La porte. Simple de reprendre, comme surnom, le nom de son club et ce n’est pas la porte ouverte à toutes les interprétations. Cette porte de Saint James (autre version du nom de Saint Jacques en ancien français) indique évidemment le quartier d’origine du club. Détruite en 1734, elle marquait l’entrée Ouest de la ville de Dublin au Moyen-Âge et correspondait au point de départ traditionnel du pèlerinage de Dublin à Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle donna naissance au quartier qui porte son nom. Mais, si le club affiche sur son écusson une porte, ce n’est pas celle du Moyen-Âge. Il s’agit de l’une des entrées d’un de ses bâtiments remarquables, la St James’s Gate Brewery. En effet, traversé par le fleuve Liffey, le quartier de St James vit de nombreuses brasseries s’installer et devint associé à ce commerce depuis le XVIIème siècle. A vrai dire, au XIIIème siècle, les moines qui résidaient à St James’s Gate réalisaient déjà leur propre brassage. En 1759, un brasseur du nom de Arthur Guinness, qui fabriquait des bières à Leixlip, dans le comté de Kildare, loua la brasserie de St James’s Gate pour 9 000 ans. De là, l’empire Guinness se déploya. En 1838, l’usine devint la plus grande brasserie d’Irlande. En 1868, le site était passé d’environ 1 acre à plus de 64 acres. Enfin, en 1886, elle était la plus grande brasserie du monde, avec une production annuelle de 1,2 million de barils. Dans cette révolution industrielle du XIXème siècle et du XXème siècle, où le paternalisme fleurissait parmi le patronat, les grandes usines ne limitaient pas leurs influences au mur de leurs sites. Ainsi, la brasserie de St James’s Gate possédaient sa propre centrale électrique et les bâtiments environnant pour louer des logements à ses employés. La famille Guinness fit preuve également de générosité envers la ville de Dublin en finançant la construction de bains publics, de logements sociaux et en faisant don du parc St. Stephen’s Green. Comme souvent, ce patronat paternaliste offrit à sa masse d’ouvriers et d’employés de ses usines des distractions et activités sportives. Sous l’impulsion du médecin-chef de la brasserie, John Lumsden, l’équipe vit le jour en 1902, comme un club corporatiste.
Étiquette : Economie
#691 – FCBW Linz : Blau Weiss
Les bleu et blanc. Facile de comprendre qu’il s’agit des couleurs de l’équipe, qui s’imprègnent jusque dans le nom du club : BW sont les initiales de Blau Weiss. Ok vous vous dîtes que l’article va encore porter sur les couleurs de ce club. Mais, en l’espèce, elles apparaissent importantes. Le 26 Juillet 1946, le SV Eisen und Stahl 1946 Linz (SV Fer et Acier 1946 Linz) fut fondé avec le soutien de l’aciérie locale (l’une des principales d’Autriche) nommée VÖEST et adopta les couleurs noires et blanches de l’usine. En 1949, le nom du club fut rebaptisé SK Voest. En 1972, l’équipa modifia ses couleurs pour le bleu et blanc. La raison m’est encore inconnue. L’entreprise mécène changea-t-elle également de couleurs (son héritière arbore le bleu) ? La volonté de se distinguer de son rivale locale, le Linz ASK, qui évoluait également en noir et blanc ?
L’important est que les nouvelles couleurs s’imposèrent vite car le club remporta son premier et unique Championnat d’Autriche en 1974. Malheureusement, entreprise d’Etat, VÖEST fut privatisée au début des années 1990 et ne voulut plus continuer à financer le club (qui s’appelait désormais FC Linz). Sans ce soutien, en 1997, les difficultés sportives et financières apparurent et son président promut l’idée d’une fusion avec son rival du Linz ASK pour réunir leurs forces et poursuivre leur existence. Toutefois, au lieu d’une fusion, ce fut une absorption et disparition du SK Voest. En effet, le soi-disant nouveau club s’appela LASK et reprit les couleurs noires et blanches. Il était donc clair que pratiquement rien n’avait changé pour le Linz ASK alors que le champion de 1974 disparaissait de la scène du jour au lendemain, ses supporteurs des bleus et blancs étant désemparés.
Emmenés par un fan et entrepreneur local, Hermann Schellmann, les supporteurs convainquirent un autre club amateur de la ville, le SV Austria Tabak (lui-même soutenu par l’usine locale du cigarettier autrichien qui ne voulait également plus financer ces activités sportives), de devenir le 1er août 1997, le FCBW Linz. Pour établir la continuité avec l’ancien club, quoi de mieux que de reprendre les couleurs auxquels les fans s’identifier, qui n’étaient pas protégées par un quelconque droit de propriété intellectuel (contrairement au blason) et qui ne nécessitait pas d’accord de la fédération. Le sauvetage en urgence des bleu-blanc rencontra un franc succès : lors des matchs à domicile, le stade se remplissait de 1 000 à 2 000 spectateurs (alors que le club repartit en 4ème division) et plus de 400 abonnements furent vendus (plus qu’à l’époque du FC Linz). Seulement, à croire que l’Autriche souhaita imiter la confusion Roumaine (cf articles #687 et #371), en 2013, un nouveau club naquit avec la volonté d’être le successeur officiel du FC Linz. Il prît les couleurs bleus et blanches ainsi que le nom de FC Stahl Linz (Stahl signifiant acier en allemand).
#682 – Arbroath FC : the Red Lichties
Il s’agit d’un terme local à ne pas confondre avec le fruit rouge d’origine chinoise. La culture de ce dernier s’est développée en effet dans les régions au climat tropical (Brésil, Cambodge, Inde, Vietnam, Madagascar, Thaïlande, Hawaii …). Or, l’Ecosse et en particulier le nord du pays où se situe la ville d’Arbroath ne sont pas vraiment propice à la culture de cet arbre. Les joueurs du club évoluent dans un maillot bordeaux depuis 1882 (le club ayant été fondé en 1878). Durant les 4 premières années d’existence, les maillots se composaient horizontalement de larges bandes blanches et de rayures fines noires. Puis, en 1882, le club adopta ce maillot bordeaux mais ce dernier ne donna pas non plus le surnom. En effet, la couleur bordeaux fut certainement inspirée par le grès rouge qui domine dans la région et dans lequel fut construite la célèbre abbaye de la ville au XIIème siècle. Arbroath est avant tout une ville portuaire, située sur la côte de la Mer du Nord, proche de l’embouchure du Brothwick. Devenant un des principaux ports d’Ecosse au fil de son histoire, son économie tourna donc autours de la pêche et de la construction navale. Pour guider les bateaux jusqu’au port, une lumière rouge était utilisée comme phare. Cette lumière pouvait provenir d’un phare érigé par les autorités portuaires ou de la fameuse fenêtre ronde du transept sud de l’abbaye de la ville gérée par les bénédictins. Une version moins commune avance que des lumières rouges étaient suspendues aux mâts des bateaux de pêche qui rentraient au port afin d’avertir les femmes de leur arrivée imminente pour qu’elles préparent à vider et à fumer la prise. En tout cas, quelque soit la version, cette lumière caractéristique se nommait red litchie, red pour rouge et litchie étant un dérivé local du mot écossais licht qui signifie lumière. Depuis, les habitants d’Arbroath sont communément appelés Red Lichties et cela détint sur le club.
#678 – Manchester City : Brewerymen
Les hommes de la brasserie. Les racines de Manchester City se situent au XIXème siècle au sein de la paroisse de St. Mark’s dans le quartier de West Gorton, au sud-est de Manchester. Pour occuper les hommes et les jeunes pendant les longs mois d’hiver, le recteur de l’église encouragea l’équipe de cricket de la paroisse à pratiquer le football. Ainsi naquit le club de football de St. Mark’s (West Gorton) en 1880. Comme beaucoup de clubs au début du développement du football, St. Mark’s connut des premières saisons plutôt chaotiques étant donné le manque de structure et les faibles moyens financiers du club. Le principale sujet de préoccupation était de trouver un terrain d’accueil pour jouer. Le premier lieu était évidemment un terrain près de l’église St. Mark’s, dans Clowes Street, mais ce dernier était plutôt accidenté. En 1881, l’équipe déménagea sur le proche terrain de cricket de Kirkmanshulme mais la cohabitation avec les joueurs de cricket fut difficile et les footeux furent bannis du terrain en 1883-1884. Cette expulsion encouragea à la fusion avec une autre équipe locale mais l’union ne dura pas plus d’un an. Le club changea alors de nom pour Gorton AFC. Puis, en 1887, poussé par une nouvelle expulsion du terrain qu’il occupait et par le fort développement du football en Angleterre (organisation de compétition officielle, apparition du professionnalisme …), le club prit 3 importantes décisions pour se structurer et donc perdurer. Premièrement, le club trouva un nouveau terrain de jeu près d’un viaduc ferroviaire à Ardwick, qui était donc en dehors du quartier originel de Gorton. Deuxième décision, le changement de nom. En s’expatriant du quartier de Gorton, s’appeler Gorton AFC apparaît désormais un terme impropre. Par conséquent, le club fut officiellement rebaptisé Ardwick Association Football Club, du nom du nouveau quartier. Enfin, alors que le club était officiellement amateur depuis sa création, la direction décida pour la première fois en 1887 d’attribuer à un joueur un salaire hebdomadaire de 5 shillings pour ses services, le club devenant ainsi une organisation professionnelle.
Mais toutes ces décisions furent facilitées par une rencontre que permit le déménagement à Ardwick. En effet, la direction du club sympathisa avec Stephen Chesters-Thompson, en entrepreneur local, qui possédait un hôtel (avec un pub) près de la nouvelle enceinte ainsi qu’une brasserie du nom de Chester’s, fondée en 1830, dans la quartier d’Ardwick. Les bonnes relations entre la direction du club et cet entrepreneur furent décisives pour Ardwick AFC. En effet, le siège du club s’établit d’abord au sein de l’hôtel. De même, de 1887 à 1896, l’hôtel-pub servait de vestiaire aux joueurs, ce qui pourrait expliquer certaine défaite, les matchs se déroulant après l’apéritif. Puis, la brasserie Chester’s soutint le club en aidant à financer l’aménagement du terrain et également à acheter des joueurs. En échange, elle obtint la concession de l’ensemble des bars et pubs autours de l’enceinte. Les liens étant si forts, Stephen Chesters-Thompson se fraya un chemin jusqu’à la direction du club et de nombreux salariés de la brasserie intervenaient également au sein du club de football. Puis, la brasserie serait même devenue actionnaire du club. Ainsi, Ardwick AFC (qui devint Manchester City en 1894) s’assimila dans les faits avec la brasserie Chester’s et le surnom brewerymen s’imposa. En 1920, les liens se dénouèrent entre le club et la brasserie et le surnom fut moins utilisé. La brasserie d’Ardwick continua sa vie et fut démolie en 1967.
#668 – CD Cobresal : los Mineros
Les mineurs. Vainqueur de la Coupe du Chili en 1987 et du Championnat en 2015, le club réside dans la petite ville d’El Salvador, qui compte un peu plus de 8 000 habitants, et qui se situe dans la région minière d’Atacama. En effet, le Chili dispose d’importantes ressources de minerais, en particulier de cuivre. Le pays demeure le premier producteur de la planète (plus de 30% de la production mondiale) et plus de 5,6 millions de tonnes de cuivre ont été extraits en 2013. L’activité minière représente plus de 50% de ses exportations et près de 20% de son PIB. L’extraction du cuivre s’effectue surtout au nord du pays, dans le désert d’Atacama où se situe 4 grandes mines, dont celle d’El Savador. L’extraction de cuivre était déjà réalisée par le peuple précolombien des Atacamas mais ce fut en 1959 que la mine actuelle fut mise en service par la société américaine Andes Copper Mining. La découverte de ce filon permit de trouver du travail pour les mineurs de la ville de Potrerillos, dont la mine était épuisée. La ville d’El Salvador (le sauveur) fut alors créée de toutes pièces et organisées dans le seul but de servir les besoins de la nouvelle mine de cuivre. En 1971, l’industrie du cuivre fut intégralement nationalisée par Pinochet au sein de la compagnie publique, Codelco. En 1979, la Codelco soutint la fondation du club de football, qui reprit dans son blason (casque de mineur et la croix Ânkh, symbole utilisé par les alchimistes pour le cuivre et logo de la Codelco) et ses couleurs (orange, couleur du cuivre et de la Codelco) les représentations de cette activité économique. Codelco finança en partie la construction du stade du club, qui se nomme El Cobre (le cuivre). L’apogée de la mine fut atteint au début des années 1980. L’épuisement des réserves conduisit la Codelco à prendre la décision de fermer la mine au milieu des années 2000. La production commença alors à réduire mais en 2010, la présidente du pays décida la prolongation de l’activité de la mine au moins jusqu’en 2021. En 2020, 56 302 tonnes de cuivre était extrait de cette mine et 1 438 personnes y travaillaient.
#667 – FC Spartak Moscou : мясо
La viande. Certes, dans ce football business du XXIème siècle, les joueurs peuvent être considérés comme de la viande par les plus mercantilistes agents mais ce n’est pas cette raison qui conduit à ce surnom des joueurs du Spartak. Au contraire, pour comprendre la création de ce surnom, il faut remonter à une époque où le football demeurait encore une activité récréative, dans les années 1920, et sous un régime qui s’opposait au capitalisme, le communisme soviétique. Le club fut fondé en 1922, sous le nom de МКС (cercle sportif de Moscou), et sur les ruines dans un ancien club omnisport attaché au mouvement panslave Sokol. En 1923, les autorités communistes décidèrent que les clubs sportifs devaient s’identifier à un lieu géographique. Moscou étant une grande ville, le club prit le nom du quartier où il résidait (Presnenski) et s’appella Красная Пресня (Rouge Presnenski). Puis, en 1926, nouvelle intervention des autorités qui intimèrent aux clubs de se lier avec des administrations ou des syndicats ou coopératives de travailleurs. Les autres grands clubs moscovites étaient alors déjà patronnés par les grandes administrations centrales : le Dynamo Moscou était soutenu par la police politique, le CSKA Moscou par l’armée rouge et le Lokomotiv Moscou par la compagnie des chemins de fer. Le futur Spartak était alors supporté par Nikolai Pashintsev, président du comité central du syndicat de l’industrie alimentaire, et ce dernier mit le club sous la direction et le parrainage d’une coopérative de bouchers et de commerçants alimentaires. Le club prit donc le nom de Пищевики (Travailleurs de l’alimentation) de 1926 à 1931. Après 1931, le club changea de partenaire et de nom (Промкооперация – Coopérative de production).
Jusqu’aux années 1970, les groupes de supporteurs étaient plutôt rares et donc les surnoms des clubs existaient peu. De même, les rivalités liées à des derbys étaient inexistantes. La première association de supporteurs du Spartak apparût en 1972 et les rivalités avec ceux des autres clubs naquirent à la fin des années 1970. Les supporteurs du CSKA auraient alors qualifié les joueurs et fans du Spartak de мясо. Ce surnom faisait référence aux liens historiques du club avec la coopérative des bouchers et commerçants. Surtout, comme ce sobriquet était donné par les supporteurs du CSKA, il se devait être péjoratif. Or, quel aliment faisait le plus défaut dans les rayons des magasins soviétiques ? La viande. Ce qui faisait penser que les bouchers étaient des escrocs. Pour certains fans du Spartak, ce surnom demeure encore une insulte mais pour la majorité s’est aujourd’hui une fierté. En 2002, l’attaquant Dmitry Sychev réalisa une sacrée performance en marquant 8 buts lors de ces 12 premiers matchs pour le Spartak. Il montrait alors après ses buts un maillot où il était marqué : Кто мы? Мясо (Qui sommes nous ? La viande). Ce geste ancra définitivement le surnom.
#663 – Pécsi Mecsek FC : Munkás
Les ouvriers. Le club, basé à Pécs, fait référence dans son nom (Mecsek) à la chaîne de collines située au nord de Pécs mais jusqu’en 1995, il s’appelait Pécsi Munkás Sport Club. Il s’agit d’un club jeune, fondé en 1973 par la fusion de 5 équipes de Pécs : Pécsi Dózsa, Helyiipari SK, Ércbányász, Pécsi Bányász et Építők. Ainsi, 21 sections sportives et 1 800 sportifs se retrouvèrent dans cette nouvelle structure. Comme pour beaucoup d’associations sportives dans les régimes communistes, ces 5 clubs étaient liés à une administration ou un syndicat de travailleurs. Ainsi, le Pécsi Dózsa dépendait du Ministère de l’Intérieur. Építők était avec le secteur de la construction. Ércbányász et Bányász réunissaient les mineurs (dans la région, on comptait des mines de charbon et d’uranium ainsi que des carrières de sable). Enfin, Helyiipari était le représentant des industries locales. Via ses « géniteurs », le club était fortement lié au tissu économique locale et à ses ouvriers et opta donc pour le terme générique de munkás. Mais, ce nom a une autre petite histoire. Dans les années 1920, il existait déjà une association avec ce nom à Pécs suite à la fusion en 1919 du PSC avec le Munkás Testedzővel. Lors de la fondation du club actuel en 1973, un des membres convainquit des footballeurs de la région d’être transférés dans ce nouveau club. Comme il connaissait le nom de l’ancien PMSC, il présenta le nouveau club aux joueurs sous ce nom. Quelques heures plus tard, alors que l’assemblée constituante n’avait pas encore décidé du nom de la nouvelle association, cette personne s’alarma car si le club ne reprenait pas le terme PMSC, alors comment pourrait-il finir de convaincre les joueurs de venir dans ce club ? Les responsables prirent alors la résolution de le nommer ainsi.
#651 – CA Central Norte : los Azabaches
Les jais. Le jais est une pierre fine composée de restes fossiles de plantes. Sa caractéristique connue demeure sa couleur noire brillante, contenant souvent des reflets bleus métalliques, qui a donné l’expression « noir de jais ». Ce surnom est donc lié à la couleur historique du club, qui se retrouve sur son blason et son maillot, le noir. Ce choix de couleur résulte de l’origine des fondateurs. Le club fut fondé le 9 mars 1921 par des employés sportifs de la compagnie ferroviaire Ferrocarril Central Norte Argentino. Le Central était un club réservé exclusivement aux cheminots et dont le football était l’une des activités les plus pratiquées. Etant cheminots, les fondateurs choisirent le noir, couleur représentative de leur profession. Les locomotives étaient à vapeur et les cheminots maniaient du charbon, qui noircissait leur visage. Si au départ la couleur noire identifiait le lien avec les cheminots, avec le déclin du train à la fin des années 1980 et l’ouverture du club aux non-cheminots, le noir cessa d’avoir cette valeur et devint le symbole de la classe ouvrière, celle qui soutenait massivement le club.
#650 – FC Gueugnon : les Forgerons
Fondé en 1940, le club tire son surnom de l’activité économique qui forgea la réputation et la vie de la ville de Gueugnon. En 1724, dans un méandre de l’Arroux, le marquis Jean Hector de Fay de La Tour-Maubourg créa la première usine métallurgique de la région, limitée à une dizaine d’ouvriers, d’un haut-fourneau, d’une forge et d’une fonderie. La présence du bassin houiller de Blanzy ainsi que les ressources en eau offraient à la Saône et Loire les deux principaux éléments nécessaires aux activités métallurgiques. En 1845, un nouveau souffle fut trouvé avec la reprise du site par la société Campionnet et Compagnie qui exploitait déjà une usine à Mornay, à une trentaine de kilomètres de Gueugnon. L’usine fut modernisée et se développa notamment dans le laminage à chaud (afin de produire de la tole noire jusque dans les années 1970). Les effectifs suivirent passant de 80 salariés en 1845 à plus de 600 salariés en 1888.
La vie de l’usine se confondait alors avec celle de la ville de Gueugnon. En 1888, près de 20% de la population travaillaient aux Forges. Ces dernières, dans l’esprit paternaliste du capitalisme français, façonnèrent l’urbanisme de la ville en construisant des maisons ouvrières. Enfin, les différents membres de la famille Campionnet dirigeaient les Forges et également le destin de la ville en étant Maire entre 1852 et 1919. Pendant la Première Guerre mondiale, la production de l’entreprise décupla pour répondre à l’effort de guerre. Néanmoins, l’âge d’or des forges survint entre les années 1950 et 1970 avec des investissements dans le laminage à froid qui permit aux forges de devenir numéro 1 mondial de l’acier inoxydable (inox). 3 750 salariés au début des années 1960 travaillaient dans l’usine. La crise sidérurgique, en 1973, n’épargnera pas Gueugnon et marqua le début du déclin de l’usine. Aujourd’hui, après avoir été racheté par le géant Arcelor Mittal, elle appartient à Aperam, produit près 400 000 tonnes par an avec moins de 800 salariés. Mais, le transfert de près du tiers de sa production vers une usine à Genk en 2022 menace de nouveau l’existence des Forges de Gueugnon.
#645 – Kouban Krasnodar : овощи
Les légumes. Créé en 1928, le premier Kouban Krasnodar fit faillite le 30 Mai 2018. Dès Juin de la même année, une nouvelle structure fut fondée pour reprendre le football dans la ville de Krasnodar. Le vice-gouverneur du territoire de Krasnodar, supervisant les sports, Nikolai Doluda annonça le 14 Juin 2018 que ce nouveau club prendra le nom de Екатеринодар (Ekaterinodar, ancien nom de la ville de Krasnodar). Toutefois, le même jour, le président de la Fédération régionale de football, Ivan Peronko, indiqua que le nouveau club était intégré dans le championnat de deuxième division russe de la saison 2018/19 sous le nom de ФК Урожай (FC Récolte). Bel imbroglio. Selon Doluda, tous les documents pour le changement de nom du Kouban Krasnodar étaient préparés avec le nom Ekaterinodar. Mais au dernier moment, pour des raisons inconnues, la décision changea en faveur de Урожай. Pourtant, du 5 au 14 juin, le site Yuga.ru réalisa un sondage auprès de ses lecteurs pour connaître leur préférence quant au nouveau nom du club de Krasnodar. Au total, 2 400 personnes y participèrent et, avec 24,6 % des voix, le gagnant fut « Ekaterinodar ». Les autres propositions K-1928, Живая Кубань (Live Kouban) et Кубанckue kaзaku (Cosaques de Kouban) suivaient avec plus de 20% des voix (mais le terme Kouban ne pouvait être utilisé car il appartenait à l’ancien club en faillite). En dernière place (et nettement derrière) arriva Урожай (Récolte), avec 10,7%.
Résultat étonnant quand on connaît l’histoire du premier Kouban Krasnodar. En effet, il fut créé en 1928 sous l’égide du NKVD (l’ancêtre du KGB) et prit donc le nom de Dynamo (le syndicat sportif dépendant du NKVD). Puis, en 1954, il changea de dénomination pour Нефтяник, le nom du syndicat pétrolier. De 1958 à 1960, il se dénomma Kouban, du nom de la région de Krasnodar, étant passé dans le giron du syndicat sportif régional des ouvriers. Puis, de 1960 à 1962, il intégra le syndicat national des travailleurs du tertiaire et de la culture et prit donc le nom de Спартак (Spartak). En 1963, il repassa dans l’escarcelle des syndicats régionaux et reprit le nom de Kouban. Enfin, en 1971, le club fut définitivement affilié à l’intersyndical régional des ouvriers d’Etat ruraux, Урожай (Récolte). Certes, le club ne modifia pas une nouvelle fois son nom mais il hérita, de l’organisation sportive, ses couleurs puis le blason du club intégra des épis de blé, symbole du syndicat. L’effondrement de l’URSS en 1992 ne bouleversa pas la symbolique du club. Résultat, en 2018, quand le club fit faillite, les dirigeants du nouveau, qui étaient tous issu de l’ancien, voulurent certainement bénéficier de la notoriété du Kouban en reprenant ses couleurs, en intégrant des épis de blé au blason et en lui attribuant le nom de l’ancien syndicat (malgré les préférences des supporteurs). Dernière étape le 24 Juillet 2020, le club adopta de nouveau le nom de Kouban Krasnodar (en n’ayant pas le droit officiellement d’afficher ou récupérer l’héritage sportif du club disparu en 2018).
Situé dans le Sud de la Russie, Krasnodar demeure l’un des plus grands centres économiques du pays et le poumon de la région du Kouban. Pendant plusieurs années, le magazine Forbes a nommé Krasnodar la meilleure ville pour les affaires en Russie. En 2015, elle représentait plus de 45% du PNB de la région du Kouban, un tiers des entreprises industrielles, 70 % de la production et de la distribution d’énergie, environ 45 % du chiffre d’affaires du commerce de détail. Son activité commerciale est fortement développée (par habitant, Krasnodar a le plus grand nombre de centres commerciaux en Russie) ainsi que son secteur industriel, où plus de 40% se concentre dans l’agro-alimentaire et la production d’engrais. Ce n’est pas un hasard si ces dernières industries sont importantes à Krasnodar et si le club fut longtemps dans le giron du syndicat des ouvriers agricoles. En effet, composée des fameuses terres noires (épaisses, très fertiles en raison de la forte proportion d’humus), le Kouban s’impose comme la région agricole la plus importante du pays (1ère place en Russie). En 2018, le Kouban produisit plus de 10% de la production agricole de la Russie. Le territoire de Krasnodar est le leader de la culture de céréales (10 % du total du pays) et de betterave sucrière (17,3 %), l’un des principaux producteurs de graines de tournesol (15 %) et de vins (37 %), et est également le principal producteur de thé russe. Parmi les cultures de légumes peuvent être identifiées tomates, choux, concombres etc. Pour les fruits, on retrouve pommes, melons, poires, cerises, pêches … En 2021, la récolte atteignit un record avec plus de 10 millions de tonnes de blé, 850 000 tonnes de riz, 800 000 tonnes de légumes, 180 000 tonnes de raisins. Sur les 7,5 millions d’hectare de superficie de la région de Kouban, 63% est consacré à l’agriculture, comprenant environ 7 000 exploitations employant environ 400 000 personnes. Enfin, Krasnodar accueille depuis 1922 l’une des plus grandes universités agricoles du pays (22 000 étudiants et 4 000 enseignants).
