#1438 – Hokkaido Consadole Sapporo : コンサ

Consa. Il s’agit du diminutif du nom du club, Consadole. Comme la quasi-totalité des clubs japonais, l’institution de Sapporo naquit dans le monde de l’entreprise avant de prendre son indépendance avec sa professionnalisation, au moment de l’établissement de la ligue japonaise, J-League. Cette transition de l’ancien vers le nouveau monde s’accompagnait d’un changement de nom, afin de marquer la naissance du nouvel environnement footballistique japonais. En effet, les organisateurs de la J-League avait compris que pour attirer des fans, il fallait que ces derniers puissent s’identifier à leurs clubs. Leurs noms devaient donc reprendre leurs lieux de résidence accolés à un surnom et ne plus afficher leurs liens avec l’entreprise mère, auquel les fans auraient montré moins d’affection.

Consadole fut fondé en 1935 au sein de l’entreprise électronique Toshiba, sous le nom de Toshiba Horikawacho FC. Basée à Kawasaki, préfecture de Kanagawa, et surtout lieu où se situe le siège de Toshiba, le club monta lentement les échelons du football japonais. En 1977, il remporta le Championnat du Japon de football amateur, ce qui lui permit de s’inscrire à la deuxième division nationale. En 1989, le club accéda enfin pour la première fois de sa longue histoire à l’élite nationale. Bien qu’ayant enregistré des résultats honorables en première division, l’institution ne prit pas le train de la J-League à sa création en 1992. En effet, Kawasaki comptait deux clubs professionnels en mesure d’intégrer la J-League : Toshiba et Verdy (cf. #1354). Les dirigeants de Toshiba considérèrent que les capacités économiques de la ville ne permettraient pas à deux clubs de vivre et prirent l’option de faire déménager leur équipe en 1996 à Sapporo, sur l’île d’Hokkaido, qui recherchait depuis quelques années à accueillir une équipe de football professionnelle.

Toshiba comprit qu’il fallait suivre l’exemple de la direction de la J-League et que pour ancrer le club parmi les habitants de Sapporo, son nom devait revendiquer son identité locale. L’option la plus simple fut de créer le mot-valise Consodale (コンサドーレ). Il résulte de la combinaison de « consado », l’inverse du mot japonais « Dosanko » (道産子) qui signifie « habitants d’Hokkaido » et de l’expression espagnole « Olé » . D’un côté, il était clair que le club était celui des habitants de la région et de l’autre il était porté par une ferveur latine, capable d’emporter les fans. Pour la mascotte, le Grand-duc de Blakiston, un hibou particulièrement présent à Hokkaido, fut retenu. L’équipe se fondait alors dans la culture locale pour en devenir son représentant.

#1437 – Grêmio Porto Alegre : Imortal Tricolor

L’Immortel Tricolore. L’institution brésilienne, basée dans le sud du pays, ne se contente pas d’arborer un palmarès vertigineux ; elle porte également un surnom qui impose le respect à ses adversaires : Imortal Tricolor (l’Immortel Tricolore). Loin d’être une simple trouvaille marketing, ce surnom puise ses racines dans la poésie, la culture régionale et une série d’exploits sportifs défiant toute logique.

Pour comprendre la genèse de l’Immortel, il faut remonter à l’année 1953. Le club, fondé en 1903, s’apprêtait alors à célébrer son cinquantième anniversaire. À cette occasion, le journal « Diário de Notícias » confia au célèbre compositeur brésilien Lupicínio Rodrigues, figure majeure de la musique populaire et fervent supporter du Grêmio, de créer un nouvel hymne officiel. Lupicínio ne cherchait pas seulement à écrire une chanson entraînante ; il voulait mettre en valeur la ferveur inébranlable de ses supporters (ce qui favorisa l’adoption de l’hymne par les fans). Dans l’un des couplets, il rédige ces mots devenus légendaires :

« Cinquenta anos de glória, Tens imortal tricolor. Os feitos da tua história, Canta o Rio Grande com amor. » (Cinquante années de gloire, Tu es l’immortel tricolore. Les exploits de ton histoire, Le Rio Grande les chante avec amour.)

Evidemment, la longévité du club (50 ans) et sa résilience (notamment d’avoir survécu aux premières années d’existence où il était difficile de pratiquer un sport sans moyen financier et à l’aura encore limitée) justifiaient le terme « immortel » . Mais, Lupicínio fut surtout inspiré par un évènement particulier : les grèves des transports à Porto Alegre. Malgré les difficultés logistiques et les intempéries, les supporters marchaient de longues heures pour voir jouer leur équipe, prouvant que l’amour pour le club ne pouvait s’éteindre. L’hymne débute d’ailleurs par « até a pé nós iremos » (même à pied nous irons).

Il est vrai que le club cultive une culture particulière. Le Grêmio est situé dans l’État du Rio Grande do Sul, au Sud du pays. Inspirés par leurs voisins uruguayens et argentins (et leurs fameuses barras bravas), les fans du Grêmio affichent une grande détermination et soutiennent avec vigueur leur équipe. Cette ferveur est plus forte que dans les autres villes du pays et s’est traduite sur le terrain. En effet, les joueurs du Grêmio suivent une philosophie de jeu basée sur l’engagement physique, la combativité et le refus catégorique de la défaite. Cet état d’esprit parmi les fans et les joueurs s’appelle alma castelhana (l’âme castillane).

Sur le terrain, ce surnom a pris toute sa dimension, particulièrement entre 1981 et 1983. Tout commença en 1977 quand, à l’issu d’une finale haletante, le Grêmio mit fin à l’hégémonie de son rival, l’International, dans le championnat gauchão (le championnat de l’État du Rio Grande do Sul). Après deux nouveaux titres régionaux, l’équipe accéda au graal national en remportant le championnat brésilien en 1981. Puis, suivit le titre continental (Copa Libertadores) en 1983 et quelques mois après la couronne mondiale (Coupe Intercontinental face à Hambourg). Au-delà des titres, l’identité de l’équipe de Grêmio se construisit dans des victoires âprement disputées. Avec un style de jeu physique et intense, elle démontra sa ténacité à toute épreuve et sa capacité à retourner des situations délicates, donnant lieu à des matchs d’une tension émotionnelle extrême. Elle devint alors l’Esquadrão Imortal (l’escouadre immortelle).

Le surnom l’Immortel n’est donc pas une simple expression d’arrogance sportive. Il est le fruit d’une conjonction parfaite entre l’inspiration d’un poète dans les années 1950, l’identité combative du peuple gaucho, et la capacité presque surnaturelle du club à renverser des situations désespérées. Le tricolor ajouté fait évidemment référence au maillot bleu, blanc et noir du club dont les origines sont expliquées ici #23.

#1436 – Nottingham Forest : the Garibaldis

En référence au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi. Le club de l’Est des Midlands évolue dans des maillots rouges depuis sa fondation. S’il existe plusieurs versions pour expliquer ce choix de couleur, la plus connue fait référence aux troupes de volontaires de Garibaldi qui étaient dénommées les camicia rossa (chemise rouge) car elles portaient des chemises rouges (cf. #430). Pour comprendre cette filiation inattendue entre un club anglais et un révolutionnaire italien, il convient d’explorer l’Angleterre victorienne et l’admiration que celle-ci vouait à Giuseppe Garibaldi.

Après avoir connu l’exil et une première révolution en Uruguay, Garibaldi revint en Europe et en 1860, parvint à libérer son peuple de l’oppression des Espagnols et des Autrichiens. Pendant des siècles, la péninsule avait été une cohabitation de petits royaumes et de cités-États et Garibaldi fut un des artisans de l’unification. Homme militaire et politique, il devint alors en Europe un mythe équivalent au Che Guevara du XXème siècle et sa réputation traversa rapidement la Manche. En Grande-Bretagne, il séduisit l’establishment car il avait humilié les ennemis de la Grande-Bretagne. Tout comme les classes ouvrières dont il représentait le champion qui luttaient pour obtenir des droits fondamentaux aux opprimés. Cette admiration se transforma en une véritable « Garibaldimania » . Rendez vous compte qu’à l’époque des produits dérivés (tasses, assiettes, choppes, figurines en porcelaine) à son effigie inondaient le marché britannique. Pour l’honorer, son nom fut donné à des biscuits aux raisins secs, également à une sauce en Ecosse ainsi qu’à un cheval de course. L’Écosse produisit une sauce Garibaldi. L’apogée de ce phénomène fut sa visite à Londres en Avril 1864. Selon le quotidien « The Spectator », à son arrivée, la foule était si dense qu’il fallut 5 heures à sa calèche pour effectuer le trajet entre la gare de Nine Elms et son lieu de résidence, Stafford House.

Nottingham ne résista pas à cette vague. Une fanfare de la ville prit son nom en 1860 et un an plus tard, une conférence eut lieu pour relater ses aventures. Ce fut donc dans ce contexte qu’en 1865, un groupe de jeunes hommes fonda Nottingham Forest. Leur première décision aurait été d’acheter douze casquettes à gland de couleur rouge Garibaldi. Ce choix ne fut pas anodin car il influença d’autres clubs. Nottingham donna sa couleur rouge à Arsenal où joua deux de ses anciens joueurs. Arsenal inspira à son tour le club tchèque du Sparta Prague (cf. article #134). Nottingham détermina aussi la couleur du club argentin d’Independiente (cf. article #274).

#1435 – Cruz Azul : la Máquina Celeste

La machine céleste. Bien que cela pourrait paraître vrai pour ses fans, l’équipe de Cruz Azul ne descend pas du ciel. Mais, il n’en demeure pas moins que Cruz Azul est indéniablement l’une des institutions les plus prestigieuses et historiques du football mexicain. Cette réputation s’est notamment forgé au cœur des années 1970 lorsque l’équipe domina le football mexicain.

À la fin des années 1960 et tout au long de la décennie 1970, Cruz Azul imposa une domination sans partage sur le championnat mexicain, en remportant 7 titres de champion (dont trois titres consécutifs), deux titres de Campeón de Campeones et trois Coupes des champions de la CONCACAF. Cette période dorée fut accompagnée par un changement majeur pour le club. Jusqu’en 1971, il évoluait dans la petite ville industrielle de Jasso. Conscient du potentiel sportif et commercial de l’équipe, la direction prit la décision de déménager le club à Mexico pour évoluer dans le majestueux Stade Aztèque. Ce changement d’envergure permit à Cruz Azul d’attirer des foules immenses, de gagner une visibilité nationale sans précédent et de s’implanter au cœur du pouvoir footballistique mexicain.

Mais, ce fut avant tout sur le terrain que tout se décida. Sous la direction d’entraîneurs de légende comme Raúl Cárdenas, et avec une génération dorée composée notamment de Miguel Marín, Javier Guzmán, Héctor Pulido, Fernando Bustos et Ignacio Flores, l’équipe développait un jeu direct d’une efficacité redoutable. Elle semblait alors une machine bien huilée, lancée à pleine allure et écrasant avec précision et puissance ses adversaires. Selon la légende, le commentateur sportif Ángel Fernández aurait alors commencé à les appeler la Máquina lors de ses retransmissions passionnées, et les supporters l’apprécièrent tellement qu’ils l’adoptèrent immédiatement. Certes, ce surnom rappelait la domination de l’équipe mais, pour les supporteurs, il faisait également écho aux racines et à l’histoire du club. En effet, le club fut fondé en 1927 par les ouvriers de la cimenterie Cooperativa La Cruz Azul dans la ville de Jasso. Ces derniers empruntaient régulièrement la ligne de chemin de fer reliant Jasso à la ville de Mexico au travers de « puissantes » locomotives. Comme le club qui déménagea de Jasso à Mexico et qui semblait être une locomotive impossible à faire dérailler.

Evidemment, l’autre bout du surnom, Celeste, fait référence à la couleur du maillot. Lors de ses premières années dans le monde professionnel, le Cruz Azul arborait un bleu roi, une teinte plutôt sombre. Cependant, à l’aube de son ère de domination, l’institution adopta une nuance de bleu beaucoup plus claire, rappelant la couleur du ciel. Cette teinte caractéristique, connue sous le nom de bleu céleste (azul celeste en espagnol), est rapidement devenue indissociable de l’identité visuelle de l’équipe.

#1434 – TSV Hartberg : die Blau-Weiß

Les bleu et blanc. Fondé en 1946, le club évolua longtemps dans les ligues régionales en réalisant quelques coups en Coupe d’Autriche, faisant sa réputation. Puis, en 2018-2019, Hartberg accéda enfin à l’élite autrichienne et depuis il s’y est solidement installé. Les amateurs de football associent immédiatement ce club de Styrie à ses traditionnelles couleurs Blau-Weiß (Bleu et Blanc) dont l’origine plonge dans l’héraldique municipale et l’influence de la haute aristocratie autrichienne.

Lors de la fondation officielle du club, le 29 avril 1946, les fondateurs actèrent le choix du bleu et du blanc. Les statuts expliquaient que ces teintes rendaient hommage à l’ancien écusson historique de la commune. Pourtant, les armoiries officielles de la ville de Hartberg n’ont jamais arboré un simple motif bleu et blanc. Le blason de la cité représente une scène religieuse traditionnelle et hautement colorée : Saint Martin (le Saint patron de la ville) à cheval, coupant son manteau pour en offrir la moitié à un mendiant. Le Saint porte un pourpoint rouge, un pantalon assortie, un manteau vert doublé de jaune et des bottes brunes garnies d’hermine et se trouve sur un fond aux couleurs autrichiennes (3 bandes horizontales rouges et blanches). Ces armoiries n’ont été accordées officiellement que le 31 Octobre 1947 mais les armes représentant St Martin et un mendiant figurent déjà sur des sceaux du XIVème et dans l’armorial de Zacharias Bartsch de 1567. Toutefois, d’une date inconnue jusqu’en 1947 (avec le rétablissement de St Martin), les armoiries de la ville étaient différentes et affichaient un aigle noir sur fond jaune, à l’image des armes du Saint Empire Romain Germanique. Elles s’inspiraient de la famille noble von Paar qui régna sur la ville à compter du milieu du XVIème siècle.

Comment expliquer, dès lors, la justification des fondateurs de 1946 alors que les armoiries de la cité n’avaient pas de bleu et de blanc ? La réponse se trouve très probablement dans l’ombre d’une des plus puissantes dynasties d’Autriche : la famille von Paar. Originaire d’Italie (sous le nom de Pari), cette lignée noble s’établit dans les territoires autrichiens au XVIème siècle et s’éleva rapidement au rang de comtes, puis de princes du Saint-Empire. L’immense fortune et l’influence politique des Paar reposaient sur un monopole stratégique : la gestion des postes impériales. Nommés General-Erbpostmeister (Maîtres généraux héréditaires des postes), ils contrôlaient pendant des générations les communications de la monarchie des Habsbourg.

Mais, avant d’obtenir cette immense fortune, la famille von Paar (Johann Baptist von Paar en l’espèce) s’établit à Hartberg et acquit le Château (Schloss Hartberg) en 1571. Même si, avec leur montée en puissance, la famille se déplaça dans son palais viennois et délaissa leur résidence d’Hartberg, les Paar régnèrent sur ce domaine et marquèrent la vie locale pendant plus de quatre siècles, ne revendant le château à la ville qu’en 1981. En raison de cette omniprésence séculaire, les symboles de la famille Paar s’essaimèrent sur les monuments de la ville. On retrouve notamment leurs marques sur la célèbre colonne de Marie (Mariensäule), érigée au cœur de la cité dans les années 1670. Alors, à quoi ressemblait le blason de la famille ? Divisé en 4 quarts, deux comportaient l’aigle noir sur fond jaune (qui donna les armoires de la ville) et les deux autres comportaient des rayures bleues et ors. Elles résultaient des unions de la famille von Paar avec d’autres maisons car le blason initiale des Paar n’intégraient que les fameuses rayures bleues et ors ou bleues et argents. Il arrivait souvent que ces couleurs s’échangeaient au fil des reproductions.

Ainsi, en 1946, dans une Autriche en pleine reconstruction et où la ville d’Hartberg restait meurtrie des atrocités nazis, les fondateurs du TSV Hartberg voulaient créer un club apolitique avec un ancrage local fort. Face à la profusion de blasons et de symboles de la famille von Paar dans la ville, ils en reprirent les couleurs. Toutefois, je prendrai comme hypothèse que le symbole de l’Aigle devait certainement trop rappeler les heures sombres récentes du pays et les fondateurs préférèrent retenir les rayures.

#1433 – OFC Nessebar : Делфините

Les dauphins. Loin des appellations guerrières ou industrielles que l’on retrouve si souvent dans les championnats d’Europe de l’Est, le choix de ce surnom relève d’un ancrage géographique, historique et culturel profond. Pour comprendre le lien intime qui unit ce club de football au cétacé, il convient de plonger dans l’héritage millénaire d’une ville intrinsèquement liée aux flots.

Nessebar n’est pas une simple bourgade côtière ; c’est un véritable musée à ciel ouvert, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Érigée sur une presqu’île rocheuse s’avançant de manière spectaculaire dans la Mer Noire, l’ancienne cité thrace, autrefois nommée Mesembria, s’est développée comme une colonie grecque incontournable, puis comme un carrefour maritime byzantin de premier plan. Depuis plus de trois millénaires, la mer est nourricière, protectrice et source de rayonnement commercial pour la région. Les navigateurs, les pêcheurs et les marchands ont forgé l’identité de la cité que l’on surnomme la Perle de la Mer Noire. Aujourd’hui, la côte est devenue renommée pour ses plages et sa station balnéaire de Slantchev Briag (la côte du soleil). En adoptant un emblème marin, le club de l’OFC Nessebar s’inscrit donc dans la continuité directe de cette tradition maritime séculaire.

Les eaux qui baignent la presqu’île de Nessebar abritent des espèces spécifiques de dauphins. On y observe principalement le grand dauphin de la mer Noire (Tursiops truncatus ponticus) ainsi que le dauphin commun à bec court (Delphinus delphis ponticus), une sous-espèce endémique particulièrement menacée et protégée. Ces mammifères marins escortent les navires au large des côtes bulgares depuis l’Antiquité. Mais, si le cétacé peut apparaître sympathique, il présente des qualités qui peuvent inspirer des footballeurs. Ils symbolisent l’intelligence et la cohésion (les dauphins évoluent, communiquent et chassent en groupe, à l’image d’une équipe parfaitement soudée autour d’un plan de jeu) et sont agile et rapide (capables d’accélérations soudaines et de changements de direction fulgurants, ils rappellent la fluidité technique des meilleurs attaquants). Enfin, puissants et gracieux, les dauphins symbolisent un football tourné vers le mouvement et l’élégance.

En définitive, le surnom des Делфините est l’affirmation d’un ADN. Lorsque les joueurs de l’OFC Nessebar foulent la pelouse, ils représentent le souffle de la mer Noire, le dynamisme d’un écosystème marin fascinant et l’immense fierté d’une cité historique.

#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).

#1431 – 1. FC Schweinfurt 05 : Schnüdel

Les joueurs et les supporters de Schweinfurt sont connus dans tout l’Allemagne sous l’appellation de Schnüdel. Ce terme, dont la signification échappe souvent même aux locaux, trouve son origine dans l’histoire matérielle du sport. Fondé le 5 mai 1905, le 1. FC Schweinfurt 05 est une institution historique du football bavarois, situé dans la région de la Basse-Franconie, à Schweinfurt, une ville industrielle mondialement réputée pour sa production de roulements à billes. Le club maintient une forte identité locale. Pourtant, contrairement à l’hypothèse fréquente selon laquelle leur surnom proviendrait d’une référence porcine (en faisant allusion au groin ou la vessie d’un porc), l’origine du mot schnüdel est intimement liée à l’évolution technologique du ballon de football.

Pour comprendre ce surnom, il faut se pencher sur la fabrication des équipements sportifs du début du XXème siècle. Avant l’invention de la valve moderne qui permet aujourd’hui de gonfler un ballon avec une simple aiguille, le système de rétention d’air était auparavant rudimentaire et contraignant. Le ballon était composé d’une enveloppe en cuir épais, laissée ouverte sur une fente. A l’intérieur, une vessie en caoutchouc était insérée et gonflée à la bouche ou à la pompe, puis son extrémité devait être tordue, pliée et solidement ficelée pour retenir l’air. Cette extrémité nouée était ensuite repoussée à l’intérieur de l’enveloppe en cuir, qui était enfin refermée à l’aide d’un lacet en cuir très rigide. Cette zone de fermeture, où se concentraient le cuir, les lacets et le nœud de la vessie, formait une protubérance particulièrement dure. En allemand, cette extrémité était appelée le zipfel. Dans le dialecte de Basse-Franconie, on la nommait le schnüdel.

Cette protubérance dure pouvait engendrer des blessures pour les footballeurs quand leurs pieds ou têtes rencontrait cette zone lors d’une frappe ou un coup. Mais, c’est dans un autre sport où le schnüdel fit le plus de dégât : le fistball. Très populaire durant les années 1920 dans les pays germanophones, le fistball est un sport d’équipe se jouant sur gazon, qui présente des similitudes avec le volley-ball. Deux équipes s’affrontent de part et d’autre d’un filet. Le but est de renvoyer la balle dans le camp adverse, le ballon ayant le droit de rebondir une fois au sol entre chaque touche. La particularité majeure réside dans la frappe : le ballon ne peut être touché qu’avec le poing fermé ou l’avant-bras. Frapper de toutes ses forces un ballon en cuir lourd avec le poing nu constituait déjà un défi physique. Mais lorsque le point d’impact correspondait au schnüdel, les conséquences étaient immédiates pour les sportifs (Mains écorchées et hématomes et bleus sur les avant-bras). En outre, en tapant sur cette zone, le ballon adoptait des trajectoires qui n’étaient pas celles souhaitées. Que des désavantages.

Ces blessures à répétition poussèrent un habitant de Schweinfurt à trouver une solution. En 1920, Fritz Stöcklein, un sportif accompli, cofondateur du club de ski de la ville, et membre actif du 1. FC Schweinfurt 05, où il pratiquait le football et le fistball, inventa le premier ballon sans lacet. Il fabriqua une valve anti-retour à base de laiton, qui pouvait être vissée dans la balle en caoutchouc située sous le cuir. Le laçage de la vessie comme du cuir extérieur devenait alors superflu. La disparition du schnüdel fut un soulagement pour les joueurs mais ne permit pas à son inventeur de faire fortune. S’il déposa un brevet dans plusieurs pays d’Europe, il revendit son invention à la fabrique d’articles de sport et de raquettes à neige « Gutkind & Einstein » de Nuremberg. Son gain fut malheureusement vite englouti dans l’inflation galopante de l’Allemagne de l’entre-deux guerre. Si le lacet a disparu, le terme a lui survécu pour devenir le surnom du club.

#1430 – FC Zlín : Ševci

Les cordonniers. Un surnom plutôt singulier dans le paysage du football, loin des aigles, des lions ou des démons habituels. Il s’explique par l’importance de l’industrie de la chaussure qui façonna Zlín. Le village de Zlín apparaît dans l’histoire en 1322, lorsque la Reine de Bohême, Élisabeth Ryksa, l’acheta et en fit don au monastère de Brno. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, avec ses 3 000 habitants, Zlín ne différait guère des autres gros village de la région. Puis, un évènement majeur se déroula en Septembre 1894 qui changea pour toujours l’histoire de Zlín : la fondation de la société de fabrication de chaussures, Bat’a.

Après un séjour à Lynn aux Etats-Unis, réputé depuis le XVIIème siècle pour son industrie de la chaussure et des tanneries, les frères et sœurs Anna, Antonín et Tomáš Baťová fondèrent à Zlín leur première usine de chaussure, sous le nom d’ « Antonín Baťa » (qui devint la société « T & A Baťa » en 1900 puis enfin Bat’a en 1931). Grace aux commandes de bottes par l’armée austro-hongroise, l’entreprise prit rapidement un essor incroyable. Dès 1910, la production annuelle atteignait 10 000 paires et l’usine comptait déjà 4 000 ouvriers. Elle intégrait également une cantine, une révolution pour l’époque, qui fut suivi par la construction des premiers logements pour les employés en 1912. L’entre-deux guerre renforça le système Bat’a (basé sur le taylorisme et le fordisme, un partage des profits et des pertes avec les ouvriers, la constitution d’une épargne). L’entreprise démontra sa flexibilité et sa résilience (face aux crises de 1922-1923 et 1929-1933) et prit le virage de l’internationale (Bat’a s’implanta dans une dizaine de pays). A la fin des années 1930, il employait 29 500 personnes en Tchécoslovaquie, produisait plus de 35 millions de paires de chaussures, soit près de 78 % de la production totale du pays, et agissait dans plus de 30 secteurs (banque, chimie …). Ce développement de l’usine poussa celui de la ville et la façonna. Entre 1921 et 1930, la population de l’actuelle agglomération passa de 14 470 à 34 348 habitants. Patron visionnaire et maire de la ville en 1923, Tomáš Bat’a s’attela à la construction d’une ville moderne en impulsant son style architectural à son usine comme aux édifices pour la municipalité (hôpital, école, logements, magasins, cinéma, infrastructures de transport). Il développa le concept de cité-jardin et la construction type reposait sur un squelette en béton armé rempli de briques. Le bâtiment le plus emblématique de cette époque est le gratte-ciel « Jednadvacítka », haut de 77,5 mètres, qui abritait alors le siège social de Bat’a. Après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste nationalisa l’entreprise Bata qui poursuivit son activité sous le nom Svit tandis que la famille Bat’a poursuivit le développement du groupe avec ses filiales à l’étranger. En 1980, Svit employait plus de 20 000 personnes et produisait plus de 20 millions de paires de chaussures. Mais, après l’effondrement du communisme puis d’un de ses principaux créanciers, Svit ne put faire face aux évolutions du secteur. Aujourd’hui, l’activité de chaussure perdure avec la société Vasky mais s’est fortement réduite.

Avec la vision de Tomáš Bat’a, l’emprise de Bat’a sur Zlín s’étendit aussi sur les activités culturelles et sportives. Fondé en 1919, le FC Zlín perdit son premier terrain et se tourna alors vers la société Bat’a qui lui loua un terrain pour 5 couronnes par an. Ce fut le début de la collaboration entre les deux entités qui entraîna un changement de nom pour SK Bat’a Zlín en 1924. Après la nationalisation des usines au lendemain de la guerre, et dans un pays communiste où les organisations sportives étaient liées aux grandes administrations ou entreprises, l’entreprise d’Etat Svit poursuivit la collaboration avec le club de football qui s’appela alors Svit Gottwaldov puis Svit Zlín. Evidemment, au delà de ce sponsoring, une large partie des membres comme des supporteurs provenaient des usines de chaussures.

#1429 – CA Atlanta : los Bohemios

Les bohémiens. S’il y a bien une ville qui respire, transpire le football, c’est Buenos Aires. Chaque quartier a son équipe, voire ses clubs qui le représentent fièrement. Je vous propose de découvrir l’une de ses associations, moins connues que Boca Junior, Racing ou River Plate mais qui constitue l’essence du quartier de Villa Crespo : le CA Atlanta. Leur surnom ne traduit pas la présence d’une forte communauté gitane et n’a rien à voir avec un mode de vie d’artiste ou de musicien de rue. Il raconte plutôt l’histoire d’une lutte acharnée pour la survie et la quête d’un foyer.

Le 12 octobre 1904, une bande de jeunes passionnés fonda le CA Atlanta, au domicile du marchand Elías Sanz, situé au 1119 rue Alsina, dans le quartier de Montserrat (qui se situe pas à côté de Villa Crespo). À cette époque, le football argentin commençait à peine à émerger et si votre club n’était pas soutenu par une institution scolaire ou une entreprise (dans les deux cas, qui comptait une communauté britannique favorable à la pratique de ce sport), vous étiez alors sans le sou et donc sans moyen. Pas de ballon, pas de maillot et encore moins de terrain. Le tout jeune CA Atlanta faisait parti de ces clubs offrant des conditions précaires à ses membres pour pratiquer leur sport favori. Incapables de s’offrir un terrain permanent, ses joueurs et dirigeants devaient louer des parcelles de manière temporaire, au gré de leur moyen ou des souhaits du propriétaire. Ainsi, pendant les deux premières décennies de son existence, le club fut contraint de mener une vie nomade.

L’équipe joua d’abord sur un terrain vague situé à l’angle des rues Juan Bautista Alberdi et Escalada, dans le quartier de Villa Luro, complètement à l’Ouest de la ville (quasiment à l’opposé de Montserrat). Toutefois, la pression immobilière et l’urbanisation galopante de Buenos Aires les chassèrent rapidement. Atlanta va alors régulièrement changer de terrain, entre 1904 et 1922, passant d’un quartier de la ville à l’autre. Ils s’installèrent brièvement dans la quartier de Floresta, puis migrèrent vers Parque Chacabuco (entre les rues Emilio Mitre et Tejedor, à l’emplacement actuel du parc), avant de devoir plier bagage pour Caballito. Les motifs de ces déménagements étaient toujours les mêmes : l’expiration d’un bail de location que le club n’avait pas les moyens de renouveler, des propriétaires qui vendaient les terrains pour y construire des logements, ou simplement l’incapacité financière à maintenir des clôtures et des tribunes en bois. En 1922, le club posa finalement ses valises de façon définitive dans le quartier de Villa Crespo, mettant ainsi fin à son errance. Le stade se trouvait au 470 de la rue Humboldt et fut inauguré avec un match contre River Plate. Dans les années 1950, les nouvelles réglementations de la fédération visant à renforcer la sécurité conjuguées aux problèmes structurels de son stade (il avait été fermé un certain temps en 1955) poussèrent le club à édifier un nouveau stade, sur un terrain adjacent acheté dans les années 1940. Inauguré le 5 juin 1960, le Stade Léon Kolbowski est encore le terrain de l’équipe d’Atlanta aujourd’hui.

Non seulement le club déménagea régulièrement de terrain à ses origines mais, en outre, cette instabilité géographique originelle les empêcha de s’enraciner culturellement dans un quartier. Aux yeux de la presse comme des supporteurs adverses, les joueurs d’Atlanta étaient alors des Bohemios. Et cette image ne les quitte pas. Puisque, si depuis 1922, Atlanta réside à Villa Crespo, on peut souvent entendre ses supporteurs dirent qu’Atlanta n’est pas Villa Crespo, mais Villa Crespo ne serait pas Villa Crespo sans Atlanta.