#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.