990, des recherches permirent de découvrir de nouvelles sources qui dataient le début du club en 1879 sous une autre dénomination (Swindon AFC en 1879 puis Swindon Spartan en 1880). AFC évoluait avec un maillot rayé noir et rouge tandis que les Spartans jouèrent en blanc (avec un short noir et parfois une ceinture bleue). Puis, de 1894 à 1898, le club revient au rouge et noir. Sans connaître la raison, en 1897, il fut décidé qu’un changement était nécessaire et les joueurs portèrent désormais des maillots verts, avec des manches blanches. Toutefois, à l’orée du XXème siècle, des problèmes pour obtenir le bon vert pour les kits convainquirent la direction de changer une nouvelle fois de couleur. En 1901, un maillot uni fut retenu et fut décrit comme marron (certainement foncé) par deux journalistes (et également sur la flyer d’un match). L’année suivante, la teinte de marron s’éclaircit et s’approchait alors du plumage de l’oiseau. Le surnom apparut alors à ce moment. Le passage au rouge actuel n’est pas documenté mais il est certain que dans les années 1920, le kit du club était devenu rouge. Le rouge-gorge apparut quant à lui sur le blason du club dans les mêmes années.

#844 – Eintracht Brunswick : die Löwen

Les lions. Depuis quasiment la création du club (et sauf entre 1972 et 1986), un lion trône fièrement sur le blason. De couleur rouge et rampant, il copie intégralement les armes de la ville de Brunswick. Figure héraldique traditionnelle, le lion s’affichait aussi sur les armes des différentes formes étatiques de la région, en particulier la puissante Principauté de Brunswick-Wolfenbüttel. Même les 5 quartiers historiques de Brunswick (Altstadt, Neustadt, Hagen, Altewiek, Sack) ont des blasons qui contiennent une représentation d’un lion. Les origines de ce lion se trouvent dans les armoiries de la famille Welf (ou Guelfes), dont le roi des animaux est la figure principale.

La date exacte de création des armoiries de la cité n’est pas connue, mais il existe une première représentation colorée qui date des années 1366-1367. Dans une lettre de 1438, qui est conservée dans les archives de la ville de Brunswick, Albert II, prince de la maison des Habsbourg et Roi des Romains, reconnut les armoiries de la ville. Avant les armoiries, le sceau de la ville montrait déjà un lion au milieu de l’architecture municipale dès 1231. Cette dernière représentation s’appuyait sur la statue du lion, connu comme Lion de Brunswick ou de Löwenstein, qui est devenu le symbole de la ville. Mais, avant d’être celui de la ville, cette statue de lion fut le représentant de la puissante famille noble Welf et de son ancêtre Henri le Lion.

Issu de la vieille famille germanique des Welf dont les origines sont documentées dès le VIIIème siècle (elle est une des plus vieilles maisons nobles d’Europe encore existante), Henri hérita de nombreuses terres à la mort de son père en 1139 mais avait perdu les principales, les duchés de Saxe et de Bavière. Il reconquit le premier en 1142 et le second en 1156. Vers 1165, il établit sa résidence et sa cour à Brunswick, donnant à la cité une grande dimension, puisque ses possessions équivalaient désormais à un royaume. Désirant afficher toujours plus cette puissance et prospérité, Henri choisit le lion comme symbole. Roi des animaux, le lion affirmait à la fois la puissance et le courage d’Henri ainsi que sa dimension royale. Pour preuve, l’animal était déjà le symbole d’une autre forte couronne, l’Angleterre (pour certain, cette représentation fut la source d’inspiration d’Henri. Ce serait possible d’autant plus qu’il épousa en seconde noce en 1168 Mathilde d’Angleterre, fille de Henri II, roi d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine). Ainsi, en septembre 1156, à la réunification des deux duchés, il reçut son nouveau nom : Henri le Lion. Outre son nom, il décida d’ériger sur la Burgplatz (place centrale de Brunswick qui était entourée du palais d’Henri, le chateau de Dankwarderode, ainsi que la cathédrale et d’autres bâtiments administratifs), un lion en bronze d’un poids de 880 kg, mesurant 1,78 m de haut et 2,79 m de long, dans une forme rappelant la louve du capitole (la charge symbolique est très forte car cela établissait un lien avec l’Empire Romain donc par extension avec le trône impérial du Saint Empire Germanique). Cette statue se dresse encore aujourd’hui sur la place et est devenu le symbole de la ville. Par la suite, un récit médiéval tardif créa une légende autour d’Henri et son lion. L’histoire raconte que lors de son pèlerinage en Terre Sainte, Henri fut témoin d’un combat entre un lion et un dragon. Le duc vint en aide au lion en tuant le dragon. Reconnaissant, le lion le suivit lorsque le duc retourna dans ses terres à Brunswick. Après la mort d’Henri, le lion en deuil se laissa mourir, allongé sur la tombe de son maître. En son honneur, les habitants de Brunswick fondèrent la statue sur la Burgplatz.

#834 – Tauro FC : los Toros de Pedregal

Les taureaux de Pedregal. Le football panaméen est assez méconnu et a longtemps été peu organisé. Mais, à la fin des années 1980, avec l’enthousiasme d’un immigré italien, il a versé dans le professionnalisme avec la création d’un championnat national. Cet immigré italien, Giampaolo Gronchi, avait quatre ans auparavant fondé son club, le Tauro FC, et ne satisfaisait plus de faire évoluer son équipe dans des ligues régionales ou corporatistes. Giampaolo Gronchi, technicien dans l’art du tannage du cuir, quitta l’Italie pour s’établir en Colombie et enseigner le tannage. Puis, en 1974, il s’exila au Panama pour poursuivre son art et fonda sa tannerie. En réussite, il utilisa une partie de ses richesses pour établir une équipe de football. Il prit pour nom Tauro, en référence à l’animal, qui s’affiche également sur le blason du club. Ce choix symbolisait en premier lieu le métier de Giampaolo Gronchi et sa tannerie, où il travaille la peau du taureau. En deuxième lieu, comme de nombreux italiens, Gronchi est un fervent supporteur de la Juventus, où il avait vu évoluer l’argentin, Omar Sivori, Gianpiero Boniperti et le géant gallois John Charles. La Juventus (tout comme son rival le Torino) met en avant le taureau, symbole de la ville de Turin. En effet, dès le moyen-âge, le taureau apparaissait sur le blason de la ville piémontaise, qui était dit parlant. Car le nom de la ville de Turin provient du nom du peuple, Taurin, vivant dans le piémont avant sa romanisation. Taurin est sans doute basé sur le latin taurus qui signifie « taureau ». Les auteurs latins, les seuls à avoir mentionné les Taurins, leur donnèrent ce nom peut-être parce que ce peuple gaulois semblait vouer un culte à un dieu thérianthrope à tête de taureau (cf. #849).

Enfin, Pedregal est le nom du quartier de Panama City où le club fut fondé et réside.

#832 – Platense FC : los Tiburones Blancos

Les requins blancs. Nichée entre deux océans, la facade maritime du Honduras se concentre à l’Est, du côté de l’Océan Atlantique et de sa Mer des Caraïbes. Le Honduras possède d’immenses ressources marines avec un espace maritime quatre fois plus grand que son territoire, où cohabitent différentes sortes d’habitats (mangroves, zones peu profondes, récifs coralliens, canyons jusqu’à six mille pieds de profondeur) et où résident un haut niveau de biodiversité. Le Honduras est pays essentiel à l’équilibre des écosystèmes marins et au corridor biologique mésoaméricain. Parmi sa faune, le requin est y très présent, avec une grande variété d’espèces (requin marteau, requin taureau, requin nourrice, requin baleine, requin dormeur, requin tigre et requin griset). Le requin blanc baigne aussi dans ses eaux. Face à la pêche intensive du requin (d’un côté pour commercialiser son aileron qui est un met de luxe en Asie et de l’autre, comme plat ancien de certaines populations autochtones), en 2011, le président Porfirio Lobo décida d’interdire la pêche, la commercialisation et l’exportation des requins et de créer le Santuario de Tiburones (Sanctuaire de requins). Cet espace qui couvre la totalité de son territoire marin (du Pacifique à la Mer des Caraïbes), soit au total près de 240 000 km2 est consacré à la préservation de squales en tout genre.

Sur sa côté Est, au Nord du pays, la cité de Puerto Cortés représente le principal port du Honduras. Puerto Cortés présente l’avantage d’être situé dans une baie naturelle (Bahia de Cortez) en eau profonde bien protégée où la variation des marées est non-significative. Le port connut un fort développement avec l’industrie bananière, dont le Honduras figurait parmi les plus grands exportateurs au monde dans les années 1950 et 1960. Puis, le manque d’investissement réduisit son intérêt jusqu’au milieu des années 2010. Le gouvernement du président Hernández lança un vaste programme d’investissement dans des infrastructures (autoroute, aéroport, port) pour faire du Honduras un nœud vital de la logistique américaine et Puerto Cortés représentait le cœur du projet. Toute d’abord, en 2013, l’exploitation du port a été concédée pour 30 ans. Puis, en 2014, les infrastructures portuaires furent modernisées afin d’augmenter les capacités d’accueil (construction de quais et de terminaux dédiés au vrac solide et liquide tels que les granulats de pierre, les minéraux et le charbon, allongement du quai existant, construction de surface de stockage …). Ces améliorations permirent de diminuer le temps d’attente des vraquiers, passant de 7 jours en 2013 à 2,2 jours en 2021, et le temps de déchargement des produits au port, de 5 jours en 2013 à 2,7 jours en moyenne en 2021. Aujourd’hui, avec ses installations les plus modernes d’Amérique centrale, le port est le premier de l’Atlantique dans la région d’Amérique centrale et une référence dans les Caraïbes. Il a également stimulé les exportations et l’économie du pays ainsi que la vie des habitants de la ville, en concentrant 65% de l’emploi.

Ville tournée vers la mer, avec l’un de ses plus emblématiques ambassadeurs, le requin, qui y réside, le club de football fondé en 1960 prit l’animal pour mascotte, l’intégra dans son blason et fut surnommé ainsi. La mention de la couleur blanche se rapporte plus à la couleur du maillot qu’à l’espèce de squale.

#822 – Queen’s Park FC : the Spiders

Les araignées. Fondé le 9 juillet 1867, Queen’s Park demeure le plus ancien club de football d’Ecosse mais son aura et son influence dépasse son âge. En effet, dans de nombreux domaines, il participa au développement du football en Grande-Bretagne et constitue une institution en Calédonie même s’il n’évolue plus au sein de l’élite depuis plus de 70 ans. Il concourra à installer le football en Irlande, notamment en inspirant la création du premier club, Cliftonville FC. Au niveau du jeu, alors que les anglais pratiquaient déjà le simpliste kick and rush, l’équipe développa un jeu basé sur des passes courtes et des mouvements rapides, qui fit la réputation du style écossais et encouragea le recrutement de joueurs écossais par les clubs anglais. Il fut donc une place forte du football à la fin du XIXème siècle en remportant 10 Coupes d’Ecosse entre 1874 et 1893 (1874, 1875, 1876, 1880, 1881, 1882, 1884, 1886, 1890 et 1893) et en étant le seul club écossais à atteindre la finale de la Coupe d’Angleterre (par deux fois en 1884 et 1885). L’institution possède également des valeurs fortes. Attaché à l’amateurisme, qui est inscrit dans sa devise, Ludere Causo Ludendi (jouer pour le plaisir de jouer), le club refusa par exemple d’intégrer la nouvelle Ligue écossaise de football créée en 1890 car sa direction estimait que cette nouvelle organisation conduirait forcément vers le professionnalisme (ce qui se réalisa en 1893). De même, le club resta amateur jusqu’en Novembre 2019, ce qui limita ses possibilités de revenir en première division. Enfin, outre le style de jeu, le club fut à l’origine de nombreuses innovations dans le football. Avec des règles pas encore normalisées, le club appliqua ses propres lois du football jusqu’en 1870 (année où il rejoignit la fédération anglaise qui était la seule organisation existante qui organisait le jeu). Queen’s Park inventa ainsi la barre transversale, la pause à la mi-temps et les coups francs. Il innova aussi au niveau des équipements. Ainsi, dans ses premières années d’existence, le club imposa le port d’éléments de couleurs tels que des badges, des brassards, des bonnets … afin de distinguer sur le terrain les joueurs de chaque équipe. Les joueurs portèrent aussi des chemises bleus et cela conduisit la direction à modifier ses statuts pour codifier un uniforme commun à toute l’équipe. Ainsi, le 7 juillet 1870, les statuts indiquaient désormais qu’aucun membre ne pouvait prendre part à un match à moins de porter l’uniforme officiel ie une chemise bleue et une cape (bleue ou rouge). Deux ans plus tard, les chaussettes devaient être rayées bleues et blanches. Cette même année 1872, le 30 Novembre se déroula la première confrontation officielle entre la sélection anglaise et l’équipe nationale écossaise. Les joueurs de Queen’s Park constituèrent la totalité de l’équipe écossaise et jouèrent donc dans leur couleur traditionnelle bleu marine. Depuis, l’Ecosse évolue dans un maillot bleu marine. Le 9 avril 1873, les statuts du club furent une nouvelle fois modifiées pour définir pour la première fois l’uniforme complet : cape rouge, maillot bleu marine et culotte blanche. Mais, ce choix ne faisait pas l’unanimité au sein de Queen’s Park et finalement une nouvelle décision fut prise : un maillot blanc barré de petites rayures noires, accompagné d’une cape rouge et d’un short blanc. La finesse des rayures rappellerait les toiles d’une araignée et donna donc naissance au surnom. Certains aiment à rajouter que le style de jeu fait de passes courtes et rapides participa également à renforcer ce surnom car celui-ci revenait à tisser une toile autour des joueurs adverses.

#820 – CS Luqueño : El Chanchón, Kure Luque

En espagnol sudaméricain, le cochon peut être désigné par le terme chancho et, dans la ville de Luque, chanchón se rapporte au cochon, voire à un gros porc. Le second est du guarani et désigne la ville de Luque comme celle du cochon (kure = cochon). Clairement deux surnoms qui tournent autour de cet animal signifient sans aucun doute que ce club réside dans une ville connue pour sa production porcine. Cette banlieue d’Asunción accueille de nombreux abattoirs et d’usine de charcuterie. La société Itabo Agropecuaria, leader dans la vente de produits issus du porc, ouvre cette année une nouvelle usine et un réfrigérateur nommés La Porkcina à Luque. Pour 10 millions de dollars US d’investissement, l’usine sera en capacité de traiter 35 tonnes par jour et abattre 120 animaux par heure, soit plus ou moins 1 000 animaux par jour. La réputation de la charcuterie de Luque n’est plus à faire dans le pays et chaque année depuis près de 10 ans, la municipalité organise le kure aka (le jour du cochon), une feria traditionnelle et gastronomique autour du cochon, qui rassemble plus de 50 000 personnes. Toutefois, Luque est aussi très connu (voire même plus connu) pour l’orfèvrerie (bijoux en or et argent particulièrement, la ville étant le lieu de résidence de nombreuses bijouteries), ainsi que pour la fabrication d’instruments de musique tels que la harpe et la guitare. Alors pourquoi le porc, animal peu valorisant, a pris le pas sur les autres activités.

La légende raconte que la charcuterie fabriquée à Luque était acheminé vers Asunción par le train. Or, les wagons qui accueillaient ces produits servaient également à transporter les supporteurs ainsi que les joueurs pour aller jouer dans la capitale. Les fans adverses ne mirent pas longtemps à appeler les joueurs et les supporteurs de Luque, les cochons. Ils criaient alors « Allí vienen los Kure Luque » (Voici le Kure Luque).

Pour l’anecdote, il faut savoir que le siège de la Conmebol, la fédération sudaméricaine, se trouve à Luque.

#817 – ASO Chlef : les Lions du Chélif 

Un regard rapide sur le blason du club permet de s’apercevoir qu’il est orné de deux lions. Le roi des animaux est donc bien ancré dans la culture de l’ASO. Pourquoi ? Les lions de l’écusson peuvent rappeler celui qui s’affichait sur les armes d’Orléansville, nom de la cité à l’époque de l’Algérie Française. Les armoiries d’Orléansville reprenaient un certain nombre de symboles. La fleur de Lys, armes de la Maison d’Orléans, et la couronne ducale d’Orléans, surplombaient le blason pour rappeler que la ville algérienne avait été nommée ainsi en l’honneur de Ferdinand duc d’Orléans, fils du roi de France, tué dans un accident de voiture l’année précédent la fondation de la ville en 1843. La cité fut d’ailleurs fondée par la volonté du Général Bugeaud dont la devise était ense et aratro (Par l’épée et par la charrue), éléments que l’on retrouvait sur les armoiries. Les origines chrétiennes de la ville, à l’époque romaine, et la présence de la population musulmane s’illustraient sur les armoiries respectivement par une croix ou un chrisme et par le croissant et l’étoile. Enfin, un des emblèmes traditionnels de la région du Chélif apparaissait aussi sous le forme d’un lion rampant. S’il a disparût depuis plus de 70 ans, le lion de barbarie (ou lion de l’Atlas) avait élu domicile dans la région (comme dans toutes l’Afrique du Nord). Difficile à croire aujourd’hui que le lion vivait ici. Mais dans l’ouvrage « Tartarin » publié en 1872, le héros d’Alfonse Daudet erra pendant un mois dans l’immense plaine du Chélif (ou se situe la ville de Chlef) pour chasser en vain des lions. Selon Abed Benmehdia, membre fondateur de l’ASO, le surnom fit son apparition dans les années 1970, quand le président de l’époque, Boudjaltia Djazouli, imposa des maillots avec de nouvelles couleurs (noir et blanc) et un lion sur la poitrine. Si l’histoire est vrai, ce choix put être étonnant. En effet, par ce nouvel équipement, l’ASO s’acapera les symboles de son ancien rival du GSO. Revenons aux origines du club. Fondé en 1947, l’ASO se voulait le club des musulmans indigènes face à l’ancien GSO, association des français et des européens (bien que des musulmans y jouaient également). Or, le GSO avait pour surnom « les lions du Chélif » depuis l’entre-deux guerres. En effet, lors de la saison 1924-1925, un homme nommé Heim endossa les rôles de joueur, entraineur, capitaine ainsi que dirigeant et diffusa un nouveau style de jeu. Sous la vigoureuse impulsion de ce dernier, l’équipe enchaîna les bons résultats et, avec leur maillot noir et blanc (sur lequel un lion était parfois brodé), elle faisait peur à ses adversaires. Cette réputation donna naissance au surnom.