#1418 – ADO La Haye : de Ooievaars

Les cigognes. L’écusson du club de La Haye acceuille en son centre une cigogne depuis sa fondation en 1905. L’oiseau est indissociable du club et surtout de la ville. Car les fondateurs avaient simplement repris la cigogne qui figurait sur les armoiries de la ville.

En 1814 les Pays-Bas devinrent un royaume et chaque municipalité était tenue d’établir des armoiries. La Haye choisit en 1816 une cigogne « de couleur naturelle (blanche et noire) marchant, tenant dans son bec une anguille de zibeline (noire) » sur un fond de couleur or. Pourtant, le plus ancien sceau connu de la ville (27 mars 1307) représentait un château à 3 tours, celle du milieu étant plus haute que les deux autres, flanquée de chaque côté d’un groupe d’arbres. Cette imagerie (qui évolua en un corps de garde surmonté d’une tour) continua d’apparaître sur les sceaux jusqu’au XIXème siècle. Toutefois, à la fin du XVIème siècle, la cigogne tenant une anguille s’incrusta sur le sceau. D’abord, en bas dans l’embrasure du portail des tours puis de part et d’autre. Car, à cette époque, une autre armoirie apparait, la fameuse cigogne, seule en scène avec son anguille accompagnée de fleurs et d’herbes. Elle figura sur la grande cloche du clocher de la Grote Kerk (Grande église) qui date de 1541 (plus vieille représentation connue). Puis ces mêmes armoiries se distinguèrent sur un tableau représentant le Hofvijver (un lac au centre de La Haye) et ses environs immédiats, datant de 1553. Derrière, la cigogne s’imposa sur les publications municipales, sur les jetons du conseil, à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments administratifs, ainsi que sur les plans de la ville.

Mais, personne ne sait réellement pourquoi la cigogne devint la mascotte de La Haye. Il est vrai que la municipalité fut longtemps entourée de prairies, de tourbières et de marais qui constituaient un paradis pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la cigogne. Mais, pas plus que dans les autres régions des Pays-Bas côtiers. La raison la plus probable est que l’oiseau était considéré comme porte-bonheur. En vieux bas-allemand, le mot pour cigogne (odevare) signifiait littéralement « qui apporte la chance ».

L’oiseau trouva vite une place particulière à La Haye. Au XIVème siècle, des états comtaux de compte montraient des dépenses pour construire et entretenir des aménagements destinés à recevoir des nids de cigognes. Sur des gravures du XVIème siècle, ce même type d’aménagements apparait sur le Ridderzaal (la salle des chevaliers du château du Binnenhof) et la Gevangenpoort (la prison). Les comptes de la ville de 1586 faisait état d’une dépense de deux livres et treize shillings versée au marchand de poisson Jan Gerritz pour l’achat de 3 500 anguilles au profit des cigognes. Il ne s’agissait pas d’une attention ponctuelle puisque on retrouve ce même type d’achat en 1798 (6 mois de poisson et de paille pour les cigognes pour 10 florins). Des cigognes étaient également apprivoisées (leurs ailes étaient coupées) et leur présence au marché aux poissons permettait d’assurer la propreté des lieux. La municipalité engagea donc des gardiens spécialement chargés des cigognes. Cette tradition se perpétua jusqu’au début du XXème siècle.

Le folklore populaire s’empara de l’histoire. Une légende raconte qu’une cigogne aurait péri dans les flammes en tentant de sauver ses oisillons lors d’un incendie sur le toit de la Ridderzaal, poussant les habitants impressionnés à l’immortaliser dans les armoiries. Enfin, une blague souligne avec ironie que le caractère des habitants de La Haye ressemble à l’oiseau : « hoog op de poten en een grote bek » (hauts sur pattes (sous-entendu : un peu prétentieux) et avec une grande gueule).

#1417 – FC Politehnica Iași : Studenții

Les étudiants. Dans le paysage du football roumain, certains clubs portent leur histoire jusque dans leur nom et leurs symboles. C’est précisément le cas du FC Politehnica Iași, indissociable de ce surnom qui en dit long sur ses origines. En effet, ce qualificatif ne doit rien au hasard ; il plonge ses racines au cœur même de l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi din Iaşi (TUIASI), l’une des institutions académiques les plus prestigieuses du pays.

Le football fit son apparition dans la ville moldave de Iași en 1909 lorsqu’un match de démonstration fut organisé par le club polonais Pogoń Lwów lors d’un festival local. L’engouement pour ce nouveau sport prit rapidement et une ribambelle d’associations sportives virent le jour (Macaby Iași, fondé en 1921, Hakoah Iași en 1922, Concordia Iași, fondé en 1923, Victoria Iași, Textila MW, Șesătura Iași , Ateneul Tătărași Iași …). Mais, l’histoire du football à Iași prit un tournant décisif au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le 27 avril 1945, un groupe de professeurs et d’étudiants passionnés de sport décidèrent de fonder une association sportive au sein de l’École polytechnique de Iași. Initialement baptisé Sportul Universitar, le club changea rapidement de nom pour devenir le FC Politehnica Iași. Dès sa genèse, l’objectif était clair : allier l’excellence académique à la performance sportive. L’équipe était alors composée presque exclusivement d’étudiants de l’université, ce qui lui vaut immédiatement le surnom de Studenții. Le premier stade du club fut d’ailleurs construit à proximité immédiate des campus. Au fil des décennies, le club connut plusieurs fusions et refondations (notamment la restructuration de 2010 qui a donné naissance à l’entité actuelle), mais l’identité « Polytechnique » et le lien viscéral avec la communauté étudiante demeurent intacts.

Il faut dire que cette population estudiantine est encore nombreuse à Iași. L’histoire commença en 1813, lorsque l’ingénieur Gheorghe Asachi fonda la première école d’ingénieurs en langue roumaine, dédiée à la topographie et au génie civil. Vers 1835, l’école intégra l’Université de la ville. Puis, en mars 1937, suite à l’adoption de la loi sur l’éducation, l’enseignement technique supérieur (les sciences de l’ingénieur) fut retiré de la compétence de l’Université et fut délégué à la nouvelle école Polytechnique, qui prendra plus tard le nom de son fondateur spirituel. Aujourd’hui, l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi est un pôle universitaire moderne et dynamique, classé parmi les universités de recherche avancée et d’éducation de Roumanie. L’institution est composée de 11 facultés couvrant l’ensemble des spectres de l’ingénierie (architecture, science des matériaux, électronique, informatique, génie civil, etc.) et accueille chaque année plus de 13 000 étudiants.

#1416 – CD Toluca : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Fondé le 12 février 1917, le CD Toluca fait parti de l’histoire du football mexicain. Pas seulement car il s’agit d’un des plus vieux clubs du pays (qui est membre fondateur de la deuxième division mexicaine et la troisième équipe ayant disputé le plus de saisons en première division mexicaine). Sa réputation, la ferveur autour de lui, il l’a construit au fil des années en se constituant un magnifique palmarès, avec ses 12 titres de champion, le deuxième du pays. Les joueurs portent un maillot rouge qui naturellement pourrait être l’origine de son surnom. Mais, ce ne serait pas aussi évident et la vrai origine est totalement inconnue. Plusieurs versions existent.

Commençons par les deux versions les plus citées. Tout d’abord, dans les années 1920, l’équipe comptait dans ses rangs un joueur, Juan Albarrán, qui était surnommé el Diablo. Son sobriquet aurait alors déteint sur le club. Toutefois, à cette époque, les joueurs évoluaient dans les couleurs originelles du club : le bleu et le blanc. Finalement, vers 1930, le club adopta le rouge et le surnom devint los diablos rojos. L’autre version se déroule une vingtaine d’années plus tard. En 1953, le club accéda pour la première fois de son histoire (pour ne plus jamais la quitter) à la première division mexicaine. Son match inaugural eut lieu contre Atlante. Outre la victoire (2-1), la rencontre demeure dans les annales car, dans les tribunes, un supporteur de Toluca apparût grimé en diable. Cela plut aux fans comme à la direction du club et un an plus tard, la mascotte officielle du club fit sa première apparition sous la forme d’un diable. Le surnom était alors lancé.

Une autre théorie se rapporte à un jambon local. Dans les Portales (une sorte de centre commercial de 1836), une charcuterie fabriquait un jambon nommé Diable Rojo. Il était si apprécié que certains auraient assimiler leur engouement pour ce jambon à l’affection qu’ils portaient à leur équipe de Toluca. Cette version est moins connue mais comme Toluca est la capitale mexicaine du chorizo et des produits à base de porc, elle parait plausible.

Enfin, la dernière version repose sur la flore locale. A Toluca, on trouve des arbres dit árboles de las manitas (arbres à la main) qui se distinguent par leurs fleurs écarlates en forme de mains. Durant la période coloniale, les Espagnols appelèrent ces fleurs, les garras del diablo (griffes du diable) et décidèrent d’éradiquer cet arbre. Toutefois, un subsista dans le quartier de Huitzila et devint un symbole de la ville.

#1415 – General Caballero SC : el Matarife

Le boucher. Fondé le 6 septembre 1918, le club prit initialement le nom de Deportivo Meilicke, du nom de la famille des propriétaires d’une tannerie et fondateurs du club. Après avoir remporté le championnat de deuxième division en 1923 et pour sa première participation à l’élite en 1924, le club changea de nom pour General Caballero Sport Club. Cette nouvelle appellation rendait hommage à Bernardino Caballero, ancien président du Paraguay et l’un des principaux commandants de la guerre contre la Triple-Alliance (1865-1870). Dans un Paraguay qui se remettait difficilement de la guerre de la Triple-Alliance (où il perdit un tiers de son territoire et 50% de sa population) et confrontait à une forte instabilité politique, les clubs de sport se révélèrent souvent un catalyseur du patriotisme et une mode naquit de donner des noms en conséquence (Presidente Hayes #1259, 12 de Octubre FC …). Cette tradition n’était pas propre aux clubs paraguayens et se retrouve dans la plupart des pays sud-américains.

Au même moment du changement de nom, le 1er septembre 1923, l’une des plus grandes industries de transformation de viande au monde ouvrait officiellement ses portes à Zeballos Cué, la ville de résidence du club. Elle était la propriété de la multinationale Liebig’s Extract of Meat Company. En 1853, le chimiste allemand Justus von Liebig sauva la vie de la fille d’un de ses amis, avec un bouillon concentrant les principaux actifs nutritifs de la viande (l’extrait de viande). Après l’avoir développé pour les hôpitaux de Munich, von Liebig passa en mode industriel et créa en 1865 à Londres la société Liebig’s Extract of Meat Company. Cette dernière implanta sa première usine à Fray Bentos en Uruguay pour bénéficier des grands élevages bovins de la région. En 1898, Liebig’s étendit ses activités en Argentine et au Paraguay, en acquérant des terres pour l’élevage bovin. Au Paraguay, elle racheta l’Estancia Yacaré à Ñeembucú et Duarte Cué, à la frontière brésilienne. Enfin, en 1922, Liebig’s acquit l’usine de la Compagnie paraguayenne de viande et de réfrigération à Zeballos-Cué, et investit dans des agrandissements. Il s’agissait de la plus grande usine de transformation de viande des Amériques et le plus grand exportateur d’extrait de viande du Paraguay. Ses produits, comme le célèbre bœuf salé « va ka ‘io », constituèrent longtemps des aliments de base dans de nombreux foyers du pays. Ils étaient également exportés dans le monde entier, reconstruisant et stimulant ainsi développement économique du Paraguay. En 1927, les exportations de produits carnés dépassaient les exportations de produits agricoles. Vu son importance, l’usine participa aussi au développement de l’équipe de General Caballero en tant que sponsor (notamment en lui faisant don d’un terrain) et ses ouvriers constituaient une grand partie des fans du club.

#1414 – Shanghai Port FC : 中国曼联

Le Manchester United chinois. Quand on évoque le Shanghai Port FC aujourd’hui, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des transferts mirobolants d’une ère révolue de la Chinese Super League (CSL). On pense aux frappes surpuissantes de Hulk et à la vista d’Oscar grace aux millions investis par le groupe portuaire SIPG, actionnaire de l’équipe. Pourtant, l’histoire de ce club est bien plus romantique qu’une simple injection de capitaux. Car, avant d’être un géant financier, le club est né d’une utopie : celle d’un homme qui voulait bâtir le 中国曼联 (Manchester United chinois).

Tout commence avec un footballeur chinois des années 1970 : Xu Genbao. Après sa carrière de joueur, il se lança comme entraineur dans des clubs de seconde et troisième division. Après des échecs dans ces clubs, en 1987, il prit en main l’équipe des moins de 20 ans de la Chine et son passage fut alors couronné de succès, au point que la fédération chinoise lui confia la sélection senior en 1992. Puis, Xu Genbao repartit s’occuper de clubs, dans un football chinois qui lançait sa première ligue professionnelle en 1994. Il réussit en 1997 et en 2001 à faire monter au sein de l’élite respectivement Guangzhou Songri et Shanghai COSCO. Toutefois, en 2000, dans un excès de colère après une échec en championnat, il démissionna de son poste d’entraîneur de Dalian Shide et se consacra à repenser toute la formation des joueurs chinois. Il investit toutes ses économies dans un centre de formation qu’il installa sur l’île de Chongming (une zone rurale située à l’embouchure du fleuve Yangtsé, loin des tentations et du tumulte du centre-ville de Shanghai) et travailla son programme de formation drastique (huis clos total, entrainement intensif pour créer des automatismes …). En 2005, voyant une génération émergée, Xu Genbao décida de fonder un club professionnel pour les faire jouer : le Shanghai East Asia FC (avec le soutien financier de Shanghai East Asia Company). L’équipe démarra au bas de l’échelle du football chinois, en 3ème division, avec un effectif dont la moyenne d’âge dépassait à peine les 15 ans. Il annonça la couleur en déclarant que Shanghai East Asia devait être le Manchester United chinois.

Du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2010, Manchester United devint une référence mondiale du football, sous l’impulsion d’Alex Ferguson. Certes, Manchester avait les moyens d’acheter des joueurs talentueux (Cantona, Keane, Stam …) mais son centre de formation fut une composante essentielle de sa réussite. En particulier la « Class of ’92« , des gamins du cru, formés ensemble, comme David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt et les frères Neville. Avec cette équipe, Manchester réussit l’incroyable triplé en 1999 (Premier League, FA Cup et Ligue des Champions) et remporta 3 titres de champions d’affilée (1998-1999, 1999-2000 et 2000-2001). Référence mondiale, ce fut une source d’inspiration de Genbao. Non sans succès.

En 2007, son équipe d’à peine 18 ans de moyenne d’âge remporta le championnat de troisième division et accéda à l’élite chinoise en 2012. L’académie de Genbao produit ce qui est largement considéré comme la génération dorée du football chinois moderne. Parmi eux, nous pouvons citer Wu Lei (meilleur buteur de l’histoire du championnat chinois et qui s’imposa à l’Espanyol Barcelone), Zhag Linpeng (surnommé le « Sergio Ramos chinois »), le gardien Yan Junling, Wang Shenchao et Cai Huikang. En 2012, le Port de Shanghai (SIPG) apporta son important soutien financier ce qui propulsa le club dans une autre dimension (avec les recrutement de Hulk et OScar) mais le noyau dur de l’équipé était composé des jeunes du centre de Genbao, qui devinrent aussi des piliers de la sélection.

Etant donné cette affiliation, l’équipe est aussi surnommée 中國紅魔 (les diables rouges chinois).

#1413 – Fortaleza FC : los Amix

Les potes (en version réseaux sociaux). A Bogota, le club de Fortaleza s’épanouit à la fin des années 2000, l’équipe amateur apparaissant en 2007. Puis, en 2010, sous l’impulsion d’un groupe d’investisseurs, mené par Ricardo Pérez, ancien joueur des Millonarios, le club reprit la licence professionnelle d’Atlético Juventud (basée à Girardot) et s’installa en deuxième division colombienne. Seulement, dans un football colombien monopolisé par les grands clubs historiques (Atlético Nacional, Millonarios, América Cali, Junior de Barranquilla, Deportivo Cali et Independiente Santa Fe qui cumulent 80 titres, soit 80% des championnats) et en particulier dans la capitale (avec Millonarios et Santa Fe, 26 fois champions du pays, soit un quart des championnats), se faire une place est un chemin de croix.

Mais, Fortaleza y parvient à la fois sur le plan sportif, avec un projet de formation d’envergure, et en termes de marketing, avec une communication efficace. En 2015, le club noua un partenariat avec le CEIF (Centre Intégral de Formation de Football), qui était un programme de formation et d’éducation né à Bogota en 2007. Alors que la plupart des clubs appliquaient les mêmes méthodes d’entrainement à tous les joueurs, Fortaleza fut un pionnier dans l’individualisation de la formation, basée sur une approche scientifique, ie que les entrainements étaient adaptés à chaque jeune en fonction de son profil, de son poste et de son développement cognitif. L’initiative à porter ses fruits avec de nombreux jeunes formés et évoluant aujourd’hui en professionnel ou en sélection nationale.

Du côté de la communication, il fallait aussi se démarquer du ton formel et institutionnel classique des grands clubs de football et créer un sentiment de proximité pour s’attirer les faveurs de nouveaux fans. Santiago Montejo, directeur de la communication, avec ses célèbres longues dreadlocks, prit alors le parti d’adopter un ton humoristique et une identité visuelle moderne. Bien que les grands clubs possèdent une communauté plus importante, les comptes du clubs sur les réseaux sociaux (en particulier X) sont un exemple de réussite qui inspirent de nombreux clubs de football. Ils sont devenus des gigantesques fabriques à mèmes, d’humour et d’autodérision. En 2021, pour célébrer le recrutement du défenseur Pedro Franco, Fortaleza publia sur X une vidéo de présentation de l’ancien défenseur des Millonarios, singeant celle du QSG annonçant l’arrivée de Lionel Messi. La portée de la publication attint le compte en espagnol du club français, qui interagit avec Fortaleza, comme l’avait fait auparavant Tottenham et Everton ainsi que Boca Juniors. Santiago Montejo dessina également un maillot au design basé sur des émoticônes qui se vendit sur le continent sud américain comme en Europe. Une sacrée performance pour un petit club colombien.

Cette communication décalée se manifeste par des vidéos sarcastiques mais également par un ton familier. Au lieu d’appeler ses supporters classiquement « les fans » ou « los hinchas » (supporteurs), le compte officiel du club s’adresse à eux en les appelant Amix (les messages commencent toujours par Hola amix… (Salut les potes)). Amix est une déformation du mot amigos ou amigas (amis/amies). Dans un premier temps, dans l’argot Internet hispanophone, les termes amigos et amigas furent remplacés par amiguis (une façon mignonne et familière de dire amis). Puis, avec l’avènement des réseaux sociaux et du langage inclusif chez les jeunes générations, le « x » a été ajouté à la fin pour neutraliser le genre et donner un côté « cool » et digital au mot. Finalement, à force d’appeler tout le monde amix sur les réseaux sociaux de façon si attachante et drôle, la communauté du football, les journalistes sportifs, et même les supporters des équipes adverses ont fini par appeler l’équipe de Fortaleza elle-même los Amix.

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1411 – Brusque FC : Marreco

Le canard. Dans l’univers du football brésilien, les mascottes et les surnoms de clubs font souvent appel à des animaux féroces ou à des symboles de puissance : des lions (Fortaleza #871, Avaí #696, Remo #469, Recife #417, Mirassol #1384, EC Vitória #270, Villa Nova AC, Atlético Catalano), des tigres (Vila Nova FC #1183, Criciúma EC, Ipatinga FC), des aigles (Tuna Luso Brasileira), des loups (Paysandu #441, Guaratinguetá)… Et puis, il y a le Brusque Futebol Clube, une équipe de l’État de Santa Catarina, fièrement surnommée o marreco (le canard). Mais comment un club de football professionnel en est-il venu à adopter un canard comme symbole qui pourrait le laisser paraître pour une proie ? Pour le comprendre, il faut s’éloigner des terrains de jeu et plonger dans l’histoire migratoire et gastronomique du sud du Brésil.

À Brusque, le canard est une véritable institution car un plat traditionnel allemand est devenu la recette signature de la région brésilienne : le marreco com repolho roxo (canard au chou rouge) ou marreco recheado (canard farci). D’ailleurs, depuis 1986, la ville célèbre chaque année en Octobre le canard lors d’un festival nommé « Fenarreco » (la Fête Nationale du Marreco). Inspirée de la célèbre Oktoberfest de la ville voisine de Blumenau, ces fêtes mettent en avant l’héritage germanique de la région à travers la musique, la bière et la gastronomie. Cette influence provient de la vague d’immigration allemande du XIXème siècle au Brésil. Dans les années 1820 à 1860, le gouvernement impérial brésilien (sous Dom Pedro I, puis Dom Pedro II) encouragea activement l’immigration européenne, et particulièrement germanique, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’objectif était de peupler les régions méridionales du Brésil (Santa Catarina, Rio Grande do Sul, Paraná) qui étaient immenses et proches de frontières disputées avec l’Argentine et l’Uruguay. Une présence démographique forte permettait de garantir la souveraineté brésilienne sur ces terres. Par ailleurs, contrairement au nord et au sud-est du pays, dominés par d’immenses plantations (sucre, café) reposant massivement sur l’esclavage, le gouvernement souhaitait créer dans le sud un modèle économique différent et moderne, basé sur de petites et moyennes propriétés agricoles exploitées par des travailleurs libres. De l’autre côté, le Saint Empire connut un mouvement d’exode de sa population. Dans les campagnes, l’explosition démographique et les traditions moyenâgeuses (les terres revenaient à l’ainé et les autres enfants n’obtenaient rien) entrainèrent une certaine misère rurale, accentués par des famines en raison de mauvaises récoltes. En outre, l’échec des révolutions de 1848 et les répressions qui s’en suivirent poussèrent les intellectuels et libéraux des villes à s’exiler également.

Dans ce contexte, le 4 août 1860, un groupe de 55 colons allemands (provenant principalement de Rhénanie-Palatinat, du Grand-Duché de Bade et de Prusse) menés par le Baron von Schneeburg fondèrent une colonie qui allait devenir Brusque. Ils y apportèrent leur langue, leur rigueur, leur architecture, mais aussi leurs traditions culinaires. En effet, dans les régions d’Allemagne, le canard rôti (gebratene ente) ou l’oie rôti (martinsgans ou weihnachtsgans) étaient des plats traditionnels pour les fêtes (comme Noël et la Saint-Martin), souvent servis avec du chou rouge et des pommes de terre. Mais, au Brésil, les immigrants ne trouvèrent pas d’oie ou de canard qu’ils connaissaient et les remplacèrent par un volatile locale, le canard de Pékin (canard blanc au bec jaune).

#1410 – FC Flora Tallinn : Rohevalged

Les vert et blanc. L’équipe phare du football estonien est née dans un contexte particulier, à la fin de l’ère soviétique. Jusqu’au milieu des années 1980, les sentiments nationalistes du pays balte semblaient diffus. Puis, de 1986 à 1989, les revendications progressèrent dans la population (qui se manifestèrent « bruyamment » avec la célèbre chaine humaine de la Baltic Way) et conduisirent à l’indépendance du pays vis-à-vis de Moscou en 1991. Durant l’époque soviétique, le sport épousa la politique et marqua la distinction entre les estoniens et les russes. Le basket et le hockey sur glace pour les premiers, le football pour les seconds. En 1990, un professeur et écrivain, Aivar Pohlak, décida de créer une équipe qui se devait d’être le porte étendard de la cause estonienne face à la domination morale et sportive des russes dans le football du pays. Il reprit en premier lieu la structure d’un club qui dépendait de l’usine Flora, fleuron de l’industrie chimique estonienne. Puis, il enrôla la génération dorée des Tallinna Lõvid (Les Lions de Tallinn).

De 1979 à 1989, les jeunes du 49ème lycée de Tallinn pratiquait le football au sein des Tallinna Lõvid. Ce dernier devint alors le club à l’identité estonienne qui défiaient les associations russes aussi bien dans le championnat nationale que dans des compétitions à Moscou ou Leningrad dont les enjeux dépassaient le cadre sportif. Leurs succès dépassèrent les frontières du petit état lors de match internationaux contre le Brésil ou lors des victoires à la Helsinki Cup en 1987 et 1988. Dans ses dernières années d’existence, une génération dorée qui formera plus tard l’ossature de la sélection nationale, émergea avec dans ses rangs Mart Poom, Toomas Kallaste, Martin Reim, Marko Kristal ou Risto Kallaste. Mais, une mauvaise gestion et des divergences de vue conclurent à la fin de l’équipe en 1989. Une aubaine pour Aivar Pohlak et son nouveau club, qui pouvait récupérer des jeunes talentueux et une identité estonienne forte.

S’appuyant sur l’équipe de l’usine Flora, le nom de l’équipe semblait évident. D’autant plus que Flora était la déesse gréco-romaine du printemps, des fleurs et de la nature et que ce nouveau club devait permettre aux jeunes pousses des Tallinna Lõvid d’éclore. Ainsi, le club prit le nom de FC Flora et la déesse s’afficha sur son écusson. D’où les couleurs vertes et le blanches s’imposèrent d’elles-mêmes. Le vert rappelait la nature, le renouveau et la vitalité tandis que le blanc symbolisait la pureté et l’honnêteté de la jeunesse.

#1409 – SBV Vitesse Arnhem : Geel en Zwart

Les jaune et noir. Le Vitesse Arnhem est aujourd’hui indissociable de son célèbre maillot composé de rayures verticales jaunes et noires. Pourtant, cette identité visuelle n’a pas toujours été celle du club. Avant la fondation officielle le 14 mai 1892, une première version du club exista entre 1887 et 1891 où les membres pratiquaient le cricket et le football. Selon Pim Mulier, l’un des pionniers du sport moderne aux Pays-Bas, ses joueurs évoluaient dans les couleurs blanc et rouge. Le nouveau Vitesse opta pour des maillots blancs barrés d’une diagonale bleue, qui reprenaient les couleurs officielles de la ville d’Arnhem.

Le premier tournant intervient le 25 Novembre 1900 lors d’un match de championnat contre Go-Ahead de Wageningen (à ne pas confondre avec l’équipe éponyme et plus connue de Deventer). Ce jour-là, les joueurs troquèrent leur tenue bleue et blanche pour un maillot noir et jaune, teintes de la province de Gueldre. La province de Gueldre, qui fut un duché entre 1339 et 1795, s’allia au duché de Juliers, ce qui donna sur ses armoiries la présence d’un lion noir sur fond jaune. En échangeant les couleurs de la ville pour celles de la région, le président du club de l’époque, Chris Engelberts, estimait que le club se plaçait ainsi comme l’un des meilleurs de Gueldre. Il déclarait « Ik meen, dat daar waar wij ons nog steeds kunnen benoemen mede tot de beste clubs van Gelderland te behooren en onze vereeniging gevestigd is in de hoofdplaats van die provincie wij ons met gerust geweten kunnen tooien met hare kleuren namelijk geel-zwart » (J’estime que, dans la mesure où nous pouvons toujours nous compter parmi les meilleurs clubs de Gueldre et que notre association est établie dans la capitale de cette province, nous pouvons en toute bonne conscience nous parer de ses couleurs, à savoir le jaune et le noir). Le journal local « Arnhemsche Courant » souligna que ce choix représentait une nette amélioration pratique, les spectateurs parvenant à bien mieux reconnaître les joueurs sur le terrain. Malheureusement, la rencontre contre Go-Ahead se solda par une défaite 2 buts à 1.

Si les couleurs jaune et noir étaient acquises dès 1900, le motif du maillot n’était alors composé que d’un damier ou de six larges bandes. Les fines rayures apparurent en 1907, sous l’impulsion d’un joueur issu de la haute noblesse. Reinhard Jan Christiaan, baron Van Pallandt, évoluait avec brio comme attaquant dans l’équipe première du Vitesse depuis 1905. Originaire de Laag Keppel, il proposa en 1907 de financer l’achat de nouveaux équipements pour l’équipe. En échange de cette donation, il exigea que ces nouveaux équipements reproduisirent fidèlement le drapeau de la famille noble Van Pallandt (ie des rayures noires et jaunes), qui dépendait du duché de Juliers. Le Vitesse arbora ce maillot rayé aux couleurs des Pallandt pour la toute première fois en novembre 1907, à l’occasion d’un match de coupe face à De Tubanters d’Enschede.

L’héritage de cette famille dans le football néerlandais ne s’arrête pas là. En effet, le baron Van Pallandt participa également à la fondation du club VVO de Velp en 1901, qui opta aussi pour le jaune et noir, en hommage aux armoiries de la famille de Laag-Keppel.