#378 – FC Bâle : RotBlau

Les rouges et bleus. En lisant l’article #200, on apprend que le club catalan aurait choisi ses couleurs rouge et bleu sous l’influence de l’un de ses fondateurs, Hans-Max Gamper, citoyen suisse et passionné du FC Bâle où il évolua. Si cette version est vrai (le FC Barcelone défend une autre idée), la question maintenant est de savoir pourquoi le club suisse choisit ces deux couleurs qui lui donna son surnom. Roland Geldner publia dans le journal Basler Nationalzeitung dans son édition du 12 novembre 1893 une annonce proposant l’idée de créer une équipe de football et invitant toute personne intéressée à se retrouver le mercredi suivant à 8h15 au restaurant Schuhmachern-Zunft. Onze hommes (des membres d’un club d’aviron, une poignée d’universitaires et un journaliste sportif) répondirent à l’annonce et se réunirent donc pour fonder le Fussball Club Basel le 15 novembre 1893. Les couleurs du club furent le rouge et le bleu dès le premier jour. Les membres venant du Basler Ruder-Club, association fondée en 1884 et dont les couleurs étaient (et sont toujours) le rouge et le bleu, proposèrent de reprendre ses couleurs. Dans le col du maillot actuel le cri de guerre des supporteurs, il est inscrit « Rot isch unseri Liebi, Blau die ewigi Treui, Basel unseri Stadt » (Rouge est notre amour, Bleu notre éternelle loyauté, Bâle notre ville).

#367 – Widzew Łódź : Czerwona Armia

L’armée rouge. Le club polonais joue en rouge depuis sa fondation. Le 24 janvier 1922, le Parti Socialiste Polonais fonda un nouveau club à Łódź, le Robotnicze Towarzystwo Sportowe Widzew Łódź (l’Association Sportive des Travailleurs Widzew Łódź), sur les ruines d’un club ouvriers créé en 1910, par des employés de l’usine textile Heinzel and Kunitzer Cotton Products, dans le quartier populaire de Widzew. La ville de Łódź était un grand centre de production textile entre le XIXème siècle et les années 1990, ce qui conduisit la population à passer de 13 000 habitants en 1840 à plus de 500 000 en 1913. Juste avant la Première Guerre mondiale, Łódź était devenue l’une des villes industrielles les plus densément peuplées au monde (avec 13 280 habitants par km). Les idées socialistes se diffusèrent donc rapidement et avec enthousiasme au sein de la classe ouvrière de la ville et le Parti Socialiste y développa un bassin d’adhérents importants. Avec ce club, il souhaitait « propager la culture physique et l’exercice corporel parmi les masses ouvrières ». Comme une émanation du Parti Socialiste, la couleur rouge s’imposa donc naturellement. D’autant plus que le précédent club ouvriers, qui s’arrêta avec la Première Guerre Mondiale, évoluait également en rouge. En 1913, le terme czerwoni (rouge) était déjà utilisé par la presse pour évoquer l’équipe de football de Widzew. En 1914, la presse locale qualifiait aussi les spectateurs du Widzew, les czerwonymi (les rouges), et parfois également les biało-czerwonymi (les blancs et rouges). Aujourd’hui, les termes de czerwona armia (l’armée rouge), czerwoni (les rouges) et czerwono-biało-czerwoni (les rouges-blancs-rouges) sont généralement utilisés come synonyme du Widzew Łódź.

#358 – Eskişehirspor : Kırmızı Şimşekler

L’éclair rouge. En 1963, l’Académie des Sciences Commerciales d’Eskişehir bat l’Université Ege 6-0 en finale du championnat universitaire. Après le match, un observateur demanda à Nafiz Yazıcıoğlu, l’entraineur de l’équipe « Madem elinizde böyle bir kadro var niye 2. Lig’e katılmıyorsunuz ? » (Avec une telle équipe, pourquoi ne rejoignez-vous pas la seconde division ?). L’idée fit son chemin et 3 clubs de la ville, İdman Yurdu, Akademi Gençlik et Yıldıztepe, finirent par fusionner en 1965 pour donner naissance à Eskişehirspor. Pour rendre hommage au 3 clubs, Aziz Bolel, président-fondateur, ajouta 3 étoiles au blason du club. En revanche, pour choisir les couleurs du club, Nafiz Yazıcıoğlu, proposa de retenir le rouge et noire. Pour cela, il s’inspira de celles du Stade Rennais qui venait de remporter en 1965 la Coupe de France, son premier trophée national.

#354 – CSKA Moscou : красно-синие

Les rouge et bleu. Les origines du CSKA Moscou remonte à l’Empire Russe avec la section football ouverte en 1911 par Обществе любителей лыжного спорта (Société des Amateurs de Sports de Ski), abrégé en OLLS. Lors du premier match officiel, qui eut lieu le 14 août 1911 contre l’équipe de Vega, les joueurs de l’OLLS jouèrent avec des maillots bleus foncés et des shorts blancs, aux couleurs du club mère. Ces couleurs demeurèrent jusqu’en 1938. Pourtant, entre temps, les « actionnaires », le nom comme le blason du club changèrent profondément.

Suite à l’avènement de l’Union Soviétique, les anciens structures sportives, telles que OLLS, furent dissoutes et les infrastructures et les joueurs furent repris au sein de nouvelles entités liées à des sociétés étatiques ou des syndicats ouvriers. Ainsi, souhaitant développer la formation générale et militaire des pré-conscrits ainsi que la récupération physique des soldats de l’Armée Rouge, cette dernière intégra l’ancien OLLS en son sein. A ce moment, le blason du club changea pour afficher une étoile rouge sur fond bleu. Puis, lors du dixième anniversaire de l’Armée Rouge, le 23 février 1928, la Maison Centrale de l’Armée Rouge vit le jour, où le club emménagea dès le mois de mai suivant et prît à partir de là le nom CDKA (Центральный дом Красной армии – Maison centrale de l’Armée Rouge). Le bleu du blason disparut pour laisser la place à la couleur or, qui va durer jusqu’en 1951. Pourtant, en 1938, quand le club choisit définitivement ses nouvelles couleurs, il opta pour le rouge et bleu. Le rouge était évidemment une référence directe à l’Armée Rouge. En revanche, la raison du bleu est inconnue. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Les dirigeants ont peut-être souhaité conserver la principale couleur du club depuis ses origines et qui, à un moment, apparaissait sur le blason au côté du rouge. Le bleu était également assez répandu dans le football et ceci peut-être influa sur le choix.

En tout cas, les couleurs ne furent pas figées pour l’éternité. Lorsque le CSKA était dirigé par l’entraineur Konstantin Beskov (saison 1961-1962), l’équipe des militaires jouait le plus souvent en blanc. Et au milieu des années 60, un uniforme noir s’imposa lors de quelques matchs. De la fin des années 1970 au début des années 1990, les joueurs du CSKA évoluaient principalement dans des maillots rouges avec des shorts blancs … les couleurs de son rival du Spartak. Depuis lors, le club est revenu à ses couleurs traditionnelles du rouge et bleu.

#347 – Caracas FC : el Rojo

Le rouge. L’un des plus beaux palmarès du football vénézuélien évolue en maillot rouge, ce qui donna son surnom à l’équipe. Pourtant, à la création du club en 1967, le club opta pour un maillot blanc, un short bleu marine et des chaussettes blanches. Toutefois, comme deuxième uniforme, les fondateurs choisirent un maillot rouge, un short blanc et des chaussettes blanches, les couleurs dans lesquelles évoluait l’équipe nationale). Jusqu’en 1989, le club oscilla entre les ligues amateurs et quelques percées vers les ligues de seconde et première division. Toutefois, à la fin des années 80, les problèmes financiers persistaient qui conduisit à la vente du club au Docteur Guillermo Valentiner, ce donna un coup de pouce important à la structuration et l’essor du club. Le Docteur Guillermo Valentiner, propriétaire du laboratoire pharmaceutique Vargas, créa une structure dénommée Organización Deportiva Cocodrilos qui racheta l’équipe de basket de Caracas, qu’il dénomma Cocodrilos de Caracas, et le club de football du Caracas FC. Il décida d’unifier les couleurs des deux clubs vers le rouge. Pourquoi le rouge ? Selon la légende, Docteur Guillermo Valentiner était un fan du Bayern Munich. L’autre surnom du club est los Rojos del Ávila (les rouges d’Ávila), Ávila étant le massif montagneux qui domine la ville de Caracas.

#340 – CA Newell’s Old Boys : Rojinegros

Les rouges et noires. Le club qui rapatria Diego Maradona après ces derniers déboires européens et qui lui permit de participer à la Coupe du Monde 1994. Des anciens étudiants du Colegio Comercial Anglicano Argentino qui souhaitaient poursuivre le football qu’ils apprirent au collège fondèrent le club en 1903. Le directeur de l’école, l’immigrant anglais, Isaac Newell, avaient importé le football à Rosario. En son honneur, le club prit son nom. Les couleurs du club furent également influencées par la famille Newell, dont le fils, Claudio Lorenzo Newell, faisait parti des membres fondateurs. Le rouge représentait la couleur du drapeau anglais, patrie de Isaac Newell, tandis que le noir, la couleur du drapeau allemand, les parents de sa femme, Katherine Gertrude Dodd, étant allemand.

#329 – AFC Bournemouth : the Cherries

Les cerises. Cette année, il est vrai que le club essaye de se refaire la cerise en Championship après avoir été relégué de Premier League la saison précédente suite à une erreur de la goal-line technology lors du match face à Aston Villa. Mais, l’origine de son surnom remonte à bien plus loin que cette épisode malheureux. Deux explications s’affrontent.

La première fait référence à la couleur rouge du maillot qui fait penser à ce fruit. Le maillot a évolué entre 1899 et aujourd’hui. Jusqu’en dans les années 1920, le club portait des maillots similaires à Southampton ou Sunderland, ie un maillot rayé verticalement rouge et blanc avec un short bleu. Puis, le club changea pour un maillot rouge et blanc, dans le style d’Arsenal. Pendant toutes les années 60, les joueurs portèrent un maillot intégralement rouge. Puis au début des années 70, le noir apparaît au côté du rouge dans un maillot de nouveau rayé verticalement. Retour au rouge intégrale au milieu des années 70. Puis, finalement, à compter de 1990, le club opta pour un maillot noir et rouge, principalement à rayures verticales, le rouge s’étant même foncé. Au final, le maillot changea mais la couleur rouge resta toujours et de façon dominante.

La seconde version installe l’origine de ce surnom en 1910. La famille Cooper-Dean accorda au club un bail emphytéotique sur des terrains vagues à côté de Kings Park. Le nouveau stade du club, nommé Dean Court, y fut construit et demeure encore aujourd’hui l’enceinte de Bournemouth. Selon la légende, ces terrains étaient situés près d’un vergers de cerisiers.

#309 – Espérance Sportive de Tunis : الدم و الذهب

Les sangs et ors. Le plus grand club tunisien évolue dans un maillot rayé sang et or, accompagné souvent d’un short noir. Toutefois, lors de sa première année d’existence, les joueurs portaient un maillot rayé certes, mais vert et blanc. L’Espérance Sportive fut fondé le 15 janvier 1919. A cette époque, la Tunisie se trouvait sous protectorat français et la création d’association sportive par les populations autochtones était un moyen de résistance, le porte drapeau du nationalisme. Ainsi, le Club Africain et l’Etoile du Sahel, les deux autres grands clubs du pays, optèrent à leur création pour les couleurs rouge et blanches, en référence au drapeau national. Mais, l’Espérance choisit le vert et blanc et la raison est inconnue. J’avancerai que dans ce contexte d’affirmation nationaliste, le choix du vert et blanc pouvait mettre à l’honneur les couleurs de l’Islam. Une autre façon d’être nationaliste. Toutefois, un an plus tard, les maillots du club changèrent et passèrent au rouge et jaune. Deux légendes s’affrontent pour la raison de ce troque. La première invoque un concours de circonstances. Suite à une pénurie persistante de maillots verts, les dirigeants en cherchèrent de nouveaux et dénichèrent un stock aux couleurs sang et or. Les joueurs portèrent ces nouvelles couleurs au match suivant et gagnèrent la partie, convainquant la direction de les conserver. L’autre histoire, plus admise, rappelle que lorsque le Dr Chadli Zouiten, dentiste et joueur, rejoignit l’équipe en 1920, il apporta avec lui les équipements de l’équipe scolaire du Tunisia Football Club. En effet, cette association venait d’être dissoute et les managers se partagèrent les biens. Chadli Zouiten récupéra les maillots rouge et jaune et en fit donc don à l’Espérance. Or, de meilleur qualité, notamment plus chaud, ces maillots convainquirent la direction et les joueurs de les adopter définitivement. 100 ans plus tard, ces couleurs sont toujours celles du club.

#274 – CA Independiente : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Les diables, les rouges, les diables rouges sont indistinctement utilisés comme surnom pour Independiente. Et tous ces surnoms proviennent d’une histoire de style de jeu. Fondé en 1904, les premières équipes jouaient avec un maillot blanc et bleu, équipement hérité d’un club disparu. Mais, en 1908, le club anglais de Nottingham Forest réalisa une tournée en Argentine et affronta la meilleure équipe argentine de l’époque, Alumni. Cette dernière reçut une raclée (défaite 6-0). Dans les travées du stade, le président-fondateur d’Independiente, Arístides Langone, fut impressionné par le jeu des anglais ainsi que leur maillot rouge. Cette admiration l’amena à prendre la décision d’équiper Independiente avec des maillots similaires. Une autre légende raconte que ces maillots reflétaient le climat politique en Argentine à cette époque. où le socialisme et la gauche s’éveillaient. En tout cas, ce sont peut-être ces maillots rouges qui inspirèrent le jeu offensif du club en 1926. En cette année, le club remporta la Copa de Competencia de Primera División et le Campeonato de Primera División en alignant une ligne d’attaque composée de Manuel Seoane, Luis Ravaschino, Zoilo Canavery, Alberto Lalín et Raimundo Orsi. Le journaliste Hugo Marini, du journal Crítica décrivit ces attaquants comme des armes létales pratiquant un jeu diabolique. Un style unique qui les distingua des autres équipes et c’est pourquoi Marini les baptisa Los Diablos Rojos.

#257 – Sevilla FC : Rojiblancos

Les rouges et blancs. Ville portuaire, la ville entretenait des liens économiques forts avec le Royaume-Uni. Outre les liaisons maritimes, ces liens existaient au travers des usines où des entrepreneurs anglais avaient investis et où des ouvriers anglais avaient immigrés. Une des compagnies maritimes anglaises se dénommait MacAndrews et dont le co-propriétaire était Edward Farquharson Johnston, vice-consul britannique à Séville. Comme souvent à cette époque, cette immigration anglaise importa ses coutumes dont le football. En 1890, Edward Farquharson Johnston participa, aux côtés de jeunes espagnoles de descendance anglaise, à la fondation du club qui servira plus tard de base pour la création officielle du FC Séville. Le capitaine des premières années étaient l’écossais Hugh Mac-Coll, qui travaillait en tant qu’ingénieur pour la grande fonderie locale. En 1895, ce dernier rentra en Angleterre pour créer son entreprise à Sunderland, près du stade du club de football. En 1908, 3 ans après la fondation officielle du FC Séville, le club chercha de nouveaux maillots et demanda à l’un de ses membres anglais, John Wood, également capitaine du SS Cordova, bateau de la MacAndrews, de s’en procurer auprès de Sunderland, qui était un club phare du championnat anglais. Hugh Mac-Coll fut alors un intermédiaire pour faciliter l’échange avec le club de Sunderland. C’est ainsi que le rouge et blanc devient les couleurs du club andalous.

Une autre hypothèse est avancée concernant ce choix de couleurs. Dans le quartier supérieur gauche de l’écusson du club, apparaît 3 personnages. Le Roi Ferdinand III de Castille entouré de Saint Isidore et Saint Léandre, deux archevêque de la ville du VIIème siècle. Ferdinand III marqua profondément l’histoire de l’Espagne médiévale. D’une part, mort dans la ville en 1252, il délivra Séville et une grande partie de la péninsule ibérique du joug maure. D’autre part, son influence politique fut considérable, notamment en unifiant définitivement les royaumes de Castille et de León, en 1230. Ses armes reprenaient alors celles de ces deux royaumes et dont les principales couleurs était le gueules (rouge) et l’argent (blanc). Le club aurait voulu lui rendre hommage en reprenant ses couleurs.

Comme le maillot est rayé, il n’y a pas d’ordre dans les couleurs. D’où le surnom s’inverse également en blanquirrojos (les blancs et rouges).