#1250 – Linfield FC : the Blues

Les bleus. Linfield constitue l’un des plus célèbres et plus forts clubs de l’Irlande du Nord. Fondé en Mars 1886, le club de Belfast fut l’un des huit membres fondateurs de la Ligue nord-irlandaise en 1890, remporta le titre de champion inaugural et est l’un des trois seuls clubs à n’avoir jamais quitté l’élite nord-irlandaise. Son palmarès demeure incroyable, avec, à fin 2024, 56 titres de champion (soit plus du double que tout autre club nord-irlandais), 44 Coupes d’Irlande du Nord et 12 Coupes de la Ligue. Traditionnellement, les joueurs de Linfield porte un maillot bleu, un short blanc et des chaussettes rouges, mais il ne semble pas qu’il reste de documents qui permettent d’expliquer ce choix. Toutefois, je suppose que ce n’est peut-être pas un hasard que ces teintes soient celles de l’Union Jack. En effet, en parlant de l’Irlande du Nord et du football, on ne s’éloigne évidemment pas de la politique.

Le club fut donc fondé en Mars 1886 par les ouvriers de l’usine Ulster Spinning Company’s Linfield Mill, située dans le quartier sud de la capitale nord-irlandaise, Sandy Row. Il s’agit d’une zone résolument loyaliste (ie fidèle à la couronne britannique), habitée par une classe ouvrière profondément protestante. Dans ce quartier, nombres de groupes paramilitaires loyalistes se formèrent dont les plus célèbres, l’Ulster Defence Association et l’Orange Order. Les bâtiments et les maisons s’habillent de drapeaux britanniques, de banderoles et de bannières aux messages loyalistes. D’ailleurs, les couleurs rouge, blanc et bleu de l’Union Jack sont largement peintes sur les bordures de trottoir, les lampadaires … . Une des fresques emblématiques placée dans ce quartier commémore la victoire du roi Guillaume III d’Angleterre le 12 Juillet 1690 contre le roi catholique Jacques II à la bataille de la Boyne (la tradition veut qu’une partie de l’armée de Guillaume ait campé dans ce quartier) et fut peinte en 2012 pour recouvrir un message de l’Ulster Freedom Fighters, un groupe para-militaire, qui avertissait que vous entriez dans une zone loyaliste.

Le club n’échappe pas à cette histoire. Pendant de nombreuses années, une règle non écrite du club consistait à recruter exclusivement des joueurs protestants. Le blason du club affiche le chateau de Windsor car l’équipe évolue sur un terrain nommé Windsor Park mais il s’agit surtout de l’une des principales résidences de la famille royale britannique. Pendant de nombreuses années, Linfield partageait une rivalité féroce avec le Belfast Celtic, le club des irlandais nationalistes et catholiques. Et les travées de Windsor Park virent de nombreux affrontements avec les supporteurs nationalistes et catholiques adverses. Donc, le choix de ces 3 couleurs, qui sont celles de l’Union Jack et également celles des loyalistes nord-irlandais (avec l’Orange), n’est certainement pas le fruit du hasard.

Mais, les choses changent puisqu’en 2020, Umbro proposa à Linfield un maillot extérieur violet barré d’une diagonale orange. Or, ce modèle suscita de vives réactions et des critiques car il présentait une similitude frappante avec les couleurs du mouvement loyaliste de l’Ulster Volunteer Force, responsable de la mort de plus de 500 personnes pendant les années de guerre civile (1960-1990). Umbro s’excusa et ne fit plus la promotion de ce maillot.

#1236 – SC Bastia : i Turchini

Les bleus. Doyen du football insulaire, le Sporting naquit en 1905, par la volonté de Hans Ruesch, un suisse enseignant l’allemand au Lycée de Bastia et ayant jouant au FC Barcelone, auxquels se joignirent Emile Brandizi et Joachim Vincensini. Dès le départ, le choix des couleurs se porta sur le bleu et le blanc, tout simplement celles de la ville de Bastia et de la Vierge Marie.

Tout d’abord les armoiries de Bastia qui montrent principalement une tour blanche sur un fond bleu. Cette même tour que l’on retrouve sur le blason du club et qui fait référence au premier château, construit en 1383 par le génois Leonello Lomellini. Ce chateau se dénommait en italien Castello della Bastia, ce qui donna son nom à la ville, et aujourd’hui, Bastìa signifie en corse « poste fortifié ».

Ensuite, la Corse voue un culte respectueux à la Vierge Marie, depuis qu’elle l’aurait protégée de la peste au XVIIème siècle. Le 30 janvier 1735, en remerciement, la Consulta de Corte consacra officiellement Marie comme la reine de Corse. Chaque 8 septembre, d’un bout à l’autre de l’île, la naissance de la Vierge Marie est célébrée, tradition qui remonterait au Vème siècle. En outre, l’hymne National Corse « Dio vi Salve Régina » est une louange à la Vierge et on dénombre pas moins de 8 sanctuaires et 126 églises et oratoires dédiés à la gloire de la mère de Jésus. En particulier, deux apparitions maritales, reconnues par l’Eglise, se déroulèrent non-loin de Bastia. La première au XVIIIème siècle, dans le village de Pancheraccia, situé à 92 km de Bastia. La seconde, le 26 Juin 1899, à Campitello, commune située à 42Km de Bastia. Enfin, dans la Cathédrale de Bastia se trouve une imposante (une demi-tonne) et superbe statue processionnelle de la Vierge en argent massif.

Or, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue (cf. #399 et #497). Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus.

Ce choix fut judicieux selon Charles Bergassoli, premier secrétaire-trésorier du club. Il expliquait alors que la population était dubitative face à ce nouveau sport « il fallait faire accepter aux parents l’usure des chaussures etc… car le vrai équipement ne vint qu’après. Et c’est peut-être la couleur du maillot qui a calmé certains esprits ».

#1231 – Kieler SV Holstein : die Störche

Les cigognes. En 2024, un vent nouveau souffle en Bundesliga avec la promotion, pour la première fois de son histoire, du Kieler SV Holstein (communément appelé Holstein Kiel). Longtemps cantonné à une ville de Handball (THW Kiel, 23 fois champions d’Allemagne et 4 fois vainqueurs de la Ligue des Champions entre-autre), Kiel s’est rappelé récemment qu’il avait un club de football qui avait été champion d’Allemagne en 1912. Située au bord de la mer Baltique, traversée par le canal de Kiel, qui relie la mer Baltique à la mer du Nord, la cité s’est construite avec la Mer comme horizon et sa culture a une touche maritime (la compétition de voile « Kieler Woche », la quartier « Marineviertel », le musée maritime, le phare de Bülker et le mémorial naval de Laboe). Pour autant, c’est l’échassier migrateur qui s’est posé dans l’enceinte du club de football dès ses premières années.

Au départ, les joueurs du club auraient joué avec un maillot blanc, un short blanc et des chaussettes rouges, et cette association de couleurs faisait ressembler l’équipe à des cigognes. Probablement que ces teintes provenaient des armes de la ville (feuille d’ortie blanche sur fond rouge) qui elles-mêmes dérivaient des armoiries de la Maison de Schauenbourg, comte de Schauenbourg et Holstein. Mais, cette version est démentie par le club. D’autant plus que les couleurs actuelles du club sont le bleu, le blanc et le rouge, (qui correspondent aux couleurs de l’État du Schleswig-Holstein (elles-mêmes tirées des armoiries des deux composantes historiques de cette région : Duché de Schleswig (deux lions bleus sur fond jaune) et Duché de Holstein (feuille d’ortie blanche sur fond rouge)) et s’imposèrent rapidement. Au cours des premières années, Holstein joua avec des chemises à rayures horizontales bleu-blanc-rouge et à partir de 1906 avec des chemises blanches accompagnées d’une ceinture bleu-blanc-rouge. En 1910, les joueurs portaient des maillots bleus avec un H blanc sur la poitrine, des culottes noires et des chaussettes noires. Et au moins depuis 1911, la tenue de jeu était celle encore en vigueur aujourd’hui : chemise bleue, short blanc et chaussettes rouges.

Pour le club, la raison de ce surnom revient à l’emplacement du stade. Inauguré en 1911, le Stade d’Holstein, où évolue encore l’équipe, avait pour voisin, dans la Gutenbergstrasse, un pub appelé « Zum Storchnest » (Au nid de la cigogne). Dans les premières années, les joueurs s’y rendaient souvent avant et après les entraînements, notamment pour s’en servir de vestiaire. Aujourd’hui, le bar existe toujours mais sous le nom de « Gutenberg ».

#1229 – FC Roskilde : Ørnene

Les aigles. Evoluant dans le stade Roskilde Idrætspark surnommé Ørnereden (le nid d’aigle) et affichant la tête d’un l’aigle sur son écusson, le club aime le majestueux oiseau. En 2004, 3 clubs (Roskilde Boldklub (fondé en 1906), Svogerslev Boldklub et Himmelev-Veddelev Boldklub (fondé en 1925) de la région de la ville de Roskilde, en Zélande, décidèrent de créer une superstructure, portant leur équipe élite. L’objectif était que ce nouveau club eût les moyens d’évoluer au plus haut niveau professionnel, constituât l’identité sportive de Roskilde et retînt les talents locaux. Objectif réussit en 2008 quand il gagna sa promotion au sein de l’élite danoise.

Pour la symbolique de cette nouvelle structure, les 3 clubs optèrent pour l’emblème de la ville, l’aigle. En effet, l’écusson actuel de la municipalité, enregistré le 15 mars 1938, est un aigle aux ailes déployés (Un bouclier d’argent [blanc] avec un aigle noir aux bras d’or au-dessus d’un mur rouge entourant une source bleue avec trois roses nageuses) et ce symbole n’est pas né d’une lubie d’une équipe marketing. Les premières traces de l’aigle remontent à un sceau de la ville, datant de 1286 (mais ses origines pourraient s’établir vers 1250). A vrai dire, le sceau fait apparaître un oiseau, assimilé à un aigle. Peut-être l’aigle impérial du Saint Empire car, au XIIIème siècle, les finances de la ville étaient tenus par un ressortissant du Saint Empire. Probablement aussi que l’aigle représentait un signe de puissance et de fierté d’une guilde de la ville. Toutefois, cela aurait pu être un faucon car, selon certaines légendes, la ville disparue de Høgekøbing serait à l’origine de la cité de Roskilde. Dans le Chronicon Lethrense, un texte danois du XIIème siècle, le roi légendaire Hrothgar aurait choisi de déplacer les habitants de la ville de Høgekøbing vers l’endroit où il fonda Roskilde. Or, Høgekøbing signifiait la ville faucon et les armes de Roskilde serait donc parlante.

#1227 – Al Ahly SC : الشياطين الحمر

Les diables rouges. L’histoire du club égyptien débuta en 1907 sur l’initiative de Omar Lotfy alors qu’il présidait le Club des lycéens. Ce dernier avait servi de catalyseur pour le leader nationaliste, Mustafa Kamil, afin d’enflammer les étudiants contre l’occupation britannique, l’Egypte étant sous domination du Royaume-Uni depuis les années 1880. Ainsi, si l’objectif premier de Lofty était d’occuper le temps libre des jeunes avec cette nouvelle association, l’approche politique n’était pas exclue puisque le club apparaissait aussi comme un moyen de réunir des jeunes, de promouvoir l’identité égyptienne et les idéaux nationalistes. Kamil allait donc également exploité ce nouveau club pour poursuivre l’élan nationaliste. Naturellement, les fondateurs dotèrent le club de nombreux attributs nationalistes, notamment ses couleurs. Ils optèrent pour le rouge et blanc, couleurs du drapeau de l’Egypte au début du XXème siècle.

Avant l’occupation britannique, l’Egypte faisait parti de l’Empire Ottoman. Mais, à partir de l’arrivée de Méhémet Ali comme wali (gouverneur d’Égypte) en 1805, l’Egypte gagna de plus en plus d’indépendance vis-à-vis de la Sublime Porte. Mais, Méhémet Ali nourrissait de grandes ambitions et souhaitait déposer la dynastie ottomane afin de s’emparer du trône du sultan. Ainsi, pour se mettre au même niveau que le sultan dans la symbolique, il introduisit un nouveau drapeau, rappelant fortement celui des Ottomans, avec trois croissants et étoiles blancs sur fond rouge. Lors de la révolte de 1919, le drapeau de Méhémet Ali réapparût dans les rangs nationalistes.

Depuis la fondation d’Al Ahly, ces deux teintes ne quittèrent jamais le maillot et l’écusson du club. Le maillot évolua car au départ il comportait des rayures blanches et rouges. Puis, un scapulaire fit son apparition et dans les années 1930, le maillot ressembla à celui d’Arsenal ou de Blackburn. A la fin des années 1940, Al Ahly opta définitivement pour un maillot intégralement rouge, accompagné d’un short blanc. Le rouge (qui rappelle le sang – celui des crimes – et le feu – les flammes de l’enfer) est souvent associé au diable d’où le surnom. La couleur donna également d’autres surnoms comme القلعة الحمراء (château rouge) et المارد الأحمر (génie rouge).

#1225 – FC Andorra : Els Tricolors

Les tricolores. Incongru de parler d’un club andorran vu la faiblesse sportive de ce pays ? Mais écrire sur le FC Andorran, c’est aussi mettre en avant l’Espagne. Fondé en 1942, il est le premier club de la principauté d’Andorre mais, en l’absence de fédération nationale, il intégra dès 1945, la fédération espagnole et ses ligues régionales. Quand en 1994 la fédération andorrane émergea, le FC Andorra préféra snober l’instance et demeurer en 3ème division espagnole. Mais, le club se retrouva sous les projecteurs en Décembre 2018 suite à son rachat par la société Kosmos Sports, détenue et présidée par le défenseur du FC Barcelone, Gerard Piqué. Le projet était ambitieux pour la star puisqu’il souhaiter la transformer en équipe professionnelle et, à termes, la faire participer à la Ligue des Champions. Le premier objectif fut atteint en atteignant la seconde division en 2022 (en rachetant la licence du CF Reus Deportiu en faillite toutefois)

Certes, l’histoire du club se dilue dans les championnats espagnols mais son identité puise dans l’histoire de la principauté. Petit État indépendant logé dans les Pyrénées et coincé entre la France et l’Espagne, elle possède la particularité que son trône se partage entre l’évêque catalan d’Urgell et le Président de la République Française (droit hérité d’un paréage de 1278). Attention, les joueurs du club ne porte pas un maillot à 3 couleurs en référence à la France, son co-prince, mais, au regard des couleurs traditionnelles d’Andorre. Mais, le lien n’est pas éloigné tout de même. Composé de trois bandes verticales bleues, jaunes et rouges, le drapeau actuel d’Andorre est apparu en 1866 et officiellement adopté le 27 août 1971. Les couleurs rouge et jaune du drapeau trouvent leur origine dans l’écu du comte de Foix. Cet écu (bandes verticales jaunes et rouges) avait déjà inspiré le premier drapeau de la Principauté en 1806 (une bande jaune et une bande rouge) et dérive directement des armoiries des comtes de Barcelone, Foix ayant été vassal de l’État catalan. Pour rappel, les comtes de Barcelone avaient adoptés pour emblème les fameuses pals d’Aragon (cf #190). La couleur bleue vient de la couleur des sabots, des cornes et du collier des deux bœufs du bouclier béarnais (le reste des corps desdits bœufs, placé sur un fond jaune, sont rouges, ces deux couleurs étant finaleent très répandues dans l’héraldisme de l’Aquitaine à la Catalogne – cf #1198). Tous ces éléments sont présents sur les armoiries d’Andorre (qui se compose de 4 quartiers, 2 avec les pals d’Aragon (un pour le Comté de Foix et un pour le Comté de Barcelone), un pour le Béarn et un qui représente le blason de La Seu d’Urgell).

Certains avancent aujourd’hui que ces 3 couleurs rappellent également celles des deux États voisins. Le drapeau espagnole se compose de 2 bandes rouges et une bande jaune, placées de manière horizontales. Tandis que la bannière française est un tricolore vertical, bleu, blanc et rouge. Les 3 bandes du drapeau andorran sont verticales comme la France. Le jaune et le rouge rappellerait l’Espagne et le bleu et le rouge la France. Ces 3 bandes ne sont pas de même largeurs, la centrale jaune étant plus grande, comme sur le drapeau espagnol.

#1221 – ASC Jeanne d’Arc Dakar : les Bleu et Blanc

Le club sénégalais évolue en bleu et blanc. Bien qu’il soit le doyen avec le deuxième palmarès le plus fourni du football sénégalais (après Jaraaf), la Jeanne d’Arc vit, depuis le début des années 2010, un calvaire en évoluant dans la 3ème division nationale. Tout commença à l’époque coloniale avec le Révérend Père Pierre Le Coq, Curé de Dakar et Vicaire général du Sénégal, qui fonda la Jeanne d’Arc en tant que patronage le 20 Septembre 1921. Association sportive et culturelle, l’objectif était de donner des loisirs à une jeunesse autochtone dont l’oisiveté représentait un danger. En tant que missionnaire catholique, il lui était logique de donner à cette association le nom d’une figure de proue de la religion catholique française, Jeanne d’Arc, qui représentait les valeurs du courage, de la force et d’une foi inébranlable.

Si le choix des couleurs bleu et blanche pour cette nouvelle association n’est pas documenté, nous pouvons remarquer que nombre de congrégation ou institution se référant à Jeanne d’Arc arbore ces deux couleurs. Tout simplement car il s’agit des couleurs du blason de Jeanne d’Arc. Les armes de la Pucelle d’Orléans sont souvent représentées comme une colombe tombante tenant dans son bec la devise  » de par le roi du ciel » au sein d’un écu bleu azur. Cette composition apparaissait bien sur son étendard mais il ne s’agissait pas officiellement de son blason. Lorsque la Pucelle fut anoblit en 1429, les armes qui lui furent conférées par le Roi de France Charles VII, représentaient, sur un écu d’azur, deux lys d’or entourant une épée transperçant une couronne. L’épée était de couleur argentée, simplifiée en blanc (l’argent étant la représentation du blanc en héraldisme). Toutefois, lors de son procès, Jeanne d’Arc affirma qu’elle n’avait jamais porté de blason. En tout cas, quelque soit les armes réelles de Jeanne d’Arc, le bleu et le blanc accompagnèrent toujours la Pucelle.

#1219 – FK Shkëndija : Kuq e Zi

Les rouge et noir. Sauf qu’en macédonien, puisque la ville où il réside, Tetovo, se situe en Macédoine du Nord, « rouge et noir » s’écrit Црвено-црните. Alors pourquoi le surnom s’exprime en langue albanaise, Kuq e Zi ? Tetovo est une ville du nord-ouest de la Macédoine du Nord, construite sur les contreforts du Mont Šar, traversée par la rivière Pena. Distante de seulement 40 km de la capitale Skopje, elle est également à seulement 20 km du Kosovo, dont la majorité (92%) de la population est albanaise. A quelques encablures supplémentaires se trouve l’Albanie et la ville de Kukës. Naturellement, l’influence albanaise à Tetovo se fait forte et plus de 70% des habitants de la ville sont d’origine albanaise. La ville fut même sous domination albanaise durant la première indépendance du pays entre 1444 et 1479. Dans la mosaïque yougoslave, où le pouvoir central communiste écrasait toute velléité régionaliste, les idées nationalistes des peuples s’exprimèrent notamment au travers des clubs sportifs. Ainsi, les populations albanaises de Tetovo défendirent leur identité en fondant un club de football en 1979 et en choisissant les couleurs de l’Albanie, le rouge et le noir, comme symbole.

Depuis l’indépendance de l’Albanie actuel, en 1912, le drapeau du pays représente un aigle noir à deux tête sur un fond rouge. Le rouge symbolise la bravoure, la force, la valeur et le sang, tandis que l’aigle est le symbole traditionnel des Albanais. Ses origines remontent au XVème siècle et à Georges Kastrioti plus connu sous le nom de Skanderbeg. Sa famille noble, la maison des Kastrioti, possédait une vaste principauté, qui occupait une partie du territoire albanais actuel et qui faisait face à l’Est à l’Empire Ottoman. Après la chute de Constantinople, les incursions ottomanes dans la péninsule des Balkans se firent de plus en plus fréquentes. Au point que suite à la mort du père de Skanderbeg, l’Empire annexa la principauté au lieu d’installer Skanderbeg sur le trône. Skanderbeg quitta alors les rangs de l’armée ottomane et, pendant 25 ans, mena une forte résistance aux Ottomans. La ville de Tetovo épaula les troupes de Skanderbeg lors de la victoire de la bataille de Polog face à Ibrahim Pacha, libérant la ville du joug ottoman. Skanderbeg déclara son indépendance le 28 novembre 1443, hissant son drapeau rouge à l’aigle noir. Il avait adopté le drapeau impérial romain d’Orient, avec l’aigle à deux têtes et le fond rouge et en avait fait les armes de sa famille. De 1444 à 1479, l’Albanie connut sa première période d’indépendance sous le nom de Ligue de Lezhë et Skanderbeg apparaît comme un héros national pour les albanais.

#1212 – AC Fiorentina : Gigliati

Ceux à la fleur de lys. Il s’agit d’une traduction approximative car le terme n’existe pas en italien et dérive en réalité du mot giglio, qui désigne le lys. Et depuis quasiment la fondation du club historique de Florence en 1926 son écusson affiche un lys rouge, le fameux symbole des armes de la ville. Depuis le XIème siècle, la fleur de lys est le symbole de la ville mais son origine est incertaine, plusieurs légendes se disputant. La plus connue remonte à la fondation de la ville par les Romains en l’an 59 avant J.C.. Elle aurait eu lieu au printemps, au moment des Jeux Floraux (Ludi Florales ou Floralia), qui correspondaient à des fêtes et célébrations en l’honneur de la déesse des fleurs, des jardins et du printemps, Flore. Ainsi, le village prit le nom latin de Florentia (la ville des fleurs) et l’association avec le lys, qui pousse en abondance dans les alentours de Florence (notamment sur le Monte Morello), se fit naturellement. Pour d’autres, l’association serait plus tardive et liée au culte marial auquel la ville fut toujours dévouée. En effet, on attribue au lys des vertus divines, purificatrices et virginales, ce qui en fait la fleur de la Vierge Marie.

Si l’origine est incertaine, l’association florale plaisait aux florentins car le lys de Florence se compose de trois pétales et de deux étamines chargées de boutons, qui donc écloront et donneront des fleurs. Or, la floraison est le signe de la production d’un fruit (une allégorie de la production de richesse). Ainsi, ce symbole présentait l’image d’une cité florissante, c’est à dire prospère. Et cette aisance financière engendrait pour les florentins une autre vertu de leur cité, la bienveillance, la générosité.

Difficile de dater l’adoption de la fleur de lys comme armes de la ville. Il semble que les florentins l’utilisèrent dès les premières croisades (XIème siècle). Contrairement aux armoiries actuelles, la fleur de lys était blanche sur un fond rouge à cette époque. En 1251, les Guelfes (soutien du Pape) décidèrent d’inverser les couleurs pour marquer leur victoire à Florence sur les Gibelins (Soutien du Saint-Empire). Par la suite, le lys fleurit partout dans la cité florentine, sur les murs des édifices et monuments civiques et religieux, comme sur les monnaies et dans les manuscrits. D’ailleurs, en 1252, la monnaie florentine en or, qui deviendra l’équivalent du dollar d’aujourd’hui, prit le nom de fiorino (florin), qui dérivait du terme lys. De même, la nouvelle cathédrale fut baptisée Santa Maria del Fiore (Sainte-Marie-de-la-Fleur).

Toutefois, pour la petite histoire, le lys de Florence est en réalité un iris …

#1207 – Real Potosí : el León Imperial

Le lion impérial. Malgré une jeune histoire, le club ayant vu le jour seulement en 1988, il est devenu la fierté de la ville de Potosí, face à son vieux rival du Nacional (fondé en 1942). Le Real remporta le premier titre de champion de Bolivie pour la ville de Potosí en 2007 et en 2002, le club faisait découvrir pour la première fois la Copa Libertadores aux potosinos. Toutefois, ces exploits ne sont pas à l’origine de son surnom qui provient de l’histoire de Potosí. Le club opta pour le lion comme symbole et mascotte car le roi des animaux représente le pouvoir, la force et la royauté, des valeurs attachée à l’histoire de la ville de Potosí (tout comme le terme impérial utilisé dans le surnom).

La découverte des terres vierges des Amériques au XVème siècle fit naître rapidement des mythes et des légendes vivaces auprès des explorateurs européens en quête de nouvelle richesse. Il y eut Eldorado (de l’espagnol El Dorado qui signifie « le doré ») qui faisait exister de mystérieuses cités regorgeant d’or au Nord du continent sudaméricain. De même, au Sud, il y avait la célèbre légende de la Sierra de Plata (la montagne d’argent), une montagne qui abriterait des tonnes de métaux précieux. Aucun de ces trésors ne fut découvert mais une montagne entretint ces mythes, le Cerro Rico (Montagne riche). Haute de 4 782 mètres, cette montagne renfermait d’importants gisements de minerai d’argent, déjà connus des incas. Les espagnols s’empressèrent de les exploiter et fondèrent au pied de la montagne la ville de Potosí en 1545. L’immense richesse du Cerro Rico et l’exploitation intense des Espagnols furent la source de sa richesse et provoquèrent son incroyable développement. En 1560, quinze ans seulement après sa naissance, sa population atteignait déjà 50 000 habitants. En 1573, Potosí comptait 120 000 habitants, 150 000 en 1611 et 160 000 habitants en 1650, soit plus que de nombreuses villes européennes comme Séville, Paris et Madrid. Entre 1545 et 1600, la moitié de la production mondiale d’argent était extraite des mines de Potosí et la ville battait monnaie pour la couronne espagnole, dont elle faisait la richesse. La renommée et l’opulence de la ville était si grande qu’un dicton espagnol disait « vale un Potosí » (cela vaut un Potosí) pour signifier que quelque chose vaut une fortune.

Dès 1547, Charles 1er, Roi d’Espagne (mieux connu sous le nom de Charles Quint, Empereur du Saint Empire), accorda le statut de ville impériale à Potosí, titre qui fut confirmé et renforcé par un acte du 21 Novembre 1561, dénommé Capitulación de Potosí. Dans ses armes, la ville hérita logiquement d’abord de l’aigle bicéphale du Saint Empire, puis le Roi Philippe II d’Espagne lui ajouta les armoiries de la couronne espagnole, dont les fameux lions de León (il s’agit des armes parlante du Royaume de León, qui joua un rôle de premier plan dans la Reconquista et dans la formation du Royaume d’Espagne). Ils apparaissent encore aujourd’hui sur le drapeau et le blason de Potosí et ne sont certainement pas étrangers au surnom du club de football.

Du fait de la localisation de la ville au pied du Cerro Rico, à 4 000 mètres d’altitude, le surnom du club de football est également León de las Alturas (le lion des hauteurs).