Les cigognes. L’écusson du club de La Haye acceuille en son centre une cigogne depuis sa fondation en 1905. L’oiseau est indissociable du club et surtout de la ville. Car les fondateurs avaient simplement repris la cigogne qui figurait sur les armoiries de la ville.
En 1814 les Pays-Bas devinrent un royaume et chaque municipalité était tenue d’établir des armoiries. La Haye choisit en 1816 une cigogne « de couleur naturelle (blanche et noire) marchant, tenant dans son bec une anguille de zibeline (noire) » sur un fond de couleur or. Pourtant, le plus ancien sceau connu de la ville (27 mars 1307) représentait un château à 3 tours, celle du milieu étant plus haute que les deux autres, flanquée de chaque côté d’un groupe d’arbres. Cette imagerie (qui évolua en un corps de garde surmonté d’une tour) continua d’apparaître sur les sceaux jusqu’au XIXème siècle. Toutefois, à la fin du XVIème siècle, la cigogne tenant une anguille s’incrusta sur le sceau. D’abord, en bas dans l’embrasure du portail des tours puis de part et d’autre. Car, à cette époque, une autre armoirie apparait, la fameuse cigogne, seule en scène avec son anguille accompagnée de fleurs et d’herbes. Elle figura sur la grande cloche du clocher de la Grote Kerk (Grande église) qui date de 1541 (plus vieille représentation connue). Puis ces mêmes armoiries se distinguèrent sur un tableau représentant le Hofvijver (un lac au centre de La Haye) et ses environs immédiats, datant de 1553. Derrière, la cigogne s’imposa sur les publications municipales, sur les jetons du conseil, à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments administratifs, ainsi que sur les plans de la ville.
Mais, personne ne sait réellement pourquoi la cigogne devint la mascotte de La Haye. Il est vrai que la municipalité fut longtemps entourée de prairies, de tourbières et de marais qui constituaient un paradis pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la cigogne. Mais, pas plus que dans les autres régions des Pays-Bas côtiers. La raison la plus probable est que l’oiseau était considéré comme porte-bonheur. En vieux bas-allemand, le mot pour cigogne (odevare) signifiait littéralement « qui apporte la chance ».
L’oiseau trouva vite une place particulière à La Haye. Au XIVème siècle, des états comtaux de compte montraient des dépenses pour construire et entretenir des aménagements destinés à recevoir des nids de cigognes. Sur des gravures du XVIème siècle, ce même type d’aménagements apparait sur le Ridderzaal (la salle des chevaliers du château du Binnenhof) et la Gevangenpoort (la prison). Les comptes de la ville de 1586 faisait état d’une dépense de deux livres et treize shillings versée au marchand de poisson Jan Gerritz pour l’achat de 3 500 anguilles au profit des cigognes. Il ne s’agissait pas d’une attention ponctuelle puisque on retrouve ce même type d’achat en 1798 (6 mois de poisson et de paille pour les cigognes pour 10 florins). Des cigognes étaient également apprivoisées (leurs ailes étaient coupées) et leur présence au marché aux poissons permettait d’assurer la propreté des lieux. La municipalité engagea donc des gardiens spécialement chargés des cigognes. Cette tradition se perpétua jusqu’au début du XXème siècle.
Le folklore populaire s’empara de l’histoire. Une légende raconte qu’une cigogne aurait péri dans les flammes en tentant de sauver ses oisillons lors d’un incendie sur le toit de la Ridderzaal, poussant les habitants impressionnés à l’immortaliser dans les armoiries. Enfin, une blague souligne avec ironie que le caractère des habitants de La Haye ressemble à l’oiseau : « hoog op de poten en een grote bek » (hauts sur pattes (sous-entendu : un peu prétentieux) et avec une grande gueule).
