#1461 – Frosinone Calcio : Ciociari

Encore un terme péjoratif qui s’est transformé comme l’identité d’une région. Loin d’être une simple appellation sportive, il s’agit d’un gentilé des habitants de la région de Frosinone et ce terme plonge ses racines dans les traditions vestimentaires, la littérature et l’histoire sociale de la péninsule.

Pour comprendre ce surnom, il faut remonter à un vêtement traditionnel : la ciocia (au pluriel ciocie). Il s’agissait d’une chaussure très rudimentaire, constituée d’une semelle en cuir maintenue par de longues lanières s’enroulant autour des mollets. Elles se reconnaissaient par le cuir qui dépassait devant et remontaient vers le haut, formant une pointe courbée. Cela protégeait les orteils des chocs contre les pierres sur les sentiers de montagne. Économiques et adaptées aux terrains rocailleux des Apennins, ces chaussures étaient portées par les bergers. Le terme pourrait provenir soit du latin soccus, soit du dialecte istrien cioccu (qui signifie pointe, bec). En fait, les ciocie ou des sandales similaires chaussaient les bergers et les paysans dans de nombreuses régions d’Italie du Nord. Mais, dans le latium, ces ciocie distinguaient les populations pauvres des régions avoisinantes de la capitale et les riches habitants de Rome désignèrent ainsi de manière péjorative par Ciociari (littéralement « ceux qui portent les ciocie« ) les paysans rudes et misérables issues des zones reculées qui venaient chercher du travail ou vendre leurs produits en ville. Il pourrait être vu un peu comme un équivalent de « plouc » ou « péquenaud ».

Le terme semble apparaître au XVIIIème siècle et se répand et se popularise surtout au XIXème siècle. Avant de s’imposer globalement pour désigner les habitants de la région de Frosinone, le terme a d’abord connu une large diffusion à travers la peinture et la littérature de la péninsule, qui s’en sont emparées pour en faire un archétype esthétique. Au XIXème siècle, cette figure du pauvre provincial fascine les artistes, à l’image du peintre Francesco Hayez qui ouvrit la voie avec son tableau « La Ciociara » en 1842. Rapidement, les grands auteurs italiens intégrèrent le terme dans leurs œuvres pour dépeindre la rusticité, la dignité ou la mélancolie de ces populations comme les poètes Giosuè Carducci, Giovanni Pascoli et Cesare Pascarella, dans son œuvre « Viaggio in Ciociaria » ainsi que l’écrivain Gabriele D’Annunzio. L’œuvre littéraire d’Alberto Moravia, « La Ciociara » (1957), et son adaptation au cinéma par Vittorio De Sica en 1960 (qui a valu un Oscar à l’actrice Sophia Loren), finirent d’inscrire ce terme dans le patrimoine culturel mondial, l’associant à jamais au courage et au drame des habitants de cette région pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par extension, au cours du XIXème siècle, le nom populaire de Ciociaria a commencé à être employé pour désigner certains territoires géographiquement imprécis situés au sud-est de Rome, entre le Latium actuel et la Campanie. À cette époque, la région ne possédait pas de définition administrative stricte sous ce nom. L’évolution de ce terme vers une véritable entité territoriale s’est principalement opérée à partir de la période fasciste. L’usage a progressivement superposé la notion de Ciociaria aux frontières de la province de Frosinone (instituée en 1927). Ainsi, au fil du XXème siècle, ce qui était à l’origine une moquerie citadine s’est transformé en un véritable emblème de fierté régionale. L’image du Ciociaro est devenue celle d’un peuple authentique, profondément attaché à sa terre et doté d’une grande résilience.


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