#551 – EC Taubaté : Burro da Central

L’âne du centre. Ce surnom apparût en 1955 suite à une belle bourde du club. Il évoluait alors en 2ème division du championnat paulista. Le 1er Mai 1955, l’équipe remporta un match contre Comercial FC 6 buts à 3, victoire qui fut réduite à néant quelques jours après. La Fédération de football pauliste se rendit en effet compte que Taubaté avait fait rentrer en cours de match l’attaquant Alcino, qui n’avait pas été enregistré par la direction du club auprès de la fédération. Ayant pris connaissance de cette erreur, Comercial fit appel et la Fédération n’eut pas d’autre choix que d’annuler la victoire et les points acquis par Taubaté. Ce genre d’erreur administrative arrive parfois dans le football (en 1996, Paris faillit ne pas se qualifier face au Steaua pour une raison similaire. S’il n’avait pas rectifier le tir au match retour, le club de la capitale n’aurait pas accédé à la Ligue des Champions cette année-là. Comme quoi l’amateurisme ne se trouve pas uniquement dans les clubs brésiliens de seconde division).

Tout comme Paris, cette défaite sur tapis vert n’était pas sans conséquence pour Taubaté. Le tournoi de seconde division débuta en 1954 avec 19 équipes concourant dans 3 poules. A l’issue de cette phase, un nouveau championnat était organisé avec les deux premiers de chaque poule pour déterminer les équipes qui accéderaient à la première division. Après un investissement important dans l’équipe, Taubaté réalisa une première partie de championnat quasi-parfaite (15 points sur 20 possible) et s’imposa comme un candidat sérieux à la montée. La phase finale débuta contre Comercial le 1er mai 1955. La victoire 6-3 semblait donc idéal pour lancer la campagne d’accession de Taubaté … sans la négligence des dirigeants. Le journaliste Thomaz Mazzoni de Gazeta Esportiva caricatura le club sous la forme d’un âne. A côté de cette âne, deux personnage se moquaient de l’animal. L’un des personnages qualifia le club de Burro da Central tandis que l’autre déclarait « clube que ganha no campo e perde na secretaria é…burro » (un club qui gagne sur le terrain et perd au secrétariat est… idiot). Au final, Taubaté ne parvint pas à monter en première division. Malgré cet épisode tragique pour le club et l’ironie associée à l’âne, les supporteurs s’approprièrent le surnom. Enfin pas tous car certains racontent à leurs rejetons que l’origine du surnom est la présence d’ânes à côté du stade du club, que parfois on entendait braire lors des matchs.

Enfin, le terme Central ne vient pas de la localisation de la ville. Certes, Taubaté se situe à une position stratégique, quasiment au milieu des deux plus importantes villes du Brésil (Saõ Paulo et Rio de Janeiro), et entre l’océan Atlantique et les montagnes. Mais, ici, le journaliste faisait allusion à la compagnie de chemin de fer, Estrada de Ferro Central do Brasil, qui était l’un des principaux réseau ferré du Brésil, reliant les provinces de Rio de Janeiro, São Paulo et Minas Gerais. La gare de Taubaté était desservie par ce réseau.

#539 – FC Libourne : les Pingouins

Un beau pingouin s’affiche sur l’écusson du club mais son apparition comme emblème demeure une inconnue. Heureusement les versions ne manquent pas. D’ailleurs, ce pingouin serait en réalité un manchot, ce qui expliquerait la première version. Dans ces premières années comme après la Seconde Guerre mondiale, le club partageait le stade (le terrain municipal Plince ou le Stade de la Plante) avec les équipes de rugby locale, ce qui engendra une certaine rivalité entre l’ovalie et le ballon rond. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, des rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole.

Cette version ne plait pas à tout le monde et d’autres préfèrent avancer une filiation avec le Racing Club de France. En 1936, peu de temps après sa création, les membres fondateurs voulaient placer le club sous d’heureux auspices. A cette époque, le Racing Club de France était un club dominant du football français et qui venait de réussir l’exploit de faire le doublé Coupe-Championnat. Résultat, les dirigeants sollicitèrent le parrainage du club francilien et l’obtinrent. L’emblème du Racing était un pingouin que le club girondin reprit donc à son compte.

Comme « jamais 2 sans 3 », une troisième version fit son apparition. Au tout début, le club évoluait sur un terrain qui était un vrai champ de patates. Lors d’un jour d’hiver, en découvrant le terrain gelé, les adversaires auraient dit « Mais sur cette banquise, on va jouer contre des pingouins ! ». L’animal serait resté.

#529 – Goiás EC : O Clube dos 33

Le club des 33. Comparativement aux autres États du Brésil, le football s’installa plus tardivement dans l’État de Goiás. Les deux premiers clubs de football fondés dans l’État le furent dans les villes desservies par le chemin de fer de Mogiana, soit la ville de Catalão et celle de Pires do Rio. Ainsi, le Clube Recreativo e Atlético Catalano apparut en 1931 et le Pires do Rio Futebol Clube en 1935. D’autres clubs émergèrent dans les années 30. En 1939, le besoin de structurer cet environnement sportif bouillonnant mais naissant se fit sentir et la fédération régionale de football fut créée. Dans ce mouvement, le Goiás EC se forma encore plus tardivement, le 6 avril 1943.

Sa naissance, poussée par les frères Carlos et Lino Barsi, se fit humblement, sur le trottoir, sous les lumières d’un vieux réverbère. D’autres clubs dans la ville de Goiás existaient déjà (Goiânia Esporte Clube (1936) et Atlético Clube Goianiense (1937)). Résultat, si sa naissance se fit sous un réverbère, les plus anciens clubs de la région faisaient de l’ombre à ce nouveau venu. Sans argent, au structure modeste, sans résultat sportif, Goiás était un petit club, qui n’attirait pas les foules. Ses rivaux commencèrent donc à le surnommer péjorativement O Clube dos 33 pour signifier que Goiás ne comptait que 33 supporteurs, les 33 fondateurs. Pendant ses 20 premières années d’existence, les seuls éclaires de génie de Goiás venaient de son attaquant Tão Segurado qui joua de 1954 à 1961 pour le club. En 1956, il réussit à terminer meilleur buteur du championnat de l’État avec 22 buts et dédia cette performance aux fameux « 33 fans » du club. Dix ans plus tard, Goiás remporta son premier titre et ainsi commença la saga qui ferait de lui aujourd’hui la plus grande équipe de football de l’État. Goiás fit alors du terme, qui était une plaisanterie, une fierté et le nombre 33 est un symbole fort du club.

#515 – Panathinaïkos Athènes : οι βάζελοι

La traduction du terme n’est pas aisée mais je me risquerai pour « les vaseux ». Ce surnom est attaché aux supporteurs du Pana et se comprend au regard de celui attribué aux fans du club de l’Olympiakos, les anchois (cf #452). Pour rappel, le Panathinaïkos entretient une rivalité de longue date avec l’Olympiakos, l’affrontement entre les deux équipes étant surnommé le « Derby des éternels ennemis ». En octobre 2014, la BBC nomma ce match comme le derby le plus important d’Europe et en septembre 2019, le Daily Mirror le classa comme le cinquième derby le plus important au monde. Il s’agit des deux équipes leaders en Grèce, tant en termes de titres et de distinctions, qu’en termes de nombre de supporters qui les suivent. Cette rivalité s’exprime dans les différentes sections sportives de ces deux clubs omnisports et ses racines remontent aux années 1920, à l’époque où ils commençaient déjà à dominer tant au niveau local que national. Surtout, cette opposition était symptomatique dans le temps des clivages sociaux et culturels entre les deux régions.

En effet, la rivalité entre ces deux monstres grecs résume la lutte des classes. Les deux clubs furent pourtant fondés par des membres de la bourgeoisie des deux villes (Athènes et le Pirée). Olympiakos comptait parmi ses fondateurs un directeur du bureau de poste, un officier de l’armée, un avocat, un notaire, un courtier en bourse et surtout, les Andrianopoulos, une riche famille de marchands. Les racines du Panathinaïkos se situaient dans le cœur de la capitale, parmi les athlètes issus des classes de la petite bourgeoise. Pourtant, rapidement, leurs bases de supporteurs se distinguèrent. Club de la riche capitale, le Panathinaïkos était identifié aux classes moyennes et supérieures. L’aura de l’Olympiakos trouva écho parmi la nombreuse classe ouvrière du port du Pirée (pauvres pêcheurs et dockers). Ainsi, les victoires de l’Olympiakos étaient vues comme la revanche des classes laborieuses et l’expression de leur mépris pour les classes les plus aisées.

Or, les bourgeois d’Athènes prenaient le temps de faire attention à leur apparence. Seulement le gel n’était pas disponible et les jeunes urbains d’Athènes mettaient alors de la vaseline dans leurs cheveux. Cette vaseline donna le surnom et peut-être aide-t-elle les supporteurs du Pana à mieux accepter le palmarès impressionnant du rival … D’ailleurs, selon la légende, lors d’un match qui se déroula dans la première moitié des années 1960, les fans de l’Olympiakos auraient badigeonnaient le banc des joueurs ou les places des fans du Panathinaïkos avec de la vaseline. Désormais, la différence de classe entre les supporteurs des deux rivaux n’existe plus vraiment puisque les deux clubs ont pris pied dans toutes les classes sociales des habitants de la Grèce.

#499 – Juventus Turin : la Vecchia Signora

La vieille dame. L’attribution de ce surnom remonterait aux années 1930. Si l’explication la plus logique et souvent avancée concerne le fait que la Juventus est l’un des doyens, d’autres origines existent également.

Si des jeux similaires au football ont été pratiqué en Italie avant le XIXème siècle, la variante moderne (et connu aujourd’hui) aurait été introduite en Italie dans les années 1880 par un ouvrier marchand de l’industrie textile britannique, Edoardo Bosio. Ce dernier avait visité l’Angleterre (il travaillait dans l’ usine textile Thomas & Adams à Nottingham) et découvert le football. Revenu à Turin, il diffusa le football dans son pays natal, en créant le club du Torino Football and Cricket Club en 1887. Turin était donc le berceau du calcio. Un autre club turinois suivit en 1889, Nobili Torino. Les clubs se multiplièrent alors dans la capitale piémontaise (FBC Torinese en 1894) mais également dans les autres villes marchandes du nord-ouest italien, ayant tissé des liens commerciaux avec l’Angleterre (Genoa CFC en 1893). Fondé à l’automne 1897, la Juventus n’est donc pas le plus ancien club de Turin et de la péninsule italienne mais la plupart des clubs plus anciens disparurent rapidement après leur création. Finalement, des clubs nés avant la Juventus, il ne reste aujourd’hui que le Genoa. Cette « vieille dame » saluerait donc son ancienneté.

Club certainement le plus supporté en Italie, son emprise sur le football italien suscita également de la jalousie et les adversaires ne manquèrent pas de se moquer. Ainsi, « vieille dame » pourrait aussi être un jeu de mot avec le nom du club. En effet, Juventus signifie en latin « jeunesse » et donc l’attribution du sobriquet vieille serait ironique.

Par ailleurs, de 1930 à 1935, la Juventus remporta 5 titres d’affilé de Champion d’Italie. Pour ce faire, la direction fit confiance à des anciens, ie des joueurs trentenaires, du nom de Gianpiero Combi, Virginio Rosetta, Umberto Caligaris, Giovanni Vecchina, Luis Monti et Raimundo Orsi. Cette équipe de « vieux » aurait donc inspiré le surnom.

Enfin, en 1923, la famille Agnelli, propriétaire du constructeur automobile FIAT, basé à Turin, racheta le club de la Juventus. À cette époque, la classe ouvrière appelait l’élite et les hommes d’affaires riches du pays « vecchios signores » (les vieux monsieurs) et pour cette raison, la Juventus qui appartenait à la famille bourgeoise Agnelli hérita de ce surnom. Mais, ce surnom est féminisé, comme d’ailleurs de nombreux sobriquets de la Juventus. La raison est simple. Le football dans les années 20 et 30 étaient une affaire d’hommes. Les supporteurs de la Juve aimait alors tellement le club que ce dernier était devenu en quelque sorte leurs moitiés, leurs amantes. C’était leur femme .

Ce surnom de Vieille Dame est parfois moqué par les supporteurs adverses puisque dans différentes régions d’Italie, les femmes qui possèdent des bordels et des clubs d’hôtesses sont connues sous le nom de « vecchias signoras » .

#458 – Górnik Zabrze : Żabolami

Les grenouilles. Ce surnom donné à l’équipe 14 fois champion de Pologne résulte d’un jeu de mot, d’une association de sonorité. En effet, les habitants de la ville de Zabrze se nomment zabrzańscy mais auparavant le gentilé était zabrscy. Pour les supporteurs adverses, la prononciation comme l’orthographe du mot était alors proche de celui de żabol, qui signifie grenouille. Ce surnom qui aurait pu être moqueur fut finalement accepté par les fans du Górnik. L’un des principaux groupes de supporteurs du club, du nom de Torcida, n’hésite pas à le reprendre sur leurs autocollants, bannières ou écussons. Enfin, pour une parfaite information, Zabrze provient du protoslave et son étymologie désigne un établissement situé derrière des arbres, soit un fossé derrière un fourré. Certains dérivés ou termes associés précisent même la présence d’un cours d’eau dans cette zone boisée. Peut-être que dans cet environnement, des grenouilles se sentiraient comme chez elle.

#452 – Olympiakos Le Pirée : γαύρος

Les anchois. Autant le dire tout de suite, ce surnom, attribué aux supporteurs de l’Olympiakos par ceux du Panathinaïkos, n’est pas flatteur. L’objectif est clairement de se moquer des rouge et blanc. Le Pirée est situé à 8km au Sud-Ouest d’Athènes et est connu pour être le plus grand port maritime de Grèce et l’un des plus importants du bassin méditerranéen. Exploité dès l’antiquité, le port voyait transiter en 2019 près de 5 millions de conteneurs, devenant le premier en Méditerranée, et 17,4 millions de passagers. Au début des années 1920, les habitants du Pirée travaillaient donc principalement au port. L’Olympiakos devint donc le représentant de cette nombreuse classe laborieuse du port même si lors de sa fondation, les membres étaient plutôt issus de la petite bourgeoise (Olympiakos comptait parmi ses fondateurs un directeur du bureau de poste, un officier de l’armée, un avocat, un notaire, un courtier en bourse et surtout, les Andrianopoulos, une riche famille de marchands). A l’opposé, les racines du Panathinaïkos se situaient dans le cœur de la capitale, parmi les athlètes issus des classes de la petite bourgeoise, et en tant que représentant de la riche capitale, le Panathinaïkos était identifié aux classes moyennes et supérieures. Cette distinction sociale fut le marqueur initial de la rivalité entre les deux clubs.

Les fans du Panathinaïkos ont donc souhaité ramener ceux de l’Olympiakos à leur condition en prenant l’anchois, petit poisson, pullulant en Méditerranée et pas vraiment renommé, comme symbole. Selon la légende, en 1965, lors d’un derby, les supporteurs du Panathinaïkos accueillirent ceux de l’Olympiakos, avec des anchois, volés dans des filets ou entrepôts (selon les versions) qui se trouvaient dans le port du Pirée. A un journaliste du magazine anglais FourFourTwo, un supporteur du Panathinaïkos indiquait « la majorité des fans de l’Olympiakos ont des mères qui sont des prostituées qui travaillent près du port. Leurs pères sont de jeunes marins qui ont couché avec une prostitué ». Mais, ce surnom au goût douteux n’est pas la propriété des fans du club athénien. En Juin 2014, la demi-finale retour de la Coupe de Grèce opposant le PAOK à l’Olympiakos démarra avec 75 minutes de retard, les supporters du club de Thessalonique ayant pris soin en plus des traditionnels fumigènes d’adresser de nombreux anchois morts sur le banc des visiteurs. Poésie quand tu nous tiens …

Une autre version, beaucoup moins populaire, est parfois citée. Au début du XXème siècle, des milliers d’enfants pauvres venaient au Pirée pour tenter de trouver un espoir ou des moyens de subsistance. Dès l’âge de 6 ans, ils travaillaient dans les usines textiles et les huileries entre autres et vivaient dans des conditions difficiles (en dormant dans des caisses vides sur le port ou dans les bateaux de pêches). On les appelaient communément χαμίνια (gamins) ou αλητόπαιδες (clochards) mais les journalistes n’aimaient pas ces termes et les surnommèrent de manière plus « romantique » γαβριάς, mot dérivant de Gavroche, l’enfant pauvre des rues parisiennes rendu célèbre par Victor Hugo dans « Les Misérables ». Par la suite, γαβριάς devint γάβρος (gavros), le terme utilisé aujourd’hui pour caractériser les supporteurs de l’Olympiakos.

Le surnom ne déplut pas aux fans de l’Olympiakos qui se l’approprièrent. Il faut dire que quelque soit son origine, il possède une double étymologie. En effet, γαύρος dérive aussi des termes γαυριάς qui désigne ceux qui se vantent (le substantif γαυρίαμα signifie arrogance) et se pavanent à propos de leur bravade ainsi que de leurs performances sexuel. En Grec ancien, le verbe γαυριαω signifiait se vanter, se glorifier.

#451 – Ipswich Town FC : the Tractor boys

Les garçons du tracteur. Les supporteurs britanniques ont été longtemps résumés aux hooligans, certains actes ne donnant pas tord à cet apriori. Toutefois, le fan anglais sait aussi magner l’ironie et l’auto-dérision. La preuve avec Ipswich. Le club portait plusieurs surnoms assez traditionnels et usuels (Blues, Town) au début des années 2000. Mais, à cette époque, les supporteurs s’approprièrent un nouveau surnom, qui était au départ une moquerie. Les origines exactes demeurent floues mais le fond de l’histoire reste le même. Lors d’un match de football (pour certain, c’était face à Birmingham City, pour d’autres face à Leeds), les fans adverses narguaient les supporteurs d’Ipswich. Dans la version de Leeds, Ipswich remporta le match face à Leeds 2 buts à 1. Les supporteurs de Leeds se mirent à chanter « We’re being beaten by a bunch of tractor drivers » (Nous sommes battus par une bande de conducteurs de tracteurs). Dans l’histoire avec Birmingham, les supporteurs de City chambraient en chantant « Oooh-arr, oooh-arrr ». Cet interjection est typique du dialecte imaginaire du Mummerset, une contrée factice qui synthétise le pire ou le plus ironique de l’arrière pays rustique anglais (une sorte de péquenaudland). Cette langue (et surtout accent) fictive du Mummerset, basée sur les vrais caractéristiques des dialectes de la campagne anglaise, est souvent utilisée pour caractériser et se moquer ces régions paysannes. Mais, pas fâchés par cette comparaison, les fans d’Ipswich leur répondirent « one-nil to the Tractor Boys » (1 zéro pour les Tractor Boys), vu que leur équipe menait au score.

Pourquoi cette référence aux tracteurs ? Ipswich est certes une ville portuaire mais elle est surtout situé dans le comté du Suffolk, connu notamment pour son agriculture. 290 000 hectares sont exploités aujourd’hui dans le Suffolk, soit le cinquième des terres agricoles de l’est de l’Angleterre. Les cultures comprennent le blé, l’orge, la betterave sucrière, le colza, les haricots et les graines de lin. Grâce à cette production, le port d’Ipswich est le plus grand exportateur de céréales du pays. Côté élevage, 20% de la production nationale de porc et de volaille provient du Suffolk. Plus de 8 200 personnes sont employés dans les fermes du comté. L’importance continue de l’agriculture dans le comté se reflète dans le Suffolk Show, un des principaux salons agricoles d’Angleterre qui se tient chaque année en mai à Ipswich. Fiers de leurs origines agricoles, les supporteurs reprirent donc ce surnom à leur compte. Cette image collait bien également à leur équipe qui au début des années 2000, lors de leur remontée dans l’élite, était composé de joueurs anglais au pédigré limité. Or, Ipswich affrontait à ce moment des ogres illustres et aux moyens plus importants.

#415 – KV Mechelen : de Kakkers

Les cacas. Le surnom n’est évidemment pas flatteurs et fut donné aux supporteurs du club de Malines. En 1904, des étudiants de 3 écoles catholiques différentes (l’internat Saint-Victor d’Alsemberg, l’Université de Louvain et le collège Saint-Rombout) se réunirent pour créer un club afin de pratiquer leur sport favori, le football. Puis, le 28 janvier 1906, le club s’affilia à la fédération belge de l’URBSFA et le club élit à la tête de son conseil d’administration le chanoine, Francis Dessain. Le club était alors définitivement associé au mouvement catholique. A l’inverse, l’autre club de la ville, le Racing Mechelen, représentait plutôt celui de la classe moyenne de gauche.

Dans les années 20, lors des derbys, les supporteurs du Racing surnommèrent péjorativement ceux du KV les kakkers, en faisant un « jeu de mot » entre katholieke (catholique) et kakker (caca). Cette version paraît la plus probable mais ce n’est pas la seule. Les autres histoires sont en revanche bien plus drôles.

Dans l’une, un ancien président du KV Mechelen portait un chapeau haut de forme quand il venait assister au match. Puis, il s’asseyait sur son chapeau en guise de chaise, le long du terrain. La scène fut immortalisée par un photographe qui publia l’image dans les journaux le lendemain. Evidemment, les lecteurs imaginèrent tous la même chose : le président du KV faisait caca.

Dans l’autre histoire, nous sommes plus proche de la blague que de la légende mais elle mérite d’être raconté. Les deux clubs furent fondés en 1904 et s’affilièrent à la fédération en 1906. Lors de l’affiliation, un numéro unique d’identification était attribué au club et ceux-ci étaient simplement donnés dans l’ordre de la date d’affiliation. Le représentant du KV Mechelen se présenta à la fédération mais s’en alla aux toilettes faire la grosse commission. Pendant ce temps, celui du Racing arriva et affilia le club. Aujourd’hui, le Racing a le numéro matricule 24 tandis que le KV a le matricule 25.

Quelque soit la véritable raison de ce surnom, comme souvent, les supporteurs, dont il était censé se moquer, se l’approprièrent et en sont aujourd’hui fiers, au point d’organiser une campagne dénommée « kakken for life » (caca pour la vie) où étaient vendus des rouleaux de papier toilette aux couleurs du club.

#409 – Peñarol Montevideo : Manyas

Terme difficilement traduisible mais dont voici l’histoire. Tout est lié avec le joueur uruguayen Carlos Scarone, d’origine italienne et dont toute la famille supportait Peñarol. Scarone joua pour le CURCC (ancêtre de Peñarol). Avant-centre agressif et techniquement brillant, Scarone composa avec un autre jeune joueur, Jose Piendibene, un formidable duo d’attaque qui conduisit Peñarol au titre de champion en 1911. Tenté par une aventure à l’étranger et un beau salaire, Scarone signa pour Boca Juniors en Argentine en 1913. Au bout d’une année, après une maladie contractée en Argentine, il rentrât au pays. Il eut alors deux offres : une de Peñarol et une autre, du club rival de Nacional. Seulement, le second lui offrit des émoluments nettement supérieurs au salaire proposé par Peñarol et également beaucoup d’attention. Scarone n’hésita pas longtemps. Sa famille fut déçu et, lors d’un repas de famille, Carlo Scarone justifia son choix pécunier en déclarant: « ¿ A qué me iba a quedar ?¿ A mangiare merda ? » (pourquoi y aller [à Peñarol] ? pour manger de la merde ?). Cette phrase mélangeant italien et espagnol (le terme mangiare était un mot italien) était typique de la communauté italienne d’Uruguay. Et l’expression « mangiare merda » se contracta et s’espagnolisa pour devenir manyas. Les manyas étaient donc des mange merde.

Quelques mois plus tard (le 26 juin 1914), Carlos Scarone et le Nacional jouèrent le derby face au Peñarol. Ce dernier le remporta 2-1. Pendant tout le match, le milieu de Peñarol, Manuel Varela, empêcha Carlos Scarone de développer son jeu qui lui répondit par des coups de pieds. Excédé, Carlos Scarone déclara avec mépris à son adversaire : « Jueguen ustedes que son unos manyas » (jouez, vous êtes des mangeurs de merde). Sa prestation fut si décevante que le journal « La Razón » écrivit sur Scarone : « jugó más mal que los demás. Se cayó 22 veces en el partido, cuando podía jugar la pelota. Es malo caerse » (Il a joué moins bien que les autres. Il est tombé 22 fois dans le jeu, alors qu’il pouvait jouer le ballon. C’est mauvais de tomber). A la fin du match, le père de Carlos Scarone, qui assistait au match dans les gradins et avait supporté son club de toujours, Peñarol, célébra la victoire et répondit à son fils « perche no juega ahora usted que no es manya » (et pourquoi vous ne jouez pas maintenant puisque vous n’êtes pas des mange merde »).

Par la suite, ce terme désobligeant fut revendiqué avec fierté par les supporteurs de Peñarol. Il signifie maintenant que la fidélité et l’attachement inconditionnel au Peñarol est plus fort que les aspects économiques. Cette mésaventure ne perturba pas Carlos Scarone qui évolua avec le maillot du Nacional pendant 13 saisons (jusqu’en 1927). Il fut huit fois champion d’Uruguay avec Nacional, marquant 152 buts en 227 matchs disputés. Il fut également champion d’Amérique avec l’équipe uruguayenne en 1917 et 1920.