#1418 – ADO La Haye : de Ooievaars

Les cigognes. L’écusson du club de La Haye acceuille en son centre une cigogne depuis sa fondation en 1905. L’oiseau est indissociable du club et surtout de la ville. Car les fondateurs avaient simplement repris la cigogne qui figurait sur les armoiries de la ville.

En 1814 les Pays-Bas devinrent un royaume et chaque municipalité était tenue d’établir des armoiries. La Haye choisit en 1816 une cigogne « de couleur naturelle (blanche et noire) marchant, tenant dans son bec une anguille de zibeline (noire) » sur un fond de couleur or. Pourtant, le plus ancien sceau connu de la ville (27 mars 1307) représentait un château à 3 tours, celle du milieu étant plus haute que les deux autres, flanquée de chaque côté d’un groupe d’arbres. Cette imagerie (qui évolua en un corps de garde surmonté d’une tour) continua d’apparaître sur les sceaux jusqu’au XIXème siècle. Toutefois, à la fin du XVIème siècle, la cigogne tenant une anguille s’incrusta sur le sceau. D’abord, en bas dans l’embrasure du portail des tours puis de part et d’autre. Car, à cette époque, une autre armoirie apparait, la fameuse cigogne, seule en scène avec son anguille accompagnée de fleurs et d’herbes. Elle figura sur la grande cloche du clocher de la Grote Kerk (Grande église) qui date de 1541 (plus vieille représentation connue). Puis ces mêmes armoiries se distinguèrent sur un tableau représentant le Hofvijver (un lac au centre de La Haye) et ses environs immédiats, datant de 1553. Derrière, la cigogne s’imposa sur les publications municipales, sur les jetons du conseil, à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments administratifs, ainsi que sur les plans de la ville.

Mais, personne ne sait réellement pourquoi la cigogne devint la mascotte de La Haye. Il est vrai que la municipalité fut longtemps entourée de prairies, de tourbières et de marais qui constituaient un paradis pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la cigogne. Mais, pas plus que dans les autres régions des Pays-Bas côtiers. La raison la plus probable est que l’oiseau était considéré comme porte-bonheur. En vieux bas-allemand, le mot pour cigogne (odevare) signifiait littéralement « qui apporte la chance ».

L’oiseau trouva vite une place particulière à La Haye. Au XIVème siècle, des états comtaux de compte montraient des dépenses pour construire et entretenir des aménagements destinés à recevoir des nids de cigognes. Sur des gravures du XVIème siècle, ce même type d’aménagements apparait sur le Ridderzaal (la salle des chevaliers du château du Binnenhof) et la Gevangenpoort (la prison). Les comptes de la ville de 1586 faisait état d’une dépense de deux livres et treize shillings versée au marchand de poisson Jan Gerritz pour l’achat de 3 500 anguilles au profit des cigognes. Il ne s’agissait pas d’une attention ponctuelle puisque on retrouve ce même type d’achat en 1798 (6 mois de poisson et de paille pour les cigognes pour 10 florins). Des cigognes étaient également apprivoisées (leurs ailes étaient coupées) et leur présence au marché aux poissons permettait d’assurer la propreté des lieux. La municipalité engagea donc des gardiens spécialement chargés des cigognes. Cette tradition se perpétua jusqu’au début du XXème siècle.

Le folklore populaire s’empara de l’histoire. Une légende raconte qu’une cigogne aurait péri dans les flammes en tentant de sauver ses oisillons lors d’un incendie sur le toit de la Ridderzaal, poussant les habitants impressionnés à l’immortaliser dans les armoiries. Enfin, une blague souligne avec ironie que le caractère des habitants de La Haye ressemble à l’oiseau : « hoog op de poten en een grote bek » (hauts sur pattes (sous-entendu : un peu prétentieux) et avec une grande gueule).

#1417 – FC Politehnica Iași : Studenții

Les étudiants. Dans le paysage du football roumain, certains clubs portent leur histoire jusque dans leur nom et leurs symboles. C’est précisément le cas du FC Politehnica Iași, indissociable de ce surnom qui en dit long sur ses origines. En effet, ce qualificatif ne doit rien au hasard ; il plonge ses racines au cœur même de l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi din Iaşi (TUIASI), l’une des institutions académiques les plus prestigieuses du pays.

Le football fit son apparition dans la ville moldave de Iași en 1909 lorsqu’un match de démonstration fut organisé par le club polonais Pogoń Lwów lors d’un festival local. L’engouement pour ce nouveau sport prit rapidement et une ribambelle d’associations sportives virent le jour (Macaby Iași, fondé en 1921, Hakoah Iași en 1922, Concordia Iași, fondé en 1923, Victoria Iași, Textila MW, Șesătura Iași , Ateneul Tătărași Iași …). Mais, l’histoire du football à Iași prit un tournant décisif au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le 27 avril 1945, un groupe de professeurs et d’étudiants passionnés de sport décidèrent de fonder une association sportive au sein de l’École polytechnique de Iași. Initialement baptisé Sportul Universitar, le club changea rapidement de nom pour devenir le FC Politehnica Iași. Dès sa genèse, l’objectif était clair : allier l’excellence académique à la performance sportive. L’équipe était alors composée presque exclusivement d’étudiants de l’université, ce qui lui vaut immédiatement le surnom de Studenții. Le premier stade du club fut d’ailleurs construit à proximité immédiate des campus. Au fil des décennies, le club connut plusieurs fusions et refondations (notamment la restructuration de 2010 qui a donné naissance à l’entité actuelle), mais l’identité « Polytechnique » et le lien viscéral avec la communauté étudiante demeurent intacts.

Il faut dire que cette population estudiantine est encore nombreuse à Iași. L’histoire commença en 1813, lorsque l’ingénieur Gheorghe Asachi fonda la première école d’ingénieurs en langue roumaine, dédiée à la topographie et au génie civil. Vers 1835, l’école intégra l’Université de la ville. Puis, en mars 1937, suite à l’adoption de la loi sur l’éducation, l’enseignement technique supérieur (les sciences de l’ingénieur) fut retiré de la compétence de l’Université et fut délégué à la nouvelle école Polytechnique, qui prendra plus tard le nom de son fondateur spirituel. Aujourd’hui, l’Universitatea Tehnică Gheorghe Asachi est un pôle universitaire moderne et dynamique, classé parmi les universités de recherche avancée et d’éducation de Roumanie. L’institution est composée de 11 facultés couvrant l’ensemble des spectres de l’ingénierie (architecture, science des matériaux, électronique, informatique, génie civil, etc.) et accueille chaque année plus de 13 000 étudiants.

#1416 – CD Toluca : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Fondé le 12 février 1917, le CD Toluca fait parti de l’histoire du football mexicain. Pas seulement car il s’agit d’un des plus vieux clubs du pays (qui est membre fondateur de la deuxième division mexicaine et la troisième équipe ayant disputé le plus de saisons en première division mexicaine). Sa réputation, la ferveur autour de lui, il l’a construit au fil des années en se constituant un magnifique palmarès, avec ses 12 titres de champion, le deuxième du pays. Les joueurs portent un maillot rouge qui naturellement pourrait être l’origine de son surnom. Mais, ce ne serait pas aussi évident et la vrai origine est totalement inconnue. Plusieurs versions existent.

Commençons par les deux versions les plus citées. Tout d’abord, dans les années 1920, l’équipe comptait dans ses rangs un joueur, Juan Albarrán, qui était surnommé el Diablo. Son sobriquet aurait alors déteint sur le club. Toutefois, à cette époque, les joueurs évoluaient dans les couleurs originelles du club : le bleu et le blanc. Finalement, vers 1930, le club adopta le rouge et le surnom devint los diablos rojos. L’autre version se déroule une vingtaine d’années plus tard. En 1953, le club accéda pour la première fois de son histoire (pour ne plus jamais la quitter) à la première division mexicaine. Son match inaugural eut lieu contre Atlante. Outre la victoire (2-1), la rencontre demeure dans les annales car, dans les tribunes, un supporteur de Toluca apparût grimé en diable. Cela plut aux fans comme à la direction du club et un an plus tard, la mascotte officielle du club fit sa première apparition sous la forme d’un diable. Le surnom était alors lancé.

Une autre théorie se rapporte à un jambon local. Dans les Portales (une sorte de centre commercial de 1836), une charcuterie fabriquait un jambon nommé Diable Rojo. Il était si apprécié que certains auraient assimiler leur engouement pour ce jambon à l’affection qu’ils portaient à leur équipe de Toluca. Cette version est moins connue mais comme Toluca est la capitale mexicaine du chorizo et des produits à base de porc, elle parait plausible.

Enfin, la dernière version repose sur la flore locale. A Toluca, on trouve des arbres dit árboles de las manitas (arbres à la main) qui se distinguent par leurs fleurs écarlates en forme de mains. Durant la période coloniale, les Espagnols appelèrent ces fleurs, les garras del diablo (griffes du diable) et décidèrent d’éradiquer cet arbre. Toutefois, un subsista dans le quartier de Huitzila et devint un symbole de la ville.

#1415 – General Caballero SC : el Matarife

Le boucher. Fondé le 6 septembre 1918, le club prit initialement le nom de Deportivo Meilicke, du nom de la famille des propriétaires d’une tannerie et fondateurs du club. Après avoir remporté le championnat de deuxième division en 1923 et pour sa première participation à l’élite en 1924, le club changea de nom pour General Caballero Sport Club. Cette nouvelle appellation rendait hommage à Bernardino Caballero, ancien président du Paraguay et l’un des principaux commandants de la guerre contre la Triple-Alliance (1865-1870). Dans un Paraguay qui se remettait difficilement de la guerre de la Triple-Alliance (où il perdit un tiers de son territoire et 50% de sa population) et confrontait à une forte instabilité politique, les clubs de sport se révélèrent souvent un catalyseur du patriotisme et une mode naquit de donner des noms en conséquence (Presidente Hayes #1259, 12 de Octubre FC …). Cette tradition n’était pas propre aux clubs paraguayens et se retrouve dans la plupart des pays sud-américains.

Au même moment du changement de nom, le 1er septembre 1923, l’une des plus grandes industries de transformation de viande au monde ouvrait officiellement ses portes à Zeballos Cué, la ville de résidence du club. Elle était la propriété de la multinationale Liebig’s Extract of Meat Company. En 1853, le chimiste allemand Justus von Liebig sauva la vie de la fille d’un de ses amis, avec un bouillon concentrant les principaux actifs nutritifs de la viande (l’extrait de viande). Après l’avoir développé pour les hôpitaux de Munich, von Liebig passa en mode industriel et créa en 1865 à Londres la société Liebig’s Extract of Meat Company. Cette dernière implanta sa première usine à Fray Bentos en Uruguay pour bénéficier des grands élevages bovins de la région. En 1898, Liebig’s étendit ses activités en Argentine et au Paraguay, en acquérant des terres pour l’élevage bovin. Au Paraguay, elle racheta l’Estancia Yacaré à Ñeembucú et Duarte Cué, à la frontière brésilienne. Enfin, en 1922, Liebig’s acquit l’usine de la Compagnie paraguayenne de viande et de réfrigération à Zeballos-Cué, et investit dans des agrandissements. Il s’agissait de la plus grande usine de transformation de viande des Amériques et le plus grand exportateur d’extrait de viande du Paraguay. Ses produits, comme le célèbre bœuf salé « va ka ‘io », constituèrent longtemps des aliments de base dans de nombreux foyers du pays. Ils étaient également exportés dans le monde entier, reconstruisant et stimulant ainsi développement économique du Paraguay. En 1927, les exportations de produits carnés dépassaient les exportations de produits agricoles. Vu son importance, l’usine participa aussi au développement de l’équipe de General Caballero en tant que sponsor (notamment en lui faisant don d’un terrain) et ses ouvriers constituaient une grand partie des fans du club.

#1414 – Shanghai Port FC : 中国曼联

Le Manchester United chinois. Quand on évoque le Shanghai Port FC aujourd’hui, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des transferts mirobolants d’une ère révolue de la Chinese Super League (CSL). On pense aux frappes surpuissantes de Hulk et à la vista d’Oscar grace aux millions investis par le groupe portuaire SIPG, actionnaire de l’équipe. Pourtant, l’histoire de ce club est bien plus romantique qu’une simple injection de capitaux. Car, avant d’être un géant financier, le club est né d’une utopie : celle d’un homme qui voulait bâtir le 中国曼联 (Manchester United chinois).

Tout commence avec un footballeur chinois des années 1970 : Xu Genbao. Après sa carrière de joueur, il se lança comme entraineur dans des clubs de seconde et troisième division. Après des échecs dans ces clubs, en 1987, il prit en main l’équipe des moins de 20 ans de la Chine et son passage fut alors couronné de succès, au point que la fédération chinoise lui confia la sélection senior en 1992. Puis, Xu Genbao repartit s’occuper de clubs, dans un football chinois qui lançait sa première ligue professionnelle en 1994. Il réussit en 1997 et en 2001 à faire monter au sein de l’élite respectivement Guangzhou Songri et Shanghai COSCO. Toutefois, en 2000, dans un excès de colère après une échec en championnat, il démissionna de son poste d’entraîneur de Dalian Shide et se consacra à repenser toute la formation des joueurs chinois. Il investit toutes ses économies dans un centre de formation qu’il installa sur l’île de Chongming (une zone rurale située à l’embouchure du fleuve Yangtsé, loin des tentations et du tumulte du centre-ville de Shanghai) et travailla son programme de formation drastique (huis clos total, entrainement intensif pour créer des automatismes …). En 2005, voyant une génération émergée, Xu Genbao décida de fonder un club professionnel pour les faire jouer : le Shanghai East Asia FC (avec le soutien financier de Shanghai East Asia Company). L’équipe démarra au bas de l’échelle du football chinois, en 3ème division, avec un effectif dont la moyenne d’âge dépassait à peine les 15 ans. Il annonça la couleur en déclarant que Shanghai East Asia devait être le Manchester United chinois.

Du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2010, Manchester United devint une référence mondiale du football, sous l’impulsion d’Alex Ferguson. Certes, Manchester avait les moyens d’acheter des joueurs talentueux (Cantona, Keane, Stam …) mais son centre de formation fut une composante essentielle de sa réussite. En particulier la « Class of ’92« , des gamins du cru, formés ensemble, comme David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt et les frères Neville. Avec cette équipe, Manchester réussit l’incroyable triplé en 1999 (Premier League, FA Cup et Ligue des Champions) et remporta 3 titres de champions d’affilée (1998-1999, 1999-2000 et 2000-2001). Référence mondiale, ce fut une source d’inspiration de Genbao. Non sans succès.

En 2007, son équipe d’à peine 18 ans de moyenne d’âge remporta le championnat de troisième division et accéda à l’élite chinoise en 2012. L’académie de Genbao produit ce qui est largement considéré comme la génération dorée du football chinois moderne. Parmi eux, nous pouvons citer Wu Lei (meilleur buteur de l’histoire du championnat chinois et qui s’imposa à l’Espanyol Barcelone), Zhag Linpeng (surnommé le « Sergio Ramos chinois »), le gardien Yan Junling, Wang Shenchao et Cai Huikang. En 2012, le Port de Shanghai (SIPG) apporta son important soutien financier ce qui propulsa le club dans une autre dimension (avec les recrutement de Hulk et OScar) mais le noyau dur de l’équipé était composé des jeunes du centre de Genbao, qui devinrent aussi des piliers de la sélection.

Etant donné cette affiliation, l’équipe est aussi surnommée 中國紅魔 (les diables rouges chinois).